On peut trouver deux sortes de réactions fâcheuses quand on a un enfant autiste:

Je ne leur en veut pas vraiment. Moi la première, je me demande souvent à quel point Matthieu peut comprendre ce que nous disons ou comment fonctionne la vie. Quand on a un enfant en face de soi qui ne répond pas et ne pose pas de questions, ce n’est pas toujours évident d’évaluer ce qui a été compris ou pas.

Et pourtant, dans les moments de doutes, Matthieu nous prouve régulièrement qu’il comprend, qu’il est intelligent, qu’il sait et peut faire seul beaucoup de choses s’il y met de la bonne volonté.

Matthieu est un enfant foncièrement heureux. Il rit et s’amuse d’un rien, il n’a vraiment rien de l’image que le monde se fait des enfants autistes « dans leur bulle ». Il communique à sa manière, il regarde dans les yeux, il nous touche et aime être chahuté. Du coup, quand les gens se rendent compte qu’il ne parle pas—alors qu’il peut chanter et produire des sons—une des réactions peut être de penser qu’il est « simplet », qu’on ne tirera pas grand chose de lui, qu’il sera un jour « l’idiot du village ».

Et pourtant, Matthieu est très intelligent. À deux ans, il connaissait déjà toutes ses lettres, ses chiffres, il savait épeler certains mots sur son petit ordinateur. Ces temps-ci, il fait des jeux à base de calculs (addition, soustraction, multiplication, et même division sur Poisson Rouge). Il a une oreille musicale accomplie et peut, avec ses jeux sur DS, retrouver les sons d’une chanson dans l’ordre, en rythme. Je le soupçonne de savoir déchiffrer, de lui-même et sans que nous lui ayons appris, un bon nombre de mots en français comme en anglais.

Le chantier du langage va être l’un des plus importants pour Matthieu. Maintenant que la propreté est acquise, c’est vraiment la plus grosse barrière qui existe entre lui et une vie passée auprès des autres dans la société. Pour qu’enfin le monde se rende compte quel petit garçon intelligent, beau et gentil il est.