Autisme Infantile (1)L’enjeu de mettre l’enfant autiste à l’école, bien avant de lui faire faire les apprentissages comme les autres enfants (lecture, écriture, maths, etc.), c’est de lui apprendre les règles sociales qui font que l’on peut s’adapter dans la vie de tous les jours.

Lorsque j’ai amené mon fils Matthieu à l’école l’autre semaine, pour la période d’intégration avant la vraie rentrée après les vacances d’été, j’ai joué le rôle de l’AVS pour la maîtresse, afin qu’elle ne soit pas en sous-effectif avec 30 enfants plus un qui demande une attention et une vigilance constantes.

Pour dire la vérité, j’ai souhaité ainsi donner l’exemple de ce que je souhaite que l’on fasse avec mon fils lorsqu’il ne sera plus sous ma supervision.

Ce que j’ai fait n’est pas bien compliqué, mais demande une réflexion au préalable, et un peu de tenacité pour faire suivre la ligne d’action choisie. Se mettre d’accord avec la maîtresse est aussi très important, car c’est elle qui fera appliquer la méthode quand vous ne serez pas là.

Amener l’enfant à jouer avec ou parmi les autres

Lorsque nous sommes arrivés dans la classe pleine d’enfants, j’ai commencé par laisser Matthieu redécouvrir les lieux (que nous avions découvert la veille au soir sans les enfants) pour prendre les consignes de sa maîtresse. Lorsqu’elle m’a dit que ce matin-là ils commençaient les activités libres, je suis allée chercher mon fils tout de suite pour éviter qu’il n’aille jouer seul dans un coin, et je l’ai attiré vers une table remplie de feuilles et de crayons, une activité qu’il connait bien et aime faire à la maison.

À la table se trouvaient cinq petites filles qui se sont empressées de me poser mille questions sur Matthieu. En faisant la causette avec elles, je prenais garde à ce que Matthieu ne fasse rien d’interdit (courir avec les crayons, par exemple), et je sensibilisais légèrement les petites filles à son handicap en leur disant qu’il ne parlait pas trop mais que ça ne voulait pas dire qu’il n’appréciait pas leur amitié. Je crois que Matthieu s’est fait beaucoup d’amies ce jour-là, qui attendront avec impatience de le revoir la semaine prochaine ou à la rentrée.

Refuser que l’enfant ne s’isole

S’il a évolué aisément pendant l’heure d’activités libres, et même aidé à ranger avec un peu d’encouragements de ma part, Matthieu n’avait pas du tout envie de rester assis pendant que la maîtresse racontait une histoire et qu’elle faisait écouter une chanson et chanter les petits. Au bout de deux minutes d’efforts inutiles, j’ai expliqué à Matthieu qu’il allait pouvoir se déplacer, mais en restant dans l’espace où tout le monde s’était réuni.

Il a fait une ou deux fois le tour du coin lecture, en écrasant quelques pieds au passage, et puis j’ai eu la bonne idée de lui donner une activité à faire (tripoter des fruits et légumes en plastiques). Il s’est donc assis avec tout le monde, et a tenu le temps qu’il fallait rester calme sans plus de problèmes.

Ne pas céder à la facilité

Lors de la lecture, j’ai eu une grosse envie de baisser les bras. Et franchement, s’il n’avait pas été question de mon propre enfant, dont l’avenir m’est important, je l’aurais peut-être fait. J’ai bien vu qu’il était pénible pour les autres que Matthieu tourne et retourne dans le coin lecture. J’ai même eu une réflexion. « Mais laissez-le aller! »

Je me dis qu’ils ne savent pas comme moi combien Matthieu est capable d’apprendre malgré son handicap. Je sais pertinemment que si on le laisse aller faire ce qu’il veut, il n’apprendra jamais à aller s’asseoir avec les autres. Je sais aussi que ce n’est pas facile de faire respecter les règles. Mais nous avons eu de bons résultats par le passé, avec son orthophoniste et sa psychomotricienne, qui ont réussi à le faire rester calme et assis pendant leurs séances, donc je sais que c’est une question de volonté et de tenacité.

J’ai donc ignoré la personne qui m’avait dit de le laisser aller, et j’ai continué à le focaliser sur l’activité en cours. Cette personne ne sait pas ce que c’est que d’avoir un enfant autiste, et je crois avoir fait le bon choix en ne partant pas dans milles explications (justifications?), mais en montrant l’exemple de ce qu’il faut faire pour aider Matthieu.

Demander l’aide des autres enfants

Après la lecture et la chanson, la maîtresse a expliqué aux enfants avec des mots adaptés à leur âge que Matthieu « n’avait pas grandi de la même façon qu’eux », et qu’il avait besoin d’aide pour faire certaines choses. Elle leur a aussi dit que Matthieu avait du mal à parler et à rester assis.

Les enfants étaient tous prêts à aider. À cet âge-là, ils ont apparemment énormément besoin de rendre service, et si c’est demandé gentilment, ils sont partants pour faire ce qui est leur est demandé. Une jolie petite fille a réclamé qu’il s’asseoit près d’elle, lui a rappellé qu’on ne se lève pas de la table avec les crayons dans la main, et a entraîné les autres à s’occuper aussi de lui.

Ne pas trop en demander

Lorsque nous sommes sortis dans la cour faire des activités de groupe, je n’ai pas demandé à Matthieu de rester en rang avec les autres pendant dix longues minutes le temps que son tour arrive. J’ai coupé devant une autre petite fille, qui n’a pas demandé mieux que de nous faire plaisir en nous laissant passer, et puis nous sommes allés, une fois le parcours fini, faire d’autres acrobaties entre un banc et des poteaux juste à côté du groupe. Puis nous sommes à nouveau revenus une dernière fois faire le parcours d’obstacles avant que l’heure de partir ne soit arrivée.

Au-delà d’apprendre les mathématiques et les langues vivantes, il est important que l’enfant autiste soit aidé dans sa démarche de sociabilisation. Il ne faut pas le laisser tomber, il a besoin qu’on l’accompagne dans ces moments difficiles pour lui, et ce, malgré le regard pas toujours compréhensif des autres.

C’est aussi une chance d’éduquer les enfants qui seront les adultes de la prochaine génération à connaître l’autisme, à ne pas en avoir peur, afin que plus tard les personnes ayant ce handicap soient mieux acceptées.