Pré-diagnostic TED-NS (autisme atypique)

Pré-diagnostic TED-NS (autisme atypique)

Nous sommes donc le 4 mai 2011. Nous nous présentons à notre premier rendez-vous avec le Dr Cohen, pédopsychiatre, spécialisée en autisme et TED.

Nous attendons dans la salle d’attente, puis celle-ci vient nous chercher. J’avoue avoir une boule au ventre durant cette attente…

Nous lui transmettons les résultats de l’EEG que Thomas a passé à l’Hôpital Trousseau. Elle est douce, calme et gentille. La consultation débute avec une batterie de questions sur l’évolution de Thomas depuis sa naissance: le déroulement de ma grossesse, l’accouchement, l’âge des acquisitions, ses comportements, son sommeil, son alimentation, ses relations aux autres, ses activités à la maison, ce qu’il aime faire, ce qu’il a du mal à faire, ce qu’il semble comprendre, l’évolution de son langage, si il présente des comportements « étranges » (je pense qu’elle faisait allusion aux stéréotypies et flapping), si nous avons remarqué un décalage dans son développement par rapport au développement de sa sœur aînée, âgée de 13 mois de plus que lui…

Nous lui parlons de notre parcours antérieur avec le CMP, l’informons que nous souhaitons le quitter pour nous tourner vers le libéral. Elle nous demande ce que le CMP pense de l’état de Thomas, et qu’est-ce qui a été mis en place depuis notre premier rendez-vous avec eux. Nous lui parlons donc de la fameuse épilepsie (qui la laissa sacrément dubitative) et de dysharmonie du développement, de retard global du développement et d’enfant hétérogène. Elle fait les yeux ronds…

Pendant ce temps, mon fils joue tranquillement avec les jouets mis à disposition, et est plutôt calme (pour une fois). Sa soeur est présente et tout les deux vaquent donc à leurs occupations.

Je remarque que cette pédopsychiatre ne nous pose pas dix-mille questions autour de notre vie personnelle. Elle est centrée sur Thomas, sur son évolution et son développement, et uniquement cela. Elle semble efficace et pragmatique.

Mon mari semble très à l’aise avec elle. Lui qui, au CMP, ne décrochait pas un mot, car il en avait ras le bol qu’on psychanalyse notre vie privée, là, il y va, il parle, parle, parle. Il exprime ses craintes, ses doutes, ses interrogations…

Tous les deux, pour la première fois, on se sent écoutés et surtout, on se sent compris dans nos difficultés quotidiennes avec notre enfant.

Thomas semble aussi apprécier ce médecin. Elle est douce et gentille, tout ce qui convient à mon bonhomme. Du coup, il lui fait comprendre en l’appelant « maman » qu’il veut monter sur ses genoux. Elle sourit et le prends sur elle. Elle lui donne une feuille et des crayons. Mon bonhomme voit tant de belles choses sur ce bureau qu’il pourrait trifouiller, manipuler… On tente de canaliser notre petite pile, du coup, mais elle nous dit « laissez-le faire, je veux voir justement son comportement et ses réactions, n’intervenez-pas. ».

Puis elle l’observe, et lui pose des questions, attends ses réponses. Thomas voit de bien jolies choses sur sa cheminée, alors il les pointe du doigt pour lui montrer. Elle est contente de constater que Thomas pointe bien du doigt et le note immédiatement sur son rapport.

Elle observe son comportement, remarque que Thomas a beaucoup d’écholalies, de stéréotypies, d’impatience entrainant frustration et crispation (il mordra son bureau à pleine dents à un moment donné, à cause de cela). Elle remarque son côté impulsif, son goût très prononcé pour sa porte (qu’il tentera d’ouvrir durant une bonne partie de la séance avec les clés de la pédopsy). Elle constate que Thomas commence à parler, et qu’il regarde dans les yeux. Elle constate cependant que Thomas a pas mal de difficultés motrices. Elle nous dit aussi que Thomas semble avoir une « précocité » associée dans certains domaines particuliers  (à ce qu’elle apercevait durant la consultation, à sa manière de jouer et de réfléchir).

Nous l’informons que la crèche nous disait régulièrement que Thomas était « largement en avance » sur toutes les activités intellectuelles (puzzles, encastrements, jeux de lettres et chiffres). Le CMP avait aussi eu cette constatation.

La fin du rendez-vous approche, je me sens sereine, car j’ai vu que mon fils lui avait montré qu’il pointait bien du doigt, il était allé lui faire un câlin, et il avait dit quelques mots en la regardant dans les yeux. Donc, pour moi, c’était bon, on allait me parler d’autre chose que de troubles de la sphère autistique. Parce que oui, je m’étais rendu à cette consultation avec l’espoir qu’une professionnelle de l’autisme me réfute cela de but en blanc…

Soudain, elle réfléchi et se replonge dans les quatre pages de notes qu’elle a pris durant la consultation. Plus un bruit (hormis les enfants) dans son cabinet.

Elle finit par relever la tête et prend la parole. Elle nous regarde, et nous dit que, selon elle, au premier abord, elle pense que notre fils Thomas souffre d’autisme dit atypique. Qu’il s’agit d’une forme d’autisme, et qu’il est désormais urgent que Thomas passe tous les bilans, et qu’un accompagnement soit mis en place le plus vite possible. Thomas ayant 3 ans, nous avons toutes les chances de le faire évoluer si on y va à fond.

Elle nous prescrit les premiers bilans à faire (orthophonique, psychomoteur, neurologique) pour qu’elle puisse poser son diagnostic, et que l’on monte tout les dossiers (MDPH et AJPP). Elle nous informe que nous devons nous revoir, une fois tout ceci passé. En attendant, elle nous conseille de nous rapprocher d’associations autour de l’autisme près de chez nous.

Elle nous informe qu’à partir de ce jour, elle prend en charge Thomas si on le souhaite, mais qu’il faut cependant que nous éclaircissions notre situation par rapport au CMP, car il ne pourra surement pas y avoir de prise en charge en doublon.

À nous de faire notre choix désormais.

Comment on a avancé dans le diagnostic, mais sans l’avoir encore!

Après que la psychologue du CMP m’ait annoncé que mon fils était psychotique (mais que c’était peut être pas vraiment ça, qu’elle n’était pas sure, parce que c’est difficile à dire et qu’il est petit) et que j’aie passé une semaine entière sur le net à essayer de comprendre ce que cela voulait dire, j’ai compris qu’on n’allait plus rigoler (contrairement à elle), et qu’il fallait prendre les taureaux par les cornes.

Comme Léonard parlait toujours aussi peu, j’ai demandé à cette femme s’il pouvait consulter une orthophoniste. La réponse a été positive, mais on devait d’abord faire un audiomètre afin de s’assurer qu’il entend bien.

Alors j’ai dû chercher un hôpital qui faisait cet examen, et j’ai pris un rendez-vous à l’hôpital du Kremlin Bicêtre (alors que nous habitions à Paris, dans le 19ème, à cinq minutes à pieds de l’hôpital Robert Debré, et que jamais cette psychologue n’a suggéré d’y aller faire un tour!).

Le délai a été de trois ou quatre mois. En attendant, nous voyions toujours la même psy, et je parlais toujours de la même chose avec elle. Elle disait peu de choses, observait Léo, et déplorait l’absence de son père.

Selon elle, nous étions fusionnels. Je lui disais que je n’étais pas d’accord, et lui expliquais pourquoi: je n’avais aucun mal à me séparer de Léonard, qui avait été en collectivité dès ses quatre mois. Je m’étais séparée de lui pour cinq jours et cinq nuits dès ses neuf mois (il avait été chez mes parents car il y avait eu une grève à la crèche). Il avait aussi dormi chez un petit copain dès ses 18 mois, et allait très régulièrement en vacances chez mes parents (sans moi).

Un jour, Léonard jouait à la pâte à modeler dans son cabinet. Un morceau de pâte était tout sec, la psy a alors pris ce morceau des mains de Léonard et l’a mis à la poubelle. Quand Léonard est parti le rechercher, elle a bondit de sa chaise et a dit: « Vous voyez?! Vous n’êtes peut être pas fusionnelle, mais lui l’est! Vous avez vu comme il a du mal avec les séparations?! »

L’audiomètre a été fait: aucun problème. Léonard entendait très bien. J’ai repensé à l’examen qui avait été fait à la clinique quand il avait deux ou trois jours. Le médecin lui avait fait un test: un bruit d’un côté de la tête pour voir si le bébé tournait la tête du côté du bruit. Léonard avait tourné la tête, et le médecin avait dit avec humour: « Bon, bah, s’il ne répond pas quand vous l’appellerez, ce n’est pas qu’il n’entend pas, c’est qu’il ne veut pas vous répondre! ». Maintenant je sais qu’on peut rajouter: « Ou alors, c’est qu’il est autiste! »

Il a fallu ensuite trouver une orthophoniste car celle du CMP n’avait pas de place (finalement, je crois que ce n’était pas un mal). On en a trouvé une pas très loin de chez nous, très branchée psy aussi, pas un mot non plus sur les troubles envahissants du développement mais elle faisait participer Léonard à des jeux de société, favorisait la communication avec lui, et c’était probablement mieux que rien.

Je continuais à passer mon temps sur des forums de parents d’enfants autistes, je lisais tout ce que je pouvais trouver comme description de comportements autistiques. Ce que je lisais correspondait assez bien à mon fils, pour certaines choses, mais pas pour tout. En attendant, mon fils évoluait super bien, alors je ne comprenais pas.

J’ai sympathisé avec une maman rencontrée sur le net qui, sur ses trois enfants, en a deux autistes. Elle m’a envoyé des vidéos de ses enfants pour que je voie. Mais que je voie quoi? Je ne comprenais rien du tout! Elle m’a expliqué les battements des bras dans l’excitation: le hand flapping. Ha oui… Léonard faisait ces gestes aussi parfois, pas souvent.

Je scrutais mon fils, jusqu’au jour où un ami nous a offert un combiné télé-magnétoscope, et où Léonard a pu regarder des films (jusqu’à ce moment-là, il n’en regardait pas). Léonard s’est intéressé aux films, et, alors qu’il ne les avait vus que deux ou trois fois, il les connaissait et les récitait par coeur. Lui qui, jusqu’à présent, parlait peu… là il ne s’arrêtait plus: il récitait les dialogues de ses dessins animés.

Léonard avait quatre ans. Il connaissait maintenant son père et avait une bonne relation avec lui. Il était dans un jardin d’enfants municipal et ça se passait très mal: il refusait de participer aux activités de groupe et tapait les autres enfants. Il communiquait assez peu, mais essayait de placer dans une discussion (à plus ou moins bon escient) les dialogues de ses dessins animés. Il était passionné par les églises, mais continuait à ne pas s’intéresser aux choses « normales » de petits garçons (les pompiers, les voitures, la police, etc.)

Nous continuions à voir la psy du CMP, qui était maintenant aussi sollicitée par le personnel du jardin d’enfants, perplexe devant l’attitude de ce petit garçon, mais elle ne donnait toujours pas de conseil sur ce que nous devions faire, ainsi que l’orthophoniste qui continuait de jouer aux jeux de société et qui me disait de ne pas me décourager!

J’ai fini par consulter ailleurs. Une pédopsychiatre dans le privé, cette fois. Au bout de deux séances, elle me dit: « Oui, il a des troubles autistiques, mais il n’est pas autiste! » C’était en avril 2006, Léonard venait d’avoir cinq ans.

Balancement indispensable?

Balancement indispensable?

Le balancement est l’un des signes autistiques qui aurait pu me mettre la puce à l’oreille dès la prime enfance de Mathilde, mais comme je ne connaissais pas l’autisme je ne pouvais pas le savoir! Je parle de cela, il y a dix ans. Je me rappelle même avoir regardé une émission de Jean-Luc Delarue sur les enfants différents en me disant: j’ai de la chance que mes enfants soient en bonne santé… quand je voyais encore l’autisme comme une maladie.

Les premiers balancements sont apparus vers 18 mois, quand Mathilde a été stable sur ses jambes. Un pied en avant, l’autre en retrait, et vas-y que je te fais des va-et-vient en regardant la télé. Plus tard, comme elle ne savait pas quoi faire de ses mains pendant ses balancements, elle a fait le papillon avec. Et encore plus tard, elle a étendu les bras pour finir par faire balancier.

Les balancements se sont étendus à des moments de vide, c’est-à-dire pas seulement devant la télé, où je pouvais me dire qu’elle faisait ça parce que ce qu’elle voyait lui plaisait beaucoup. Mathilde s’est mise à se balancer juste comme ça, devant rien, les yeux dans le vague, des grimaces ou mimiques sur le visage. Avec le recul, je vois ça comme un enfermement.

Ca fait maintenant sept ans que Mathilde a un gros ballon de gym en permanence (le diamètre du ballon évoluant avec l’age: à 10 ans, c’est maintenant un ballon diamètre 95). Quand elle saute dessus, sur le ventre, sur le dos, ou même debout si je la tiens, c’est une sorte de balancement, mais je ne le vois plus comme un enfermement. C’est une sorte de défouloir puisque l’intensité des sauts peut changer. Petits rebonds tranquilles sur le dos devant la télé, ou grands sauts de l’ange debout depuis le canapé…

Mais si le ballon n’est plus là, les balancements recommencent. En fait, Mathilde est un mouvement perpétuel, mais je reconnais maintenant si elle s’enferme ou si elle s’amuse.

Balancement indispensable?

Pour arrêter une auto-stimulation qui vire très vite au cauchemar avec des cris et des grimaces, ce que l’on appelle une stéréotypie, je dis « stop » ou « arrête » et, en grandissant, Mathilde arrive à se maîtriser. La pédopsychiatre du CMP disait: « il faut expliquer à l’enfant que ce n’est pas un comportement approprié ». Hum, je vais lui dire « stop » dès qu’elle le fait… je pense qu’elle comprendra mieux!

La réponse est: oui, le balancement lui est indispensable, mais pas pour le repli sur soi, parce qu’elle a besoin de bouger.

Quoiqu’il en soit, défouloir, exutoire, terrain de jeu ou même chaise, ce ballon est devenu indispensable à Mathilde. D’autant plus que la pâte à tartiner au chocolat est un aliment de base pour ma fille – heureusement qu’elle saute sur son ballon, ça lui fait faire du sport!

Stéréotypie occulaire

Stéréotypie occulaireDes quatre principales stéréotypies que présentait Adam lorsqu’il avait un an et demi, deux sont globalement éradiquées à ce jour, alors qu’il a sept ans.

Je m’explique: quand il était petit, Adam passait des heures à battre les bras dans l’air (les fameux flappings), à avoir des regards périphériques (il mettait les yeux dans les coins, toujours du même côté), à tourner sur lui même et à tourner autour de la table basse du salon. Ces stéréotypies occupaient la moitié de son temps d’éveil, l’autre moitié étant prise par les repas.

Ce sont ces signes, qui sont apparus avant même son premier anniversaire pour les deux premiers, qui m’ont alertés malgré les discours rassurant de la pédiatre.

Les stéréotypies liées au tournoiement ont globalement disparu après un long travail: dans un premier temps, nous bloquions tout simplement Adam en se plaçant devant lui pour qu’il cesse. Parfois, il a fallu agir en le contenant physiquement. Dans un second temps, la consigne verbale a suffi (après plusieurs années, quand même). Je reste néanmoins vigilante car Adam peut repartir dans cette stéréotypie quand il se met à danser. Autant les premiers mouvements suivent la musique, autant les suivants peuvent parfois devenir mécaniques car ils provoquent une stimulation qu’il faut immédiatement faire arrêter.

La question des flappings est un peu différente car je n’interdis pas à Adam d’en faire. Il s’agit à l’évidence d’une stimulation extrêmement plaisante pour lui, comme pour de nombreux enfants (et adultes) autistes. En revanche, j’essaie de la limiter à la maison, uniquement le soir. Dans l’ensemble, les flappings ont très nettement diminué.

La stéréotypie que je ne parviens pas à éliminer, même si elle est en régression par rapport à avant, concerne les yeux. Rien à faire, Adam a souvent le regard en coin. Il regarde sur le côté, avec ses deux yeux. Pas possible de l’éradiquer physiquement, Adam est seul maître de ses yeux. La consigne verbale fonctionne bien en général pour qu’il arrête et positionne normalement ses yeux. Mais je n’ai pas encore trouvé LA solution pour qu’Adam ne fasse plus cette stéréotypie.

La seule chose que j’ai apprise, depuis toutes ces années, c’est que lorsqu’Adam a les yeux sur le côté, il est avec nous et nous écoute alors que je pensais qu’il était perdu dans son monde avant. Quand nous lui parlons, il raccorde aussitôt la conversation et répond aux questions que nous lui posons.

Avez-vous avez des idées pour faire cesser cette stéréotypie occulaire?

Un pas en avant, un pas en arrière!

Nous voici de retour après un mois et demi difficile. Maëlys  progresse, mais des fois c’est au prix de difficiles journées, de crises et d’impuissance. Je sors d’un mois d’arrêt de travail, de par les difficultés engendrées entre Maëlys, son suivi, mon travail, la maison…

Mais c’est vrai, le résultat est là!

Maëlys parle de plus en plus et commence à associer deux mots. Elle commence à « chanter », danser, « mimer », se balancer dans les parcs sur les aires de jeux, et tant de choses encore.

Mais aussi, elle fait de plus en plus de flapping, de crises démentielles où elle hurle (et ce n’est pas peu dire), se cambre, donne des coups, bref que du bonheur… Et ce, dans des situations qui peuvent être totalement différentes les unes des autres.

L’école approche, et l’apprentissage de la propreté est le plus gros point noir. Nous ne savons pas comment nous y prendre, Maëlys étant à des années lumière de tout ça.

Mais elle reste notre rayon de soleil, et malgré son suivi assez lourd (orthophoniste toutes les semaines, psychomotricienne idem, médecin de Paris toutes les trois semaines, où il faut aller en train car on habite loin de Paris…), avec de tels résultats, on ne peut que continuer.

Je vous lis tous très régulièrement, même si je ne laisse pas forcément de commentaires, manque de temps… Je vous dis à très vite!

Matthieu en musique 05

À l’occasion des cinq ans de Matthieu, je vous propose ces jours-ci de le découvrir, tout petit, en vidéos musicales.

En revoyant les vidéos maintenant, je suis capable de repérer le flapping, que Matthieu faisait déjà à l’époque lorsqu’il était content ou intéressé par quelque chose.

On apperçoit, dans le fond sur la porte, le parc pliable que je mettais pour empêcher Matthieu d’aller explorer seul le reste de l’appartement (qui est très vieux et quasiment insalubre à certains endroits). La séparation ne le gênait pas, sauf quand je le laissais deux minutes si j’allais aux toilettes.

Musique: You du groupe Ten Sharp, tirée de l’album Everything & More. Se procurer l’album Everything & More sur Amazon.

Le langage du monde autistique: la stéréotypie

Inclure un enfant autiste au sein de sa classe pour une activité donnée, d’accord… mais quelle attitude adopter alors à son égard, et surtout comment réagir et décoder les comportements mystérieux auxquels l’enseignant va se trouver immanquablement confronté?

Afin d’éclairer la lanterne de mes collègues quelque peu affolés (notre école primaire est dotée depuis la rentrée de septembre d’une CLIS – TED accueillant 6 enfants autistes, placés sous la responsabilité d’une jeune enseignante non formée comme c’est, hélas, souvent le cas!),  je me suis permis d’établir une liste la plus concrète possible de comportements, ceci en vue de rassurer et ainsi de favoriser les premières communications.

En effet, l’affectivité et les réflexes naturels auxquels nous avons tous recours sont étrangers à l’autisme. Ne pas pouvoir décrire ce que l’on ressent est terrible. Pour un autiste, son propre comportement comme celui des autres lui sont souvent déconcertants. Voici donc ce petit lexique du langage autistique:

Les rituels. Ce sont des formules magiques lancées contre les agresseurs, une sorte de fétichisme qui donne l’assurance que les choses peuvent rester les mêmes et avoir leur place au sein d’un environnement complexe et mouvant. Dans le même registre, on constate qu’un autiste est incapable d’interrompre une tâche commencée.

Faire des collections. Cela signifie pour lui établir la preuve de son appartenance à un grand ensemble avec l’espoir de pouvoir un jour s’intégrer au monde.

Ranger, aligner. C’est créer de l’ordre pour avoir une représentation symbolique d’un monde plus compréhensible.

Dessiner des cercles ou des lignes. Ça sert afin de se protéger contre l’invasion extérieure.

Cligner des yeux compulsivement, éteindre et rallumer la lumière très vite. C’est utile pour ralentir les choses et les rendre plus fractionnées, donc moins effrayantes. L’interrupteur appartient au monde, mais il est rassurant car il ne change pas de place et fait toujours ce qu’on lui demande.

Le refus de porter un bonnet et la rage qui peut en découler révèle une hypersensibilité aux stimulations extérieures ainsi qu’au contact.

La peur des poupées qui rappellent trop à l’enfant qu’il ne peut être touché et consolé par d’autres.

La chute répétée d’objets qui indique qu’il est conscient qu’une fuite vers la liberté est possible.

Sauter, ce qui procure la sensation euphorisante du rythme. L’enfant montre ainsi qu’il lui manque quelque chose et qu’il souhaite l’obtenir.

Fredonner inlassablement le même air pour se protéger des bruits.

Se balancer d’un pied sur l’autre comme pour prendre son élan et franchir le trou noir qui le sépare du monde.

Secouer les mains, se frapper la tête ou le menton, donner des coups sur les objets afin de diminuer l’anxiété et se rassurer.

Regarder à travers un objet parce que tout doit être indirect pour tromper l’esprit, pour qu’il se détende et puisse vraiment voir et surtout, comprendre.

Le rire exprime souvent la peur ou le relâchement de l’anxiété. La sensation de plaisir s’exprime rarement par un moyen aussi direct que le rire.

Applaudir indique davantage le plaisir mais il peut également signaler la fin d’un état de rêverie (… le spectacle de la vie).

Tournoyer est un comportement d’auto-stimulation. Il procure à l’enfant une sensation de puissance, car il contrôle ainsi les choses (« Je tournais en rond, la pièce tournait avec moi… j’arrivais à faire tourner une pièce entière! » Temple Grandin). En entortillant les cordes d’une balançoire pour ensuite se laisser tournoyer à toute vitesse, on  regarde tourner le ciel et la terre. Tous les enfants adorent cela, mais pour les autistes c’est une véritable obsession.

Déchirer du papier symbolise la peur de la séparation d’avec les autres. En prenant les devants et en détruisant par avance le rapprochement, on risque moins de souffrir d’abandon au moment du départ.

Briser du verre afin de faire voler en éclat le mur qui le sépare des autres.

S’éblouir dans la lumière pour s’hypnotiser soi-même et se calmer.

Se blesser ou faire sciemment des choses incongrues pour provoquer une réaction brutale chez les autres, vérifiant ainsi qu’ils sont bien réels.

Se souiller délibérément afin de se libérer d’un auto-contrôle excessif et oppressant tout en exerçant un certain pouvoir maléfique sur les attentes des autres.

Passer ses doigts dans les cheveux, effleurer les bras d’une personne sont des contacts physiques rassurants. Les cheveux et les membres paraissent comme détachés du corps, ils sont donc moins personnels, moins intimes que le visage et ne constituent par conséquent pas une menace.

L’utilisation d’expressions lourdes, compliquées, redondantes ou l’emploi d’un langage obscur lorsqu’il parle est une sorte de cryptophasie (code que les jumeaux utilisent parfois entre eux). Là encore, il s’agit d’une forme de protection contre l’extérieur.

L’autisme est un état qui, au début, est un évitement puis une perte prudentielle de la relation avec l’entourage. Mais, comme la fonction symbolique ne cesse d’être en action chez l’être humain, le langage continue de s’élaborer sans échange complice avec autrui, d’où la perte du code du langage commun à ceux qui entourent le sujet. Le sujet est absorbé par son état qui l’angoisse et le terrorise, le fait rire mais parfois non, et il invente des gestes conjuratoires vis à vis de ses idées angoissantes, qui l’apaisent.
- L’échec scolaire, Françoise Dolto

News news news

Le temps me file entre les doigts… Je n’avais jamais eu autant la sensation de ne rien maîtriser. Entre la maison, le travail, la puce, et surtout sa prise en charge, je rame… Les journées ne sont jamais assez longues. Mais peu importe car ça marche! Maëlys a encore progressé. À sa manière, certes, mais elle progresse!

Je vais essayer de vous donner les grandes avancées (ou pas d’ailleurs)!

  • Maëlys a encore étoffé son vocabulaire, et surtout, elle prend plaisir à répéter les mots.
  • Elle commence à associer deux mots ensemble: « tototte pa terre » (la tototte est par terre).
  • Maëlys fait des bonhommes très ressemblant, pas du tout comme le ferait un enfant de son âge.
  • Elle reforme des mots avec des lettres, d’ailleurs l’alphabet est sa passion du moment. Elle a un livre, et elle cite chaque lettre par coeur, elle les connait.

Les petits points « noirs »:

  • Maëlys est toujours incapable de jouer à « faire semblant ». La dînette, ou le bébé, etc., elle ne connait pas, et surtout ne sait pas faire.
  • La propreté, c’est à 300 000 mille lieux d’elle…
  • Elle commence à faire du flapping dès qu’elle est excitée ou heureuse.
  • Elle se bouche les oreilles régulièrement maintenant, qu’elle soit en crise ou pas…
  • Elle nous regarde mieux, mais son regard reste quand même très « absent ».

Mais dans l’ensemble, elle évolue, progresse, et même si ce n’est pas à la manière des autres, tout ce qui compte c’est qu’elle avance! Son médecin sur Paris, et sa psychomotricienne, sont plutôt confiant en l’avenir, car Maëlys a vraiment des capacités surprenantes. Il ne lui manque plus que les outils pour les utiliser.

Ah, et je ne vous ai pas dit? Il y a une semaine, à presque trois ans, Maëlys a dit Maman pour la première fois… Que demander de plus?