Céline Bruntz, psychologue spécialisée en autisme, répond à vos questions sur la psychologie et l’autisme. Écrivez-lui à celine@autismeinfantile.com pour lui poser des questions plus spécifiques.
Céline donne des pistes à explorer en cas de confrontations et de provocations au sein de la famille lorsqu’un des enfants est autiste.
Je suis grande sœur d’un jeune adulte autiste et d’un petit garçon. Mes interrogations ne concernent pas directement mon frère autiste mais mon second frère. Il est très calme à l’école, presque effacé, mais à la maison c’est une confrontation permanente avec mes parents et plus particulièrement ma mère.
J’ai longtemps attribué ses réactions à des caprices (enfant très entouré, un peu gâté…) mais en faisant quelques recherches sur Internet je suis tombée sur enquête canadienne expliquant que les frères et sœurs d’autiste sont plus « sensibles » à certains troubles du comportement (et notamment confrontation et provocation comme mon petit frère).
La situation m’inquiète quelque peu et la detresse de mes parents me brise le cœur. J’aimerai donc avoir votre avis sur la situation ou le nom d’un spécialiste à contacter le cas échéant.
Votre question est importante et je comprends que le comportement de votre petit frère à la maison vous inquiète, car c’est effectivement le signe d’un appel à l’aide. Les frères et soeurs d’un enfant autiste peuvent avoir besoin, comme dans le cas de votre petit frère, de parler avec un professionnel de leurs difficultés liées au handicap. Il est important quand le besoin se fait ressentir de consulter un psychologue ou un pédopsychiatre qui pourra aider l’enfant à verbaliser ses ressentis pour qu’il aille mieux. Selon le cas et en fonction de la demande, il sera proposé une thérapie individuelle ou la participation à des groupes de parole spécifiques aux frères et soeurs d’enfants handicapés.
Je recommande vivement aux personnes intéressées de lire l’article sur les frères et soeurs d’enfants autistes dont vous parlez qui est publié par le Réseau Canadien de Recherche d’Intervention sur l’Autisme. Je vous remercie pour cette information qui, je pense, pourra intéresser du monde, car il y a aussi plein d’autres informations enrichissantes sur ce site. Enfin, je conseille aussi la lecture du livre de Régine Scelles: Fratrie et Handicap: L’influence du handicap d’une personne sur les frères et soeurs.
Je suis tout à fait d’accord avec ces recommandations. Mais que faire lorsque l’enfant ne veut pas parler ?
Mon fils aîné se refuse à toute discussion au sujet de son frère autiste et refuse d’aller voir un psychologue ou psychiatre. Je ne peux quand même pas l’y trainer de force.
Cécile, mes enfants sont encore trop petits pour que ce genre de problème se pose, mais j’ai remarqué avec ma nièce que parfois, quand c’est pas papa/maman mais quelqu’un d’extérieur à la famille qu’ils aiment bien, ils sont plus enclins à écouter et à accepter d’essayer. J’avais pu aider, l’été dernier, pour qu’elle accepte enfin de quitter le pot pour les toilettes, alors que sa maman essayait depuis des mois sans résultat.
Est-ce que tu as quelqu’un dans ton entourage qu’il respecte et aux yeux de qui il veut « briller »? Un parent d’un copain, ou un oncle, une tante, une cousine… qui serait partant pour tenter le coup?
Je comprends votre difficulté et vous soulever un point important car on ne peut pas forcer un enfant à consulter un psychologue ou un psychiatre. Il y a aussi des associations qui proposent des groupes de parole pour les fratries qui sont des espaces de parole plus neutres. Il y a aussi des livres qui peuvent être de bons supports pour provoquer la discussion sur un mode plus détendu. Je vous recommande un petit livre très bien fait qui s’appelle Une petite soeur particulière de Claude Helft Actes sud Junior. Voilà quelques pistes qui je l’espère pourront vous aider.
Pour l’instant, toutes les tentatives pour qu’Axel se confie ont été vaines. Axel ne veut pas plus parler à mon frère qu’à ma mère ou à moi. J’ai arrêté de voir psychiatre qui le suivait parce que son père le faisait passer sur la sellette après pour savoir ce qu’il lui avait dit (et ce n’est pas le but).
J’hésite à voir le psy scolaire car il suit déjà Adam.
Je vais donc prendre un énième rendez vous avec la maîtresse de cette année pour essayer de trouver une solution.
Ce qui est certain, c’est que le redoublement lui pend au nez. Mais même cela, il s’en moque totalement et continue à avoir des comportements ingérables.
Je vais lire le livre sur les fratries et le handicap que j’avais déjà repréré il y a qq temps.
Bref Axel finit par me poser plus de difficultés qu’Adam.
Bonjour Cécile, je ne sais pas quel age a Axel, excuse moi, mais peut-être que mon expérience avec Adrien pourra t’aider:
par exmple , je joue aux legos avec adrien en faisant comme si Stan participait activement, alors qu’il manipule vaguement 3 briques. Mais çà a fait super plaisir à Adrien de « jouer » avec son frère , et çà a lancé la machine. M^me si Stan n’est pas le partenaire de jeu idéal – il a un peu de mal à comprendre le but du jeu
)) la relation se crée, et comme elle est renforçante pour les deux frères, elle se répète de plus en plus, ce qui permet à Adrien d’avoir un rôle de frangin
- Adrien, la première fois qu’il a accepté de parler m’a dit un truc très intéressant: « Je préfèrais ne pas en parler, parce que je croyais que si je n’en parlais pas, çà disparaitrait de ma tête »….
- Adrien était malheureux car il pensait que son frère ne l’aimait pas car il criait à chaque fois qu’il s’approchait de lui pour jouer avec lui. J’ai donc beaucoup travaillé à inclure Adrien aux séquences de jeu que l’on peut avoir avec Stan, m^me si c’est parfois totalement ridicule
- J’ai demandé à Adrien de quelle manière il voyait le handicap de son frère, et il m’a dit un truc très chouette : l’autisme, c’est comme des épis dans les cheveux, c’est chiant parce qu’il faut mettre du gel, se coiffer, aller chez le coiffeur sinon on est moche, çà ne disparaitra jamais, mais on peut quand m^me les planquer et vivre avec.
- J’ai beuacoup dit à Adrien que moi aussi je détestait cette situation, je déteste le handicap de Stan, çà me rned excessivement malheureuse, mais c’est son handicap, ce n’est pas Stan , lui m^me. Stan , je l’aime, je l’adore, il est juste formidable, et il me rend heureuse. Et cette distinction Adrien arrive davantage à la faire.
- J’ai parlé à Adrien de toutes ces personnes qu’il admire et qui sont supposément autistes (j’en sais rien en fait, mais bon ….), genre Einstein, Bill Gates, Glen Gould
- Adrien a aussi un super copain, qui est bien « strange » -un pur aspie entre nous-, mais il le trouve génial , m^me si totalement décalé , et à côté de la plaque parfois.
- J’ai mis les copains d’Adrien dans le coup, ils viennent dormir ou jouer à la masion, jouent avec Stan, montrent à Adrien que c’est pas la honte totale d’avoir un frangin comme çà.
- Et last but not least, je passe encore davantage de temps à papoter avec Adrien, lui dire combien je suis fière de lui, de sa capacité à surmonter tout çà , de sa gentillesse, et …. je fais aussi un peu d’ABA avec lui. enfin je veux dire que des efforts d’adaptation pour passer ce cap difficile , çà mérite d’être abondamment renforcé
- Enfin Papa, est là, pour qu’Adrien vive vraiment ses moments plus virils, ou on parle moins mais où on s’éclate comme avant , comme toujours, en faisant du sport, en parlant de jeux videos, en vivant quoi…
Axel aura bientôt 8 ans.
Je ne peux pas dire qu’il n’ya pas d’échange entre eux. Par exemple, on revient de la piscine et Axel a joué au requin avec son frère pendant plus de 20 min. Ils jouent aussi ensemble au ballon mais pour le restant, ça coince. Avec les copains d’Axel, ça se passe pas trop mal non plus, il faut dire que tout le monde connaît Adam qui est dans le même groupe scolaire.
Axel m’affirme que tout va bien mais quand un enfant se met à ramper dans la classe en faisant le bébé alors qu’il est en CE1, ça n’est pas normal. Quand la maîtresse m’attrape dès la 3ème semaine de la rentrée pour m’expliquer qu’un seul enfant dans la classe désobéit systématiquement et que c’est encore Axel, ça ne va pas non plus. Idem pendant le termps de cantine ou au centre de loisirs.
Comme tous les ans, on est donc reparti sur un circuit punitions à répétition qui ne changent rien à l’affaire au demeurant.
Je l’ai donc inscrit au théâtre cette année, histoire qu’il extériose mieux ses sentiments. Je verrai si ça lui fait du bien. Quant à discuter avec son père de la situation, ça relève de l’irréaliste.
Ce n’est pas évidemment quand on se trouve seule pour élever ses enfants.
Mais comme Axel est un enfant intelligent, il finira par redresser la barre car je sais qu’il a la sensibilité suffisante pour comprendre la situation de son frère. Maintenant, à 7 ans, c’est vrai qu’on est encore petit.
Mon aîné non plus ne veut pas parler de l’autisme de son petit frère et de sa petite soeur ; c’est, je pense, une sorte de « pudeur » de sa part. Les groupes de parole entre fratries, ça ne lui dit RIEN du tout. A un moment où il n’allait pas très bien, je l’avais emmené voir un psy ; il y allait docilement, mais il détestait ça, et il a vraiment poussé un soupir de soulagement quand on a décidé d’arrêter les séances. Je ne suis pas sûre qu’elles l’aient tellement aidé.
Bon, heureusement, en ce moment, il est vraiment super en forme, et n’a pas l’air du tout de souffrir de sa situation familiale. Croisons les doigts pour que ça dure ! Mon fils est un silencieux, il préfère écouter que parler ; dans un groupe de parole, on ne l’entendrait jamais. C’est aussi un grand timide, et je pense qu’il serait très mal à l’aise si on lui demandait de parler de ses problèmes personnels avec un psy.
Pareil que Mathilde en ce qui concerne Axel et l’expression du handicap de son frère.
Je comprends bien la gêne que les enfants peuvent éprouver pour parler du handicap de leur frère ou soeur. Il est important d’être à l’écoute de son enfant comme vous le dites. Certains enfants seront à l’aise pour partager leur expérience dans un groupe de parole et d’autres se sentiront mieux dans un suivi individuel avec un psychologue ou un psychiatre.
En tous les cas, merci de vos témoignages car vous montrez bien combien la fratrie est touchée par le handicap et peut avoir beaucoup de mal à exprimer ses ressentis. La démarche d’aller consulter un thérapeute peut aider à condition qu’une relation de confiance s’établisse dans la durée. C’est à cette condition que le suivi peut soulager l’enfant et sa famille.
Je suis aussi d’accord avec vous sur le fait qu’il y a des enfants qui refusent cette démarche et qu’il ne faut pas les forcer mais trouver d’autres voies pour qu’ils arrivent à exprimer leurs ressentis.
Julien a bien aimé aller voir le pédopsychiatre. Il faut dire qu’il le connait depuis tout petit, puisqu’il n’avait que quelques mois quand j’y ai amené Matthieu pour la première fois. Pour un enfant qui n’aime pas les personnes nouvelles, il a eu un très bon contact, j’en suis ravie.
Le pédopsychiatre me demande régulièrement de ses nouvelles, et je le lui amène de temps en temps pour prévenir les comportements gênants: en début d’année, il avait cessé de manger, faisait des caprices, et au final le pédopsychiatre a été de très bon conseil et m’a beaucoup aidée pour les conflits à la maison.
Cécile, je sais que tu n’es pas fan du côté « récompense » de l’ABA
)), mais il y a un truc qui m’a fait tilt dans ton commentaire : « nous sommes repartis dans un circuit punitions à répétition ». As-tu essayé le « circuit récompense à répétition » ? Cà marche pas mal avec Adrien quand il commence à dérailler , c’est super basique : son renforcateur ultime c’est la X-box, et donc il a 1/4 d’heure de X-box de crédit pour chaque journée « réussie », crédit qu’il consomme le week end.Cà limite la box, et çà motive le loustic. Honnêtement il a un comportement nickel à la maison et à l’école, se sent apprécié, félicité , et au final il est content donc détendu, et on peut parler de sujets plus sensibles plus facilement.
)
Et pour ce qui est des consultations psy, en ayant bouffé toute mon enfance ,de force bien plus que de gré, je confirme: il n’y a rien de plus chiant que d’aller voir un psy à qui on n’a rien envie de dire
Béatrice,
Quand je parlais de punitions, c’était essentiellement à l’école (j’en ai marre des lignes à copier).
A la maison, vu les réflexions et le retour très négatif de la maîtresse, j’ai supprimé pour l’instant la DS et j’avais supprimé le jeu dans le journée de notre petite résidence avec les copains. Axel aura sa DS dès que le feed back de l’école sera positif. Comme le mercredi s’est bien passé et qu’il n’y a pas eu de difficultés avec Adam (bien au contraire) et les devoirs, il a pu sortir en fin de journée voir ses copains et copines.
Je suis effectivement pour les récompenser ce qui se déroule bien, sinon, les enfants ont le sentiment d’être toujours punis.
NB : Pour ABA, j’ai en fait des stratégies pour Adam qui s’en rapprochent mais c’est vrai que j’essaie dès que possible d’arrêter les récompenses quand les acquisitions sont stables !!! …
Bonjour Cécile
Je ne vous connais pas, ni vous ni votre petit garçon, mais en tant que maman de trois enfants et enseignante en primaire, dans ce que vous écrivez, j’ai surtout l’impression que votre loulou cherche à attirer l’attention sur lui. Je ne connais pas aussi bien l’autisme que vous toutes ici, (c’est pour ça que je lis ce site, pour me renseigner!) mais il me semble à lire tous les témoignages que la prise en charge d’un enfant autiste est lourde et surtout coûteuse en temps et en présence active auprès de l’enfant. Je vois bien déjà entre mes trois enfants (10, 6 et 2 ans et demi) le besoin de chacun d’avoir du temps SEUL avec l’un de leurs parents. A cet effet, je ménage des après-midi où je sors avec un seul des deux grands (le petit est gardé à la maison, il m’a pour lui tout seul pendant de très longs moments). Mes enfants ne sont jamais aussi sages et bavards et heureux que pendant ces moments de « tête à tête ». Peut-être votre fils a-t-il simplement besoin de cela?
(et pis l’instit qui donne des lignes, raaaaaaaa, qu’elle lui fasse faire des travaux d’intérêt général bon sang, ce serait moins barbant et serait fait dans le cadre de l’école, enfin, passons!)
En tous cas bon courage à vous!
Merci Angel,
C’est sûr que mon aîné essaye d’attirer l’attention sur lui et sa maîtresse de CE1 l’avait tout de suite constaté (d’ailleurs, Axel a eu très peu de punitions l’année dernière, contrairement au CP).
Le problème est de trouver des moments avec lui tout seul, surtout quand le papa n’est plus là. Pas facile mais je pense qu’avec les activités de cette année, dont le théâtre, ça va déjà aller mieux.
Ensuite à moi de trouver des solutions pour avoir des moments entre nous deux.
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