À chaque fois qu’une personne de mon entourage me dit de Stan: « oh, mais tous les enfants sont difficiles à un moment ou un autre, ce n’est pas plus compliqué avec un enfant autiste » , « yaka », « faukon », etc., je lui demande tout simplement si elle se souvient de la première fois où son enfant neurotypique a fait pipi dans les toilettes.

La réponse est souvent non.

D’ailleurs, moi non plus, je ne me souviens pas du tout du premier pipi d’Adrien, alors que je me souviendrai toute ma vie du premier pipi de Stan. Je pourrai même le raconter à sa femme et à ses enfants (parce que oui, il se mariera et aura beaucoup d’enfants, comme dans les contes de fées).

Nous avions mis en place la procédure suivante:

  1. On demande à Stan d’aller aux toilettes.  « On va aux toilettes ».
  2. Si Stanislas fait pipi, nous renforçons le comportement avec des renforçateurs et sociaux (félicitations – en fait, un petit chant de la joie familial tout à fait ridicule) et primaires (alimentaire, en l’occurrence la fameuse glace).
  3. Si Stanislas ne fait pas pipi, il n’a pas accès à ces mêmes renforçateurs.
  4. Si Stanislas urine en dehors des toilettes (dans sa culotte), on garde une attitude la plus neutre possible, on emmène Stanislas  aux toilettes et, même si il urine dans les toilettes, ne lui donne pas accès aux renforçateurs.

Et nous avons rajouté quelques colonnes dans notre grille d’observation:

  • Accident (oui, non), petite ou grosse quantité, pipi ou caca
  • Pipi dans les toilettes, petite ou grosse quantité, caca dans les toilettes, petite ou grosse quantité

(Bien sûr, le pipi caca fait dans la couche de sieste ou de nuit se traite comme un accident).

Le premier pipi a été dantesque. Et c’est le plus important, car c’est celui qui enclenche la machine du renforcement et donc de la motivation à faire pipi dans les toilettes. Il faut l’obtenir, ce pipi, pour que Stan expérimente la joie d’obtenir une glace et ait envie d’en obtenir une autre.

Alors on a un peu agi sur l’environnement pour y arriver: nous avons augmenté les apports hydriques, nous avons allongé le temps de passage sur les toilettes. Le temps a paru tellement long (il faut dire que nous étions dans les toilettes depuis une heure et vingt minutes) que Stan s’est fâché. En se fâchant, il a relâché ses sphincters, et miracle! Sous la pression des trois verres d’eau bus, le pipi tant attendu est arrivé. Et les chants de joie, et toute la famille réunie autour du Saint-Pipi, applaudissant, congratulant Stanislas, avec une glace, la merveilleuse glace chocolat tant espérée.

Stan avait senti le mouvement de ses muscles, avait expérimenté la joie de faire pipi, et a voulu renouveler l’expérience. Aujourd’hui, après deux mois de programme propreté, Stan commence à généraliser: il peut faire pipi à l’école (même procédure, avec renforçateur smarties), faire pipi chez ses grands parents avec et sans réhausseur, faire pipi avec papa, maman, grand frère, la baby-sitter, sa tata, bref, à peu près tout le monde.

Nous commençons à estomper tranquillement le renforcement glace en commençant à passer aux bonbons (parce que trois glaces par jour, c’est un peu excessif, et les glaces ce n’est pas simple à transporter), et au tirage de chasse (couvercle fermé car sinon l’autostimulation avec l’eau dans la cuvette guette). Le pipi dans les toilettes est une victoire.

Nous allons passer bientôt au programme suivant: demander à aller faire pipi tout seul.

Et vous, racontez-nous aussi ce premier pipi dans les toilettes tant espéré, pour donner du courage à tous les parents qui entament le programme propreté.