Céline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.
Je suis étudiante infirmière en 3ème année, et j’ai choisi de réaliser mon travail de fin d’études (TFE) sur les enfants autistes, et précisément sur la violence.
En stage, j’ai été, sans jugement, confrontée à des soignants qui ne savaient pas comment prendre en charge ces enfants autistes violents. Ils semblaient dépassés.
Dans une première partie de mon TFE, je développe la pathologie, dans une seconde j’aborde la violence des enfants autistes, et je bloque car j’ai finalement peu d’informations et je n’ai pas trouvé de livres qui portent sur la violence. Et enfin dans ma troisième partie j’évoque la prise en charge, je parle de l’impact de la violence sur les soignants, des moyens utilisés pour y faire face… Pouvez vous m’aider?
Je trouve que votre sujet de mémoire est très intéressant. En ce qui concerne le thème de la violence chez l’enfant autiste et des moyens pour y faire face, je vous conseille le livre L’enfant autiste, coordonné par Lisa Ouss-Ryngaert, qui est un guide édité par le Centre Ressources Autisme Île de France. Dans ce livre, il y a un bon chapitre sur la violence et l’agressivité qui explique le sens de ces comportements et les différentes réponses adaptées que les soignants peuvent apporter dans ce cas. Bon courage.
Bonjour !
La violence et l’agressivité sont les principaux problèmes que je rencontre avec Mathis, 4 ans .
Je pense que ce n’est pas de la méchanceté » pure » . Mathis a du mal à gérer ses émotions; si il est content, il va tellement etre excité qu’il peut se mettre à frapper; si il est contrarié, là, il exprime sa colère en puissance 10 ! Y a interet à se bouger vite fait ou à s’y préparer ! Il peut frapper, griffer ou mordre. Il ne supporte pas que je lui dise non, que son frère touche à quelque chose qui lui appartient et je pense aussi qu’il est très possessif vis à vis de moi et donc très jaloux de son frère.
Je crois que les enfants autistes ont beaucoup de mal à accepter les limites et les refus et que c’est une façon pour eux de l’exprimer car ils ont du mal à dire ce qu’ils ressentent, leur sentiment .
Je n’ai toujours pas trouvé le moyen pour qu’il arrete de frapper, je dois dire que sur ce coup là, je suis perdue ! C’est très difficile à la maison à cause de cela. Que ce soit pour moi ou pour son grand frère qui , lui aussi, se fait régulièrement attaquer à la moindre contrariété de Mathis !
Son papa a plus de chance, Mathis hésite et réfléchit beaucoup plus avant de le frapper…
La seule solution que j’ai trouvé est de l’isoler dans une pièce et de le laisser décharger sa colère tout seul . A ce moment, il crie et hurle qu’on est méchants … Après quelques minutes, je vais le rechercher et généralement, il se calme…malheureusement, ça ne dure jamais longtemps !
Si vous avez des trucs et astuces … je prends !!!
Bonjour,
La violence ou l’agressivité , je crois, est fortement lié à plusieurs facteurs:
- Les troubles de la discrimination dont souffrent nos enfants : Ils ont beaucoup de mal à contextualiser, à mettre en perspective , à globaliser une situation. Celà génère de l’incompréhension des tenants et des aboutissants et par conséquent une réaction vive de leur part.
- Les troubles de la sensibilité: Une eau trop chaude, une lumière trop vive, un bruit trop fort, peuvent déranger très vivement certainsenfants autistes, et générer une souffrance qui s’exprime immédiatement par de la violence et de l’agressivité.
- La pauvreté du « répertoire » comportemental: Nos enfants n’apprennent pas « tout seul » des comportements adaptés. Ils ont besoin qu’on leur apprenne quel comportement adopter dans quelle situation. Ils ont besoin de comprendre le chainage correct d’un comportement, par exemple, ils ont besoin d’expérimenter que une demande faite par cri ou par coup ne peut aboutir positivement, ils ont besoin de comprendre , parce qu’ils ne les savent pas et ne le comprennent pas , que pour entrer en contact avec un camarade , il vaut mieux dire : Bonjour, veux -tu jouer avec moi, que le poursuivre en lui crachant dessus, ou le pousser brutalement.
- Les troubles de la socialisation et leur cortège de comportement agressifs liés.
- Les troubles du langage compréhensif (si on ne comprend pas , c’est très énervant), et expressif (si l’enfant ne peut être compris,, ou ne peut s’exprimer, il va exprimer son refus ou son opposition en mordant, s’il ne peut appeler à l’aide face à une tache difficile, il va s’énerver et tout envoyer valdinguer, si l’on ne peut exprimer un mal de ventre, on va se mordre les poignets pour tenter d’évacuer la douleur)).
- Les troubles moteurs engendrent aussi une maladresse qui rend très difficlie la réalisation de certaines taches, la frustration entraîne beaucoup de colère et d’agressivité.
Le remède est donc « simple » (j’insiste sur les guillemets), il s’agit de mettre à la disposition des enfants le répertoire, de mots, de comportement adéquats, de codes sociaux, d’habiletés cognitives et motrices qui vnt leur permettre dajuster et d’adapter leur comportement.
Pour cela , je ne vois qu’une seule technique efficace: Une prise en charge complète , adaptée aux spécificités de l’autisme, précoce et intensive pour que l’enfant ne se désociabilise pas, fasse grandir sa confiance en lui m^me, et que la vie familiale et sociale soit possible. I.e.:
- Orthophonie pour développer un mode de communication qu’il soit verbal ou grace au PECS
- Psychomotricité : pour acquérir des habiletés, et prendre confiance en soi
- TEACHH pour structurer l’environnement , le rendre plus prévisible et intelligible
- ABA pour initier, acquérir et généraliser des comportements adaptés.
Lorsque cela est mis en place , on observe rapidement des progrès , de meilleures capacités d’adaptation.
Ce billet tombe très bien en ce qui me concerne, car depuis quelques semaines ma fille fait des crises de violence et d’agressivité qui me laissent complètement désemparée. Cela ne faisait pas parti de son comportement ou de façon très exceptionnel.
Alors merci, grâce à vous les choses me paraissent plus claires.
Je distinguerai deux aspects : l’auto agression et l’hétéro agression.
Petit, Adam s’automutilait régulièrement en se mordant très violement et en se tapant la tête contre les murs. Ce comportement a complètement disparu mais je reste vigilante car je l’ai vu se taper la tête contre la table du salon il y a quelques jours. Cette auto agression correspond à des moments d’anxiété très fort de sa part. Maintenant qu’il est plus grand, Adam comprend mieux se qui l’entoure et je pense que c’est la raison de l’éradication de cette violence envers lui même.
Côté violence envers les autres, c’est plus difficile. Même si Adam ne tape plus les enfants de sa classe comme il le faisait plus petit, il a encore ce type de comportement parfois. Cela correspond à une impossibilité de sa part de communiquer ses émotions. Pour résumé, si un enfant l’embêtait, il ne disait pas « arrête » car il ne savait pas : il tapait. A présent qu’il parle beaucoup plus, il est plus calme. S’il agresse un enfant, il y a fort à parier qu’on l’aura également tapé avant. C’est plus une réaction « oeil pour oeil, dent pour dent » et qu’on observe chez tous les enfants.
Reste enfin la violence involontaire, quand Adam joue à chat à la récréation, il ne sent pas sa force et pousse littéralement les enfants par terre.
Je parlerai plus d’agressivité que de violence , j’ai eu ce problème longtemps avec Mathis 6 ans, qui frappait ou s’auto-mutilait à la moindre contrariété….nous avons trouvé plusieurs outils pour l’aider à maitriser ses émotions….et son trop plein d’énergie…nous lui faisont régulièrement faire des séances de trampolin ca le défoule énormément…..il peut aussi frapper dans un gros pouf lorsqu’il sent que la colère monte et j’utilise également un »tableau de colère » avec des pyctos qui montrent la montée de la colère qui va de BONNE HUMEUR et fini par RIEN NE VA PLUS ….délimité par une ligne rouge a ne pas franchir ….très efficace pour canaliser avant que ca ne dégénère…. (je peux vous envoyer une image de ce tableau si besoin )….et dans le cas où il ne maîtrise plus je le met en retrait dans une pièce avec le moins de stimulis possible …
Comme ça tombe bien cet article. depuis quelques jours, Esteban (3 ans), non content de pousser son petit frère (18 mois) sans raison « apparente », essaie de l’étrangler, soit en étant derrière lui et lui passant le bras autour du cou, soit en le plaquant au sol, la main sur sa gorge. C’est très dur.
On sait que c’est pour rentrer en contact avec nous le plus souvent, pour attirer notre attention, car dans ces moments-là, si son frère (ou sa cousine) est éloigné, il se « décharge » sur nous, nous tire les vêtements, nous pousse pour nous faire mal. Et quand ça dégénère, on l’isole et il pique une grosse colère à hurler de tous ses poumons et quand il revient, il est calmé, mais a besoin de contact physique pour se « retrouver ».
Côté prise en charge, pas de chance jusqu’à présent, pas de psy ABA à moins de 250km (celle de montpellier ne répondant à aucun de mes appels…
). Psychomotricité devrait commencer très bientôt.
Vos témoignages sont très intéressants et montrent bien comment les enfants autistes peuvent avoir du mal à gérer la frustration et l’agressivité peut découler de cette difficulté.
Il y a plusieurs formes d’agressivité : l’autoagressivité qui se traduit par de l’auto mutilation où l’enfant se fait mal à lui -même et ce qu’on appelle l’hétéro agressivité qui se traduit par des comportements agressifs envers les autres. La violence c’est un degré supérieur de l’agressivité, dans ces cas l’enfant exerce de la violence par rapport aux personnes et aux objets. Ce qui signe dans tous les cas un mal être et un état de crise.
Les solutions dont vous parlez sont adaptées à chaque enfant mais peuvent aussi servir aux autres et je vous remercie de les apporter. En effet, instaurer des supports de communication visuelle tels que les pictogrammes aident l’enfant à mieux comprendre ce qu’il ressent et à le dire en pointant le picto par exemple. Le parent peut aussi lui parler avec ce biais, c’est un outil qui facilite la compréhension et peut apaiser la relation qui est difficile à vivre dans ces moments là, il faut le reconnaître.
Aider l’enfant en l’isolant pour qu’il se calme un petit moment après un moment d’agressivité peut être très utile à condition bien sûr que ça ne dure pas trop longtemps et que ça ne vienne pas renforcer un comportement de retrait que l’enfant recherche.
Certains enfants peuvent aussi être rassurés quand ils sont contenus physiquement. Ce qui les protège de leur agressivité et protége les autres. Côté prise en charge, n’hésitez pas à vous renseigner auprès des centres ressources autisme qui vous guideront par rapport aux différentes prises en charge.
Selon moi, contenir physiquement ne peut être une solution viable à terme. J’ai déjà du mal à contenir Matthieu (même si lui n’est pas agressif, par contre il est très « enthousiaste » et n’écoute pas, donc a tendance à se lancer tête baissée dans tous les dangers), qui n’a que 4 ans et demi. Donc, à mon avis, à n’utiliser que si vraiment rien d’autre ne fonctionne.
Amicalement,
Nathalie
Mes enfants connaissent exactement les mêmes difficultés que les vôtres, et pourtant ils ne sont ni violents, ni agressifs… Aussi, il me semble un peu « caricatural » d’expliquer la violence par les frustrations et les problèmes liés à l’autisme, dans la mesure où un bon nombre d’enfants autistes ne sont pas violents, bien qu’ils soient touchés par ce handicap. Ou bien peut-être est-ce là le paradoxe ? Comment se fait-il que certains enfants autistes, malgré tout ce qu’ils vivent comme frustrations etc, ne soient ni violents ni agressifs ?
Bonsoir Mathilde!
Comment expliques-tu que certaines personnes adultes soient violentes et agressives et d’autres non? Je pense que c’est la même chose pour nos enfants. Il y a des enfants qui ne trouvent pas d’autre moyen de faire. Et pas que les enfants autistes, d’ailleurs.
Difficile de comprendre pourquoi. Ce n’est pas toujours l’exemple des parents, ou de la télévision… Dans une même fratrie, certains peuvent être violents et pas les autres. Je crois qu’il n’y a pas vraiment d’explication. =)
Certains, dans une certaine situation, réagiront avec violence, d’autres avec désespoir (comme mon fils, par exemple, qui pleurait tout le temps quand il était petit parce qu’il se sentait frustré), et d’autres s’en ficheront. Peut-être cela dépend-t’il du caractère de chacun?
Amicalement,
Nathalie
Il y a différents niveaux d’atteinte de l’autisme , presqu’autant d’autisme que d’autistes aussi…
Mon fils était super cool, ni frustré, ni violent ni agressif tant que nous ne n’avons dressé aucune barrière devant lui, tant que nos ne luttions contre aucune de ses rigidités, aucune de ses stéréotypies, tant que nous rendions les armesdevant ses problèmes de sensibilité par exemple.
Je suis d’accord avec toi Nathalie que la contention physique n’est pas une solution adaptée sur du long terme et qu’il faut utiliser ce moyen quand il n’y a pas d’autre solution pour calmer l’enfant.
Le deuxième point c’est qu’effectivement tous les enfants autistes ne réagissent pas de la même manière par rapport à la frustration, je l’observe quotidiennement dans ma pratique. Par contre, les enfants autistes peuvent réagir par de l’agressivité face à certaines situations comme la frustration, le changement. C’est un des symptômes de l’autisme. Enfin, je suis d’accord avec vous pour dire que les enfants autistes sont avant tout des enfants et ont aussi des caractères différents en dehors de leur pathologie ce qui influence également leurs comportements.
En ce qui concerne la contention physique, je confirme que ce n’est pas possible à long terme (voire même à moyen terme). Adam pèse déjà 32 kg alors que j’en fais 46. Autant dire que bientôt, je ne pourrai plus le maîtriser seule. Je lui apprends donc à ne pas s’emporter pour un oui ou pour un non afin d’éviter des crises de violence.
Oui, Nathalie, je pense que tu as parfaitement raison : il y a aussi le caractère de l’enfant qui joue.
On résume trop souvent l’enfant à l’autisme. Or l’enfant reste un enfant, avec sa personnalité, son caractère.
De multiples facteurs peuvent expliquer la violence d’un enfant. L’autisme n’implique pas la violence, et un enfant peut être violent sans être autiste.
Bien entendu, il n’en reste pas moins que les frustrations liées à l’autisme PEUVENT contribuer à entraîner de la violence ou de l’agressivité. Mais je ne pense pas que cette violence ou cette agressivité puissent s’expliquer de façon simple.
Pour beaucoup de gens, les enfants autistes sont forcément violents (envers eux-mêmes ou envers autrui) et je suis gênée par cette représentation de l’autisme véhiculée par tant de monde.
Je suis institutrice et je suis confrontée cette année à un enfant qui a été diagnostiqué « légèrement » autiste.
Je me retrouve tout à fait dans les situations que vous avez tous décrites. Il frappe violemment ses camarades sans aucune raison apparente (il m’explique ensuite qu’ils l’auraient regardé bizarrement), entre dans une colère terrible quand il a été frustré et pourtant il a un vocabulaire très élaboré, avec un niveau de langue très développé. Je me sens totalement démunie, tout ce que je peux faire est de l’empêcher de frapper les autres ou moi-même en le maitrisant physiquement. Ce qui est épuisant et sans effet notable sur son comportement ultérieur.
Bonjour tout dabord aussi étrange que cela puisse paraitre ca nous reconforte de savoir que nous ne sommes pas seuls avec de tels problemes, en effet nous avons un petit garçon de 4ans et demi autiste, il est tres calin, présent constament,il ne se mutile pas… par contre au niveau violence envers maman, le chien ( que nous avons achetté pour lui et avec qui il joue ennormement ) avec sa soeur et moi meme ( papa ) mais à un degré nettement inferieur, cette violence c’est declaree voila peu de temps mais prend de l’ampleur au fils des jours…. nous sommes dans l’ignorance totale quand à la meilleur maniere de gerer cela… les hurlements aussi sont des plus en plus progressif, notre petit est suivi dans une école spécialisée, à l’ecole il ne fait rien dés qu’il rentre il se dechaine.. nous en sommes à nous demander si ce n’est pas nous qui fesons quelque chose de mal….il suit des cours d’hypotherapie avec envie à l’ecole , content de cela nous lui avons achetté un cheval super gentil et la nathaniel le regarde à peine .. enfin voila .. si vous pouvez nous conseiller nous ferons ce qu’il faut pour notre petit .. merci
@Valérie
Est-ce que l’enfant sait lire? Parfois, le simple fait de mettre une règle par écrit, affichée sur un mur, peut être suffisant. Si il ne lit pas, utilisez un pictogramme. À chaque fois qu’il tape, remontrez-lui la règle comme quoi on ne tape pas les autres. Ça peut peut-être marcher.
@Guerreiro Clemente
Est-ce que vous avez repéré des moments particuliers, ou des occasions dans lesquelles cela se produit à coup sûr? Parfois, l’enfant ne supporte pas une situation, ou bien voudrait communiquer mais ne peut pas.
Déjà, moi je recommanderais que toute la famille s’entende sur une phrase à dire, par exemple « non, on ne tape pas! » – celle là et pas une autre. J’ai remarqué que chez Matthieu la variété dans les phrases fait qu’il ne comprend pas ce qu’on lui dit parfois. Ensuite, y a-t-il un système de communication mis en place? Des pictogrammes? Cela facilite parfois les choses.
Courage, tenez bon!
Amicalement,
Nathalie
les enfants autist…
les pauvres
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