J’y réfléchissais encore ce matin en discutant avec une autre maman qui a un enfant qui, selon moi, a beaucoup de signes autistiques et devrait être dépisté: nos enfants sont tous différents.

Non seulement ils ont généralement des signes différents (flapping ou pas, contact visuel ou pas, etc.), mais en plus ils évoluent aussi très différemment. Certains ont des facilités pour apprendre à parler, d’autres luttent constamment pour sortir trois mots. Certains pointent du doigt, d’autres pas. Certains restent toujours tranquilles, et d’autres passent leur temps à rebondir sur les murs.

Aussi, comment, en tant que parents, pouvons-nous prendre espoir, nous rassurer, sachant que le succès des enfants autistes d’à-côté ne sont pas un passage obligatoire pour le nôtre (ou les nôtres, dans certains cas)? La comparaison, même entre enfants autistes, est très souvent douloureuse.

Alors, comment faire? Comment continuer à vivre, chaque jour, dans l’attente, sans savoir si nos efforts seront un jour récompensés ou pas? Si notre enfant aura une vie heureuse, productive? Ou s’il passera le reste de ses jours à hurler dans nos jupes?

On ne peut pas savoir. La seule chose qu’on puisse savoir, c’est notre comportement à nous. Au final, il n’y a que deux solutions possibles: on laisse tomber à un moment où un autre, on se débarrasse de nos enfants si difficiles, on les médicamente, on les laisse en institution… Ou alors on se bat.

Dans dix ou vingt ans, je ne sais pas si Matthieu aura progressé suffisamment pour pouvoir vivre de manière autonome. Étant autiste atypique, il n’a pas les mêmes « chances » au départ qu’un enfant autiste Asperger ou haut niveau, et bien qu’il fasse beaucoup de progrès chaque jour, on ne peut pas prévoir ce qu’il deviendra une fois adulte.

Et si Matthieu reste pour toujours mon petit bébé, qui n’est ni propre ni autonome, qui ne parle pas? S’il ne progresse pas assez? S’il régresse? La différence est la suivante: mon comportement.

Si mon enfant ne devient pas autonome, que se passera-t-il? Est-ce que je pourrai me pardonner si je n’ai pas donné à mon enfant toutes les chances de progresser pour vivre une vie heureuse et autonome plus tard? Ou est-ce que je veux me dire que j’aurai fait le maximum pour le bien de mon enfant?

Si mon enfant devient autonome, je ne saurai jamais si c’est grâce à moi ou s’il s’en serait sorti de toute manière, mais qu’importe, s’il se débrouille bien et qu’il est heureux?

Nous allons continuer à donner toutes les opportunités possibles à Matthieu, en lui permettant d’être le petit garçon qu’il est actuellement, et en lui tendant la perche pour qu’il devienne l’homme autonome que nous rêvons de le voir devenir. Le reste, c’est… le destin?