Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Le Système de Communication par Echange d’Image, PECS (Picture Exchange Communication System), est une méthode qui s’adresse aux enfants atteints de Troubles Envahissant du Développement (TED) de niveau préscolaire, mais qui est adaptable à tout âge.

Le PECS a été créé en 1985 par le Dr Bondy (Psychologue) et Lori Frost (orthophoniste). C’est une méthode globale basée sur l’ABA et l’ABA-VB. Elle consiste en une série d’enseignements unique et alternative qui permet d’apprendre à communiquer.

Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Classeur PECS (photo: Valentin Monteleone)

Le PECS, qu’est-ce que c’est?

C’est un système de communication qui peut être soit alternatif,en venant remplacer la communication verbale (lorsqu’elle est absente ou inadaptée), soit augmentatif, en s’ajoutant au langage pour en augmenter l’efficacité (augmenter le nombre de mots connus, mais aussi faciliter le langage quand celui-ci est particulier). Il permet également d’apprendre à l’enfant à initier une interaction de communication, ce qui est bien souvent difficile chez les personnes atteintes de TED.

Cette méthode est, au même titre que l’ABA ou TEACCH, éducative et structurée. Elle nécessite un accompagnement régulier et correctement formé, ainsi que des évaluations et observations régulières pour ajuster au mieux la prise en charge. Elle utilise le renforcement positif, proposer une récompense à l’enfant, pour l’inciter à communiquer.

Comment marche le PECS?

Concrètement, ce système consiste en un classeur répertoriant tous les « mots », c’est-à-dire une image représente un mot, que l’enfant a pu apprendre avec cette méthode. Les mots désignent aussi bien des objets concrets (pomme, verre, fourchette, gant de toilette, ballon) mais aussi des verbes d’action (se promener, boire, manger, jouer) et des adjectifs (rouge, petit, gros).

À la fin des six phases d’apprentissage, l’enfant peut être ainsi capable de commenter son environnement à l’aide de ses images (par exemple: « je vois une voiture rouge » sera constitué des mots « je vois », de l’image « voiture » et de l’image « rouge »). Bien entendu, l’accès à la dernière phase du PECS est plus ou moins long en fonction de la prise en charge et du niveau de l’enfant.

Qu’apporte le PECS aux enfants autistes?

L’intérêt principal de cette méthode est de donner un moyen de communication à des enfants qui en sont généralement dépourvus. Cela réduit ainsi énormément les troubles du comportement liés à des frustrations ou des angoisses. De plus les images peuvent être comprises par tout le monde (même un inconnu dans la rue) et permettent la généralisation (un ballon peut être de toutes les tailles et de toutes les couleurs, par exemple).

Cette méthode permet aussi de structurer le langage quand il est par exemple écholalique. En demandant à l’enfant de passer par son classeur de communication, on va réduire ses écholalies jusqu’à essayer de les remplacer par des mots ou une phrase construits avec le PECS.

En contrepartie, les inconvénients sont minimes et plus d’ordre pratique. En effet, un classeur bien fourni peut être volumineux et peu pratique à transporter dans la vie quotidienne. Un classeur perdu revient à rendre muet l’enfant, qui se retrouve sans moyen de communication (un double voir un triple est plus que conseillé). Enfin, la communication reste lente et non immédiate, car l’enfant doit chercher dans son classeur, constituer sa phrase et la donner à la personne. Mais on peut tout de même dire que c’est un formidable outil qui permet la communication.

Le PECS, méthode parfaite?

Je tiens cependant à nuancer ce tableau de « méthode parfaite ». Tout d’abord, car c’est un travail long et difficile. Comme souvent, plus la méthode est mise en place précocement, plus il y a de possibilités pour aller au bout des six phases. La dernière phase est tout à fait envisageable, mais elle ne promet pas la fin du travail et l’accès à une communication totale. Il faut continuer à enrichir le vocabulaire, ce qui passe par un travail continu et souvent éreintant.

Ensuite, cette méthode, bien que de plus en plus répandue, n’est pas toujours correctement appliquée au sein des institutions. Elle demande à ce que l’ensemble du personnel soit formé à la méthode. De plus, le classeur ou les images peuvent être abimés ou perdus pour diverses raisons. Enfin, la compréhension des images génériques n’est pas toujours une chose aisée, surtout dans le spectre autistique qui contient autant d’autismes que d’autistes. Les spécificités visuelles (distinguer mieux le noir et blanc que la couleur par exemple) agissent sur l’utilisation du PECS. Il faut alors pouvoir l’adapter au mieux.

En espérant avoir été clair et compréhensible, je me tiens à votre disposition pour toutes questions. J’aborderai en détail les six phases dans un prochain article.

Phases

  1. Comment communiquer
  2. Déplacement et persistance
  3. Distinction
  4. Demande

Quelques mots sur Valentin Monteleone

Je m’appelle Valentin Monteleone. J’ai 27 ans et je viens récemment d’être diplômé en tant que Psychologue Clinicien à l’université Paris V. J’ai axé l’ensemble de mon cursus sur les Troubles Envahissant du Développement et plus particulièrement l’autisme. J’ai fait plusieurs stages m’amenant à être en contact auprès d’enfants, adolescents et adultes autistes. Actuellement, je travaille au sein de deux Foyers d’Accueil Médicalisés (FAM) pour adultes autistes au sein des Hauts-de-Seine. Personnellement, je suis intéressé par ce handicap car j’ai un oncle autiste que je connais depuis mon plus jeune âge.

Grâce à ma formation, j’ai pu me faire une idée de ce qu’est l’autisme. Aujourd’hui, je pose l’autisme comme un handicap de vie lié à des facteurs multiples mais principalement génétiques. Je tiens particulièrement à la notion de handicap, car ça signifie que l’on peut rééduquer la personne (pas dans un sens « avoir eu une mauvaise éducation », mais dans le sens « avoir besoin d’une éducation spécifique ») et adapter l’environnement pour permettre à la personne autiste une insertion dans la société qui soit à la fois plus efficace mais aussi moins douloureuse.

Pour moi, les intérêts du travail avec les personnes autistes, autre que les aider, sont la création et l’adaptation constante. Il faut s’adapter à chaque personne autiste car elle est unique dans son handicap. Il faut créer constamment de nouvelles solutions pour l’aider à révéler toutes ses capacités.

Évaluer avant d’agir et d’établir des programmes: l’ABLLS

J’adore la créativité des psychologues comportementalistes en matière d’abbréviations, toutes plus complexes et inattendues, toutes plus intraduisibles!

Je vais vous parler donc aujourd’hui de l’Assessment of Basic Language and Learning Skills (ABLLS). À vos souhaits!

L’ABBLS est l’un des pilliers essentiels de la mise en place d’une prise en charge ABA. Il s’agit de tests, d’entretiens, qui vont « évaluer » l’enfant sur 25 dimensions du développement, ou plutôt le positionner sur les différents items que je vais vous citer:

Lettre Titre Description
A Coopération et efficacité des renforçateurs L’enfant est-il sensible à la motivation et aux autres?
B Performance visuelle Capacité à interpréter visuellement des images ou des puzzles.
C Compréhension du langage réceptif Capacité à comprendre des instructions.
D Imitation motrice Capacité à mimer et reproduire les actions physiques des autres.
E Imitation vocale Capacité à imiter des sons ou des mots produits par d’autres, capacité d’écholalisation en ABA.
F Requêtes Capacités pour le Manding en ABA, capacité à exprimer une demande, un besoin.
G Dénomination Capacité à nommer des objets, leurs caratéristiques, leurs fonctions, le groupe auquel ils appartiennent.
H Capacités intraverbales Capacité à répondre au stimulus des mots seulement, sans avoir besoin d’objets pour soutenir la compréhension, ou de motivateurs.
I Vocalisations spontanées Utiliser le langage sans demande préalable.
J Syntaxe et grammaire Capacité à assembler des mots et des phrases.
K Jeu et loisirs Capacités à jouer en groupe et de manière solitaire.
L Interactions sociales Capacités à développer des interactions avec les pairs ou les adultes.
M Consignes de groupe Capacités à apprendre au sein d’un groupe et pas seulement en face à face.
N Habitudes scolaires Capacité à suivre les règles et la vie d’une classe.
O N/A
P Réponse généralisée Capacité à généraliser un acquis et à l’utiliser en contexte dans la vie de tous les jours ou dans des situations nouvelles.
Q Lire Alphabet, pré-lecture et lecture.
R Maths Nombres, compter, moins-plus-égal, addition, soustraction.
S Ecrire Colorier, dessiner, copier et écrire.
T Epeler
U S’habiller Capacité à s’habiller et se déshabiller seul.
V Manger Capacités basiques à manger seul et à préparer sa nourriture.
W Soins corporels Capacités de base à prendre en charge son hygiène.
X Propreté Capacités à être propre (pipi, caca, diurne, nocturne, etc.).
Y Motricité globale Ballon, nage, marcher, courir, grimper, monter, descendre des escaliers, une échelle, faire du 4 pattes, ramper, sauter à pieds joints et sur un pied, rouler, pédaler…
Z Motricité fine Écrire, agrafer, pincer, tourner des pages, couper, coller…

Une fois que « l’état des lieux » (en quelque sorte) est fait, les programmes ABA sont bâtis afin de faire progresser l’enfant dans le domaine choisi.

L’ABLLS ne fait référence à aucun degré de « performance », ce que réalise l’enfant n’est pas comparé à ce que réaliserait sa classe d’âge neurotypique. On fait juste la liste de ce que l’enfant sait faire ou pas, afin d’organiser ce que l’on travaillera ensuite.

Ainsi, si Stan ne sait pas découper, il sait manger seul proprement: je vais probablement plus rapidement débuter un programme sur l’acquisition du découpage que sur la recette de la tarte aux fraises. Mais pour certains parents, plus gourmands que mon mari et moi, la tarte aux fraises sera peut-être prioritaire…

Aussi, au fil du temps, j’aurai une référence objective d’où se situait Stan en début de programme, et de son point d’arrivée à l’issue du programme. Et ça, croyez moi, c’est bon pour le moral!

Ce test doit toujours être mené par une personne qui maîtrise bien les techniques ABA afin qu’il ne soit pas biaisé, et avec le matériel adéquat.

ABA, une méthode efficace durablement? Étude McEachin, Smith et Lovaas (1993)

everyone loves books... (photo: boltron-)

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Étude McEachin, Smith & Lovaas (1993)

L’objectif était d’évaluer le maintien des acquisitions des enfants étudiés en 1988. Les enfants ont été évalués à l’âge de douze ans par des professionnels indépendants à l’aide de tests d’adaptation sociale et d’intelligence: sur les neuf enfants qui ont réussi leur premier cycle dans l’étude de 1988, sans l’aide d’un intervenant, huit d’entre eux ont présenté des performances identiques à un enfant neurotypique.

Les professionnels en concluent que les gains produits par un traitement comportemental sont considérables et durables dans le cas d’enfants autistes.