Il y a tout un  tas d’expressions barbares en ABA. Barbares parce qu’elles se réfèrent à des expressions anglaises, et qu’un peuple qui mange de la jelly et du fish and chips ne peut pas être totalement civilisé (je plaisante). Parmi ces expressions, la guidance est un concept essentiel de cette approche. Pour mieux le comprendre, il faut partir de la traduction du mot anglais: la guidance est une incitation.

Lorsque l’on souhaite voir un enfant réaliser un comportement, on va d’abord donner une instruction: « range tes Playmobils! » Cette instruction là, je la maîtrise bien.

Malheureusement, en début de programme, le mot « ranger  » n’évoquait pas grand chose à mon fils.

Je n’avais donc aucune chance de le voir adopter le comportement attendu en m’en tenant à une consigne, il en profitait pour rapidement utiliser un comportement d’échappement (ceux que, personnellement, je préfère, à base de crachats, agitation motrice et course dans les couloirs).

Pour obtenir le comportement cible, j’ai utilisé la guidance, les incitations. Il existe différentes formes d’incitations:

  • La guidance verbale: « Stan, prends le Playmobil rouge et mets-le dans la caisse. Prends le camion des pompiers et mets-le dans la caisse. » J’utilise des mots pour expliciter à Stan ce qu’il doit faire pour réaliser le comportement attendu.
  • La guidance gestuelle: en donnant la consigne à Stan, j’indique avec mon index le tas informe de Playmobils déchiquetés, puis j’indique la magnifique caisse rouge qui leur tend les bras. J’ai la douce espérance que Stan comprendra la relation entre les deux. Je donne des indices à l’enfant de ce que j’attends de lui.
  • La guidance imitative: après avoir donné la consigne, j’attaque la montagne de Playmobils par la face Est, je range moi-même, et avec un peu de chance, Stan va m’imiter.
  • La guidance physique: je me place derrière Stan, je prends sa main, j’y mets un Playmobil, je la dirige vers la caisse et nous y lâchons le pompier à la coupe au bol. J’engage physiquement mon fils dans la réalisation de la tâche, il touch and feel ce que je lui demande de faire. C’est un peu difficile quand, comme moi, on a un enfant qui use et abuse des colères en tentatives d’échappement, mais cela permet d’amener l’enfant à accomplir le comportement, et donc à le renforcer pour cela, et ainsi d’engager la dynamique positive.

Ça a l’air facile, comme ça… Mais en fait le plus compliqué n’est pas de guider, mais d’arrêter de guider: d’estomper la guidance afin que l’enfant, spontanément, puisse répondre par un comportement adapté à une consigne claire.

Pour être prêt à estomper correctement, l’idéal c’est de penser à la façon dont on va cesser la guidance dès que l’on écrit la procédure du programme, dès le départ. On va du plus intrusif , du plus puissant, au moins intrusif. En fait, le but du jeu est de faire en sorte que l’enfant n’ait plus jamais besoin de guidance à la fin du programme.

Le plus souvent, on commence par la guidance physique, puis imitation, puis gestuelle, puis verbale.

Mais attention, selon le comportement cible, le classement peut changer. Dans un chaînage, pour apprendre à s’habiller par exemple, il vaut mieux ne pas utiliser de guidance verbale, car l’enfant aura plus de mal à s’en passer pour réaliser le comportement en autonomie ensuite.

Bref, comme d’habitude en matière d’ABA, tout est affaire d’observation, d’adaptation et de dosage. Mais si ça peut vous rassurer, Stan est sans doute la personne la plus ordonnée de la maison aujourd’hui!