Céline BruntzCéline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme.

Que faire lorsque les parents ne veulent pas accepter l’autisme leur enfant?

Je m’explique en deux mots: je suis une puéricultrice de plus de 25 ans d’expérience, je viens d’ouvrir, au 1er octobre de cette année, une crèche privée en Belgique côté néerlandophone.

Parmis les cinq enfants inscrits, j’ai un petit garçon de 2 ans de parents russes (qui parlent difficilement le néerlandais) qui présente les symptômes de l’autisme.

Sentant les parents fragilisés par la barrière de la langue, c’est avec beaucoup de précautions et en pesant bien tous mes mots, que j’ai essayé de leur faire prendre conscience des différences comportementales de leur petit garçon. La maman a tout de suite montré un sentiment de culpabilité, en disant: « mais oui, c’est de notre faute, nous n’avons pas d’amis en Belgique, notre petit garçon ne cotoie pas d’autres enfants de son âge. »

Je l’ai bien sûr rassurée, et lui ai fait comprendre que ce n’était la faute de personne, et que je n’étais pas là pour porter un jugement, bien au contraire, j’étais là pour les aider dans leurs éventuelles démarches. Elle m’a demandé par où commencer. Je lui ai répondu d’aller en première intention chez un pédiatre et que lui pourrait les diriger vers un spécialiste.

Lors de ma conversation avec la maman, je n’ai prononcé à aucun moment le mot « autisme », d’une part pour ne pas l’effrayer, d’autres part parce que je ne savais pas si le terme lui était connu. Je n’ai parlé que des difficultés de communication de son petit garçon, en prenant comme exemple le bébé de 9 mois (installé dans une chaise haute) que j’avais en face de moi lors de ma conversation avec elle.

Je lui ai montré que le bébé me regardait dans les yeux à chaque fois que je prononçais son prénom, qu’il regardait un objet que je montrais du doigt. Je n’ai pas été beaucoup plus loin pour ne pas lui faire peur, après tout je ne suis pas spécialiste.

Je lui ai rappelé la phrase qu’elle m’avait dite à plusieurs reprises en riant, le jour de l’inscription de son fils à la crèche, « Daniel est très romantique, il est dans son monde », et j’ai essayé de lui faire comprendre que ça n’avait rien avoir avec le romantisme.

La conversation s’est passée un vendredi soir. A partir du lundi suivant, c’est la grand-mère maternelle qui est venue amener et chercher Daniel à la crèche… coïncidence ou pas, en tous les cas je n’ai pas pu savoir comment la maman a digéré ce que je lui ai dit, dans les jours qui ont suivis.

J’ai évité d’aborder le sujet avec la grand-mère pour ne pas commettre d’erreur, mais c’est elle qui, un matin a abordé le sujet en me disant de but en blanc avec une attitude non verbale qui en disait long: « Dites! Daniel est normal, il est juste différent, à chaque enfant sa particularité, moi aussi je suis pédagogue! », sur quoi je n’ai rien dit.

L’autre jour, la grand-mère me demande: « Alors est-ce que Daniel joue avec les autres enfants maintenant? ». Je lui ai répondu « Non madame, Daniel ne joue pas avec les autres enfants » et elle m’a répliqué « Ahh, qui vivra verra ».

J’aimerais vraiment aider ce petit garçon, il présente tous les signes autistiques (les signes importants et tous les autres sans exceptions) répertoriés sur votre site.

En sachant qu’il ne restera que jusque fin décembre à la crèche (après il restera encore trois mois avant son entrée à l’école, avec sa maman qui sera en fin de grossesse):

  • Que puis-je faire comme activités à la crèche pour le stimuler, le rassurer?
  • Quelles sont les démarches que je pourrais faire à mon niveau?
  • S’il n’est pas pris en charge par des professionnels, court-t-il un grave danger?  (risque d’épilepsie, etc.)
  • Le futur bébé risque-t-il d’avoir les mêmes signes?

En vous remerciant d’avance de l’intérêt que vous porterez à ma question.

Je comprends tout à fait votre inquiétude de professionnelle. Votre position est loin d’être évidente car vous devez soulever le problème, comme vous l’avez fait, avec tact et justesse, tout en gardant une réserve car vous n’êtes pas en charge d’établir un diagnostic. Je trouve très pertinent la manière dont vous avez décrit aux parents le plus objectivement possible les difficultés comportementales de leur enfant. Vous avez eu également entièrement raison d’orienter les parents vers une consultation chez le pédiatre car c’est un début dans la démarche de diagnostic et de soin.

Comme les parents sont en difficulté pour reconnaître le handicap, vous pouvez peut être vous appuyer sur le médecin et/ou le psychologue de la crèche, si votre équipe en comporte, afin de proposer aux parents de faire le point par rapport à leur enfant. C’est un moyen supplémentaire d’engager un dialogue et de mettre des mots sur les difficultés comportementales de l’enfant afin de les aiguiller au mieux.

Au niveau de votre intervention par rapport à l’enfant, je pense que vous pouvez l’aider en axant le travail sur la communication visuelle et verbale. Il est important de le stimuler avec des activités d’éveil qui lui permettront de s’ouvrir à la relation. Vous pouvez répérer des jeux qui l’intéressent et vous en servir pour créer un échange sur des temps très courts mais répétés. Cela permet de structurer la journée avec des temps de jeux, d’échange, dans un climat rassurant.  L’objectif étant également d’apprendre à l’enfant des comportements adaptés au niveau de la communication et de la relation.

Je suis d’accord avec vous qu’un enfant, qui présente des troubles autistiques, qui n’est pas pris en charge rapidement risque que ses troubles s’aggravent. Il est effectivement recommandé par tous les spécialistes de l’autisme de faire un diagnostic précoce afin de mettre en place rapidement la prise en charge la plus adaptée pour faire progresser et évoluer l’enfant. Il est essentiel d’alerter les parents comme vous l’avez fait et de vous appuyer sur des collègues (médecin, psychologue, Centre Ressources Autisme) afin d’orienter les parents, pour qu’ils puissent être accompagnés dans l’annonce du handicap. Je précise que ce sont des pistes générales qui proviennent de mon expérience et doivent être adaptées au cas par cas. Cependant, j’espère qu’elles pourront vous éclairer par rapport à votre situation.

Concernant votre question par rapport aux risques que l’autre enfant présente les mêmes troubles, je comprends que vous vous posiez la question, car on sait maintenant que l’autisme est une pathologie d’origine génétique, mais je ne suis pas généticienne donc je ne suis pas en mesure d’apporter une réponse à cette question. J’espère que les réponses apportées par rapport aux aspects psychologiques, qui sont de ma compétence, vous aideront dans votre pratique, et je vous remercie pour votre confiance.