L’IME, c’est NON!

Et pourtant j’y croyais, dur comme fer!

Un IME spécial Autisme, l’un des premiers, de 6 à 20 ans – un accueil pour ma fille jusqu’à ses 20 ans!

Retombe sur terre ma cocotte, faut pas rêver… tu ne vas pas te reposer, pas maintenant, pas encore.

Je vous en ai déjà parlé de cet IME, avec ce chantage à l’internat. Eh bien maintenant, les dés sont jetés: ce sera internat à la semaine, sinon rien!

Okay, d’accord, alors au revoir, m’sieurs dames.

Je suis dégoutée, déroutée, abasourdie que l’on budgétise une place en IME. Les premières envolées du projet étaient formidables, c’était le lieu dont je rêvais pour Mathilde, et pfioutttt, envolé, tout ça à cause d’un internat imposé sous peine de refus.

Et bien je refuse! Et alors là tout le monde reste bouche bée. Comment? Vous refusez l’IME?! Eh oui, ne vous en déplaise…

Vous, tous, parents d’enfants « normaux » dits neurotypiques (à noter qu’il n’y a que les parents d’enfants autistes qui savent ce que ça veut dire…), seriez-vous prêts à prendre ma place? Vous mettez dans la balance la pleinitude familiale, le respect de chacun dans la famille, les frères, les soeurs… Savez-vous au moins de quoi vous parlez? Avez-vous au moins une fois été en situation de vivre ce que nous vivons?

Autant je comprends, pour avoir parlé et cotoyé d’autres parents, que les situations deviennent parfois ingérables ou très difficiles à vivre, et là je comprends sans aucun problème un internat, autant je me dis que chaque cas est unique.

Ce que je reproche à ce projet (pas du tout abouti de mon point de vue), c’est que les premiers enfants intégrés serviront de « cobaye » (personnel formé à l’autisme en une semaine), repas faits par un traiteur extérieur (sachant tous les troubles de l’alimentation que connaissent nos enfants… enfin bref passons). Je ne veux pas que ma fille serve de cobaye! Ce personnel ne sera formé au PECS que plus tard, ne sera formé au TEACCH que plus tard, l’ABA je n’en parle même pas! L’ABA, qui doit de faire sous supervision… Qui le fera?

Je ne veux pas jeter la pierre, loin  de moi cette idée, mais ce si beau projet, porté de mains de maître par de si bonnes personnes, a été budgétisé, dévalorisé, argenté, pour dénier la valeur réelle de nos enfants! À 80 000 euros la place d’internat. Ma fille, Mathilde, vaut bien moins que ça, beaucoup moins: elle ne « coûtera » qu’environ 1500 euros par mois! Je pense que nous allons nous serrer la ceinture, mais à la limite je m’en moque.

Oui, je la garderai pour la faire travailler au maximum, pour l’amener au maximum de ses possibilités. Oui, je suis prête à ça. Je ne veux sous aucun prétexte rater ce qui lui est dû. L’éducation via ses parents, l’éducation via l’école (et Dieu sait que je suis reconnaissante à l’école): je ne lâcherai rien tant que ce sera possible.

Oui, nous la garderons à la maison, nous la ferons travailler jusqu’à ce qu’elle ait un certain niveau, pour intégrer une ULIS. Si ce n’est pas possible, tant pis, mais nous aurons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce soit possible.

Après? Nous verrons bien, mais jamais nous ne lâcherons l’affaire, jamais nous ne baisserons les bras, tant que nous ne saurons pas ses limites.

Au-delà du tourbillon, un chemin étoilé

Voici le moment de compter les étoiles sur le chemin que nous prenons avec Camille depuis un an, avec la mise en place de l’ABA et le travail réalisé autour du jeu. Tout ceci articulé, soutenu et enrichi avec un partenariat parents-professionnels.

Le reportage d’Envoyé Spécial sur le fils de Francis Perrin, Louis, « Un enfant presque comme les autres, 3 ans après » en a été le déclencheur.

Ce jour-là, je me suis enfin réveillée pour me dire que « ça » n’allait pas venir tout seul: rester assise, adhérer aux apprentissages, respecter les consignes, poser son regard sur une activité, parler, avoir un comportement adapté…

Surtout, j’ai pris conscience que Camille avait besoin, encore plus que je ne le faisais déjà, d’être guidée et stimulée – pas uniquement de temps en temps dans la journée et oralement, mais par petites étapes, sur chaque apprentissage, physiquement et de façon continue (ne pas faire tout le temps à sa place…). J’ai découvert une approche qui a immédiatement fait écho en moi, et j’ai débuté mes investigations.

  • Des heures passées à lire, visionner, surfer, téléphoner, m’entretenir… puis à comparer, réfléchir, m’interroger, me fixer des objectifs, passer à l’action;
  • pour une heure de guidance parentale hebdomadaire, une à trois heures d’apprentissages à la table journalier à domicile en plus de la scolarisation et de la prise en charge extérieure;
  • une sollicitation continue journalière sur des apprentissages « Mine de rien » où chaque demande de l’enfant, tout intérêt, et toute prise d’initiatives, sont soutenus pour interagir et créer une situation d’apprentissage;
  • des priorités réévaluées quotidiennement;
  • la recherche, la conception et l’investissement régulier de supports et matériels pédagogiques (et là, je dis merci aux blogs de mamans, où fourmillent des idées ingénieuses, des supports attrayants et téléchargeables, bref, un gain de temps considérable!);
  • la structuration du temps et de l’environnement;
  • la patience, la persévérance, la détermination mais aussi le doute, la fatigue, l’épuisement, les réajustements;
  • la guidance constante des aptitudes émergentes et des potentialités, la disponibilité, la créativité… sans oublier un cerveau en ébullition constante (en l’occurrence, le mien qui surchauffe!);
  • et une liste de renforçateurs, actualisés et diversifiés, pour encourager miss Camille, encore, et encore!

Durant cette année écoulée, Camille a fait des progrès spectaculaires sur les plans attentionnel, comportemental, cognitif, émotionnel et motivationnel. C’était un défi, un challenge, une opportunité… et le déclic nous a permis aujourd’hui d’avancer dans nos cheminements respectifs.

Pour ne citer que les grandes victoires:

  • rester assise sur une durée de plus en plus longue (de 2-3 minutes à 1 heure), avec une attention portée aux demandes,
  • respecter des consignes,
  • s’intéresser aux activités, demander à les refaire, s’y diriger spontanément,
  • développer ses centres d’intérêts et adhérer aux apprentissages pré-scolaires,
  • se poser, être calme (l’exploit n°1) et développer des activités en autonomie,
  • entrer dans l’imitation,
  • présenter des troubles du comportements moindres,
  • s’intégrer dans une classe d’école, réaliser les activités demandées, participer à certaines activités de groupe.

Mon grand chantier 2012:

  • le recours à la communication alternative pour l’aider à mieux communiquer, et sa généralisation: c’est bien parti, et j’ai enfin trouvé l’astuce qui optimise son utilisation – une mini-pochette porte-images, attachable à la ceinture, laquelle ne comporte pas trop de pictogrammes, simple à manipuler.
  •  la lecture (elle progresse bien sur la lecture syllabique et la reconnaissance des lettres),
  • la numération (ça y est, la reconnaissance des trois premiers chiffres et des quantités est en bonne voie)
  •  les habiletés d’habillage et de motricité globale (enfin, quelques unes!),
  • les habiletés de jeu et particulièrement le tour de rôle,
  • l’imitation,
  • la reconnaissance, l’expression et la gestion des émotions,
  • sans oublier la prévention des comportements problèmes!

Ce grand chantier sera facilité par l’augmentation du temps d’intervention de la psychologue ABA, indispensable, car mes piles Duracell doivent être rechargées.

Et vous? Toujours en quête d’activités? Et vos étoiles?

Comportement Verbal

Il y a environ deux ans, je me suis intéressée au « Comportement Verbal », ou « Verbal Behavior » (en version courte: VB). C’est  une approche qui dérive de l’analyse appliquée des comportements (ABA).

Pour comprendre ce que c’était, on m’a conseillé la lecture d’un livre: « Educate Toward Recovery » de Robert Schramm, Analyste en ABA.

Ce livre a été une révélation pour moi, et a changé fondamentalement ma manière de me comporter avec Julien. C’était un peu comme si on donnait subitement une carte géographique à une personne, perdue depuis longtemps en pleine nature, et qui ne sait quel chemin prendre.

A l’époque, j’en ai traduit certains chapitres pour mon entourage, pour que tout le monde agisse de manière cohérente avec Julien.

J’ai ensuite mis en relation l’auteur, une société d’édition, AFD, et une traductrice, pour que tout le monde puisse profiter de ce livre, comme moi je l’ai fait. Ce livre sera diffusé en Français dans le courant de cette année, avec un autre titre.

Les comportements verbaux, ce sont tous les comportements ayant lieu entre deux personnes interagissant ensemble.

Par exemple,

  • Un enfant pousse un autre pour prendre sa place: c’est un comportement verbal (pas vocal, mais verbal). Le but de pousser est d’obtenir une réaction de l’autre.
  • Un enfant qui demande « pain » au mur, c’est un comportement vocal, mais pas verbal (le mur ne répondra pas).

En comportement verbal l’accent est mis:

  • sur les différentes fonctions qu’un même mot peut avoir, selon le contexte dans lequel il est prononcé,
  • sur la motivation de l’enfant, sachant que c’est la motivation qui est le moteur des apprentissages, pour tout individu.

Le Comportement Verbal et les mots

Si j’écris le mot «pirog» (mot russe), vous pourriez commenter ce mot: c’est un joli mot, de deux syllabes, il est composé des voyelles i, o et des consonnes p, r, g, etc. Ce que vous feriez alors est décrire la forme du mot.

Mais, en réalité, la question que vous vous poseriez, c’est: « comment utiliser ce mot, à quoi sert-il? ». Dans ce cas-là, vous vous posez des questions sur la fonction de ce mot.

Ce mot signifie « gâteau ». Si vous allez en Russie un jour, vous saurez « exploiter » ce mot, vous en servir dans toute situation.

Pour un enfant avec autisme, ce n’est pas forcément le cas: un autiste ne saura pas naturellement se servir de cette information que j’ai donné.

Pourquoi? En réalité, un même mot a plusieurs fonctions: son utilisation dépend du contexte dans lequel on dit le mot, et de ce qui se passe pour la personne juste après l’avoir dit.

Un exemple de ce mot utilisé de trois manières différentes:

  • Un enfant montre à sa maman un gâteau dans une boulangerie en disant « gâteau », parce ce qu’il a faim: dans ce cas il dit cela pour l’avoir! La maman lui achète le gâteau. C’est dans ce cas une demande. La fonction est d’obtenir l’objet nommé. Ce genre de fonction est appelée mand.
  • Ce même enfant peut dire à sa maman « gâteau » en le voyant, parce qu’il en a mangé à midi, et il signale à sa mère qu’il reconnait ce qu’il a mangé: dans ce cas il ne veut pas spécialement le gâteau, il nomme simplement le gâteau. Sa mère est contente qu’il sache nommer le gâteau et le félicite, l’enfant est content et recommencera probablement à nommer autre chose. La fonction est simplement d’attirer l’attention de l’autre en nommant le gâteau : cette fonction est appelée tact.
  • La maman dit à l’enfant: « quel est ton dessert préféré? ». L’enfant répond « le gâteau ». La maman répond alors « moi aussi ». Dans cette situation, la maman engage la conversation, l’enfant lui répond. Ce qu’il dit dépend des mots de la maman. Le mot « gâteau » est l’objet d’une conversation, et il n’est pas présent matériellement. La fonction est aussi d’ordre social: dans le contexte de la conversation, où l’objet n’est pas présent, on appelle cette fonction intraverbal.

Dans cet exemple, le mot « gâteau » a trois fonctions. Il sert dans trois contextes différents, et à chaque fois la conséquence de dire « gâteau » est différente.

Mais… à quoi ça sert de faire ça?!

Un enfant autiste en début de programme VB peut très bien savoir reconnaître un gâteau parmi un ensemble d’aliments, il est peut être capable de répéter le mot « gâteau » sur demande, mais il y a de très fortes chances qu’il ne soit pas capable de le nommer si on lui désigne un gâteau en disant « qu’est ce que c’est? ». Il est peut être incapable de demander un gâteau quand il en veut un. Il est peut être incapable de dire que le gâteau est son dessert favori si une personne lui demande de nommer son dessert favori.

Nous avons naturellement cette capacité à utiliser un mot à travers toutes ses fonctions, mais pas forcément un enfant autiste. Il faut donc lui apprendre.

Un moyen pour améliorer la conversation et la communication d’un enfant autiste est de l’entraîner à utiliser un même mot au travers de ses différentes fonctions.

On se rend compte que de ne pas pouvoir généraliser un mot diminue très fortement la communication et la conversation. Et un enfant incapable de communiquer et de converser va probablement s’isoler.

Inversement, si on apprend à un enfant autiste comment utiliser les mots au maximum, il s’engagera plus facilement avec d’autres personnes, il sera plus sociable, sera encouragé par le fait qu’il peut être compris, qu’il peut participer à des conversations, cela l’amènera à « aller vers nous ». Il trouvera moins de plaisir à rester seul.

Un programme VB s’attaque en premier à la seule fonction pour laquelle la conséquence n’est pas sociale, c’est fonction de demander un objet: la conséquence est la raison même pour laquelle l’enfant fait la demande, c’est l’obtention de l’objet. Et c’est sur cette fonction que le VB travaille en premier avec un enfant en début de prise en charge.

Bien sûr, cela nécessite une haute motivation de l’enfant pour avoir un objet qu’une autre personne détient. Plus d’informations dans un prochain article!

Je suis en colère!

Je suis en colère!

furious (photo: Petras Gagilas)

Et pour une fois, ni à cause de ma fille, ni à cause de mon cas personnel.

Je suis en colère de lire parfois: « oui, mais pour vous c’est plus facile ». Il ne s’agit même pas du niveau de handicap – autisme léger, moyen, sévère, Asperger, et patati, et patata. Non non non, c’est juste une phrase lancée comme ça.

Ah bon, en quoi est-ce plus facile?

  • Parce que j’ai la PCH: certes, mais voulez-vous savoir à combien de courriers et de remplissages de dossiers j’en suis?
  • Parce que je fais du TEACCH: certes, mais croyez-vous que j’ai payé la formation?
  • Parce qu’on utilise le PECS: certes, mais croyez-vous que j’ai payé la formation?
  • Parce que ma fille est au SESSAD: pensez-vous que je sois passée devant tout le monde?
  • Parce que j’ai de l’argent: non, je suis comme tout le monde, j’attends tous les mois la PCH!
  • Parce que je n’ai qu’un seul enfant autiste: devrais-je me taire parce que d’autres en ont deux?

Voilà pourquoi je suis en colère. Je comprends tout à fait que l’on s’exprime dans un moment de « ras le bol », mais qu’on le fasse en balayant devant sa porte. Je n’aime pas lire: « si j’avais de l’argent comme les autres parents, je pourrais faire mieux! J’ai une vie de m*rde, une vie de couple pourrie, je rame à cause de mon enfant. Je ne comprends rien à tous ces termes: TEACCH, PECS, ABA… »,  j’en passe et des meilleures!

Voilà pourquoi je suis en colère. On peut poster tout ce que l’on veut sur un forum, du pire au meilleur, mais on ne peut pas en vouloir aux autres de ce qu’ils ont quand on ne fait rien soi-même. On sait poster, mais on ne sait pas faire une recherche sur un terme. On sait dénigrer ceux qui font avancer les choses, mais on ne sait pas faire en sorte que son enfant avance. C’en est presque décourageant de répondre. Mais battez-vous, nom de Zeus! Ce n’est quand même pas compliqué de faire des recherches, de poser des questions. Aide-toi, le ciel t’aidera… ça ne va pas vous tomber tout cru dans le bec. Ce n’est pas l’école qui viendra vous chercher pour savoir si vous voulez y mettre votre enfant, ce n’est pas la MDPH qui viendra vous remplir votre dossier, ce n’est pas le Père Noël qui vous apportera une place en SESSAD comme cadeau (il faut faire une liste d’abord).

Pas de formation PECS? Ce n’est pas grave, une bonne lecture et une bonne imprimante, et c’est parti, en attendant mieux – au moins votre enfant aura une possibilité de s’exprimer!

Pas assez de finances pour faire le programme ABA dont vous rêvez? Et alors, vous allez faire quoi en attendant? Rien? Si, vous pouvez faire en fonction des montants que vous avez.

Pas de place ou d’argent pour une prise en charge en libéral? Retroussez vos manches et essayez de le faire vous-même, en attendant mieux, les méthodes sont suffisament argumentées sur internet pour en comprendre les bases, et il y a de toute manière des choses que l’on sait faire d’instinct.

Renseignez-vous, postez, surfez, et si vous demandez de l’aide, ne dites pas « non » d’emblée à ce que l’on vous propose de faire (sauf grand n’importe quoi bien sûr…), sous prétexte que vous êtes un cas particulier. On a toujours une bonne excuse pour ne pas faire ce que l’on aurait à faire (forcément, sinon on l’aurait fait!), et que l’on a pas fait. Nous sommes tous des cas particuliers, mais il y a un minimum de choses à faire en ce qui nous concerne, nous, parents d’enfants autistes: leur donner coûte que coûte la possibilité de s’exprimer, les rendre le plus autonomes possible, agir ou non-agir, non pas en fonction de nos désirs, mais en fonction de leurs besoins pour l’avenir.

Allez zou, au boulot !

Discriminer des consignes pour sélectionner un item ABLLS-R C31

Vous vous en êtes rendu compte, votre enfant se mélange les pinceaux lorsqu’il s’agit de répondre à une consigne simple. « Montre », « donne », « pousse », « touche », « prends », pour lui c’est du pareil au même. Il jette un coup d’œil inquiet dans votre direction, et au hasard pousse sur la chose que vous désignez. Votre enfant ne comprend pas quelle réponse motrice il doit apporter à votre consigne.

Le but du programme va donc être de parvenir à ce que votre enfant sélectionne une chose en lui indiquant la manière de la sélectionner (la montrer, la donner, la toucher, la prendre, la pousser). Ce sera gagné lorsqu’il pourra sélectionner seul, et dans les trois secondes qui suivent, la consigne, en respectant la réponse motrice attendue.

Si la réponse à la consigne est guidée (que vous avez besoin de faire la réponse motrice avec votre enfant) ou corrigée, on côte 0. Si la réponse à la consigne est correcte, et sans guidance, on côte 1. Une session est composée de cinq essais. On passe les étapes au bout de trois sessions à 80% de réussite.

La ligne de base, c’est-à-dire la situation de départ, se réalisera de la manière suivante:

Au cours de situations de bureau, vous présentez divers items connus à l’enfant et lui demandez de sélectionner un des items en indiquant la manière de le sélectionner. Vous relèverez le pourcentage de réponses correctes, c’est-à-dire les items sélectionnés conformément à la consigne (exemple: « touche la voiture »). Au cours de la ligne de base, les quatre consignes (montre, donne, touche, prend, pousse) seront présentées de manière aléatoire. Vous ferez attention à ne pas renforcer le comportement de votre enfant s’il émet la bonne réponse, et de ne pas le guider en cas de réponse fausse ou en l’absence de réponse. L’idée est de vraiment savoir où en est l’enfant avant de commencer. La ligne de base est prête lorsque vous avez trois sessions consécutives avec des pourcentages de réussite stables.

Au boulot! Installez-vous au bureau et présentez divers items connus (objets et/ou images). Demandez à votre enfant de sélectionner un des objets en indiquant l’action motrice, selon l’étape du programme.

En début d’apprentissage, vous poserez la consigne et vous apportez une guidance physique immédiate à votre enfant pour qu’il sélectionne l’item en respectant la consigne. Vous renforcerez son comportement avec l’obtention de renforçateurs tangibles (petit jouet apprécié, friandise) accompagné de renforçateurs sociaux (félicitations, chatouilles). Petit à petit, vous estomperez la guidance ou laisserez un délai avant de guider, pour permettre à votre enfant de répondre seul.

Dès que l’enfant est capable de répondre seul, vous renforcez la réussite. Reposez la consigne et guidez la réponse en cas d’erreur.

Pour grimper haut, il faut ménager sa monture. Les cinq consignes seront donc introduites progressivement. La première étape: « montre », la deuxième: « montre » et « donne » de manière aléatoire, et ainsi de suite.

Estomper le renforcement, cela signifie que lorsque les critères de succès sont atteints, on renforce une bonne réponse sur 2 puis sur 3.

Bien sûr, on généralise à fond, avec la grand-mère, la nounou, le frangin, papa, ou la bonne copine, et dans tous les environnements, par terre sur le tapis, à l’école, chez Mamie… avec une grande diversité d’items (vive les Playmobils et leurs petites pièces!).

Allez, en avant!

Itinéraire d’un autiste peu gâté

Sabrina CavretJe suis la maman de deux enfants dont Julien, l’aîné, est atteint d’autisme.

Il est né le 4 juillet 1996, il a aujourd’hui 15 ans. Il est dépendant dans tous les actes de la vie quotidienne, incontinent de jour comme de nuit, et non verbal.

Je dépose ce témoignage à la première personne du singulier, d’une part parce que le papa de Julien acceptait difficilement le diagnostic, et il n’avait pas la capacité d’être acteur dans les nombreuses démarches, mais les approuvait. D’autre part, il était en déplacement professionnel toutes les semaines, et il n’intervenait que ponctuellement dans l’éducation de Julien. Puis nous nous sommes séparés en 2003.

Lors de sa première année, Julien était très souvent malade. Nous avons consulté le médecin généraliste et le pédiatre très régulièrement. Il souffrait de reflux gastro-oesophagiens, de troubles digestifs et alimentaires, d’otites à répétition.

C’était un bébé qui alternait des périodes difficiles, avec beaucoup de pleurs, et d’autres où il pouvait être très calme et très souriant. Il semblait très fragile et sensible. Je constatais par exemple des réactions de sursaut et de pleurs lorsqu’il entendait certains bruits: aspirateur, grincements de portes, des voix hautes et graves. Je mettais cela sur le compte des otites.

Mais, peu à peu, j’ai commencé à me poser des questions. Je trouvais qu’il n’évoluait pas tout à fait « normalement »: à neuf mois, il ne tendait pas les bras, il ne manifestait aucune réaction lorsque je le laissais chez la nounou, il était encore très loin de pouvoir tenir assis, et il vomissait chaque fois que j’essayais d’introduire des purées avec tous petits morceaux (de la taille d’un grain de riz).

Le médecin traitant, ainsi que le pédiatre, me rassuraient en me disant que chaque bébé évolue de façon différente, que Julien se développait bien, et que tous ces petits soucis de santé avaient probablement influé sur son éveil, mais qu’il se rattraperait bien vite. Ils me laissaient entendre également que mes inquiétudes n’allaient pas aider Julien, qui devait ressentir mes angoisses.

À l’âge de un an, Julien était toujours en retard dans ses acquisitions, et le pédiatre me questionnait: « Est-ce que vous stimulez suffisamment votre fils? », « Lui parlez-vous, jouez-vous avec lui? », « Et vous, n’êtes-vous pas trop anxieuse? » Puis il me donnait des conseils du genre: « Expliquez à votre enfant ce que vous faites, parlez-lui, racontez-lui des histoires… »

Tout ceci me suggérait que je n’étais sans doute pas une bonne mère, que je m’y prenais mal, que par ma faute mon fils ne s’éveillait pas… J’étais à la fois contrariée d’entendre de tels propos, parce que je n’avais pas l’impression d’être une mauvaise mère, bien au contraire, mais devant le retard de mon enfant et ce que me renvoyait le pédiatre, je devais m’en remette à sa compétence.

Lorsque Julien avait 10 mois, la puéricultrice, qui passait régulièrement chez les assistantes maternelles, a constaté une absence de réponse de Julien lorsqu’elle l’appelait par son prénom. Elle a écrit un mot au pédiatre, qui a aussitôt prescrit un EEG et un examen permettant de détecter une éventuelle surdité (potentiels évoqués auditifs). Les résultats sont revenus normaux.

Puis, quelques mois plus tard, le médecin nous a orientés vers le Centre d’Accueil Médico-Social Précoce (CAMSP) pour une prise en charge de trois quarts d’heure par semaine, en raison d’un « retard dans les acquisitions motrices et de la communication ». Une infirmière travaillait la relation au moyen de jeux (cubes à empiler, jouets 1er âge, jeux d’eau) et d’activités musicales. Une psychologue pour enfants nous recevait également une fois par semaine.

À l’âge de deux ans, devant l’accentuation des retards d’acquisition et les problèmes d’alimentation, Julien a passé quelques nouveaux examens prescrits par le pédiatre: analyses de sang, d’urine, scanner cérébral et divers dépistages. Les résultats ne montraient pas d’anomalies, hormis une ammoniemie, des lactates et pyruvates au dessus de la normale, mais nous n’aurons jamais su à quoi cela correspondait…

Ayant le sentiment que rien n’évoluait, j’ai pris l’initiative de consulter une neuropédiatre réputée exerçant dans un CHU à 100 kilomètres de chez nous. Elle a hospitalisé Julien, qui avait alors près de deux ans et demi, pour une série d’examens, et, en l’absence d’anomalies, elle nous a orientés vers le centre de dépistage précoce dirigé par un Professeur de pédopsychiatrie. Nous nous sommes rendus à plusieurs reprises dans ce centre pour diverses évaluations.

En juin 1999, à presque trois ans, Julien a reçu le diagnostic de syndrome autistique sévère. L’équipe du professeur nous a donc dirigés vers le Centre d’Accueil et de Soins Psychologiques pour Enfants proche de chez nous: un hôpital de jour. Les évaluations mettaient en avant des aptitudes sociales intéressantes pour permettre à Julien d’évoluer favorablement, et des émergences prometteuses permettaient d’être assez optimistes sur les capacités de développement de mon fils.

Au même moment, j’ai inscrit Julien à l’école maternelle, qui me demandait de veiller à ce qu’il soit propre pour la rentrée de septembre. Je les avais informés qu’il avait du retard dans ses acquisitions, qu’il était assez instable sur le plan moteur, mais sans parler d’autisme: je ne souhaitais pas obtenir un refus.

Au mois de septembre suivant, Julien a intégré à l’hôpital de jour à raison de cinq jours par semaine. J’ai demandé comment cela pourrait s’articuler avec l’école. Le médecin m’a alors clairement annoncé que je mettais « la barre trop haute », et que je devais me faire à l’idée qu’il ne pourrait suivre une scolarité en milieu ordinaire, étant donné son sévère handicap. Il a ajouté que je devrais l’inscrire dans un IME pour une intégration à partir de six ans. C’était une annonce terriblement éprouvante, mais elle était tellement évidente dans le propos du médecin que je n’osais m’y opposer, puis je devais faire confiance au spécialiste!

Un an plus tard, j’ai inscrit mon fils, âgé de quatre ans, sur la liste d’attente de l’IME, et j’ai demandé au pédopsychiatre de l’hôpital de jour de constituer le dossier de demande d’orientation auprès de la CDES. C’est d’ailleurs seulement à cette occasion que j’ai appris que Julien pouvait prétendre à une allocation d’éducation spéciale!

Julien a obtenu l’orientation en IME en mars 2001 (à quatre ans et demi). Cet IME, proche de chez moi, avait une bonne réputation concernant la prise en charge des autistes. Le personnel y recevait régulièrement des formations spécifiques (EDI formation).

Parallèlement, j’ai appris l’existence d’une association régionale de parents d’enfants autistes, j’ai fait une formation théorique pour comprendre l’autisme et en découvrir les stratégies éducatives puis, plus tard, une formation sur la communication par échanges d’images (PECS). J’ai demandé à l’hôpital de jour de mettre en place un emploi du temps visuel et un classeur de communication pour Julien. L’équipe n’a pas souhaité accéder à ma demande me renvoyant que « les méthodes de dressage à l’américaine n’étaient qu’un miroir aux alouettes pour les parents désespérés! »

En avril 2001, j’ai rencontré le Directeur de l’IME, qui m’a informée que l’établissement était en sureffectif, du fait de l’amendement CRETON, et que Julien ne pourrait espérer une intégration que cinq ans plus tard, soit en 2006, à l’âge de dix ans!

En décembre 2001, lorsque mon fils avait cinq ans et demi, le pédopsychiatre de l’hôpital de jour m’a annoncé qu’il serait sortant de la structure six mois plus tard, en juillet 2002, même en l’absence d’une place à l’IME en évoquant les raisons suivantes: « Le contrat de départ était de le prendre en charge sur trois ans ». Je n’avais pourtant pas souvenir d’avoir signé le moindre contrat, je n’ai eu aucun document écrit.

« Nous ne pouvons nous substituer aux établissements spécialisés, la place des autistes n’est pas en Hôpital de jour. »

Merci de l’admettre, mais en ce cas il ne fallait pas le prendre en charge!

« Nous n’avons pas pour mission de faire de l’éducatif mais du soin. »

Ça, merci, je l’avais compris!

L’IME convoité étant saturé, j’ai contacté d’autres IME du département pour demander si une inscription de Julien était possible mais j’avais toujours la même réponse:

« Nous n’avons pas de place dans l’immédiat, nous ne prenons pas d’enfants autistes, ceux qui sont actuellement dans notre établissement ont été diagnostiqués après leur admission. »

Fin 2001, j’ai adressé un courrier à la Directrice de la DDASS, lui expliquant mon désarroi devant la situation de mon fils. Le retour ne fût qu’une réponse de courtoisie, m’assurant de toute sa compréhension et de toute son impuissance devant le manque de place en IME…

J’ai donc sollicité la commission de circonscription préscolaire et élémentaire, malgré le refus du pédopsychiatre, pour tenter une intégration en classe de maternelle pour Julien. Elle a été acceptée à raison de trois quarts d’heure par semaine, et à condition que Julien soit accompagné par une personne que je devais trouver et rémunérer. Malgré cela, cette intégration a été un échec, Julien était trop instable et le temps d’intégration était trop court.

Au cours du premier trimestre 2002, désespérée, j’ai adressé des courriers à la Ministre déléguée aux personnes handicapées, ainsi qu’au Président dela République, au Premier Ministre, au Préfet, à la défenseure des enfants… Les réponses étaient pleines de compassion.

Deux mois plus tard, j’ai adressé un nouveau courrier à la Directrice de la DDASS, lui demandant de prendre des dispositions pour trouver une solution, lui rappelant que mon fils allait très vite se trouver exclu de toute prise en charge. Une copie été jointe au Directeur de l’IME, il n’y a eu de réponse ni de l’un, ni de l’autre.

La semaine suivante, accompagnée d’une association départementale de parents d’enfants atteints d’autisme, nous sommes allés rencontrer M. le Député René André pour exposer la situation des enfants sans solution de prise en charge. Nous avons demandé également une aide de sa part, pour  pouvoir remettre un courrier de l’association à M. Jacques Chirac, en campagne présidentielle, et venant à Avranches deux jours plus tard (courrier remis). Nous avons pu évoquer la situation de chaque enfant, M. Le Député a assuré qu’il allait tout mettre en oeuvre pour qu’une prise en charge soit offerte à chaque enfant pour la rentrée 2002. Nous n’avons pu le rencontrer par la suite, nous avons été reçus par son attaché parlementaire. Ce dernier nous a informés qu’une demande de rendez-vous était faite auprès de Mme Boisseau, alors Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, et que nous y serions conviés. Nous n’avons eu, évidemment, aucune nouvelle…

En avril 2002, j’ai pris rendez-vous auprès de la directrice dela DDASS. Elle m’a fait part de son impossibilité de trouver une solution faute de moyens. Elle m’a conseillé de « prendre mes dispositions pour m’occuper de mon fils en attendant une solution de prise en charge et d’être patiente! » Elle a ajouté que la réforme de l’allocation d’éducation spéciale nous permettrait d’obtenir le complément 6, afin d’employer une personne ou de cesser mon activité professionnelle pour m’en occuper.

Dégoûtée par tout ce qu’on me renvoyait, j’ai voulu médiatiser la situation de Julien au moyen d’articles dans les journaux locaux, et j’ai lancé une pétition pour mon fils (plus de trois mille signatures obtenues). Elle a été transmise en mains propres à la Directrice de la DDASS, puis a été remise au Préfet de la Manche, qui nous a informé par courrier qu’il la transmettait au Ministère des personnes handicapées. Je n’ai jamais eu de retour… Autrement dit, toute l’énergie passée à expliquer la situation et obtenir des signatures est certainement arrivée dans le fond d’une corbeille à papier…

En juin 2002, j’ai contacté l’inspectrice de la DRASS de Caen par téléphone. Elle suggérait que je demande « une table ronde » auprès de la directrice de la DDASS, du directeur de l’IME, de l’assistante sociale de secteur, de l’association locale « Autisme Manche », et des élus qui connaissaient ma situation. Cette table ronde n’a jamais pu avoir lieu, malgré les nombreuses démarches que l’association et moi-même avons effectuées auprès des personnes concernées.

Nous arrivions aux six ans de Julien. L’hôpital de jour lui a fermé ses portes, il se trouvait donc sans aucune prise en charge. Je ne pouvais pas cesser mon activité professionnelle, faute de moyens financiers. J’ai alors postulé pour un changement de poste en horaires de nuit, de façon à employer une personne un minimum d’heures pour s’occuper de Julien le matin à la maison. Je prenais le relai à midi, je ne dormais que 4h30 après mes nuits de travail.

Julien était alors complètement exclu de la société: pas d’école, pas de prise en charge sanitaire ou médico-sociale… Je me souviens avoir vu au journal télévisé que des parents avaient été poursuivis parce qu’ils n’envoyaient pas leur enfant à l’école, c’était déroutant!

Courant octobre 2002, j’ai eu la visite des gendarmes à mon domicile, qui m’ont informée que le pédopsychiatre de l’hôpital de jour avait adressé un courrier au Procureur de la République (sans doute un remords de conscience). Il demandait le placement « urgent » de Julien à l’IME. Je n’ai pu obtenir une copie de ce courrier, mais le médecin nous a dit qu’il y insistait sur les troubles du comportement de Julien, et sur les conséquences que cela pouvait avoir sur notre famille. La gendarmerie envisageait aussi d’auditionner le Directeur de l’IME le lendemain même. Le dossier aurait été transmis au juge pour enfants, qui n’a pas donné suite.

J’ai demandé une nouvelle intégration scolaire fin 2002, du fait de la baisse considérable des troubles du comportement de Julien. L’intégration est acceptée, à condition que Julien soit accompagné (par la personne que nous rémunérons) pour la rentrée de janvier 2003. Mon fils est alors accueilli en grande section de maternelle quatre fois une heure par semaine.

Cette intégration n’aura pu se prolonger l’année suivante, puisque Julien était en âge d’être scolarisé en CE1. Six mois d’intégration scolaire après six ans d’errance ne suffisaient pas à envisager une poursuite. Cela aura permis de le socialiser, de favoriser les contacts avec d’autres enfants, et de le préparer à un accueil en structure.

Le dossier de Julien est repassé en commission auprès dela CDES en avril 2003, et j’ai été reçue par l’équipe pluridisciplinaire. J’ai craqué, je leur ai fait part de mon dégoût, de ma colère, de mon désespoir, de mon épuisement, et de toute ma souffrance. Je me souviens de la gravité avec laquelle cette équipe m’a confié avoir eu peur pour ma santé physique et psychique à ce moment même. J’étais effectivement mal en point, le visage marqué par la fatigue, j’avais pris 20 kilos, et j’étais « démolie » psychologiquement. Ils m’ont assuré qu’ils allaient me trouver très vite une solution.

Un mois plus tard, j’ai reçu un courrier de la directrice de la DDASS qui m’annonçait qu’elle accordait une dérogation à l’IME pour prendre mon fils à temps plein, et ce dès la semaine suivante. Elle ne prenait pas de gros risques, puisqu’elle quittait son poste quelques jours plus tard…

Julien a donc intégré cet établissement, à mon grand soulagement, dès la rentrée des vacances de Pâques en 2003. Il y est toujours pris en charge actuellement. Il s’y est bien intégré, et y a fait des progrès.

Toutefois, je déplore que la prise en charge ne soit plus celle qui avait fait la réputation de cet établissement. Le Directeur qui avait été à l’initiative de la création d’unités spécifiques pour les autistes, et qui avait formé son personnel à l’éducation structurée sur le modèle TEACCH, est parti en retraite trois ans avant l’arrivée de Julien.

Son remplaçant, encore en poste aujourd’hui, ne s’est pas investi de la même manière, et les équipes n’ont plus reçu suffisamment de formations spécifiques à l’autisme. Petit à petit, la qualité de prise en charge s’est dégradée, et il ne reste aujourd’hui que très peu de personnel compétent qui puisse transmettre son savoir. Il existe donc encore quelques outils du modèle TEACCH dans les unités, tels que les espaces structurés d’apprentissages, les tableaux de communication, les repères visuels – mais le personnel n’est plus compétent. En outre, il n’y a plus qu’un éducateur par unité. Les autres personnels n’ont aucune qualification et ne connaissent rien à l’autisme, ils apprennent « sur le tas ».

Le Directeur actuel a également fait installer une pièce dite « d’apaisement », pour des enfants qui seraient trop agités, ingérables! Il s’agit d’une toute petite pièce (ancien cabinet de toilette), sans fenêtre, dans laquelle on enferme l’enfant le temps qu’il s’apaise! J’ose imaginer que Julien n’y a jamais été conduit, et j’y serais formellement opposée!

Je déplore également de ne pouvoir faire bénéficier à mon fils de séances d’orthophonie individuelles par une professionnelle libérale de mon département, qui est très compétente en matière d’autisme. La sécurité sociale refuse une prise en charge en externe, puisqu‘elle estime que l’IME disposant d’une orthophoniste, celle-ci doit pouvoir prendre en charge les enfants qui en ont besoin, ce qui n’est visiblement pas le cas de mon fils non verbal, selon elle. Julien n’a donc plus de séances individuelles d’orthophonie depuis 2002!

Après trois ans de prise en charge à l’IME, et devant le constat d’une évolution quasi nulle de Julien, j’ai fait appel à une psychologue libérale spécialisée dans la guidance parentale à domicile pour les enfants TED. Elle est venue durant deux ans et demi, à raison de une heure trenre par semaine, pour me donner des axes de travail afin d’aider Julien à progresser. Nous avions pour objectifs de l’aider à travailler à la table et à rester assis: imitation avec des pièces de construction, intégration du schéma corporel, reconnaissance auditive et visuelle, communication par les images, jeux éducatifs divers. Nous avons aussi établi un programme pour l’aider à acquérir la propreté et à diminuer les troubles du comportement. Nous avons rencontré l’équipe qui s’occupait de Julien à l’IME, afin d’harmoniser le travail à la maison avec celui de l’établissement. Toutefois, cela n’était pas ou peu appliqué, non pas par refus des équipes, mais par manque de moyens, en personnel notamment, et par manque de qualifications.

À l’âge de 10 ans, Julien a commencé à avoir des troubles de l’humeur assez importants, accompagnés de troubles du sommeil, d’une instabilité motrice grandissante, des crises de pleurs inexpliquées, de violence… J’ai dû accepter la mise en place d’un traitement par Risperidone, l’équipe me faisant comprendre que cela devenait trop difficile, et moi-même ayant de plus en plus de mal à gérer mon fils à la maison.

Itinéraire d'un autiste peu gâté

Aujourd’hui, Julien a un traitement assez conséquent, qui l’a plus ou moins stabilisé, mais qui n’aurait certainement pas été nécessaire s’il avait eu les moyens de communiquer son mal-être. Il semble assez serein, il est souriant, et manifeste positivement le fait d’aller à l’IME. Il a intégré le service d’hébergement de l’IME, deux nuits par semaine et un week-end par mois, parce que je n’avais moi-même plus de vie sociale en dehors du travail. Mon autre fils, deux ans plus jeune, souffrait lui aussi de l’articulation systématique de notre vie familiale autour du handicap de Julien.

Je ne me satisfais absolument pas de notre parcours, mais j’accepte de façon résignée notre situation actuelle, dans la mesure où Julien ne semble plus souffrir.

Malheureusement, dans cinq ans, il aura atteint l’âge de sortir de l’IME. J’imagine que son autonomie très limitée nous contraindra à l’orienter vers des structures du type maison d’accueil spécialisée, ou au mieux un FAM. Je sais aussi que beaucoup d’adultes autistes difficilement gérables, dans ce type de structures, se voient orientés ponctuellement dans les services psychiatrie adulte, et que le ponctuel devient bien souvent du long cours… Je suis infirmière dans un établissement psychiatrique, je parle donc en connaissance de cause, j’éprouve même une certaine honte à exercer ma profession, là où je ne voudrais surtout ne jamais voir mon fils!

Je vis seule, j’élève mes enfants du mieux que je le peux avec des moyens limités. Je rêve bien souvent de pouvoir offrir à Julien un traitement intensif ABA durant les cinq prochaines années, et lui éviter ainsi la destinée que je redoute…

L’heure de la décision a sonné

L'heure de la décision a sonné

Nous arrivons à une période délicate du parcours d’Evan, il va nous falloir choisir dans les mois ou les deux années qui viennent entre école et IME…

Actuellement, Evan va 3 demi-journée à l’école par semaine (soit 9 heures). Il est en classe de moyens/grands mais est considéré comme un « grand » par rapport à son année de naissance. Il va deux matinées en hôpital de jour, et il bénéficie d’une heure de prise en charge ABA par semaine par une psychologue libérale.

Aujourd’hui nous avons deux regards totalement opposés sur Evan.

D’un côté, celui de la pédopsychiatre de l’hôpital de jour, qui commence à nous mettre la pression pour qu’il intègre un IME au plus vite. Selon ses arguments, il n’a pas sa place à l’école:

  • il n’arrive pas à poser son attention très longtemps et ne rentre donc pas (ou très peu) dans les apprentissages,
  • le nombre d’élèves est trop élevé (28), ce qui ne l’aide pas à se concentrer,
  • il doit suivre un programme qui n’est pas individualisé et donc pas adapté à lui.

Selon elle, c’est comme le « jeter dans la gueule du loup » que de le laisser à l’école où il est voué à l’échec.

Bref, autant d’argument avec lesquels nous sommes plutôt d’accord, nous constatons effectivement qu’Evan n’est pas à l’aise en classe, il a du mal à rentrer en relation avec les autres, même si il ne se met pas à l’écart mais cherche au contraire la compagnie de ses camarades de classe sans savoir comment s’y prendre (il touche les cheveux, les regarde, leur parle dans son jargon).

Nous ne sentons pas franchement notre enfant épanoui à l’école, il rentre des fois perturbé, nous disant qu’il a été puni (parce qu’il a crié, par exemple). La maîtresse et l’AVS nous disent souvent que c’est difficile, qu’il perturbe un peu la classe… C’est difficile d’entendre ce genre de discours (depuis la crèche), mais en même temps je peux comprendre, Evan peut vraiment être exaspérant parfois!

À côté de ça, je reste persuadée que l’école lui apporte quelque chose, et je me suis déjà préparée à ce qu’il reste en maternelle encore un ou deux ans (il devrait normalement passer en CP en septembre), ce qui est évidement inconcevable aujourd’hui…

De l’autre côté, nous avons la psychologue ABA qui, elle, revendique la place d’Evan à l’école, et nous conseille même de demander plus d’heures d’AVS. Selon elle:

  • Evan est capable d’apprendre beaucoup de choses, d’ailleurs il s’intéresse à tout,
  • si il entre en IME, il sera très difficile de le réintégrer dans un système scolaire ordinaire

Autant d’arguments avec lesquels nous sommes d’accord aussi!

Alors quoi? Quelle est la solution? Si l’IME n’est pas une solution efficace, si le rythme scolaire d’une école ordinaire est trop exigeant, si la prise en charge en hôpital de jour n’est pas adaptée à l’autisme, quelle solution s’offre à nous?

L'heure de la décision a sonné

Le 27 février, nous assisterons à l’Equipe de Suivi de Scolarisation à l’école d’Evan. Qu’allons-nous leur dire, si nous-mêmes nous ne savons pas ce que nous voulons pour notre enfant?

Nous avons exigé que la pédopsychiatre de l’hôpital de jour et la psychologue ABA se rencontrent pour faire le point ensemble sur la situation d’Evan. Elles n’ont évidement pas du tout la même vision des choses, mais heureusement, grâce à l’acharnement de la psychologue ABA (qui est vraiment géniale), un rendez-vous est prévu fin janvier à l’hôpital de jour. Nous espérons qu’il sera constructif…

En attendant, je suis preneuse de vos conseils, de vos témoignages sur votre parcours. L’État fait de l’autisme la grande cause nationale pour 2012, des choses se mettent en place, mais c’est aujourd’hui que notre fils à besoin d’une prise en charge adaptée. Le temps file, et ce temps-là est précieux!

[Vous reprendrez bien un peu d'autisme?] Je me souviens de toutes tes premières fois

La première fois que tu as levé tes yeux sur moi: tu venais de naître un instant auparavant, dans les cris et l’urgence. Tu as entendu ma voix, tu t’es immédiatement calmé et nos regards se sont croisés.

La première fois que tu as posé ton regard sur un autre que moi: c’était sur Adrien ton frère. Ton regard semblait dire: « Enfin, je fais ta connaissance… Ce n’est pas trop tôt ».

La première fois que je t’ai trouvé très calme: c’était ta première nuit à la maison, tu voulais dormir dans ton lit, tout de suite après la tétée, et surtout pas bien au chaud, en peau à peau, contre Maman. Je me suis dit, à regret, que j’étais enfin devenue une mère mûre, expérimentée, qui pouvait dormir ET allaiter.

La première fois que je t’ai trouvé un peu psychorigide: tu tétais toutes les 2h30, rigoureusement, pas 2h20, pas 2h40, et pourtant tu ne portais pas de montre.

La première fois que je t’ai trouvé peu dégourdi: tu n’arrivais pas à attraper ton hochet, couché sur ton tapis à langer. Je voulais faire la même photo qu’avec Adri, 6 ans plus tôt. Je n’ai pas pu.

La première fois que je t’ai surnommé Forest Gump: tu avais 9 mois, et je n’arrivais pas à t’apprendre à utiliser ton jouet 1er âge. Ce n’est pourtant pas compliqué de faire tomber une balle à l’intérieur d’un entonnoir.

La première fois que tu as mangé des crêpes: tu les gobais, l’une après l’autre, à toute vitesse, sans interruption, comme si tu craignais que quelqu’un ne te les vole.

Tes premiers pas: tardifs mais efficaces, nous devions arpenter durant des heures les planches sur la plage à Deauville.

La première fois où je me suis dit qu’il fallait voir un pédopsy: tu avais 20 mois, tu connaissais toutes les lettres, appareillais formes et couleurs sans jamais l’avoir appris, tu passais l’essentiel de tes journées à dessiner des lignes verticales, à faire rouler des billes allongé sur le sol pour mieux examiner leur trajectoire, et à observer mes cheveux, un par un, et ton évolution n’avait plus rien à voir avec celle décrite dans tous les manuels de mère parfaite.

Ton premier mot: « Porrite », pour poteau électrique, à 2 ans.

Ta première colère: à 33 mois, dans le cabinet du premier médecin qui a osé poser un mot sur tes troubles. C’était la première fois que quelqu’un te demandait vraiment de faire quelque chose. C’est aussi la première fois où j’ai eu un peu peur de la violence de tes tempêtes.

Ta première séance ABA: 1h40 de rage non-stop à 34 mois.

Ton premier pipi: Après 1h20 sur les toilettes et un litre de grenadine, je crois que j’ai plus pleuré que tu n’as pissé.

La première fois que tu m’as réveillée normalement: 2 mois après le début de ta prise en charge, tu n’arrivais plus dans notre chambre en hurlant à 5h30 le matin et en me tirant du sommeil à coups de poings et de doudou.

La première fois que tu as fait une bêtise, en octobre 2009: tu avais mangé tous les petits filous, en prenant soin de bien replacer les pots vides avec leurs opercules dans le réfrigérateur, et l’on a fêté ça comme une immense victoire.

La première fois que tu as joué: en hiver 2009, c’était avec une cuisine de petite fille, et Paul et Sacha, les amis de ton frère. Tous les grands dadais, unis pour te donner envie de jouer au restaurant avec tes doudous. Tous ces dadais, tellement émus, et aussi tellement fiers d’avoir montré à Adri qu’avoir un frère différent, c’est pas si grave.

La première fois que je t’ai demandé de renoncer à boire le biberon et que je l’ai remplacé par un verre, en novembre 2009: nous étions deux, Julia ta psy et moi. À partir de ce jour-là, j’ai décidé de racheter toute la collection Duralex. Au moins, les morceaux sont faciles à ramasser.

La première fois que tu m’as fait un bisou, avec tes bras autour de mon cou: c’est Sohir – que tu nommes joliment Sourire – qui te l’avait appris. Elle avait passé un mois chez nous en intervention ABA à l’été 2010, tu m’as dit « je t’aime » aussi pour la première fois cet été-là.

La première fois que tu as raconté quelque chose: c’était encore ce même été. Nous étions assis sur le canapé, Sohir, Julia, toi et moi. Tu as pris l’imagier de photos insolites que je t’avais commenté sans relâche, sur lequel j’avais soliloqué des heures et des heures, m’acharnant, en me disant que quoiqu’il arrive tu n’étais pas sourd… Tu as pris ce livre, et tu as commencé, image après image, à décrire chaque petit détail que j’avais mentionné, avec des difficultés de prononciation certes, mais tu parlais. Bon sang! Tu parlais! Pas seulement pour dire « s’il te plaît », « Je veux », « Merci ». Tu pouvais décrire, apprécier, énumérer… tout ce que j’avais moi-même décrit et raconté. Julia s’est mise à filmer, nous pleurions silencieusement toutes les trois. On ne t’a pas interrompu, c’est la plus belle histoire que l’on m’ait jamais contée.

La première fois que tu as fait caca aux toilettes: nous étions à Deauville en août 2010, cela a pris exactement sept jours d’abstinence totale et trois heures de massage, de bain chaud, pour que, dans un cri d’appel au secours, terrifié, tu oses enfin t’asseoir sur les toilettes, et y faire ce que tu devais y faire.

La première fois que j’ai pensé que l’on allait sûrement gagner la bataille de l’école: c’était à la rentrée 2010 en moyenne section. Baptiste pouvait t’accompagner, tu avais enfin une AVS, j’avais réussi à mettre les points sur les « i » avec les parents d ‘élèves, et surtout, tu voulais enfin bien t’intéresser aux travaux scolaires.

La première fois où tu as parlé de ton autisme, l’automne dernier: au retour d’un week-end entre amis, tu nous as dit que tu adorais Gaston, car il stéréotypait et qu’il devait être autiste, comme toi.

Tes premiers amis, Rémi et Laurence, en 2011: Ils parlent de toi, tu parles d’eux et vous jouez ensemble.

La première fois que tu as soufflé tes bougies sans t’enfuir, et chanté « Joyeux Anniversaire! » en choeur avec nous: tu as eu 5 ans, c’était absolument magique.

Ta première amoureuse, Manon, cette année: tu m’as dit « elle a des cheveux très droits, maman! »

Je ne compte plus tes premières fois aujourd’hui, je me souviens juste de la plus récente, celle d’hier, quand, d’un air coquin, parce que j’interrompais volontairement l’une de tes stéréotypies vocales en te demandant de me décrire ce que tu faisais, tu m’as regardée. Tu as posé ton iPad avec délicatesse sur le fauteuil, et droit dans les yeux tu m’as dit, pour la première fois, « Arrête de faire l’ABA, Maman ». Tu as éclaté de rire, super content de ton bon mot, et tu t’es sauvé pour préparer une énième sottise avec ton frère.

Retrouvez tous les petits billets à prétention littéraire de Béatrice ici: Vous reprendrez bien un peu d’autisme?