Communiquer et apprendre avec le support des pictogrammes

Lorsqu’un enfant est non-verbal comme Camille, le support des pictogrammes peut être un tremplin vers une communication verbale (et une communication communément partagée), ainsi que vers les apprentissages.

Faire le choix de la communication alternative, ce n’est pas renoncer à faire parler l’enfant. Au contraire, c’est lui donner des outils pour étayer sa pensée visuelle.

Temple Grandin a précisément écrit:

« Ma pensée est entièrement visuelle. Si je dois me souvenir d’un concept abstrait, je « vois » dans ma tête la page du livre ou mes notes et je « lis » les informations qui s’y trouvent. Je me souviens très peu de ce que j’entends sauf si c’est quelque chose qui me touche sur un plan émotionnel ou si je peux m’en former une image visuelle. Pour réfléchir à un concept abstrait, comme celui des relations humaines, je me représente les relations entre les gens comme une porte coulissante en verre qui doit être ouverte doucement pour ne pas voler en éclat. »

La communication alternative, c’est aussi donner les moyens d’interagir avec son environnement et de participer au dialogue. J’ai entendu récemment: « Mais Camille se fait bien comprendre… ». Alors pourquoi s’embêter avec des images? C’était le message implicite de l’interlocuteur. C’est vrai: peut-être Camille sait-elle se faire comprendre par des gestes dans certaines situations, en tirant l’adulte vers l’objet convoité (communication expressive), mais est-ce une solution à terme? Lorsqu’on ne la connaît pas, peut-on dire que l’on a compris sa demande? Je n’en suis pas si sûre. Et à l’âge adulte, si elle ne parle pas, acceptera-t-on ce comportement que l’on jugera probablement inadapté?

Alors, c’est vrai, c’est fastidieux tout ça:

  • les images à chercher sur le net, à adapter pour la compréhension de l’enfant,
  • la banque de pictos colossale à réaliser,
  • associé au fait qu’il faut noter le mot dessous (en majuscule et peut-être aussi en minuscule) pour permettre à l’enfant d’associer l’image et le mot correspondant,
  • sans parler du découpage des vignettes, du velcros à coller et relier, des panneaux, classeurs, affichettes, séquence de tâches à personnaliser!

Bref, un boulot à plein temps et un véritable atelier à la maison!

Mais bon, l’accès à la communication et à l’éducation, c’est un droit et un devoir pour tous. C’est respecter la personne, et lui permettre de trouver sa place parmi les autres.

Je me souviens de la première formation que j’ai suivie sur « l’Autisme et les stratégies éducatives » et de l’intervenant d’EDI Formation qui rappelait combien le support visuel (écrit et imagé) était important pour toute personne. À titre d’exemple, qui n’a pas besoin d’un agenda à consulter pour se rappeler d’un rendez-vous? D’une liste de courses lorsqu’il se rend au supermarché? D’un document affiché sous Powerpoint pour mieux comprendre un concept, une théorie, une idée lors d’une formation?

Parce que l’image, le pictogramme, vaut mille mots. C’est précisément ce que j’ai retenu à l’issue de la formation, parmi d’autres choses:

  • L’image ou l’information codifiée est un support à la compréhension d’une tâche, d’un événement, d’une situation sociale, d’une émotion… Elle permet d’éviter, d’anticiper, ou de réguler des comportements défis. J’ai récemment investi dans le logiciel Les Pictogrammes 2 qui présente un répertoire de données bien fourni, et des outils-modèles très sympas comme la valise à solutions pour amener l’enfant à trouver un comportement alternatif face à une situation problème ou l’écriture de mini-scénarios sociaux.
  • L’image offre des repères dans le temps (prévisibilité, aide aux transitions) et l’espace, et aide à mettre les événements en perspective. Par exemple, sous la forme d’un emploi du temps où l’enfant peut manipuler les images des lieux où il va aller, d’une tâche à venir ou achevée, d’une personne à nommer… Personnellement, je l’ai acheté à Autisme et Apprentissages car le coût était très raisonnable, puis j’ai photographié toutes les personnes de notre entourage et les lieux ressources de Camille pour le personnaliser. Dessous, j’y ai accroché trois pochons (fabriqués par mamie) classés par catégories: personnes, objets, lieux (et hop, une activité d’apprentissage sur la catégorisation ajoutée, mine de rien!).
  • Le pictogramme permet de comprendre, d’identifier et d’exprimer un besoin, une émotion, un état… et un échange d’informations entre deux personnes. Une échelle de douleur peut permettre à l’enfant, l’adolescent, l’adulte, d’expliquer physiquement ce qu’il ressent et de mieux appréhender une situation. De même, un tableau de tri d’activités (deux à trois propositions) permet à l’enfant de gérer un temps libre. J’ai téléchargé les tableaux de choix et de temps (maintenant – après; puis maintenant, ensuite, après) sur le site de E-Learning. Ils sont épurés et simples.
  • Le pictogramme aide à créer des mises en scène pour encourager la communication, et, par la suite, la spontanéité de la communication. Je me souviens du premier pictogramme utilisé par la psychologue dans son cabinet pour amener Camille à demander à aller aux toilettes, mais surtout du ton de voix exagérément enjoué. « Tu veux aller aux toilettes? D’accord! Donne-moi l’image. » (main ouverte et tendue)
  • Le pictogramme aide à la personne à fonctionner de façon plus autonome.
  • Il donne du temps à la personne pour traiter l’information.
  • Le pictogramme peut, par la suite, pour les personnes verbales et non-verbales, soutenir la mémorisation de la structure de la phrase et de son contenu.
  • L’image permet à l’enfant d’entrer progressivement dans les apprentissages:
    • de la discrimination visuelle et de la pré-lecture
    • de la lecture (avec image correspondante associée)
    • en émettant des consignes visuelles (juxtaposition d’images représentant des séquences, comme les exemples d’activités présentées dans le Task Galore (AFD Edition)…

N’oublions pas: une personne autiste ou TED, est 90% visuelle et 10% auditive!

Complices et différents: frère et soeur, les liens du coeur

Complices et différents: frère et soeur, les liens du coeur

C’était un samedi, et je sentais déjà la vie dans mon joli ventre de future maman, pour la deuxième fois. Au-delà du tourbillon d’exaltation, je me sentais fragilisée, et peut-être, aussi, pas si prête que cela. Après des années d’aléas, de tourmentes et de questionnements, nous avons sauté le pas, non sans doutes et appréhensions.

Et pourtant, je n’ai jamais été aussi sereine durant ma grossesse. Bien sûr, mes peurs m’ont par moment rattrapées, avec l’insidieuse pensée d’un deuxième enfant handicapé, du scénario qui se reproduit, du handicap qui ne lâche pas prise après ma soeur, moi, ma fille…

Six ans plus tard, j’ai retenté l’expérience. Après la joie, la tristesse, l’abattement, les angoisses, la révolte, le désoeuvrement, la culpabilité, l’épuisement d’avoir un enfant différent à stimuler, soutenir et accompagner… j’ai retenu la Joie, le Partage et l’Amour. J’ai pris le risque, après me l’être interdit pendant plusieurs années, de peur d’être dans l’incapacité de m’occuper de deux enfants, de gérer le trop plein d’émotions de Camille, son agitation incessante, ses débordements, ses accès de colère, sa possessivité et sa relation d’exclusivité, de peur de ne pas avoir assez d’énergie. J’ai entrouvert la porte du possible avec légèreté et insouciance.

J’ai annoncé à Camille que j’allais avoir un bébé, et qu’elle aurait un petit frère ou une petite soeur, dès que le test de grossesse me l’a confirmé. Nous avons toujours eu, toutes les deux, une relation de confiance. Je lui parlais beaucoup, petite, et elle est restée attentive et réceptive aux paroles. Sa première réaction a été de montrer mon ventre, ce qui m’a fait sourire. Petite, déjà, elle était préoccupée par cette partie corporelle des mamans où se situe le nombril. Elle a longtemps embrassé mon ventre et celui de personnes de sexe féminin pour lesquelles elle avait de l’affection.

Les jeux de faire-semblant autour des poupées ont pris tout leur sens pendant mes neuf mois de couvade. Je l’ai préparée progressivement à l’arrivée de ce petit être qui allait devenir son petit frère. Je lui ai lu, chaque soir, au rituel du coucher, « Juliette a un petit frère », où j’ai introduit mon passage à la maternité, et nous avons préparé la chambre du bébé. Le tri des vêtements de naissance, des articles de puériculture, l’aménagement de la chambre, tout a été l’occasion pour Camille de jouer avec ses poupées avec un décor « pour de vrai ».

À la naissance de Marius, Camille a pris son rôle de grande soeur très au sérieux. Je lui ai donné de petites responsabilités, qu’elle s’est empressée de réaliser: nettoyage de biberon, stérilisation, rangement des couches…

Elle a préparé un cadeau pour son petit frère à l’école avec son AVS, et Marius lui a offert un joli livre. Le rituel du coucher est devenu un moment de câlins, de « vivre ensemble » entre frère et soeur, et le début d’une belle histoire.

La malice de Marius l’emporte sur l’anxiété de Camille; les cris de Camille sont détournés par Marius, lequel s’empresse de répondre de plus belle pour communiquer avec sa grande soeur qui en rit. Les camions roulent, les poupées sont changées, Marius regarde, Camille imite, et ainsi va la vie.

Alors, oui. Aujourd’hui, je peux dire que je suis fière d’avoir osé: pour que cette belle relation puisse se nouer entre frère et soeur et s’entretenir chaque jour un peu plus, pour ces moments de rigolade et de connivence qu’ils me font découvrir, pour les pfffffffff amusés et théâtralisés de Camille après une bêtise de Marius. Pour les « aimant » par-ci, « aimant » par-là, joli qualitatif que Camille a attribué à Marius – elle qui ne prononce que quelques mots… Toutes ces opportunités relationnelles qui enrichissent et cultivent nos coeurs de parents et d’enfants, tout simplement.

[Évaluer l’autonomie de son enfant] Habiletés d’habillage

Pour pouvoir travailler efficacement sur l’autonomie d’un enfant autiste, il faut pouvoir cibler les forces et faiblesses de son enfant. Je vous propose de faire ensemble le bilan des habiletés de votre enfant. Nous proposerons ensuite, sur Autisme Infantile, des activités destinées à améliorer ces compétences.

Évaluer les habiletés d’habillage de son enfant autiste

Votre enfant peut il baisser et remonter ses sous vêtements (slip/culotte) sans aide pour aller aux toilettes?

  • Il peut faire les deux (baisser et remonter)
  • Il peut faire un comportement, préciser lequel: ____________________

Votre enfant peut-il mettre et enlever ses chaussures sans aide (sans être obligé de faire ses lacets)?

  • Il peut faire les deux (mettre et enlever)
  • Il peut faire un comportement, préciser lequel: ____________________

Votre enfant peut-il mettre et enlever son pull sans aide?

  • Il peut faire les deux (mettre et enlever)
  • Il peut faire un comportement, préciser lequel: ____________________

Votre enfant peut-il mettre et enlever les boutons de sa chemise sans aide?

  • Il peut faire les deux (mettre et enlever)
  • Il peut faire un comportement, préciser lequel: ____________________

Votre enfant peut-il mettre et enlever ses sous-vêtements (slip/culotte) sans aide?

  • Il peut faire les deux (mettre et enlever)
  • Il peut faire un comportement, préciser lequel: ____________________

Votre enfant peut-il mettre et enlever ses chaussettes  sans aide?

  • Il peut faire les deux (mettre et enlever)
  • Il peut faire un comportement, préciser lequel: ____________________

Votre enfant peut-il mettre et enlever son manteau sans aide (pas forcément pression ou fermetures éclair)?

  • Il peut faire les deux (mettre et enlever)
  • Il peut faire un comportement, préciser lequel: ____________________

Votre enfant peut-il ouvrir des fermetures éclair (sur ses habits, un sac à dos, ou d’autres objets, sans aide)?

  • Il peut ouvrir une fermeture éclair, quand l’ouverture est déjà démarrée, sur un vêtement, un sas à dos ou un objet similaire, avec seulement des aides verbales ou gestuelles
  • Il peut ouvrir une fermeture éclair sur un vêtement, un sac à dos, ou un autre objet similaire, seul

Votre enfant peut-il fermer des fermetures éclair (sur ses habits, un sac à dos, ou d’autres objets, sans aide) et aussi les enclencher?

  • Il peut fermer une fermeture éclair déjà enclenché sur un vêtement, un sac à dos, ou un objet similaire, avec seulement des aides verbales ou gestuelles
  • Il peut enclencher  et fermer une fermeture éclair sur un vêtement, un sac à dos, ou un autre objet similaire, seul

Votre enfant peut-il utiliser des fermetures éclair (ouvrir, enclencher et fermer) sur ses vêtements?

  • Il peut faire les trois comportements
  • Il peut faire un comportement, précisez lequel: _____________________

Votre enfant est-il capable de défaire et de fermer des boutons sur ses vêtements sans aide?

  • Il peut défaire de gros boutons sur des objets autres que des vêtements
  • Il peut défaire des gros boutons sur une chemise
  • Il peut fermer des gros boutons sur des objets autres que des vêtements
  • Il peut fermer les boutons d’une chemise

Votre enfant est-il capable de fermer et de défaire des boutons-pression sur des vêtements sans aide?

  • Il peut fermer et défaire des boutons-pression sur des objets autres que des vêtements
  • Il peut fermer et défaire des boutons-pression sur un vêtement

Votre enfant est-il capable de fermer et de défaire des ceintures sans aide?

  • Il peut fermer et défaire des boucles (ceintures) sur des objets autres que sur des vêtements
  • Il peut fermer et défaire des boucles (ceintures) sur un vêtement

Votre enfant peut-il ajuster ses vêtements quand cela est nécessaire?

  • Il peut ajuster ses vêtements quand on lui donne une aide verbale
  • Il peut ajuster ses vêtements sans aide

Votre enfant peut-il lacer ses chaussures sans aide?

  • Il peut faire au moins une étape dans le processus de laçage
  • Il peut lacer ses chaussures sans aide

Attention DANGER: le nouveau consensus à la française entre psychanalyse et méthodes comportementales

Guest-post par Magali Denneulin

Attention DANGER: le nouveau consensus à la française entre psychanalyse et méthodes comportementales

Maman d’un petit garçon autiste Asperger qui a la chance d’avoir intégré depuis deux ans le SESSAD ACCES CeRESA à Toulouse dirigé par le Professeur Bernadette Rogé, je me suis arrêtée de travailler cette année, car je n’arrivais pas à faire face à ma vie professionnelle et à l’emploi du temps de mon fils.

Le peu de temps que j’ai, je le consacre à mon rôle au sein du conseil d’administration de l’association, et je suis également membre de la commission de scolarisation Midi-Pyrénées.

Dans ce cadre, je suis en train de dresser une carte précise et détaillée de l’ensemble des CLIS et ULIS TED et classes intégrées de France, pour pouvoir renseigner au mieux les familles en recherche de prise en charge adaptées.

J’ai donc contacté plusieurs SESSAD et autres associations rattachées aux classes, pour connaître le mode de prise en charge associé.

Ma conclusion est inquiétante.

Depuis que la Haute Autorité de Santé a écarté, en 2010, la psychose infantile comme définition de l’autisme, beaucoup d’établissements SESSAD et autres hôpitaux de jour essaient de berner les familles en proposant des prises en charges « pseudo-comportementales ».

Un peu de PECS par-ci… de TEACCH par là… et vous reprendrez bien un peu de psychanalyse, de culpabilisation parentale et pourquoi pas un peu de packing?

J’ai eu des entretiens avec plusieurs SESSAD qui me parlaient de  « méthodes contenantes nord-américaines » combinées « à la carte » avec des soins psychanalytiques.

La perversion est de mise, il sera encore plus difficile en tant que parent non averti de dissocier la bonne de la mauvaise prise en charge, car on ne parlera plus, pour ne pas froisser « le sujet », des choses qui fâchent, et surtout qui ne sont plus d’actualité dans les autres pays civilisés.

Nous restons, pour le moment, le petit village gaulois isolé sous l’apprise sectaire des adeptes de Lacan et de Freud.

Alors, si je peux donner un humble conseil aux autres parents en quête de prise en charge pour leur enfant autiste, certains mots trahissent des pratiques inadaptées: « soins », « sujet », « méthodes contenantes ».

Si vous avez des questions pratiques, je vous conseille de lire goulument les conseils prodigués sur le site de mamans formidables, Autisme Infantile, ou bien encore sur des sites tels que Autisme France ou Asperger Aide pour le syndrome d’Asperger.

Enfin, pour conclure, je dirais qu’il ne faudra jamais se sentir coupable, même si cela peut sembler dur parfois, surtout au début, à l’annonce du diagnostic, quand on ne sait pas encore bien là où l’on va.

Et surtout ne jamais oublié que, malgré ce que vous dirons les hôpitaux de jour et autre structures « à priori » bienveillante type CMP ou CATTP, non, 70% des autistes ne sont pas déficients mentaux, c’est tout l’inverse. La déficience est créé par notre société, qui fait de ces personnes aux talents « extra-ordinaires » des dépendants aux psychotropes placés, au mieux, à l’age adulte dans des ESAT, et au pire internés sans avenir ni perspective de bonheur.

Je conclurais donc en citant une phrase d’Anne-Claire Damaggio, autiste Asperger, étudiante en master de sciences politiques: « La normalité n’est pas le summum de ce qui ce qui peux s’atteindre. »

L’école et les structures n’ont pas leur mot à dire sur les soins apportés à l’enfant autiste

L'école et les structures n'ont pas leur mot à dire sur les soins apportés à l'enfant autiste

Crossed Axes Vector (image: Vectorportal)

J’entends régulièrement des parents se plaindre que les choix d’orientation de leurs enfants à l’école sont restreints parce qu’ils ne veulent pas organiser une prise en charge en structure qui ne leur parait pas adaptée pour leur enfant. On leur refuse les heures d’AVS, le maintien dans une classe, ou carrément le passage à la classe supérieure ou en classe aménagée (CLIS, ULIS).

C’est quand même un comble! Pour qui se prennent ces gens-là?! L’Education Nationale et le personnel des structures en mal de patients n’ont pas leur mot à dire sur les soins prodigués à un enfant. Cela fait partie du secret médical et du libre choix des soins des parents pour leurs enfants.

Voici quelques pistes à explorer pour faire cesser les insanités, si vous êtes dans ce cas-là:

  • La seule chose qu’on puisse vous reprocher, c’est une éventuelle absence de soin, en se basant sur l’article 375 du code civil concernant l’obligation de soin. Or, là, ce n’est pas un refus des soins, mais un refus de soins qui ne vous paraissent pas adaptés. Du moment que votre enfant a un suivi correct à côté, qui vous semble adapté, on ne peut pas vous faire chanter avec ça.
  • Signalez à la MDPH chaque changement envisagé, chaque démarche entreprise, dans le cas d’une malveillance lors d’un PPS, afin qu’ils soient au courant et puissent vous soutenir.
  • Demander de l’aide à la préfecture. Il existe une liste de « personnes qualifiées » qui peuvent servir de médiateurs lorsque ça ne va pas.
  • Écrire au défenseur des enfants.

Si l’IME du coin exige que votre enfant le fréquente pour aller en classe, vous pouvez aussi écrire à l’ARS (Agence Régionale de Santé) dont vous dépendez et signaler un abus de pouvoir du corps médical et institutionnel pour violation de la charte de la personne accueillie (Art. L.311-4 du CASf) et de la charte de la personne hospitalisée (cf. lois du 4 mars 2002, du 6 août 2004, du 22 avril 2005, et circulaire n° DHOS/E1/DGS/SD1B/SD1C/SD4A/2006/90 du 2 mars 2006) qui spécifie:

« Le patient peut à tout moment quitter l’établissement de santé, sauf exceptions prévues par la loi, après avoir été informé des risques éventuels qu’il encourt. »

Le pouvoir de ces personnes sur nous et nos enfants peut être annulé par la connaissance des lois qui existent pour nous protéger des caprices des personnes qui veulent régir nos vies. Alors, n’hésitons pas, et sortons les armes appropriées pour nous défendre adéquatement.

L’envie d’en savoir plus, toujours plus pour prendre la bonne direction: le pouvoir des livres

Comment j’ai ingurgité des tonnes d’informations, dévoré les livres sans répit et assemblé minutieusement les pièces d’un puzzle, pour constituer une bibliothèque évolutive d’investigations, de connaissances, de réassurance et de perspectives!

Comment j’ai épluché les approches, méthodes, et avalé tout cet amas de mots techniques pour donner du sens, comprendre et agir. Surtout ne pas laisser faire, avoir le choix, tourner le volant, passer des ponts, avancer en connaissance de cause, défendre l’humain, rendre effectif le droit à l’égalité des chances, encourager les réussites, surmonter la peur, dépasser la méconnaissance et l’intolérance.

Comment je suis assoiffée d’en savoir plus, toujours plus, et encore plus pour trouver des réponses, des outils et des solutions qui me satisfassent et me permettent de vivre en paix avec moi-même. Pour ne pas culpabiliser en permanence, pour accompagner au mieux mon enfant vers les apprentissages et l’autonomie, pour ne pas avoir l’impression de l’enfermer dans un placard, pour la regarder grandir et évoluer comme tout un chacun…

Parce que le handicap fait peur, terrorise et appelle aux représentations les plus folles.

Parce que le handicap ne définit pas la personne: l’autisme est une manière d’être, et la personne autiste est une personne à part entière.

Parce que comprendre, c’est avoir les clés pour déchiffrer, assimiler, admettre, entendre, s’apercevoir, se rendre compte…

Alors, parmi les livres qui m’ont le plus touchés, qui ont enrichi ma connaissance des troubles envahissants du développement, qui m’ont amenée à me questionner (et je n’en citerai que quelques-uns), et qui me guident aujourd’hui, figurent:

  • Ma vie d’autiste de Temple Grandin. Une auto-observation riche d’informations sur les mécanismes neurophysiologiques sous-jacents à l’autisme, le fonctionnement cognitif et émotionnel, mais aussi un message porteur d’espoir pour les personnes autistes et leur famille.
  • Si on me touche, je n’existe plus de Donna Williams. J’étais adolescente lorsque j’ai lu cet ouvrage que j’ai trouvé d’une grande profondeur, avec ce souci du détail et du superflu.
  • Lettres à un petit prince sorti de sa bulle de Catherine de la Presle et Dominique Valeton. J’ai été émue par le témoignage de cette grand-mère qui a mis en place la méthode des 3i, par la générosité des bénévoles pour éveiller l’enfant autiste comme le tout-petit; mais aussi frappée par le travail réalisé autour du jeu.
  • L’autonomie pas à pas: enseigner les compétences quotidiennes aux enfants ayant des difficultés d’apprentissages de Bruce L. Baker et Alan J.Brigtman. Un véritable guide au quotidien pour développer les bases de l’autonomie, la propreté, le jeu, l’hygiène personnelle, les tâches domestiques, les bases scolaires.
  • Les techniques d’apprentissage du comportement verbal de Mary Lynch Barbera et Tracy Rasmussen. Ce guide fournit, pas à pas, une abondance d’informations sur la façon d’aider son enfant afin qu’il développe de plus grandes capacités de communication et de langage.
  • Activités d’enseignement pour enfants autistes de Eric Schopler. Cet ouvrage propose de nombreuses activités répertoriées en dix domaines fonctionnels. Les exercices proposés sont décomposés et progressifs: ils évoluent en fonction du niveau de développement de l’enfant et sont accessibles avec un matériel courant. Une ressource très utile et riche.

La liste n’est pas exhaustive.

Et vous, comment cherchez-vous l’information? Quels sont vos ouvrages de référence? Vos livres de chevet? Partagez vos lectures dans les commentaires de l’article.

L’amibiase intestinale et autistique

Chères et mères,

Dans le dernier épisode consacré à la soeur Froncée du Grand Anus (FGA), je vous présentais la phase d’autisme primaire normal que nous avons tous connu, et qui se caractérise par la difficulté à mouler comme il se doigt ses propres excréments.

Parfois, cette phase se prolonge, hélas, laissant transparaitre le tant redouté autisme primaire anormal (APA). Il s’agit d’une incapacité de l’enfant à se distinguer du monde extérieur, et notamment de la mère, comme le prouvent les observations attentives de la soeur FGA. Le petit psychotique se retrouve alors dans un monde où rien n’est différencié, qu’il s’agisse des sujets comme la mère ou des objets comme les déjections, dans un monde où tout se mélange au sein d’un cocktail apocalyptique, lui-même source de ce que je qualifiais jadis magnifiquement d’angoisse de la chasse d’eau (ACE).

Certes j’avais été mis sur la voie, ou plutôt dans les égouts, par les préoccupations scatofétatoires de Mélanie Klein, mais également par les fines analyses de Winnie-le-Coït qui détectait chez ses patients la fameuse impression de « ne pas cesser de tomber » car ils étaient privés de toute « situation de maintien ». Grâce à mes efforts conjugués au cours d’une étude de neuropsychanalyse intensive, j’identifiais glorieusement la cause de cette insuffisance de maintien: la lunette des WC (Winnie-le-Coït) n’est pas rabaissée par la mère après le passage urinaire du nom-du-père (n’est-ce pas?).

Cessons un peu cette autopromotion, et revenons un peu plus en détail sur la KKanalyse qui, bien réalisée, permet d’établir le diagnostic d’autisme primaire anormal – à l’instar du vécu de l’enfant, les excréments n’ont pas de limites propres puisqu’il s’agit d’une diarrhée sale comme le remarque la soeur FGA:

Toute explosion de colère ou de panique semble ignorée, si bien qu’il se crée des tensions internes. L’irritabilité en question n’étant pas soulagée, tous ces enfants souffraient de maladies intestinales, accompagnées de fièvre.

Ce caractère flou et incertain des limites corporelles et fécales incita la soeur FGA à métaphoriser sur le thème de l’amibe, ce délicieux protozoaire à pseudopodes capable de multiples déformations. Il n’est donc pas rare de voir ces autistes amibiens évoluer vers une carrière de contorsionniste à haut niveau, si tant qu’est qu’ils puissent sublimer leur amibiase intestinale en jouissance pure et simple.

En ce qui concerne les causes de l’APA retenues par la soeur FGA, cette dernière tient à dissiper tout malentendu:

Il n’est pas question ici de désigner des coupables, mais de comprendre les données de la situation

Ainsi, vous découvrirez que les causes sont « multiples », qu’il s’agit d’employer le terme « multifactoriel », et qu’il ne sera pas question de mères ou de soins maternels mais de figures nourricières ou de soins nourriciers. Nous avons donc:

1. Absence totale du nourrissage essentiel

Lorsque les mères, ou plutôt les nourricières, abandonnent leurs petits dans certaines institutions rétrogrades, ceux-ci finissent rapidement par manquer de stimulations tactiles.

Cette absence totale de stimuli sensoriels venus de l’extérieur, et de soulagement des excitations venues de l’intérieur, entraînait des états catastrophiques et parfois la mort, avant deux ans et demi.

Parfois, l’abandon n’est pas si flagrant:

On peut en dire autant des nourrissons qui, élevés au sein de leur famille, passent le plus clair de leur temps dans le berceau ou dans le parc et n’ont que peu de contact avec les êtres vivants.

Ce défaut de nourrissage est si toxique qu’il peut aussi donner l’illusion d’une maladie génétique (sournoises nourricières…):

De telles carences interviennent si tôt que leurs effets sur l’enfant semblent presque constitutionnels.

2. Absence partielle du nourrissage essentiel

a) dû à des déficiences graves des figures nourricières

La soeur FGA nous illustre ce cas de figure par la présentation du petit Tom:

Tom, deux ans et huit mois, fut envoyé à la clinique pace qu’il ne parlait pas et avait des crises de hurlements lorsqu’on le sortait de chez lui. À la clinique, il parlait une sorte de langage « gribouilli », que seule la mère pouvait déchiffrer. Le père et la mère s’adressaient rarement la parole et la différenciation entre eux étant assez vague, ils n’apparaissaient pas comme des personnes distinctes. La mère était en proie à des peurs et, pendant les deux premières années qui suivirent la naissance de Tom, elle sortit rarement l’enfant de la maison. Dans son enfance, elle avait été reconnue mentalement anormale et avait du suivre un traitement d’orthophonie; examinée à la clinique, elle ne parut pas présenter d’anomalies mentales. Le pédiatre qui l’avait soigné la qualifiait d’ »éteinte » et c’est d’ailleurs l’impression qu’elle donnait; sa locution était bonne.

Elle se souvenait, enfant, d’avoir été écrasée par sa sœur ainée; elle se sentait humiliée de devoir aller à la clinique d’orthophonie et, une fois là-bas, elle eut une explosion de colère. On avait l’impression qu’elle éprouvait les mêmes sentiments à l’égard du personnel de la clinique où était soigné son enfant. Mais elle ne l’admit jamais ni ne le nia. Elle semblait accepter passivement ce qu’on faisait. L’enfant ne voulait pas se séparer de sa mère et, après avoir parcouru la pièce en ouvrant et refermant toutes les portes qu’il pouvait apercevoir, il s’assit sur ses genoux, se mit à sucer son pouce et à se tripoter une mèche de cheveux, donnant l’impression d’un enfant qui aurait grandi trop vite.

En général, il échoua à certains tests Merrill-Palmer, mais émergea parfois du brouillard et en résolut quelques-uns avec une rapidité étonnante. Il réussit à résoudre ceux qui consistaient à enfoncer des formes géométriques dans des trous correspondants et à assembler les morceaux d’un mannequin. Il totalisa à ces tests un nombre de points nettement supérieur à la moyenne de son fonctionnement d’ensemble.

Les deux parents, et surtout la mère, semblaient avoir développé un système d’inertie et de passivité tel que les problèmes posés par la différenciation restaient dans le brouillard. L’enfant suivait le même modèle de comportement. Lorsque temporairement, le brouillard se dissipait, et que la conscience de la séparation corporelle et de la distinction d’avec la mère s’imposait trop brusquement, l’enfant réagissait en hurlant. Sa mère était trop apathique pour l’apaiser ou l’aider. La plupart du temps, il tenait cette menace en échec par la passivité et l’inertie.

J’en suis venue à appeler ce type d’enfant « amibe ».

Cette magistrale démonstration illustre parfaitement qu’en prenant acte et compte de la singularité d’un sujet, il n’est nul besoin de désigner le moindre coupable pour accéder à l’évidence. Je ne sais pas ce que ce petit Tom est devenu, mais il ne fait aucun doute que sa mère, ou plutôt sa nourricière, était sur le bon divan.

b) dû à des empêchements de la part de l’enfant

Lorsque le nourrissage n’est pas suffisamment bon (WC) car ne tient pas compte des déficiences sensorielles (surdité, cécité, etc.) ou mentales de l’enfant, celui-ci peut évoluer vers l’autisme primaire anormal. Attention, il ne s’agit pas de prétendre que la nourricière serait responsable de la déficience en question, seulement de dire que tous les sourds, les aveugles et les trisomiques ne deviennent pas forcément autistes, donc, enfin, vous l’aurez compris comme vous voulez bien le comprendre, selon la disposition de votre inconscient.

c) dû aux facteurs (a) et (b) conjugués

Selon moi: (a) = (b) = (a) + (b), ce que manqua hélas de remarquer la soeur FGA…

Avant de nous quitter, je tiens à revenir, à nouveau en compagnie de ce cher Winnie-le-Coït, sur le concept du « suffisamment » et de la nécessaire « tiédeur » maternelle à poing nommé. Vous pourriez croire qu’il suffit de vous réchauffer, or point trop n’en faut:

Shevrin et Toussieng (1965) ont montré que le manque de stimulation tactile, chez les nourrissons élevés en institution, avait des effets désastreux; ils ont, d’autre part, démontré les effets nocifs d’une trop grande stimulation tactile. Dans les deux cas, les nourrissons présentent des réactions autistiques pour faire face à l’irritabilité non soulagée, dans la première situation, et à la stimulation excessive, dans la deuxième.

Nous verrons, dans l’épisode suivant consacré à la soeur Froncée du Grand Anus, qu’un nourrissage rigide et inflexible ou, à l’inverse du contraire opposable, incohérent, peut conduire à l’autisme secondaire, ou plutôt aux autismes secondaires.

Amibement vôtre,
JMDL