Sauter le pas

À quel moment, dans sa vie de parent, se sentir suffisamment en confiance face à l’autisme pour faire profiter les autres parents de notre expérience? Est-il possible un jour de se sentir en confiance face à ce handicap qui nous enferme dans l’incompréhension permanente?

Pour ma part, il a fallu cinq ans après le diagnostic de Mathilde, et un élément déclencheur: voir d’autres enfants autistes et partager avec d’autres parents, ce dont j’ai souvent eu peur.

Pour avancer, j’ai glané de-ci de-là des informations, des conseils sur des forums ou auprès des professionnels. Mais je me suis rarement dit: « voilà ce que moi j’ai réussi ou inventé ».

Je le dis aujourd’hui: tous les parents font aussi des choses par eux-même, sont inventifs, plein de ressources, contournent parfois les idées reçues et surtout connaissent leur enfant mieux que personne.

Que tous les parents parlent de leur expérience et nous avancerons plus vite pour nos enfants!

Sauter le pas

Quel avenir pour ma princesse?

Quand le diagnostic est tombé, Mathilde avait presque 4 ans… Comme à vous tous, le ciel m’est tombé sur la tête! Quel sera l’avenir de mon enfant? Bien sûr, pour ses autres enfants, on imagine plein de choses, un devenir presque tracé, ou au moins on va oeuvrer pour qu’ils arrivent là où on veut les mener, enfin presque!

Mais face à un enfant autiste, tant de questions fusent qu’il faut un certain nombre d’années pour arriver à poser les bases. Et vient le jour fatidique où, après s’être un peu reposé, la « grande » question revient au galop: et après…?

En l’occurence: et après la CLIS, vous avez prévu quoi?

Et là, patatras! On prend les mêmes et on recommence pour le parcours du combattant. Mais là, on ne joue plus dans la même cour: UPI, IME, HDJ, ULIS? L’avenir se précise mais attention, ce n’est pas si simple: l’orientation après CLIS dépendra des possibilités de Mathilde! Eh bien ça m’aide bien de savoir ça!

Donc, c’est reparti! Évaluations au CRA, dossier à remplir, attente des rendez-vous, angoisse des résultats, mais surtout et avant tout: mais, dites donc, on parle pour dans deux ans et demie, là. Comment savoir où en sera Mathilde à ce moment-là? À moins d’être devin, ce que je ne suis pas, et d’avoir totalement confiance dans les tests, je me pose vraiment des questions!

Il y a trois mois, ma fille montait un poney pour la première fois; aujourd’hui, elle le monte à cru et va au galop sans se tenir du tout. Alors là, je me dis, en trois mois tout peut aller très très vite, il suffit d’un déclic, d’une attention, d’un intérêt, d’une passion, d’une ouverture… Comment choisir son lieu d’accueil futur quand je vois que tout peut basculer en si peu de temps?

De toute façon, je n’ai pas le choix, je dois en passer par là, l’inscrire partout. Je vais y aller à l’aveugle, mais je n’aime pas ça.

Une place quelque part, à tout prix, parce que Mathilde est scolarisée depuis ses trois ans et qu’elle ne supportera pas la vie à la maison. Elle a besoin de sortir, de voir du monde malgré l’intérêt qu’elle porte au monde. L’ouverture fait partie de sa vie depuis toujours, mais j’ai peur des listes d’attente, des réponses négatives, des réponses positives pour un lieu d’accueil pas du tout adapté…

En fait, je crois que nous, parents, ne nous reposons jamais (je ne parle pas du quotidien, vous l’aurez compris: là c’est sûr qu’on ne se repose jamais!). Je parle de cet avenir que l’on a dans les mains, dont on est complètement responsable, que l’on doit choisir et imposer à son enfant qui a peut-être totalement besoin du contraire! Je pèse mes mots: je dis « besoin » parce que nos enfants ne peuvent pas tous dire ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin pour être bien. C’est bien là le problème.

Allez, hauts les coeurs: recherches internet, coups de téléphone, listes d’attente, visites des lieux et tout le toutim… Heureusement, je ne désespère pas: Mathilde et moi ne sommes pas les premières à en passer par là!

Parlons de la CLIS Autisme

J’ai reçu il y a quelques temps un article à propos d’une CLIS Autisme par Delphine Dangien qui a sa fille Mathilde, et qui est très enthousiaste par rapport à la prise en charge qu’elle y reçoit. Je partage avec vous son ressenti:

Parlons de la CLIS Autisme

Une CLIS Autisme, ça existe?

La réponse est OUI! Ma fille Mathilde a intégrée sa CLIS il y a maintenant deux ans et demi. Les enfants, tous autistes, sont six dans la classe mais ont un emploi du temps adapté et sont rarement plus de quatre à la fois en classe.

L’enseignement est délivré par une institutrice spécialisée en binôme avec une éducatrice spécialisée. Les enfants sont donc toute la journée pris en charge par la même equipe, autant pour les repas que pour les loisirs, donc hors enseignement scolaire.

Voici, par exemple, comment se déroule la journée à l’école de Mathilde le mardi:

  • Séance d’équithérapie aux écuries du village pour quatre des enfants (départ de l’école avec la maîtresse et l’éducatrice)
  • Apprentissages scolaires au retour
  • Récréation dans la cour avec toutes les autres classes
  • Préparation du déjeuner en classe (equipée d’une cuisine) mais prise du repas au self de l’école avec tous les autres élèves
  • Sport en salle avec des élèves de 6ème (barres, poutre, sauts, roulades…)
  • Retour en classe pour un jeux de société ou quartier libre pour un loisir choisi par l’enfant (DVD, ordi, lecture, etc.).

Les autres jours, toute la « petite equipe » va faire les courses au supermarché, se promène au parc ou en ville, va à la bibliothèque, participe à des journée sportive… Je peux vous dire que quand je récupère Mathilde à 16 heures, elle est bien fatiguée!

Je ne peux que faire un constat très positif de cette forme d’accueil que je trouve complètement adapté à mon enfant: à l’école, Mathilde apprend les règles de la vie que je n’arrive pas à lui enseigner, et en plus je n’ai pas toutes les clefs pour le faire et ce n’est pas non plus mon métier.

Par exemple, au self, elle reste assise pendant 3/4 d’heure pour le déjeuner, alors qu’à la maison elle refuse de s’asseoir à table. Mais, je suis rassurée parce que je sais qu’elle est tout à fait capable de le faire…

Tout se fait en douceur et dans le respect de l’enfant mais, et c’est tout à fait normal, quelquechose que l’enfant a acquis à l’école doit trouver sa continuité à la maison (vraiment pas facile parfois!).

Pour la petite histoire, j’ai testé l’intégration de Mathilde en milieu ordinaire avec une AVS, mais elle n’y avait pas du tout sa place. Mathilde avait vraiment besoin d’un accueil adapté pour progresser, et en deux ans et demi je peux voir tous ses progrès. Et si parfois je me dis « ohlala mais ce n’est pas possible, ça je n’y arriverai pas », je me reprends très vite en nous revoyant quelques années en arrière!

La CLIS Autisme n’est reconnue comme telle par l’Éducation Nationale que depuis l’année dernière. C’est pour cela qu’elle porte ce nom et n’est pas classifiée avec un numéro (comme la CLIS1 où l’accueil des enfants est un mélange des genres). Mais tout y est fait dans les « règles » auprès de la MDPH pour l’orientation et le PPS, les services de soins spécialisés….

Il faut plus de CLIS AUTISME, c’est le mieux pour certains enfants. Apparement les choses avancent, croisons les doigts!

Votre enfant est-il en CLIS ou en CLIS Autisme? Qu’en pensez-vous? Partagez dans les commentaires.

À l’école de la République (4ème partie): l’embellie

Par facile de faire table rase de ce qu’il s’était passé durant la moyenne section pour aborder dans de bonnes conditions la grande section. Et pourtant, il l’a fallu. C’était la dernière année d’Adam à l’école maternelle, celle de son orientation.

En réalité, cela n’a pas été très difficile car je savais par avance que la maîtresse d’Adam faisait un excellent travail avec ses élèves. Au niveau pédagogique, je n’avais donc aucune inquiétude. Restait néanmoins la question de l’intégration d’Adam, dont le comportement pouvait toujours s’avérer difficile à gérer en classe, spécialement lorsqu’il faisait des crises (et elles seront encore nombreuses en grande section, principalement en début d’année).

Le jour de la rentrée, je constate que la plupart des copains d’Adam sont dans l’autre grande section. Cela ne va donc pas être évident pour lui de trouver ses repères: changement de classe, d’amis et de maîtresse!

La maîtresse apprend à connaître Adam pour pouvoir l’évaluer et lui proposer des activités. Elle le punit lorsqu’il fait une bêtise, car Adam comprend parfaitement les interdictions, et le félicite lorsqu’il fait bien. Adam va être très attaché à sa maîtresse durant toute l’année. Maintenant encore, il me parle d’elle. Il faut dire qu’elle l’a considéré comme un élève, avec ses difficultés particulières.

K., son AVS, est toujours présente aux côtés d’Adam et le stimule autant qu’elle le peut pour qu’il fasse les exercices proposés en classe au lieu de jouer à la locomotive et à la pâte à modeler, ce qui n’est pas facile tous les jours. Dans la cour, K. note qu’Adam a gagné en autonomie: il ne donne plus systématiquement la main et essaie de jouer calmement avec les autres enfants de sa classe, qu’il apprend à connaître.

Côté langage, la progression est constante, ce qui simplifie le travail de la maîtresse et de l’AVS dans pas mal de situations, Adam les appelle par leur prénom, demande des choses simples (tel que « donne-moi de l’eau, des bonbons, fais mes lacets »…). Autant de crises évitées.

Bref, tout se passe bien lorsque j’apprends que K. doit démissionner, en raison des graves problèmes de santé de son mari. Nous sommes fin septembre. Elle est arrêtée pour plusieurs jours et la Directrice m’annonce qu’il va peut être falloir que je recherche une personne pour garder Adam à la maison, le temps qu’une autre AVS soit recrutée, car il n’est pas pensable que mon fils aille seul en classe sur une longue période!

Après ce qu’il s’était passé l’année dernière, la coupe est pleine. J’en parle à un parent d’élève qui relaye l’information à l’inspecteur de circonscription. La réponse ne se fait pas attendre: je suis convoquée par la Directrice immédiatement à la sortie des classes (j’ai donc Adam et Axel avec moi), en présence de la maîtresse (qui n’était pas présente lors de la conversation précédente) pour me voir expliquer que je n’ai pas compris le sens de notre discussion (ben oui, je suis un peu débile) et qu’Adam va bien entendu aller en classe.

À partir de ce moment-là, j’ai décidé de ne plus accepter de parler à la Directrice hors la présence de tiers, pour éviter de telles difficultés.

Une première AVS est recrutée mais elle ne se présentera plus dès le second jour, puis une seconde arrive, D., qui restera aux côtés d’Adam jusqu’à la fin de l’année. L’aide apportée à Adam ne sera pas forcément très adaptée, faute de formation, mais les progrès seront réguliers jusqu’au mois de juin: exercice de numération réussis, tableaux à double entrée parfaitement exécutés, aucun problème pour les activités sur les lettres (discrimination visuelle, déchiffrage, lecture de plusieurs mots…). Ce qui pêche est naturellement la conversation et les réponses aux questions sur les textes lus par la maîtresse. Adam n’est pas dans ce registre, encore inaccessible pour lui.

Lors de l’équipe éducative de décembre 2009, nous décidons d’un passage en CLIS pour l’année scolaire suivante. À ce moment-là, nous ignorons tous qu’Adam fera des progrès considérables au niveau du comportement et des apprentissages, à tel point que ses intervenants finissent par envisager un passage en CP au mois d’avril, puisqu’au niveau cognitif il en a les capacités, et alors que la MDPH a pris une décision d’orientation en CLIS au mois de janvier précédent.

Je n’ai pas fait ce choix. Je pense qu’Adam est dans l’incapacité d’affronter une classe de 30 enfants (ce sont les effectifs dans notre groupe scolaire). Ai-je eu tort ou raison? Seul l’avenir nous le dira.

Côté cantine, c’est finalement l’alitement de ma mère pour cause de pneumonie, fin mai, qui l’a remise à l’ordre du jour. Il faut dire que la directrice a été absente durant de longues semaines pour maladie pendant cette période et que la maîtresse a pris la décision d’accepter Adam de nouveau, sans qu’il n’y ait de problème.

Fin juin, Adam n’a pas vraiment participé au spectacle musical: tous les enfants de grande section devaient chanter devant les familles. Mais il est resté sur l’estrade, ce qui était déjà positif, avant de regarder le lâcher de ballons dans le ciel qui marquait la fin de l’année, et pour lui, sa sortie du groupe scolaire.

Le mercredi 30 juin, Adam se fracture le bras. À ce moment-là, il ne s’agit que d’une fracture non déplacée, il n’a donc pas été opéré mais uniquement plâtré. La directrice refuse qu’il passe la dernière journée de l’année scolaire à l’école, qu’il quitte donc par la petite porte.

Pas d’au revoir aux copains, un bisou rapide à sa maîtresse, il ne reverra pas son AVS. Conclusions de quatre années d’école, souvent chaotiques.

Pourtant, je ne regrette pas d’avoir scolarisé Adam dans cette école. Certaines années auront été plus difficiles que d’autres mais au final, Adam aura écrit une jolie page de son histoire en grande section, celle de sa métamorphose: il était entré à l’école maternelle en tant qu’enfant handicapé, scolarisé en vertu de la loi du 11 février 2005 pour en sortir en tant qu’élève en situation de handicap, ce qui n’est pas du tout la même chose. Une véritable embellie.

Entre temps, il a appris à devenir élève et à entrer dans les apprentissages. Merci à sa maîtresse et à ses copains de classe.

Chouette, c’est la rentrée!

J-1 avant la rentrée. Je viens de recevoir la notification d’affectation en CLIS d’Adam et me précipite à la mairie pour l’inscrire à l’école. Il faut dire que la seule CLIS publique que j’avais demandée était non seulement hors département par rapport à notre domicile, mais aussi hors académie!

Du coup, impossible de préparer Adam pour la rentrée en lui montrant, notamment, sa future école. Il saute dans le grand bain dès le lendemain, à 8 heures 30, avec son cartable de grand. Seule dérogation autorisée en ce jour un peu spécial: les parents peuvent monter dans la classe quelques instants, comme pour Axel lorsqu’il était rentré au CP. Après cela, nous partirons.

Adam est manifestement content de faire son entrée à la grande école car il s’exclame « ah, enfin le CP! » lorsqu’il pénètre dans la classe. Il est touchant! Il s’installe à une table, prend une feuille de papier et écrit… Un dernier baiser et nous prenons la direction du groupe scolaire d’Axel, qui fait aussi sa rentrée mais à 9 heures.

La première journée d’Adam à la grande école est jugée « difficile » par l’enseignante, celle du lendemain « compliquée », mais elle me rassure en me disant que c’est normal, et qu’il faut qu’Adam et elle apprennent à se connaître. À la maison, en revanche, Adam est charmant, signe qu’il n’est pas perturbé par l’école.

Pendant tout le weekend, je parle à Adam de ce qu’il faut faire et ne pas faire à l’école, et ça fonctionne! Pas de crises le lundi et le mardi. Mieux, Adam me dit: « c’était bien l’école ». La maîtresse me dit qu’il va pouvoir entrer dans les apprentissages prochainement…

Le jeudi est encore difficile car Adam refuse de rentrer à la cantine pour manger, et c’est l’AVS co qui arrive à le persuader de grignoter vers 13 heures. En revanche, quand Adam est disposé à travailler, il est bien concentré: la maîtresse a constaté qu’il savait lire un certain nombre de syllabes, et qu’au niveau du graphisme, de la reconnaissance des formes et de la discrimination visuelle, il se défendait bien. Elle commence à décrypter le comportement d’Adam pour éviter les crises.

De mon côté, j’ai beaucoup d’appréhensions. À force d’avoir eu des tas de réflexions en maternelle sur ce qu’Adam faisait de mal, j’ai oublié que je pouvais lui faire confiance. Mon petit bonhomme devient soudain grand. Le matin, il entre seul dans l’école avec son cartable sur le dos et se dirige dans la cour de récréation avec les autres enfants, ça me paraît très bizarre! Il ne sortira qu’à 16 heures 30, après avoir passé toute la journée à l’école, comme son grand frère.

Je sais que tout ne va pas aller d’un coup de baguette magique mais j’espère que l’année se passera bien et qu’Adam progressera.

Ce soir, Adam est revenu de l’école avec sa première récitation.

Chouette, c’est la rentrée

Chouette, c’est la rentrée
On va bien s’amuser!
Zut, c’est la rentrée
Plus de grasses matinées!
Chouette, c’est la rentrée
La maîtresse est bronzée!
Zut, c’est la rentrée
Bientôt fini l’été!
Chouette, c’est la rentrée
J’ai de nouveaux souliers!
Zut, c’est la rentrée
J’ai un peu mal aux pieds!

Sylvie Poillevé

Axel et moi sommes perplexes. Adam doit-il l’apprendre par cœur puisqu’elle se trouve dans son cahier? Certainement, à plus ou moins long terme. Après tout, Adam est maintenant à l’école élémentaire.

Décidément, cette rentrée 2010/2011 ne ressemble pas du tout à la précédente, elle est pleine d’espoir!

C’est la rentrée

C’est la rentrée

Cartable nouveau,
Joli manteau.
Livres, cahiers
Et beau plumier…
Cloche a sonné,
Un gros baiser.
Il faut y aller:
C’est la rentrée!

Christian Merveille

Ce poème, Adam aurait pu l’apprendre au CP, qu’il aurait dû intégrer en septembre 2009, comme tous les enfants nés en 2003, s’il n’avait pas été autiste.

Mais le jeudi 3 septembre 2009, Axel est allé seul à la grande école, au CE2. Je lui ai fait mes dernières recommandations pour être sage, un dernier baiser et nous sommes partis, Adam et moi, pour l’école maternelle, pour la quatrième année consécutive, munis d’un simple petit sac à dos contenant quelques affaires de rechange.

Nous avons croisé sur le chemin les enfants qui étaient avec Adam à la crèche ou en classe lors de sa première petite section, arborant un cartable flambant neuf et accompagnés de leurs parents, très fiers de leur entrée à la grande école.

Adam n’ira jamais au CP.

Axel a compris qu’il ne sera jamais pris en photo avec son frère par le photographe de l’école, contrairement à ses copains qui ont également un frère ou une sœur nés en 2003.

C'est la rentrée

Il me reste encore deux mois avant la prochaine équipe éducative pour trouver une CLIS qui soit la plus adaptée au handicap d’Adam. Curieuse course contre la montre!

Ce jeudi 3 septembre 2009, j’ai eu un pincement au cœur. C’est le jour où j’ai dû commencer à faire le deuil d’une scolarité classique pour mon fils.

Jour de tristesse.

Septembre 2009

La fierté du grand frère

Dès lors que l’on a plus d’un enfant, les difficultés peuvent surgir à tout instant parmi la fratrie, encore plus lorsque l’un des enfants est handicapé. Il est encore plus difficile, dans ce cas, de trouver sa place. Axel n’a pas échappé à la règle.

Une fois n’est pas coutume, Axel s’est rendu avec Adam et moi-même chez l’orthophoniste récemment puisqu’il devait passer un bilan à 10 heures du matin et n’allait donc pas à l’école de la matinée.

La veille au soir, certainement sous l’effet du Concerta qui régule bien son hyperactivité, Axel s’était appliqué à préparer des exercices pour son petit frère, pour le faire travailler afin qu’il puisse aller au CP! Touchante attention de sa part car il n’a pas encore bien saisi le fonctionnement de la CLIS et pense que la première année de CLIS correspond au CP. Tout ce qu’Axel a retenu, c’est qu’Adam allait entrer à l’école élémentaire l’année prochaine et qu’il allait avoir un cartable et des devoirs à faire le soir, comme lui… Au fond, il a raison.

Conscient de la difficulté à faire travailler son frère (il avait couru après Adam pendant une bonne partie de la soirée!), j’ai donc demandé à Sylvie, l’orthophoniste, d’expliquer à Axel comment elle s’y prenait durant les séances. Comme à son habitude, elle a pris le temps de montrer à Axel ce qu’elle faisait en lui précisant bien que parfois, Adam n’était pas disposé à travailler et qu’il fallait faire avec. Nous avons donc assisté à la séance tous les deux.

Sylvie a commencé par sortir un feuille format A4 sur laquelle elle avait écrit de nombreux mots avec les phonèmes « on », « ou » et « oi ». En voyant son petit frère, autiste, déchiffrer sans difficulté la page entière, j’ai vu le regard d’Axel changer.

En son for intérieur, je suis convaincue qu’il s’est d’abord dit que c’était un rêve car cela était tout à fait impossible. Son petit frère, que de nombreux enfants de l’école et du groupe scolaire traitent d’imbécile devant lui (Axel et Adam ont été dans la même école maternelle une année et sont toujours dans le même groupe scolaire), lisait bien les mots les uns à la suite des autres! Une révélation pour Axel et une satisfaction pour Adam qui voulait manifestement faire plaisir à son frère.

Cette simple démonstration a suffi. Axel a chaudement félicité son frère et m’a dit, en sortant du cabinet de l’orthophoniste: « tu avais raison Maman, Adam saura lire et je vais l’aider ». En un instant, les antagonismes sont tombés et n’est restée que la fierté du frère aîné de voir les immenses progrès accomplis par son frère cadet. Un moment de bonheur pour tous les trois.

Autisme et scolarisation: la CLIS

Christian M. est professeur des écoles. Il a exercé en CLIS dans un département dépourvu de CLIS-TED, ainsi que dans différents établissements et structures spécialisées, et nous parlera de son expérience de la scolarisation des enfants autistes et de la prise en charge du handicap au sens large par l’école. Christian tient aussi un site dédié à son fils Mathieu, décédé d’un cancer en 2009 à l’âge de cinq ans: Petit Pouyou: Mathieu, la grande bataille pour la vie contre le néphroblastome.

À la suite de différents articles, de questions que certains parents se posent, je vais essayer d’éclairer un peu ce vaste sujet que sont les CLIS, les « CLasses d’Inclusion Scolaire » (anciennement CLasses d’Intégration Scolaire).

Qu’est-ce qu’une CLIS?

Historique

Les CLIS ont été créées en 1991 par la circulaire n° 91-304 du 18 novembre 1991 transformant les classes de perfectionnement, qui accueillaient les « débiles mentaux », en CLIS, qui pour les CLIS-1 devaient accueillir les élèves atteints de « déficience mentale sévère » (donc mesurée). Leur fonctionnement a depuis été modifié par la circulaire n° 2002-113 du 30 avril 2002 et puis par la circulaire n° 2006-051 du 27 mars 2006 faisant notamment suite à la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 sur le handicap loi dont nous avons parlé dans un précédent article.

Il faudra en fait attendre la circulaire n°2009-087 du 17 juillet 2009, soit plus de 4 ans après la loi de février 2005 pour que les circulaires fixant le fonctionnement des CLIS soient mis en conformité avec la loi. L’évolution de ces textes (internes à l’Education Nationale) est très intéressant et symptomatique tant par les délais pour les faire évoluer, que dans l’évolution de la terminologie utilisée (les mots choisis).

Les textes règlementaires

Concernant la prise en charge spécifique des TEDs dont l’autisme, la circulaire interministérielle n°95-12 du 27 avril 1995 réalisée par Simone Veil, avait évoqué notamment un « enseignement incorporé à la structure ou travail en partenariat avec des classes d’intégration scolaire (CLIS) », en clair donc que les enfants autistes pouvaient bien être scolarisés en CLIS dès 1995. Cette circulaire a récemment été abrogée (annulée) par la récente circulaire de simplification administrative n° 2009-185 du 7 décembre 2009.

Rappelons que la circulaire de l’Education Nationale du 17 juillet 2009 toujours en vigueur,  indique que les CLIS-1 sont destinées à accueillir les élèves:

« dont la situation de handicap procède de troubles des fonctions cognitives ou mentales. En font partie les troubles envahissants du développement ainsi que les troubles spécifiques du langage et de la parole. »

Elles sont donc destinées à accueillir, entre autres, les enfants ayant des troubles de nature autistique.

En outre, la circulaire interministérielle n°2005-124 du 14 avril 2005, elle aussi toujours en vigueur, rappelle l’ensemble des efforts qui doivent être réalisés par les différents acteurs de l’Etat au niveau local et régional notamment. En particulier deux points importants concernant l’autisme:

« favoriser l’établissement de relations de coopération et de partenariat entre les établissements scolaires, médico-sociaux et sanitaires afin de faciliter la réalisation de parcours souples tenant compte des besoins évolutifs des jeunes »

« déterminer, en lien étroit avec ces services assurant l’accompagnement, les besoins de création de dispositifs collectifs (CLIS, UPI) organisés pour répondre de façon adaptée aux besoins particuliers qui peuvent être ceux de jeunes présentant des TED, sans cependant faire de ces dispositifs le lieu exclusif de scolarisation pour l’ensemble de la population concernée »

En clair, la création de CLIS ou de classes réservées exclusivement aux TED n’est pas (ou plus) prévu afin d’éviter, dans l’esprit du gouvernement, toute forme d’exclusion – de ghetto que cela induirait automatiquement, mais bien la mise en place de partenariats réels entre notamment les SESSAD/IME avec les CLIS et écoles accueillant des élèves autistes.

Qui, comment et pourquoi un élève arrive-t-il en CLIS?

Comme le rappelle cette circulaire du 17 juillet 2009, la loi de février 2005 donne la priorité à:

« une scolarisation en milieu dit « ordinaire », le recours aux établissements ou services médico-sociaux étant considéré de façon complémentaire ou, le cas échéant, subsidiaire, et en confiant […] à la CDAPH, au sein des […] MDPH, la responsabilité de définir le parcours de formation de l’élève dans le cadre de son projet de vie. »

Plusieurs choses donc: priorité à une scolarisation en milieu « ordinaire », l’école. Milieu ordinaire n’implique pas obligatoirement une classe ordinaire:

« Dans un certain nombre de cas, l’élève handicapé qui fréquente une école ne peut pas tirer pleinement profit d’une scolarisation complète en classe ordinaire parce que les conditions d’organisation et de fonctionnement de ces classes sont objectivement incompatibles avec les contraintes qui résultent de sa situation de handicap ou avec les aménagements dont il a besoin. Il peut également avoir besoin de façon récurrente, voire continue, pour réaliser les apprentissages prévus dans son […] PPS, d’adaptations pédagogiques spécifiques liées à sa situation de handicap, qui lui permettent de construire peu à peu les compétences visées. »

Dans certains cas: soit le fonctionnement d’une classe ordinaire n’est pas compatible avec les besoins des élèves qui ont des besoins spécifiques, soit pour atteindre les apprentissages prévus dans le PPS, l’élève a besoin d’adaptations spécifiques pour y arriver.

On comprend maintenant bien le rôle crucial du PPS et de son contenu. Son contenu doit comprendre non pas un parcours souhaité, mais bien des objectifs d’apprentissages (qui peuvent sembler très ambitieux au moment où on les écrit).

Dans ce cadre, la circulaire rappelle que c’est la CDAPH qui propose:

« à cet élève une orientation vers une CLIS, dispositif collectif de scolarisation installé dans une école élémentaire ou maternelle. Cette orientation est prononcée pour faciliter la mise en œuvre du PPS »

Donc, une CLIS est une classe destinée à des adaptations spécifiques au sein d’une école ordinaire 1.

La circulaire ajoute que cette classe n’est pas un « sas », donc pas un lieu d’attente pour une éventuelle orientation ailleurs!

Ce qui rappelle que les décisions notifiées par la CDAPH sont opposables (en droit, donc au tribunal administratif si nécessaire) aux réponses (écrites) de l’Education Nationale (par exemple: refus, manque de place, avis différent etc).

La circulaire ensuite mentionne que:

« L’admission de l’élève est prononcée par le directeur de l’école »

Le directeur de l’école, où se trouve la CLIS, doit vérifier la compatibilité de l’accueil de votre enfant avec le projet de CLIS (transmis une fois par an à la MDPH), et donc avec le projet individuel des élèves déjà présents (sécurité et cohérence), et ne doit pas dépasser l’effectif maximal autorisé: 12 élèves au plus, moins si l’Inspecteur d’Académie a prononcé une restriction au regard du projet de CLIS, et ceci en fonction des élèves déjà accueillis.

En cas d’incompatibilité (rare) ou d’absence de place (plus fréquent), ce directeur doit le notifier par écrit vous permettant de faire valoir les droits de votre enfant pour une inscription dans une autre CLIS, ou nécessitant l’ouverture d’une autre CLIS par exemple.

Pour conclure: un élève est orienté en CLIS par la CDAPH (MDPH) au regard de son PPS s’il a des besoins d’adaptation très spécifiques ou que sa situation est objectivement incompatible avec une scolarisation à temps complet dans une classe ordinaire (relationnel, sorties pour soins, aménagement du temps de classe etc).

La CDAPH ne prononce pas ce genre de décision ex-nihilo, à partir de rien en se levant le matin, mais elle répond à une demande qui lui est généralement transmise à la suite de la Réunion d’une équipe de Suivi de Scolarisation (RSS), dont le compte-rendu fait le constat de la situation d’apprentissage de l’enfant (bilan) et des objectifs (écrits dans son PPS que la CDAPH connait déjà).

Les parents, aidés par l’enseignant référent, doivent veiller à ce que ce fonctionnement ne soit pas inversé (faire la demande et fixer les objectifs par exemple), ce qui se ferait probablement au détriment de l’élève en fixant des objectifs trop faibles ou trop élevés par exemple.

Son fonctionnement: la vie d’une CLIS

La CLIS est, en pratique, avant tout, un lieu de vie, souvent appelé « une petite famille », car les élèves qui y sont inscrits y passent généralement les 5 années de la scolarité en école élémentaire, voire 6 en cas de maintien (qui est rarement exceptionnel en CLIS). Et ils les passent tous ensemble.

La circulaire de 2009, rappelle que c’est « une classe à part entière de l’école dans laquelle elle est implantée », donc elle accueille des élèves à part entière. Son « projet d’organisation et de fonctionnement [...] implique tous les enseignants de l’école dans la mesure où chacun d’entre eux peut être amené à scolariser partiellement dans sa propre classe un ou des élèves de la CLIS ».

On entre tout de suite dans le vif du sujet: les élèves de la CLIS sont amenés à être scolarisé dans d’autres classes pour des durées et des modalités (des conditions) qui leur sont spécifiques (très différentes d’un élève à l’autre – ne les comparez donc pas). Les autres enseignants doivent être moteurs dans ces accueils même si c’est parfois très complexe.

L’enseignant de la CLIS a donc un travail important notamment:

  • d’adaptation individuelle des apprentissages qui sont fait au sein de la CLIS,
  • d’organisation de scolarisation dans d’autres classes,
  • d’organisation aussi en fonction des aménagements de la scolarité (temps de classe, sorties pour soins, orthophonie, etc).

Il peut donc être amené à faire des choix (s’il constate qu’un des points précédents ne peut être réalisé) en fonction de ces contraintes, qui sont multipliées par le nombre d’élèves et par leurs besoins.

Pour l’aider dans certaines tâches du quotidien, la circulaire prévoit que le projet de CLIS qu’il a réalisé « peut prévoir l’affectation par l’inspecteur d’académie [...], d’une personne exerçant les fonctions d’auxiliaire de vie scolaire collectif (AVS-CO) ».

Dans les textes, il n’y a pas d’incompatibilité avec l’éventuelle présence d’une AVS-I. Cependant, la MDPH, qui gère les AVS-I et les AVS-CO, évaluera en fonction des besoins des enfants d’une éventuelle redondance des missions et de la nécessité objective de la présence des deux personnes pour cet élève, en plus de l’enseignant de la CLIS. En général, les AVS-I intervenant en CLIS le font sur des durées progressivement réduites (pour rendre autonome l’enfant) ou pour répondre à des problématiques très spécifiques (soins, troubles moteurs combinés etc).

Les TED en CLIS

La circulaire interministérielle n°2005-124 du 8-3-2005 qui a remplacé circulaire Veil n° 95-12 du 27 avril 1995,  sur la prise en charge des enfants autistes notamment, rappelle notamment que:

« Les travaux récents ont confirmé tout l’intérêt d’une scolarisation en école maternelle [...]. À l’issue de l’école maternelle, la scolarité en milieu ordinaire peut s’effectuer en intégration individuelle, le cas échéant en assurant un accompagnement par un auxiliaire de vie scolaire, ou dans le cadre d’un dispositif collectif, CLlasse d’Intégration Scolaire (CLIS) dans le premier degré, Unité Pédagogique d’Intégration (UPI) dans le second degré. Elle peut aussi et si nécessaire inclure selon des modalités variées la fréquentation à temps partagé d’un établissement médico-social ou sanitaire. »

« Les démarches de scolarisation en milieu ordinaire de jeunes présentant des TED doivent donc s’accompagner de démarches partenariales solides associant, dans un cadre académique et départemental, tous les partenaires institutionnels concernés. (…) »

L’autisme requiert des accompagnements spécifiques qui n’ont pas nécessairement de lien avec les autres formes de handicap cognitifs. L’enfant autiste, indépendamment des ses capacités cognitives a de grandes difficultés à appréhender un environnement changeant. Une classe ordinaire peut représenter pour lui un ensemble de stimuli générateur d’angoisses, et son inclusion dans cette classe doit être maîtrisée, adaptée, avec toujours une possibilité de retour en environnement stable (dans sa CLIS).

L’inclusion en classe ordinaire ne peut pas avoir pour simple objectif un besoin de « socialisation ». Elle doit viser des objectifs pédagogiques clairs déterminés par l’enseignant de la CLIS de façon cohérente avec le PPS. Il convient généralement d’informer la famille lors de la mise en place des inclusions (communiquer, anticiper, organiser sont des facteurs stabilisants).

Cependant, des accompagnements avec des méthodes duelles de type ABA2 auprès de chaque enfant exigeraient un temps et une organisation qui ne sont pas possible au niveau d’une CLIS:

« En outre, il convient de souligner que, si des méthodes spécifiques sont parfois préconisées pour aider les enfants autistes à réaliser des apprentissages, d’une part, ces méthodes, privilégiant des interactions duelles, ne sauraient être imposées à un enseignant même s’il peut utilement s’en inspirer dans certaines situations, d’autre part, la démarche pédagogique d’un enseignant ne saurait se réduire à l’application exclusive d’une méthode difficilement compatible en outre avec une pratique pédagogique dans un contexte collectif. »

Cela n’empêche pas d’y être formé ou de s’en inspirer dans la pratique de classe. Pour cela, l’Etat et les collectivités doivent notamment former spécifiquement leur personnel.

Dans le cadre du quotidien, il est aussi important de noter que la circulaire insiste sur le fait qu’il est préconisé de permettre à tous les personnels (éducatifs) de pouvoir souffler à un moment donné, afin d’éviter les situations extrêmes:

« encourager les mécanismes offrant aux personnels, en particulier aux éducateurs, après un temps donné, la possibilité de changer de poste de travail afin d’éviter les phénomènes d’épuisement. »

Sachez qu’à l’heure actuelle, sauf cas très particuliers, ces mécanismes, n’existent pas encore au niveau du personnel (enseignant ou AVS) intervenant en CLIS et accueillant des enfants autistes.

En plus du temps passé en CLIS, il est absolument nécessaire de prendre en compte tout le temps que l’élève pourrait être amené à passer à l’école, et principalement la restauration (temps dit « péri-scolaire ») . La présence du personnel intervenant à la cantine est donc plus qu’importante dans les équipes de suivi. Les enseignants de l’école doivent particulièrement réfléchir au temps de récréation, aux sorties scolaires lors de l’accueil d’élèves autistes.

Mythes et réalités et un peu (beaucoup) de parti pris

D’une façon générale, vous serez peut être confrontés à l’une ou plusieurs des situations suivantes:

  1. une présentation très négative (dépréciative) des CLIS ou de leurs enseignants par vos interlocuteurs habituels, dont les CRA ou autres,
  2. d’autres parents d’élèves ou leurs enfants tenant des propos négatifs, agressifs, ou pire, concernant votre enfant ou les élèves de la CLIS en général,
  3. un discours ambigu venant des représentants de l’Education Nationale et de ses interlocuteurs médico-sociaux.

À propos des deux premières situations, pour ce qui est des avis des uns et des autres, encore une fois il est malvenu de donner des conseils. On peut toutefois envisager des étapes pragmatiques (basées sur les faits):

  • rencontrer l’enseignant en charge de la CLIS (bien avant l’inscription), le directeur de l’école en question,
  • essayer de prendre contact avec des parents dont les enfants y sont scolarisés (parfois difficile car l’école ne peut pas vous donner leurs coordonnées, et souvent les enfants sont accompagnés directement chez eux en taxi). Bien penser dans ce genre d’échanges qu’il doit vous permettre de constater qu’il y a une vraie atmosphère propice aux apprentissages (que les enfants se sentent bien dans leur classe). Le ressenti est souvent mieux exprimé par les enfants que par leur famille à ce sujet.
  • poser des questions aux auteurs des commentaires dépréciatifs sur ce qui motive de façon factuelle ce type de commentaires (lorsqu’il s’agit de professionnels).
  • concernant « l’extérieur », une démarche de communication et d’information est toujours bienvenue. Elle peut être pensée avec le concours de l’école et des parents d’élèves élus (représentants). Il vaut mieux que ce genre d’informations soit faites par des tiers reconnus (des professionnels) que par les familles concernées, de façon a ne pas faire intervenir l’aspect émotionnel ou personnel dans ces échanges. N’ayez pas pour objectif de transformer de façon magique la société, vous vous exposeriez à de cruelles déconvenues.

Concernant l’Education Nationale et ses partenaires médico-sociaux, ce sujet est un peu épineux. Il est difficile de l’aborder sans être polémique, cependant je vais tenter de faire un rapide tour des éléments que vous connaissez et qui interviennent dans ces fameuses incohérences éventuelles:

  • Il n’y a pas si longtemps, les médecins mettaient en cause les familles (et surtout les mères) concernant les TED, dès lors si les spécialistes de l’autisme ont eu du mal à obtenir un consensus, on peut difficilement demander à des non-spécialistes de s’organiser, se mettre d’accord autour de ces troubles envahissants quand les spécialistes ne sont pas d’accord.
  • Les premières circulaires concernant les CLIS et les TED ont plus de 15 ans et on peut constater qu’une partie du personnel (psychologues scolaires, enseignants en classes ordinaires) dont la formation n’a pas – ou mal – été réactualisée, n’est pas à jour en la matière.
    Un exemple typique est la volonté de caractériser un TED (parfois par un psychologue scolaire) en faisant passer des tests d’évaluation psychométriques de type WISC (les fameux tests de quotient intellectuel) ou autre, tout cela dans le but de déterminer en fonction du résultat la légitimité de l’orientation d’un élève en CLIS. Les tests psychométriques ont leur intérêt, mais ne sont plus requis depuis 2002 pour une orientation en CLIS.
    De plus, il faut rappeler que le diagnostic d’un TED est médical, fait si possible par un CRA. Une fois ce diagnostic posé, le médecin responsable rempli un dossier médical qui est notamment joint au PPS et transmis à la MDPH. C’est la CDAPH qui statue sur une orientation en CLIS.
  • Le parcours de formation des enseignants intervenant en CLIS et des équipe de ces écoles est très intéressant. Malheureusement aucune enquête statistique, aucun suivi de mise en œuvre ou d’efficacité n’ont été publiés à ce sujet.
    Dès lors, difficile de dire de façon objective quelle portion d’enseignants a été formée, à quel rythme, ni avec quels résultats. Suffit-il de subir une formation, dont la qualité n’est jamais évaluée, pour devenir subitement compétent dans un domaine aussi vaste que l’enseignement spécialisé?
    La subtile évolution des conditions requises pour être enseignant en CLIS est un symptôme intéressant à propos de la formation. En 1991, il était nécessaire d’avoir été qualifié dans la spécialité (CAPSAIS devenu CAPASH3 ), la circulaire de juillet 2009 ne parle plus d’un enseignant spécialisé titulaire du CAPASH D mais uniquement d’un enseignant formé. Qu’en déduire?
  • Enfin, l’une des problématiques de l’enseignement dans une CLIS, c’est la charge de travail et l’intensité de ce type de classes, notamment lorsque l’effectif atteint son maximum (12 élèves) et que parfois, en outre, la classe est dans une situation difficile (ZEP, écoles de grande taille, locaux inadaptés, etc).
    Un exemple? Les réunions de suivi de scolarisation: à raison de 3 réunions par an et par élève, pour 12 élèves ça fait donc 36 réunions, soit une par semaine en moyenne.
    Ces réunions ne s’improvisent pas, se préparent, et donnent lieu à des décisions – donc à du travail consécutif (c’est bien normal).
    La nécessité de pouvoir faire des pauses (pour prendre du recul, enseigner dans un autre secteur) si le besoin s’en fait sentir n’étant pas encore à l’ordre du jour, rend parfois la situation complexe. L’Education Nationale permet effectivement à ses enseignants de changer de poste, mais uniquement à la fin de l’année scolaire et de façon définitive, on ne peut donc plus parler de pause temporaire.
  • La présence d’un AVS-CO, que l’on trouve dans la plupart des CLIS-1, est souvent vitale pour son bon fonctionnement. En ce domaine, sans entrer dans un discours de type syndical, on peut quand même constater les conditions de recrutement, la nature du contrat de travail et la rémunération allouée à ce type de mission.
    Employer des personnes en situation difficile (chômage de longue durée), sur des contrats aidés non renouvelables à temps partiel, sans formation spécialisée, et souvent sans qualification, peut conduire les parents à s’interroger sur les intentions des départements et de l’Education Nationale à propos de l’accompagnement du handicap à l’école.
    Au passage, il n’y aucune relation hiérarchique ou autre entre l’enseignant de la CLIS (ou le directeur de l’école par exemple) et l’AVS-CO. L’enseignant est responsable de la classe mais pas de l’AVS, et se retrouve souvent en position de devoir « former » l’AVS sur le tas.

Une fois fini ces constats parfois peu positifs, on peut aussi observer l’amélioration et les efforts faits, le nombre de places qui augmente (tout en restant insuffisant d’après les observateurs et les missions gouvernementales successifs), la mise en place de formations etc.

Il faut considérer aussi les efforts faits par les différentes équipes, efforts qui sont d’autant plus visibles, en général, dans les CLIS et les écoles dont les équipes sont stables, permettant de nouer et de renforcer des synergies notamment avec les SESSAD/IME mais aussi avec l’ensemble des partenaires locaux.

L’orientation après la CLIS

À la fin de la CLIS, comme à la fin de la scolarisation en maternelle, ou parfois en cours de scolarisation en CLIS, il devient opportun ou obligatoire (lorsque l’âge légal est atteint notamment) d’envisager la suite de la scolarité d’un élève autiste.

Encore une fois, plusieurs possibilités que nous reverrons en détail existent, certaines exceptionnelles, d’autres très locales:

  • l’inclusion (l’intégration) « définitive » dans l’enseignement ordinaire au sein de classes « ordinaires », que ce soit à l’école ou au collège,
  • les établissements médico-sociaux IME (ou ex IM-PROs),
  • l’UPI au sein du collège,
  • la SEGPA au sein du collège,
  • la scolarisation à domicile (ou à distance)…

Quel est le parcours de scolarisation de votre enfant? Est-il passé en CLIS, ou a-t-il fait un parcours dans une classe ordinaire? Avez-vous envisagé la scolarisation à domicile? Partagez dans les commentaires.

  1. La CLIS: une classe extraordinaire dans une école ordinaire []
  2. ABA: Applied Behavioral Analysis []
  3. CAPASH: Certificat d’Aptitude Professionnelle pour les Aides Spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de Handicap. []

Après 6 ans: quelle orientation pour nos enfants? Éléments de réponse aux interrogations de Claire

Il y a quelques semaines, Claire s’interrogeait sur le devenir des enfants après leurs 6 ans: CP classique, CLIS 1, IME, hôpital de jour ou suivi en SESSAD? Les possibilités qui s’offrent aux parents sont diverses. Comment démêler l’écheveau de tout cela? Claire a raison de s’interroger.

Je ferai uniquement part de mon point de vue personnel, au regard des capacités comportementales et intellectuelles d’Adam, qui sera âgé de 7 ans à la fin du mois de juin prochain, classé autiste sévère. En effet, comme chacun le sait, le spectre de l’autisme est très large (1 enfant sur 150 naissances avec des degrés d’atteinte plus ou moins forts, de l’autisme sévère à l’autisme de haut niveau, sans oublier les syndromes d’Asperger).

La situation de départ était simple lorsqu’Adam a débuté sa scolarité en milieu ordinaire, à l’âge de 3 ans, en petite section de maternelle: il était non verbal, sujet à crises violentes, agressif envers lui-même et les autres enfants et intégralement sale.

La première année s’est déroulée dans la douleur: Adam est très peu scolarisé (1h30 à raison de 2 jours par semaine à partir de décembre 2006, puis les matinées à partir de mars 2007 si j’ai bonne mémoire). L’objectif de cette première scolarisation est la socialisation d’Adam. La seule question de l’enseignante durant toute l’année aura été: « quand est-ce qu’Adam va parler? ». Bien malin celui qui pouvait donner une réponse à cette époque! Je suis presque toujours obligée de porter Adam pour l’emmener à l’école pour faire échec à ses refus.

Deuxième année de scolarisation: maintien en petite section avec une AVS à temps plein. Adam va donc à l’école toute la journée, ce qui représente un changement important pour lui, avec deux repas à la cantine par semaine. L’objectif est toujours la socialisation d’Adam, ce qui est important car il n’est pas en classe pour effectuer des apprentissages. À ce moment-là, Adam est toujours non verbal et souvent agressif avec les autres, faute de savoir (et de pouvoir) communiquer. Il est toujours intégralement sale et pique des crises à répétition. Je suis encore parfois obligée de l’amener manu militari à l’école, en le portant. Je demande un macaron pour le stationnement à la MDPH, que j’obtiens, pour ne pas avoir le dos brisé par son poids.

Troisième année de scolarisation: avec le décès de mon père, un déclic se produit. Adam commence à parler, il vient alors d’avoir 5 ans. Il a acquis la propreté diurne. À l’école, sa scolarisation tourne à la catastrophe et je suis à deux doigts de le déscolariser: aucun intérêt pour les apprentissages de moyenne section, violence envers les autres enfants, crises et hurlements en classe, tout y passe. Or, Adam montre diverses compétences lors de ses séances de prises en charge (orthophonie et psychomotricité, notamment) qu’il est incapable de généraliser à l’école. Je tiens bon et décide de laisser Adam à l’école alors que l’équipe éducative s’interroge sur la place de mon fils à l’école et songe à un IME. J’emmène Adam de force à l’école car il refuse d’y aller.

L’évaluation d’Adam, dans un des grands centres parisiens de référence pour l’autisme, en juin 2009, se solde par un compte-rendu cinglant: Adam souffre d’un retard mental hétérogène sévère, façon polie de m’expliquer que mon fils est atteint de débilité mentale et qu’il y a peu à attendre de lui…

Quatrième année de scolarisation: je sais dès la rentrée que c’est la dernière année d’Adam dans l’école maternelle de notre quartier. Il est en grande section et les enfants de sa classe sont presque tous nouveaux. Le début de l’année est chaotique après la démission de son AVS, arrivée quelques mois auparavant. Crises à répétition de nouveau, la maîtresse ne se laisse pas faire et punit Adam lorsque cela s’avère nécessaire car il est accessible à la sanction et comprend parfaitement les interdits. Pour la première fois, lors de l’équipe éducative de début d’année, l’enseignante parle des compétences scolaires d’Adam. Pour autant, son niveau ne permet pas d’envisager un passage au CP. En décembre 2009, j’accepte donc un passage en CLIS 1, accepté par la MDPH dès le mois de janvier.

Contre toutes les prévisions, mêmes les plus optimistes, Adam investit le domaine de la lecture dès le mois de janvier 2010, avec une facilité qui déconcerte tout le monde. Il comprend très rapidement le principe de la fusion syllabique et devient capable de déchiffrer des mots simples. C’est le seul de sa classe à pouvoir faire ce travail, à l’étonnement extrême de sa maîtresse. Il sera certainement lecteur d’ici le mois de juin, soit en même temps que sa classe d’âge qui se trouve en CP. Parallèlement, sa production langagière devient plus structurée puisqu’il est capable de faire des phrases complexes (sujet, verbe et complément). Il comprend aussi les consignes multiples. Il est au même niveau que les autres en numération. Bref, il a un niveau de grande section. Depuis quelques semaines, il a accès à un monde imaginaire puisqu’il dessine des châteaux et des rois ou sculpte en patafix des objets comme des animaux ou des locomotives, sans que je lui donne des consignes particulières. Il commence à se déguiser et attend avec impatience le lundi matin pour aller voir Catherine, sa maîtresse.

Son orthophoniste, sa psychomotricienne et sa psychiatre considèrent qu’il a le niveau intellectuel pour aller au CP. Pourtant, j’ai maintenu le choix de la CLIS 1. Pour quelles raisons me direz-vous ?

Parce que je ne pense qu’Adam ne peut pas se trouver bien dans une classe comprenant 30 élèves, assis 6 heures par jour. Parce que je pense qu’Adam entrera en crise dès qu’il ne pourra pas comprendre une consigne. Il n’a notamment pas les compétences pour comprendre une histoire et engager une conversation. Or, il fait de moins en moins de crises (moins d’une par semaine à l’école) et j’entends bien les éradiquer à moyen terme.

Parce que les enfants ne sont pas toujours tendres entre eux et que je ne veux pas qu’il soit l’objet de moqueries de la part d’enfants qui ne le connaissent pas (notre groupe scolaire élémentaire rassemble deux écoles maternelles).

Parce qu’en petit effectif, Adam pourra apprendre à son rythme et intégrer les classes dites « normales » le moment venu, en particulier pour le français et les mathématiques.

Ai-je fait le bon choix ? Je n’en sais rien. En tant que parents d’enfants autistes, nous vivons toujours dans l’incertitude. Seul l’avenir me dira si j’ai eu raison ou pas.

Ce que sait, en revanche, c’est que la scolarisation d’Adam à l’école maternelle, en le tirant vers le haut, lui aura fait faire des progrès considérables qu’il n’aurait jamais accomplis dans un autre cadre.