Chères et mères,

Qui n’a jamais ressenti la moindre jouissance en sautant à pieds joints dans une flaque tout en chantant sous la pluie? Nous verrons ultérieurement qu’il est en loque(con)currence question de jointure lorsque nous parlons de vie aquatique, mais je souhaite tout d’abord rendre un eau-mage sincère, bien qu’il ne soit pas forcément des plus immérités, à l’abbé Pierre de la psychanalyse, sans qui la flaque et les contes n’auraient certainement pas connu des jours meilleurs.

Vous êtes nombreuses à nous reprocher un léger hermétisme lorsqu’il est question de manipulation corporelle de vos rejetons, mais je dirais qu’à ce stade l’essentiel du processus thérapeutique est déjà enclenché, à savoir la coupure du lien en-pois-sonné, à savoir le collier de pois étrangleur de pénis qui vous unissait maladivement à votre progéniture. Malgré cela, vous nous objectez notamment qu’il serait incohérent d’immerger un enfant que nous considérons en proie à des angoisses de liquéfaction, sans jamais prêter attention à ce que nous pourrions rétorquer de cette abjection: « liquide + liquide = solide » selon les dernières découvertes en matière de chimie organe-nique.

Ainsi, vous daignez fréquemment adresser vos réclamations au petit personnel infirmier ou psychomotricien, sans ignorer de ne pas savoir que ce rempart ne bénéficie pas du grade de Chambellan permettant la connaissance ou la délivrance de la vérité concernant la chaîne du rhume aquatique. Ceux qui mettent les mains dans l’eau ne disposent que d’éléments de langage de bois grâce auxquels ils vous maintiendront à votre place de parents « suffisamment » toxiques: il s’agit alors d’une « médiation par l’eau », d’un « travail avec le coôorps », d’une histoire de contenance, du rassemblement d’un morcellement symbolique d’un enfant qui ne perçoit pas ses limites, de la récupération d’une enveloppe mal timbrée, mal léchée, mal postée, à cause d’une mère ayant accouché d’un corps dont l’inconscient reste sait-caisse-très dans l’oeuf!

J’ose aujourd’hui vous le dire, chères et mères, tout ceci n’est que saine diversion. L’interprétation de la tâche d’huile urinaire dans l’eau, l’analyse de la forme et de la flottaison des fèces voguant sur la flaque, la reformulation en cœur des signifiants naturistes sur la « tenue » du « tout nu », tout ceci ne vise qu’à dit-simuler une vérité que nous vous croyions incapables de recevoir sereinement. Or, les temps sont en érection pour la psychanalyse! Nous devons donc jouer nos dernières cartes pour résister à l’invasion scientiste! Si la plupart de mes camarades ont manifesté leur réticence quant à la délivrance de cette vérité auprès d’un troupeau de reptiles en furie, je reste pour ma part persuadé que cette transparence vous fera regagner nos rangs face aux salauds de cognitivos dresseurs de crocos.

Je me lance donc sans crainte:

L’autisme demeure une affaire d’involution, de retour à l’oeuf originel et poissonnier: de retour à la mèr(e), mais pas n’importe laquelle. Si l’utérus maternel d’origine s’est avéré éminemment toxique, il n’en est pas de même d’autres milieux aquatiques, et notamment de l’un d’entre-deux mis au point grâce à nos chercheurs de la pointe lacanienne: l’à-quoi-rhum.

Il est aujourd’hui prouvé par Kevin Costner qu’après plusieurs années d’immersion, tout être humain voit ses membres transformés progressivement en nageoires, notamment le plus phallique de ces membres, mais nos petits autistes développent une faculté supplémentaire, un super pouvoir qui les distinguent du commun des mortels: leurs nageoires péniennes, disent-ils, distillent!

C’est ainsi que depuis maintenant plus de soixante-ans, nos hôpitaux de jours, et ceux de nos confrères argentins, sont responsables des trois-quarts de la production mondiale de rhum. Vous comprendrez pourquoi il est selon nous inenvisageable de renoncer à la prise en charge de cette psychose très productive qu’est l’autisme de haut degré. Si vos enfants ne sont plus poissonnés, le rhum n’est plus distillé – avec des conséquences que vous pouvez imaginer en cette actuelle période de crise si la population s’en trouve privée. Nos chercheurs de pointe à Lacanau travaillent actuellement sur la piste des veaux-de-Calais qui pourraient apparemment, à terme, remplacer vos chérubins, mais il est évident que le breuvage ne sera point si suc-cul-lent.

Dans l’attente de votre tant espérée compréhension, et d’une éventuelle future séance de dégustation en votre compagnie toxique,

Nageoirement vôtre,
JMDL