Jean-Marie De LacanChères et mères,

J’ose proclamer en ce jour que nous sommes partis du mauvais pied, le vôtre, celui que vous ne cessez de vouloir nous envoyer au poster-rieur.

Le Mur, l’affaire du cercueil fermé, celle des enfants empaquetés ou des bébés con-gelés, tout ceci n’est basé que sur un regrettable malentendu: celui de votre incompréhension d’un désir qui vous anime et que vous ne savez plus gérer autrement qu’en désymbolisant la sacro-sainteté du refoulement et de l’inconscient tout puissant.

Des autistes, j’en nez-gai-ris.
Combien? Des-antennes, mais cela n’a pas d’importance et je ne saurais vous faire l’affront de m’en « venter ».

Car l’importance, comme la vérité, est ailleurs: elle est dans notre capacité à traquer le mal dans sa profondeur toute maternelle, et à l’en extraire sur deux, voire trois générations.

Ce « manque du manque » dont souffrent ces petits d’Homme, selon notre prophète Lacan, ne saura trouver le troisième manque qui annule les deux premiers sans une intense et éprouvante cure maternelle, qui elle-même ne pourra aboutir qu’après la cure de la mère de la mère, et ainsi de suite.

Alors j’en conviens, à ce stade l’arrière-grand-mère est fréquemment décédée, mais ce n’est pas une raison pour amende-donner. En effet, comme l’écrivait un grand confrère psychanalyste dont je tairai le nom, dans son ouvrage Psychanalyse d’Outre-tombe:

Le cercueil n’est qu’un obstacle parmi tant d’autres que le transfert a su b®aver, père-c’est, pull-éviscérer, à commencer par celui de Leonard de Vinci que Freud a su « détairer » pour nous offrir un modèle d’analyse bien chantournée.

Voici donc enfin l’explication que vous attendiez « temps » en ce qui concerne l’étendue temporelle de nos soins que vous jugez interminables.

Or, il faut prendre le temps, si l’on veut gai-rire, il faut laisser évoluer l’enfant sans lui imposer l’intolérable pression de nos sociétés capitalistes et des nouvelles familles qui ne le sont pas moins. Et ne me dites pas que le temps, pour un enfant que vous ne lavez pas, vous ne l’avez pas!

Il convient maintenant de nous laisser travailler en paix avec vos chérubins, il est temps de les rempaqueter, disons plutôt respecter, alors sortez!

Non ne sortez pas! Je n’ai pas fini…

Car le manque d’efficacité est un autre de vos griefs, dicté là encore par le grand Autre social et mondialisé. Mais qu’est-ce donc que l’efficacité sinon une notion totalement impure et impalpable, dont nous avons su au préalable récuser la validité signe-y-fiente de la raison d’être? Avez-vous la moindre idée, dans vos petits esprits de mères malades, du désir, si ce n’est de la volonté, de vos enfants quant à leurs besoin d’évolution? Pourquoi systématiquement relier cette évolution fantasmatique à leurs circonvolutions, cérébrales j’entends? Quoiqu’ils puissent en dire, sachez que leur inconscient nous dira le contraire. Quoique vous puissiez nous en dire, sachez que votre inconscient ira forcément au contraire de ce contraire, tant il se plait à fuir la vérité humble et résignée.

Ce que ne veulent certainement pas vos mouflets, c’est faire les frais, que dis-je, faire les gros sous de l’école cognitivo-éducativo-fascisante nord-américaine, de ces méthodes tantôt ABA, tantôt TEACCH, qui ne consistent qu’à promouvoir le travail, que dis-je, l’esclavage forcé.

Ils contraignent vos enfants à travailler entre 40 et 50 heures par semaine pour rivaliser avec l’empire chinois, et à vous faire collaborer à cette entreprise de lobotomisation par le dressage tout en rentabilisant leurs usines de pipi-stop et autres gadgets démoniaques!

Nos méthodes demeurent bien plus nobles et saines: elles consistent à laisser votre enfant évoluer à son rythme, celui qu’il choisit, au travers de nos différents ateliers au sein des lieux de culte que sont nos hôpitaux de jour, sous le regard neutre et bienveillant de nos chambellans lacaniens. Ils sont libres de manger ou non, de dormir ou non, de parler ou non, de se faire dessus, tant que ceci leur permet de s’individualiser face aux robots conditionnés, dressés à anéantir leur âme et leur inconscient par les comportementotalitaires et manipulateurs de « gêne ».

Si, avec toute cette attention sécurisante, con-tenante comme nous aimons à le mentionner, si avec toutes ces merveilleuses peluches creuses, ces merveilleuses figurines phallisantes et autres petits animaux dentus, si avec tous ces soins défusionnants et antiliquéfiants votre bambin ne va pas mieux à vos yeux, c’est que vous avez mal aux yeux, ou c’est qu’il refuse de suivre votre voix ainsi que la voie que vous lui avez tracée. Alors dans ce cas j’ose le dire il vous faut l’empaqu’qu’qu’, le respecter!

Si vous n’êtes pas capable de respecter le choix de votre enfant, celui que nous avons su lui faire exprimer, et donc le nôtre, c’est que vous êtes trop rongées par la culpabilité pour vous en défusionner. Ne venez donc pas déverser cette culpabilité haineuse sur notre discipline! Livrez-la plutôt dans un contexte plus adapté, plus divanescent, plus propice à la communication des inconscients.

Nous respecterons le choix du patient, quel que soit son âge, et quel que soit ce choix, et ce en dépit de toute tyrannie de l’araignée mère. Tandis que d’autres dresseront, interneront, enfermeront, brandiront la camisole physico-chimique, nous enseignerons la technique de Martin Riggs, resterons garants des libertés individuelles et des droits de l’Homme. Si vous voulez nous faire renoncer à ces principes, il faudra nous passer sur le corps, et sur notre esprit, car on ne défie pas impunément le grand inconscient!

Tout ce que nous vous demandons, chères et mères, c’est de faire votre psychanalyse, d’accepter d’expectorer votre histoire personnelle face à notre large assistance éclairée, d’ouvrir vos inconscients, d’associer librement et de nous laisser tout reconstruire pour mieux vous faire digérer votre impuissance et votre envie du pénis.

Une fois quatre ou cinq générations analysées, lorsque le processus sera vraiment lancé, dites-vous bien que plus vous nous croirez, mieux vous irez, et alors, nous pourrons discuter sereinement.

Pour finir, n’allez certainement pas vous plonger dans les oeuvres complètes du prophète tant qu’il est impossible pour vous d’en saisir l’essence. Au vu de ce qu’un gredin de la pensée comme Onfray en a tiré, il semble évident que vous n’avez rien à gagner en souillant les textes sacrés.

En espérant avoir contribué au comblement de votre ignorance, vous avoir redonné espoir et foi en notre cause, je vous remercie de votre attention.

Veuillez sortir, retourner à votre quête du pénis ou à défaut, à votre tissage.

JMDL

PS: pour ceux qui s’étonnent de l’absence du père dans mon discours, sachez que celle-ci n’est que fantasmée, car le père est en chacun de nous, dans sa toute-puissance symbolique.


Jean-Marie de Lacan est psychanalyste. Il a côtoyé les plus grands, s’en est inspiré, les a inspirés, mais s’est à jamais juré de ne s’autoriser que de lui-même.

Avec dix-huit scissions à son actif (dont cinq au sein d’associations psychanalytiques reconnues d’utilité publique), le record intercontinental franco-argentin de la séance la plus courte (0.0066 secondes), et celui de la conférence la plus longue, il s’impose parmi les analystes les plus en vogue du nouveau millénaire.

Sa grande expérience acquise auprès des enfants en difficulté le hisse au sommet de la pointe du pic de la prise en charge des mères d’enfants psychotiques en France. Amateur d’opéra et de chants grégoriens, il préside le mouvement communiste non révolutionnaire depuis plus de vingt ans et anime régulièrement un colloque sur les bonnes pratiques du packing.