Chères et mères,

Au sein de l’oeuvre éternelle merveilleuse de la soeur froncée du grand Anus, qui rayonne toujours avec autant de splendeur sur la plupart de nos temples autistiques, nous avons jusqu’à présent exploré ses travaux concernant l’autisme primaire.

Celui-ci peut être considéré comme normal jusqu’au moment où le petit d’Homme, guidé par sa mère, parvient à donner une consistance « suffisamment bonne » à ses excréments.

Dans le cas contraire, l’autisme primaire devient anormal. L’absence de moulage défécatoire finit par faire acte de parallélisme avec le psychisme du petit d’Homme qui entame irrémédiablement sa mutation en amibe: une structure flasque et non délimitable, car en constante trans-dé-formation, à l’image d’un inconscient qui ne saurait distinguer le soi du non soi.

Introduction

L’autisme secondaire à carapace (ASC), dont il sera question en ce jour délicieux, survient lors d’une prise de conscience douloureuse, celle d’un non soi terrifiant, un phénomène consécutif à la séparation symbolico-physico-obligatoire d’une mère dont nous reparlerons, évidemment…

Les enfants ASC semblent s’être soigneusement enveloppés eux-mêmes, afin d’affronter le traumatisme oral de la perte de l’unité originaire avec la mère.

1. Le pourquoi du comment

Livré à un monde extérieur abominable et apocalyptique, le petit d’Homme se voit dans l’obligation de se confectionner, en toute hâte, une carapace afin de s’en protéger. Ne bénéficiant guère de revenus suffisants pour obtenir un crédit et investir dans la pierre, dans le bois ou dans la paille (référez vous au Loup anal et aux trois petits cochons), notre « crustacé » post-amibien se voit dans l’obligation de bâtir avec la matière à disposition, à savoir et à nouveau: fécale.

Une prise de conscience trop brutale, trop soudaine, de la séparation d’avec la mère est vécue comme rupture de la continuité corporelle. Les convulsions de panique et de fureur que l’enfant manifeste à ces moments-là signifient que cette expérience est vécue comme une épuisement de la substance corporelle, sous forme d’explosion catastrophique. Le type de matériel fourni par David montre que la tentative de colmatage de la brèche—enduite de matières corporelles opaques—crée le délire d’une barrière impénétrable, dressée contre les stimuli. Cette dernière peut aller jusqu’à masquer complètement les objets extérieurs. Pour décrire cette situation, la psychanalyse a inventé le terme d’hallucination négative.

Je vous vois venir au galop, chères et mères, mais loin de nous l’idée de limiter l’âme humaine si complexe à une banale histoire de torchis. Ces édifices atteignent des niveaux de sophistication inouïs, tels de véritables cathédrales ou gratte-culs, pardon, gratte-ciels, qui nécessitent des heures d’entretien par jour, notamment en ce qui concerne le colmatage des fuites.

À vrai dire, plutôt que d’édifices, il s’agirait en réalité de « cuirassés », comme nous le rappelle volontiers la soeur froncée:

Animisme et autisme constituent deux démarches opposées dans l’esprit primitif. L’animiste consiste à attribuer une vie aux objets; l’autisme pathologique, lui, est un processus de mortification, qui vise à rendre les choses inexistantes, en les recouvrant de substance corporelle. Il réduit également les êtres vivants à l’état de choses inanimées.

Je n’ose guère vous relater avec précision l’état dans lequel ces petits crustacés laissent mon bureau à la fin d’une consultation: un vrai champ de bataille nauséabond…

2. Le comment du pourquoi

Intéressons-nous désormais à la genèse de telles apocalypses « sanitaires ». La mère insuffisamment bonne y joue un rôle tout à fait prépondéral, pour ne pas dire laxuriant, et surtout pendentif. Voici quelques facteurs déterminants selon la soeur froncée du grand Anus:

  • Prolongation anormale de l’autisme primaire, qui fait que, lorsque l’enfant prend soudain conscience de la séparation corporelle d’avec sa mère, c’est pour lui un choc auquel il n’est pas préparé.
  • Séparation géographique d’avec la mère, lorsque l’utilisation des Objets autistiques est à son point culminant.
  • Maladie physique pendant la petite enfance.
  • Troubles in utero et résonance à ce moment-là.
  • Immobilisation des membres dans la toute première enfance.
  • Sensibilité anormale d’un ou de plusieurs organes sensoriels.
  • Intelligence très élevée.
  • Réactions hypersensibles aux stimuli sensoriels.
  • Mauvaise tolérance de la frustration.
  • Dépression de la mère, ouverte ou dérivée.
  • Mère préoccupée ou insécurisée qui n’offre pas au nourrisson une protection adaptée.
  • Mère déprimée qui a du mal à apporter à son bébé toute l’attention et la stimulation dont il a besoin.
  • Mère non soutenue par le père, du fait de l’indifférence, de la passivité, de l’absence, de la maladie ou de la mort de ce dernier.
  • Mère dont la confiance est sapée par ses propres expériences infantiles: l’ingérence des parents, ou déménagements trop fréquents.
  • Le désir de perfection conduit la mère à « pousser » l’enfant à des activités qui ne sont pas à la mesure de ses capacités. L’enfant se retire pour échapper à cette poussée.
  • La mère est vécue comme Objet « engloutissant » (peut-être parce que les tendances de l’enfant à avaler ne se sont pas suffisamment modifiées du fait de toute une variété de facteurs). Cela peut devenir de l’ASR.
  • Mauvais traitements physiques de l’enfant (décrits par G.Strob), comme par exemple des lavements abusifs…

De manière générale, chères et mères, vous auriez dû, et devriez, rester simples, rester à votre place comme l’atteste notre soeur froncée:

Certains parents ont un sens trop développé de leur individualité, qui leur donne le sentiment d’être tout à fait distincts l’un de l’autre. Mari et femme mènent leur vie, chacun de leur coté, et n’ont d’ordinaire aucun contact approfondi entre eux ou avec leur progéniture, laquelle, de toute manière, menace leur mode de comportement, qu’ils ont établi avec soin et depuis longtemps, afin d’affronter le monde extérieur et leurs propres problèmes. C’est souvent le cas chez des parents qui exercent une profession libérale ou se consacrent avec ardeur à une activité créatrice. Ceux-ci ont l’esprit froid et clair et un sens trop aigu de leur propre individualité. Par conséquent, ils ont du mal à favoriser chez leurs enfants des expériences transitionnelles appropriées. Une mère plus simple, qui réagit spontanément au monde extérieur, en est davantage capable. Elle sait intuitivement quand elle peut laisser son bébé la parasiter, quand le réprimer et le reprendre en main, pour lui donner des repères par rapport aux autres et à elle-même. Grace à ce type de mère, l’enfant se trouve face à de nombreuses possibilités, si bien que ses sentiments et ses énergies ont plusieurs échappatoires.

3. Le comment du comment

Lorsqu’il s’agit d’aborder les perspectives d’entrevoir la possibilité d’envisager la mise en place d’une démarche thérapeutique en matière d’autisme secondaire à carapace, il convient de prendre les précautions nécessaire en ce qui concerne la protection individuelle: une combinaison intégrale en plastique transparent permettra au thérapeute d’envisager la concrétitude d’une mise en marche d’un processus d’acceptation globale et personnalisée, de prendre en compte la singularité du sujet, et de faire entrer le crustacé dans le bien nommé « cabinet ».

Nous ne saurions oublier que la fameuse carapace, outre son rôle de protection contre le terrifiant « non-moi », est aussi et surtout un cocon qui permet d’assurer la cohésion d’une personnalité intégrée trop tôt. Voilà pourquoi tout effort, stupide il en convient, pour rompre cette cuirasse trop tôt, ne peut qu’aboutir à une explosion de type grenade à fragmentation fécale, non sans un tir de barrage préalable. Nombreux sont les comportementalo-fachos à s’être purement et simplement conduits en kamikazes. Paix à leur âme, et à leur inconscient. Mais ces comportementalo-fachos parviennent, parfois, à rompre cette carapace plus délicatement, à profaner la cathédrale autistique, laissant entrevoir une personnalité embryonnaire et donc impropre à la vie. Essayez donc d’ouvrir un oeuf trop tôt, et vous verrez…

Voilà pourquoi, chères et mères, il est essentiel d’attendre l’émergence du désir du petit crustacé qui viendra spontanément fêler, puis déchirer, sa coquille, avant d’en sortir sous des acclamations neutres et bienveillantes d’un thérapeute satisfait de ce qu’il revendique en tant que devoir non accompli. Les nombreuses heures et années passées avant cette émergence glorieuse seront consacrées aux divines interprétations qui valent bien mieux qu’une méga-diarrhée explosive:

Le patient enfermé dans l’autisme secondaire a le sentiment, semble-t-il, que c’est l’écoulement de ses propres substances corporelles dans l’analyste (la mère) et autour d’elle qui fait exister celle-ci. Il a l’impression que ses substances corporelles se gonflent et que la privation s’amenuise. Il imagine que les mouvements de son corps ont un pouvoir de vie et de mort similaire. […] Il se sent obligé de faire marcher le monde.

Oui, donc, là, le petit d’Homme est passé de « mortifère » à « animiste », si je ne m’abuse, et si tant est que le fait de s’abuser soi-même n’est pas assimilable à un viol.

Un enfant psychotique, dans cette position, suce sa langue, fait des bulles ou des gargouillis dans la bouche, afin de sentir qu’un morceau vital de sa mère le réconforte et l’emplit. Cela tient en échec la crainte que les aliments vitaux ne s’épuisent définitivement, de façon traître et cruelle.

Laisser donc les autistes faire des bulles, comme pourrait le requérir de façon signifiante notre ami Laurent Danon « la bulle boit l’eau »!

La bouche se sexualise, tout comme les autres parties du corps, assimilées à la bouche: l’anus et les mains, par exemple. L’enfant, en proie à un délire, encercle les parties du corps maternel, comme si elles étaient des parties inanimées et phalliques de lui-même, par exemple: le mamelon, les mains, les cheveux, le collier de perles. Les parties de son corps se sexualisent également: ses doigts, ses cheveux, ses selles. Sa mère est utilisée à la façon d’un instrument, d’une extension maniable de ses propres organes, d’une sorte de fleur phallique qu’il porte à la boutonnière, pour se sentir « spécial » et « sous protection spéciale ». (Il a alors le sentiment qu’il doit être un phallus pour sa mère.)

Vous aurez sans doute perçu l’influence légendaire de la grande soeur Mélanie Klein dans cette dernière tirade, dont j’ai ôté volontairement les considérations concernant le rêve autistique d’un bol de lait crémeux dans lequel apparaît une touffe de poils pubiens masculins terrifiante = apparition sexuelle orale d’un père phallique, nom du père!

Conclusion

Pour conclure, rien ne vaut le témoignage d’un principal intéressé, à savoir d’un autiste traité à une époque ou les comportementalo-fachos n’avaient pas encore opté pour la solution finale d’éradication désintégrative des carapaces, à une époque ou nous pouvions aider les autistes à s’en accommoder, voire à les rentabiliser pour le bien de l’humanité.

Ainsi, c’est en partie grâce à sa carapace que Tortue Géniale est devenu l’un des plus grand maîtres d’arts martiaux.

Ayant pris l’habitude de porter celle-ci à l’entraînement, il se sent bien plus léger et plus fort lors des combats durant lesquels il s’en sépare temporairement.

Il utilise également sa carapace comme une garçonnière pulvérisatrice de phéromones sexuelles, dans laquelle il peut attirer les plus belles jeunes filles malgré son âge avancé. Si Tortue Géniale est devenu immortel, c’est également grâce à sa carapace, dont la beauté a ébloui l’oiseau millénaire.

Le sage Tortue Géniale nous transmet ces quelques mots:

Nous échangions naguère avec Donatello des Tortues Ninja au sujet du bienfondé et de la bienséance des carapaces autistiques.

Sans elles, nous ne serions rien, et nous n’aurions pu sauver l’humanité.

J’en appelle donc à ces chères et mères, et les encourage à entendre les sages paroles psychanalytiques sans lesquelles l’humanité est promise à un avenir au mieux sombre, au pire obscur.