IQ (photo: dkalo)

IQ (photo: dkalo)

Le Professeur Mottron, Médecin psychiatre à l’université de Montréal a fait une intervention au congrès Autisme France qui m’a laissée perplexe. Je voudrais la partager brièvement avec vous, et ouvrir le « débat ».

Cette intervention s’intitulait: « À la place de guérir l’autisme: s’adapter à une intelligence différente« , et repose sur une étude réalisée auprès de personnes attaintes d’autisme « pur », non syndromique.

Cette étude a révélé que les personnes avec autisme sont beaucoup plus performantes que les neurotypiques de Q.I. équivalent dans les tests de perception de bas niveau (la reconnaissance des formes ou des sons).

Elle a aussi révélé qu’elles sont beaucoup plus rapides dans les tests réalisés avec des cubes de Khos (des cubes avec lesquels on reproduit une image comme un tangram en volume), elles ont également une intelligence fluide que l’on détecte à travers les tests d’intelligence de Raven que l’on ne retrouve pas dans les tests de Q.I. verbal.

Elles sont meilleures également dans la détection et la manipulation de formes statiques (cubes de Khos).
Elles possèdent également une intelligence fluide (matrices de Raven) à préserver, ou supérieure à leur Q.I. verbal.

Pour résumer: là où les neurotypiques s’appuient sur leur intelligence verbale pour résoudre les tests de Raven ou pour manipuler les cubes Khos et reproduire un dessin, et perdent du temps en retraitant l’information, les autistes s’appuient directement sur leur perception de bas niveau (la vision) et performent donc mieux.

Ils possèdent donc une intelligence fluide, qui ne s’élabore pas de la même manière que chez les personnes neurotypiques, et reposent sur des habiletés propres à l’autisme (l’excellence de la perception de bas niveau). D’ailleurs, l’imagerie cérébrale montre que l’épaisseur corticale d’un cerveau de personne autiste est plus grande dans les régions liées à la perception.

Si l’on part de ce constat, cela voudrait dire que les personnes autistes élaborent les opérations cognitives complexes d’une manière différente de la nôtre et que, par conséquent, si l’on souhaite les aider dans leurs apprentissages, il nous faut nous appuyer sur leurs capacités exceptionnelles de perception de bas niveau: exposer l’enfant à du matériel isomorphe (dictionnaires, listes, calendriers), sans but communicatif initial, et quel que soit le Q.I..

Parce que l’isomorphie stimule la perception visuelle de bas niveau, l’enfant repère des structures visuelles immédiatement. Comme cette perception ne fait intervenir ni le langage ni les émotions, puisqu’il s’agit de perception « brute », il faut proposer ce matériel sans interférence émotionnelle.

Enfin selon le Professeur Mottron, le caractère répétitif, obsessionnel , rigide de l’activité de nos enfants serait leur manière d’apprendre, liée à leur forme d’intelligence propre qu’il faudrait par conséquent respecter.

Inutile de vous dire que cela va totalement à l’encontre des choix éducatifs que nous avons fait pour notre enfant…

En effet, en ABA, l’émotion, à travers le renforcement positif, est totalement essentielle à l’apprentissage. Nous travaillons par ailleurs beaucoup à assouplir, élargir et varier le répertoire d’activités de notre enfant. Et je ne suis personnellement pas convaincue que la maitrise de la structure isomorphe d’un calendrier, ou d’un dictionnaire, ou de la musique soit vraiment ce que je vise dans l’éducation de mon fils.

Utiliser les capacités de perception visuelle et auditive de l’enfant autiste pour développer ses capacités cognitives est évidemment le but recherché, mais le faire en dehors de toute émotion, sans tenter de développer son raisonnement verbal, me pose problème.

En définitive, je me pose la question suivante: quelle est l’utilité d’avoir l’oreille absolue si l’on ne transmet pas l’émotion musicale? Quel est l’intérêt d’apprendre à lire seul par isomorphisme si l’on ne goûte pas l’émotion de l’écriture, et si on ne peut la partager?

Bref l’éternel débat qui divise la communauté des parents d’enfants autistes, et même les autistes adultes: faut-il chercher à adapter l’enfant autiste à son environnement, en respectant bien sûr son individualité, ou faut-il le laisser évoluer dans sa forme particulière et personnelle d’intelligence? Et vous qu’en pensez vous ?