Travaux pratiques à la maison avec son enfant autiste

C’est l’été, les prises en charge se font plus légères pendant que les intervenants et votre enfant prennent un repos bien mérité. Plus d’école non plus. C’est l’occasion de travailler un peu avec votre enfant, à la maison, en tête-à-tête ou avec l’aide de sa famille et/ou de ses amis.

Voici quelques travaux pratiques que nous vous avons proposé auparavant…

Conseils pour bien travailler à la maison

Compétences utiles

Psychomotricité

Communication

Compréhension et logique

Autonomie

Comportement

Apprendre en jouant

Et vous, que faites-vous travailler à votre enfant en ce moment? Partagez vos exercices avec nous dans les commentaires!

Améliorer les performances visuelles: compétence ABLLS-R B12

Savoir reproduire un modèle, savoir passer d’un modèle dessiné à une réalisation construite, savoir distinguer ce qui est nécessaire à la réalisation du modèle… ce sont des compétences clé pour l’acquisition future des habiletés académiques, tant au niveau du comportement attendu (respecter une consigne, être compliant, se concentrer sur une tâche) que de la réalisation motrice (discrimination visuelle et motricité fine tant utiles, pour l’écriture notamment, où les autistes connaissent souvent de vives difficultés).

Le programme utilisé sera un programme de façonnement dans lequel on va ajouter des difficultés, à chaque fois que le critère d’acquisition est atteint.

Matériel de base: les Legos blocs (pas les tout petits legos, ni les très gros).

Construisez différents modèles, avec deux Legos d’abord, puis avec trois, jusqu’à huit Legos. N’hésitez pas à en faire de très simples, de même couleur, même taille, empilés simplement l’un sur l’autre, mais aussi en décalages, avec et sans « structure » visuellement apparente. Photographiez-les et plastifiez-les car ils vont faire « usage ».

Demandez à l’enfant de reproduire la construction de la photo en lui donnant exactement les legos dont il a besoin pour le faire, sur la consigne « fais pareil », au cours de sesssions de 5 essais . Dès que vous avez 100% de réussite 5 sessions de suite, vous pouvez passer à l’étape suivante (modèles de 2, puis de 3 , jusqu’à 8 Legos).

Et on ne triche pas! Si on a besoin, d’expliquer, de guider au cours de la construction, de donner des stratégies, il faut compter l’essai comme étant échoué.

Ensuite on corse l’affaire en introduisant des distracteurs (pièces qui ne servent à rien pour reproduire le modèle). D’abord un, puis deux, etc. Je ne vous cache pas que ça peut prendre un peu de temps.

Nous en sommes à la 137ème session, et on voit le bout du tunnel, puisque Stan choisit lui même ses Legos dans la caisse pour réaliser des modèles de 8 Legos depuis la session 136, en faisant 100% de réussite aux essais. Nous n’avons donc peut-être plus que 4 sessions en vue – ouf!

Au début du programme, il ne regardait pas les modèles, faisait avec ce qui lui tombait sous la main, manquait beaucoup de compliance et envoyait tout balader au bout de deux essais ratés. Courage donc, Et n’oubliez pas de renforcer à chaque fois que le modèle est réussi!

Mon enfant tombe tout le temps, comment l’aider?

Petit, il ne se passait pas un jour sans que Matthieu tombe plusieurs dizaines de fois. On le pensait turbulent et un peu « évaporé », mais depuis l’annonce de son handicap, nous savons que c’est dû à une des facettes de l’autisme.

Depuis que Matthieu a été pris en charge en psychomotricité, il a fait de nombreux progrès:

Durant ses premières années de vie, Matthieu ne se gênait pas pour écraser tout ce qui passe: pieds, jouets durs ou mous, animaux, etc. Petit à petit, Faustine – sa psychomotricienne – lui a appris à regarder où il met les pieds, en le rappellant tout le temps à l’ordre, en lui rappellant qu’il ne faut pas marcher sur la pointe des pieds, et en organisant pour lui des parcours d’obstacles en séances de psychomotricité.

Vous pouvez, vous aussi, aider votre enfant à la maison, en laissant plein d’objets de consistences différentes étalés dans une même pièce, et en lui demandant de faire attention quand il traverse. Il faut attirer son attention sur les objets, l’aider à les enjamber, et lui dire non quand il marche sur l’un d’entre eux. Si votre enfant, la prochaine fois qu’il tombe, se retourne pour voir ce qui l’a fait tomber, c’est bon signe!

La fierté du grand frère

Dès lors que l’on a plus d’un enfant, les difficultés peuvent surgir à tout instant parmi la fratrie, encore plus lorsque l’un des enfants est handicapé. Il est encore plus difficile, dans ce cas, de trouver sa place. Axel n’a pas échappé à la règle.

Une fois n’est pas coutume, Axel s’est rendu avec Adam et moi-même chez l’orthophoniste récemment puisqu’il devait passer un bilan à 10 heures du matin et n’allait donc pas à l’école de la matinée.

La veille au soir, certainement sous l’effet du Concerta qui régule bien son hyperactivité, Axel s’était appliqué à préparer des exercices pour son petit frère, pour le faire travailler afin qu’il puisse aller au CP! Touchante attention de sa part car il n’a pas encore bien saisi le fonctionnement de la CLIS et pense que la première année de CLIS correspond au CP. Tout ce qu’Axel a retenu, c’est qu’Adam allait entrer à l’école élémentaire l’année prochaine et qu’il allait avoir un cartable et des devoirs à faire le soir, comme lui… Au fond, il a raison.

Conscient de la difficulté à faire travailler son frère (il avait couru après Adam pendant une bonne partie de la soirée!), j’ai donc demandé à Sylvie, l’orthophoniste, d’expliquer à Axel comment elle s’y prenait durant les séances. Comme à son habitude, elle a pris le temps de montrer à Axel ce qu’elle faisait en lui précisant bien que parfois, Adam n’était pas disposé à travailler et qu’il fallait faire avec. Nous avons donc assisté à la séance tous les deux.

Sylvie a commencé par sortir un feuille format A4 sur laquelle elle avait écrit de nombreux mots avec les phonèmes « on », « ou » et « oi ». En voyant son petit frère, autiste, déchiffrer sans difficulté la page entière, j’ai vu le regard d’Axel changer.

En son for intérieur, je suis convaincue qu’il s’est d’abord dit que c’était un rêve car cela était tout à fait impossible. Son petit frère, que de nombreux enfants de l’école et du groupe scolaire traitent d’imbécile devant lui (Axel et Adam ont été dans la même école maternelle une année et sont toujours dans le même groupe scolaire), lisait bien les mots les uns à la suite des autres! Une révélation pour Axel et une satisfaction pour Adam qui voulait manifestement faire plaisir à son frère.

Cette simple démonstration a suffi. Axel a chaudement félicité son frère et m’a dit, en sortant du cabinet de l’orthophoniste: « tu avais raison Maman, Adam saura lire et je vais l’aider ». En un instant, les antagonismes sont tombés et n’est restée que la fierté du frère aîné de voir les immenses progrès accomplis par son frère cadet. Un moment de bonheur pour tous les trois.

Regarder où on met les pieds

Comme Matthieu marchait souvent sur la pointe des pieds, et qu’il ne regardait pas où il mettait les pieds, Faustine, sa psychomotricienne, lui a confectionné des parcours d’obstacles de fortune en étalant des boîtes en carton assez basses dans toute la pièce. Elle initiait alors une activité qui lui plait (les bulles, par exemple), et le reprenait à chaque fois qu’il trébuchait en lui demandant de regardait où il mettait les pieds.

Maintenant, au lieu d’écraser tout ce qui est étalé dans la pièce, Matthieu fait plus attention où il marche, et il évite la plupart des obstacles. Cela lui évite de se prendre les pieds tout le temps dans les meubles, ou dans nos propres pieds, qu’il a cessé d’écraser à tout bout de champ.

Votre enfant regarde-t-il où il met les pieds? Comment l’y avez-vous aidé? Racontez-nous vos astuces dans les commentaires.

Exercices d’écriture

Je vous ai montré l’autre jour les premiers essais à l’écriture de mon fils Matthieu, autrement que sur son ardoise digitale. Nous avons continué avec des fiches trouvées sur le site Fiches Maternelles, qui proposent plein d’exercices à imprimer pour faire travailler son enfant. Elles sont à disposition pour utilisation privée, n’hésitez donc pas à aller fouiner là-bas pour faire l’inventaire de ce qui pourrait vous servir!

Voici le travail de Matthieu, qui fait pour la première fois un travail d’écriture avec consigne avec moi: repasser sur les lignes, avec consigne supplémentaire de ne pas faire de grabouillis sur son exercice.

Je trouve que, pour une première fois, il ne s’est pas trop mal débrouillé. On voit qu’il a eu des envies de grabouillage une ou deux fois, mais ce qui me fait surtout rire c’est le fait qu’il soit pointilleux: quand il rate sa lettre, il repasse dessus en faisant un petit pâté, pour être bien sur la ligne!

Pour les parents qui ont un enfant de l’âge de Matthieu (bientôt cinq ans), est-ce que vous lui faites travailler l’écriture? Quels autres sites recommanderiez-vous?

Savoir s’appuyer sur les intervenants pour modifier les comportements de ses proches

On a déjà l’habitude de ne pas être considéré comme compétent quand il s’agit du handicap de son enfant: parfois l’école, parfois des intervenants (mais pour éviter ça, il suffit de faire tout son possible pour choisir une bonne équipe). Mais c’est aussi, souvent, que les parents ne sont pas écoutés par leur propre famille pour ce qui est des choses à faire ou à ne pas faire pour l’enfant autiste.

Pourquoi n’est-on pas écoutés?

Je soupçonne plusieurs raisons pour lesquelles nous ne sommes pas entendus quand nous disons que tel ou tel comportement n’est pas bon, ou devrait être fait pour aider notre enfant:

  • le refus du changement: la famille a généralement déjà eu des enfants, et savent comment agir avec des enfants neurotypiques. Ils ne veulent pas imaginer que ce qu’ils pensent être bon ne l’est en fait pas pour notre enfant.
  • la fainéantise: même s’ils comprennent, ils n’ont pas forcément envie de se donner le mal de faire les choses comme il faut, parce que ça n’est pas naturel pour eux, et qu’ils oublient ou bien décident sciemment de ne pas faire l’effort.
  • l’ignorance: même si on leur a expliqué, en long en large et en travers, ils ne comprennent pas forcément les implications des actions qu’on leur demande de faire.
  • la suspicion d’ignorance: ils pensent que l’on ne sait pas ce qu’on dit, qu’on est fantaisistes, trop sévères ou trop laxistes, bref, qu’ils savent mieux que nous ce qui est bon pour notre enfant.

Il y a sûrement plusieurs autres raisons pour lesquelles nous ne sommes pas écoutés. Pour combattre les comportements inadaptés de la famille, il faut être rusés.

S’appuyer sur les intervenants

Plutôt que de se battre pour se faire entendre, vous avez deux solutions relativement simples. La première consiste à répéter les consignes données par les intervenants (la psychomotricienne a dit qu’il faut qu’il arrête de marcher sur la pointe des pieds, l’orthophoniste a dit qu’il faut qu’on lui demande de pointer du doigt plus souvent, etc.). Toujours dire que c’est le professionnel de la santé qui l’a dit (et ce n’est pas un mensonge), comme ça la confiance est là.

La seconde, si la famille ne veut toujours pas écouter, c’est de demander aux intervenants de venir expliquer une fois à la famille le travail qui est fait, et celui qui est à faire à la maison. Une fois rencontrés, la famille aura plus facilement tendance à faire confiance à ce que vous dites quand vous relayez les informations et instructions données par les intervenants.

Avez-vous des soucis avec votre famille par rapport aux comportements à avoir avec votre enfant? Avez-vous réussi à arranger les choses? Racontez-nous tout ça dans les commentaires.

Le Blog de Clémence Cazenave Tapie

Le blog de Clémence est écrit par sa maman, Élise, qui est la première personne que j’ai approché par rapport à l’autisme, durant l’été 2007, alors que je venais juste de faire le dépistage avec l’intervenante du CeRESA pour mon fils Matthieu.

Non seulement Élise est quelqu’un de très amical et très dévoué à la cause de l’autisme, elle m’a aussi aidée à avancer très rapidement, à éviter de perdre du temps pour mettre la prise en charge de Matthieu en place, et a répondu à toutes mes questions avec précision. Je trouve que c’est quelqu’un de vraiment formidable.

En plus de ce blog, où Élise parle de son quotidien et de celui de sa fille et explique très en détails les exercices qu’elle lui fait faire (Clémence n’est pas scolarisée et apprend à la maison), Élise a aussi trois petits sites en rapport avec l’autisme:

Je lis ce blog religieusement dès qu’un article y parait, car Élise a énormément de ressources, et se débrouille magnifiquement bien avec sa fille. Même si la plupart des astuces ne sont pas (encore) applicables à Matthieu, du fait de son jeune âge, j’y trouve souvent l’inspiration.

Voici quelques articles que j’aime particulièrement:

C’est le blog d’une maman dévouée et ingénieuse, face aux problèmes de l’autisme, et je vous le recommande de tout mon coeur. Merci Élise de tout ce travail!