Chères et mères,

Vous êtes nombreuses à me carlos-soliciter au sujet des bas-fonds du bien-fondé de certains ateliers de nos temples de jour. Je vous ai auparavant éclairées sur le réel signifiant de l’à-quoi-rhum, et suis aujourd’hui en mesure de vous apporter la vérité, sans langue de bois ni de poutre, en ce qui concerne l’à-te-lier conte. Il s’agit effectivement d’une histoire de liaison, de lien, de reliure, mais pas de celle que vous croyez.

En cherchant un peu dans notre vaste littérature destinée aussi bien au grand public qu’au petit peuple ainsi qu’à notre personnel le plus dévoué, notamment les instances rééducatives que nous avons mis des années à détourner de leur fonction prince-epsilon, vous préleverez volontiers les notions suivantes:

Le fou à-te-lier, comme nous aimons à le surnommer dans nos plus folles gaudrioles, constituerait une brèche restructurante de l’espace-temps psychotique, une médiatisation transitionnelle permettant d’apporter du cââdre, de la conte-nuance et du lien à l’esprit du petit d’homme psychotique perdu dans l’errance sombre et sexuellement diffluente de ses pensées.

Il s’agit d’un « appareil à penser les pensées », grâce auquel le mouflet pourra enfin comprendre pourquoi il ne peut pas penser librement à partir du moment où nous, soignants, aurons compris quels sont les conflits internes qui l’empêchent de penser ce qui est bon à penser, selon l’interprétation de son mode de pensée archaïque qui perturbe le système de pensée que nous imaginons devoir lui suggérer, afin de remédier à ce qui n’est finalement, qu’un problème de pensée.

L’abbé Pierre de la psychanalyse l’a très bien résumé sous cette forme:

« Ainsi dans les ateliers conte, on voit passer les enfants de l’identification projective destructive à l’identification projective secourable puis à l’intériorisation de traces réutilisables en d’autres lieux »

Bref, tout ceci n’est que façade, ou plutôt rideau, qui ne tardera pas à s’ouvrir sur le véritable clou du spectacle: car oui, j’ose le dire, vos petits nous épuisent, nous divisent, jusqu’à nous empêcher parfois d’ex-comme-nu-nier notre foi c’est-leste pour faire face à l’agressivité qui sévit au-delà des remparts du temple. Nous avons grand besoin de distraction, et vos rejetons en sont la solution.

Comme je le disais au dernier conseil suprême de la COPPA: le conte n’est que script, que scénario du veau-de-ville, que doivent intégrer les petits d’homme en vue de la grande représentation annuelle devant les plus grands chambellans et cardinaux, elle-même en vue de la grande commémoration qui désignera le temple de l’année.

Mais attention, il ne s’agit pas de dresser les gosses bêtement comme des chimpanzés, mais de surcroit d’offrir aux chambellans de la substance nutritive d’esprit, aux maîtres à penser de la matière à penser, à interpréter symboliquement vers les matières scato-sexuelles et parentales, le tout sur la base d’une petite troupe de psychotiques déguisés. Voilà pourquoi nous nous réunissons parfois si longtemps dans le secret, celui de la mise en scène.

À titre d’exemple je vous propose d’ouvrir une partie de votre inconscient malade à notre projet de Noël pour lequel nous travaillons d’arrache-pénis: la petite fille aux allumettes. Ce conte tragicomique illustre à merveille le potentiel toxique qui sommeille symboliquement dans l’inconscient de tout parent. Rappelons que cette petite fille, à laquelle son père promet des sévices si elle ne vend pas suffisamment d’allumettes, constitue le révélateur symbolico-métaphorique idéal du proxénétisme parental (attention, j’ai bien précisé symbolique). Le fait que cette petite péri-patte-esthéticienne finisse décédée dans la nuit, et avec le sourire, montre bien toute la dimension masochiste acquise au fil des sévices, ainsi que le bien-fondé de notre démarche d’appel aux services sociaux pour des parents récalcitrants, y compris lorsque l’enfant « parait » bien traité.

Lors de la lecture de ce conte, les réactions des enfants peuvent être extrêmement disparates et d’autant plus avariées. Certains n’hésitent pas à lancer violemment des jouets sur le conteur, j’en sais quelque chose. Il est alors essentiel de procéder immédiatement à une mise au point sur la lapidation à travers les âges, de signifier à ces enfants que cette pratique a été abandonnée dans notre pays, car les scientistes n’y ont guère trouvé une forme d’efficacité ou d’efficience en ce qui concerne le cadrage de la quête féminine du pénis.

Par ailleurs, j’ai encore en mémoire le souvenir de cette séance durant laquelle Doc Odile faisait la lecture, et au cours de laquelle une petite psychotique s’écria brutalement:

Odile, ras-le-cul de ton histoire d’allumettes, grosse pute!

Odile ne fut point choquée, rassurez-vous, car elle savait que tout cela n’était que projectif. Cette petite voulait bien entendu parler de sa mère, que le père poussait probablement à la prostitution. Quant au terme « allumettes », il faisait directement référence à l’attitude d’allumeuse que cette petite avait adoptée en réponse à celle de sa mère, dans un probable processus identificatoire à celle-ci, et en réponse à la menace de castration proxénètique du père. Enfin, l’expression ras-le-cul se rapportait aux probables sévices du père que nous soupçonnions de manier la ceinture sans grande délicatesse. Le fait que ces parents manifestaient une certaine résistance aux théories psychanalytiques en vigueur n’avait alors aucun rapport avec le signalement aux services sociaux que nous avons effectué par la suite.

Sur le moment, Doc Odile fit face à la situation avec brio en répondant:

Tu penses à ta maman c’est ça?
Tu sais qu’on ne dit pas pute mais prostituée?
Si tu as mal aux fesses, nous allons faire le packing, tu veux bien?

La petite ne pût cacher sa joie à l’idée de se frotter au linge mouillé, comme face à la plupart des à-te-lier de régression que nous lui proposions alors. Je ne vous cache pas que, grâce à notre travail, cette petite obtint par la suite le rôle principal, et fera certainement grande impression aux chambellans pendant les fêtes. Je vous tiendrai bien entendu informées.

Allumette-ment vôtre,
JMDL