Céline BruntzCéline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme.

Joane écrit à Céline pour lui demander si l’hypersensibilité aux bruits et les troubles de sa fille peuvent être signe d’autisme.

Je me permets de vous écrire afin d’avoir votre opinion sur le comportement de ma fille (2 ans ½). Elle a une peur bleue du bruit. Elle semble hypersensible à ceux-ci. Nous sommes allés à un anniversaire d’enfant dans une « récréathèque ». Il y avait arcade, musique, plein d’enfants criant… Ça a pris 20 minutes pour réussir à la sortir de sa torpeur. Elle était en petite boule par terre, les deux mains sur les oreilles. Elle craint les autos, tous les véhicules. Elle a une peur terrible du tonnerre. Enfin, tous les bruits forts, et même les sons moins forts comme l’eau qui coule dans les tuyaux .

Outre ce comportement, elle a des troubles du sommeil depuis qu’elle est née. Elle fait ses nuits depuis moins d’un mois. Les siestes en dehors de sa chambre sont quasi impossible. Bref, elle a toujours semblée insécure de ce côté, voire même trop hypersensible pour bien dormir « sur ses deux oreilles », comme on dit si bien.

Le langage se développe bien. Elle interagit bien avec nous. Ses jeux sont diversifiés. On la trouvait très méthodique plus jeune (du genre à redresser un jouet de travers ou à aligner par ordre certains jouets, etc.), mais ce comportement s’est atténué en vieillissant. Elle craint un peu les nouveaux visages, mais après 20 minutes elle se fond dans la foule. Elle va à la garderie. De ce côté, rien de particulier: elle s’adapte bien. Elle est la plus conciliante. À part le fait qu’elle n’y dort pas du tout, on ne me rapporte rien de particulier. Elle est du genre à rester à côté du groupe et à observer au lieu de jouer dans le groupe, mais mon fils était comme ça aussi. Plus timide. À part ça elle est très sociale, et aime aller vers les autres dans un contexte « rassurant », c’est-à-dire sans bruit, sans « sur-stimulation », sans « feux d’artifices » si on peut dire.

En résumé, peut-on parler d’autisme si les seuls comportements suspects seraient sa crainte du bruit et ses troubles du sommeil? Merci pour votre réponse

— Joane

Bonjour Joane,

Je vais vous répondre de manière générale car je me dois de vous préciser que pour établir le diagnostic de l’autisme, le professionnel doit rencontrer les parents et observer l’enfant pour établir un diagnostic.

Les élements de réponse que je peux vous apporter se basent sur les Recommandations sur le dépistage et le diagnostic de l’autisme et des troubles envahissants du développement définies par la Haute Autorité de Santé et la Fédération Française de Psychiatrie. Ce document est diffusé par les Centres Ressources Autisme (CRA).

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il existe des signes principaux d’alerte de l’autisme. Les signes majeurs qui ont une valeur d’alerte très importante chez l’enfant de moins de 3 ans, et qui doivent conduire à demander rapidement l’avis de spécialistes tels que les Centres Ressource Autisme, sont les suivants (adapté de Baird et Al. 2003):

  • Absence de babillage, de pointage ou d’autres gestes sociaux à 12 mois.
  • Absence de mots à 18 mois.
  • Absence d’association de mots (non-écholaliques) à 24 mois.
  • Perte de langage ou de compétences sociales quelque soit l’âge.

Voilà ce que je peux vous en dire et j’espère que cette réponse vous permettra d’y voir plus clair.