Si vous passez de temps en temps sur notre page Facebook, vous avez peut-être remarqué mon message de joie quand Matthieu a dit une phrase hier. J’avais mis la bouteille d’eau au frigo au lieu de la laisser à portée comme d’habitude, et Matthieu est venu me chercher en me disant « je veux de l’eau ».
Cela m’a amené à considérer la fine ligne entre un enfant autiste verbal et un enfant autiste non verbal. Difficile de classer Matthieu du côté verbal, et pourtant, quand il le veut, il sait se faire comprendre!
Quand peut-on dire qu’un enfant autiste est verbal?
J’ai réfléchi pendant quelques temps à ce propos, et voici quelles ont été mes conclusions:
- il faut qu’il dise des mots,
- il faut qu’il dise des mots en contexte (pour désigner quelque chose dans la pièce, par exemple),
- il faut qu’il puisse verbaliser ses besoins, attentes, envies, pensées,
- il faut qu’il puisse répondre quand on s’adresse à lui,
Pour l’instant, Matthieu dit parfois des mots en contexte, il arrive à verbaliser quelques uns de ses besoins. Il ne répond pas forcément quand on s’adresse à lui. Par contre, il a des phrases ou bouts de phrases qu’il commence à prononcer à propos – par exemple, lorsque son frère a renversé son verre de thé ce matin, il a dit « c’est pas grave! ».
Parfois, je désespère un peu et je m’interroge sur le fait que Matthieu devienne vraiment verbal un jour. Et parfois, il réussit à m’épater, comme hier! Il a compris l’inversion des pronoms, l’importance d’utiliser un sujet et un verbe. Et surtout, il ne parle pas dans le vide (du moins pas tout le temps), il s’adresse réellement à nous, en nous regardant dans les yeux. J’ai envie de dire (et de penser) que l’espoir est permis.
Bien sûr que l’espoir est permis Nathalie ! Tout vient au fur et à mesure, il n’y a pas de raison que cela n’aille pas.
Pour Adam, je peux cocher les trois premières rubriques et la moitié de la 4ème (il répond quand il le veut bien).
Comme Cécile ! C’est bizarre comme le fait de répondre aux questions peut être fluctuant. Si ça touche à des besoins primaires, mon fils répondra quasi-systématiquement mais si c’est une question type « information », c’est très aléatoire, comme s’il ne voyait pas l’intérêt de répondre.
Hier matin, comme tous les jours, je lui demande ce qu’il regarde par la fenêtre : « tu regardes les feuilles de l’arbre ou les voitures ? » … D’habitude, pas de réponse. Et là, curieusement, il répond « je regarde les voitures ». C’est curieux d’ailleurs car j’avais toujours cru que quand il s’absordait dans le spectacle de la rue, c’était plus pour les feuilles qui bougeaient. Pourquoi a-t-il répondu ce jour-là ? … Peut-être parce que je le saoule tous les jours avec mes questions idiotes
C’est curieux aussi la frontière que tu mets Nathalie : j’ai toujours considéré mon fils comme verbal car il a parlé tôt (premiers mots à 14 mois, association de mots à 2 ans) et pourtant, l’utilisation du langage en communication ne me semble aujourd’hui guère plus poussée que pour ton fils. Notamment, mon fils ne pose pas de questions donc ça limite l’échange même s’il sait exprimer des besoins à de nombreuses reprises dans la journée (« je veux … »).
Maya: je ne sais pas si j’ai raison ou pas de mettre cette frontière, tu sais! C’est juste une réflexion personnelle, j’aimerais bien que les « pros » nous donnent leur avis là-dessus.
Bonjour,
J’ai remarqué que sur ce blog on fait souvent allusion au trouble perceptif souvent lié à l’autisme. L’enfant autiste ne perçoit pas les sons comme nous, donc a des difficultés dans la mise en place du langage.
Il y a autre chose de primordial, la relation signifiant/signifié.
Le signifié c’est la chose dont on parle, par exemple un smarties. Le smarties existe, on peut le toucher, le manipuler, le manger.
Et puis il y a le signifiant, le mot « smarties ». Ce mot se prononce en 1 seconde (voire 2 si on fait de la déformation professionnelle et qu’on parle comme une orthophoniste à tout le monde sans exception), et puis plus rien.
Le mot est resté dans l’air, et pouf il s’est évaporé.
Pour ce mot est le symbole de l’objet qu’il signifie.
Alors déjà la symbolisation est un concept difficile pour les enfants autistes. « Tu vois ce smarties que tu aimes manger, et ben ce mot là, que tu viens d’entendre mais que tu n’entends plus, ben ça veut dire la même chose que le smarties qui est la sous ton nez ».
Tant que l’enfant n’a pas compris qu’un mot oral est le symbole correspondant à un objet, à une action, alors il ne pourra pas verbaliser.
C’est pour cela que nous passons par des symbolisations plus pérennes.
Par exemple les images du PECS : elle est palpable, elle est manipulable, on peut la coller sous le nez de l’enfant pendant qu’on lui donne son smarties, pendant qu’il le savoure et pendant qu’il l’avale, et lui repointer quand il en voudra un autre, etc.
Je trouve que c’est ce qu’il y a de bien avec le PECS, ça aide l’enfant à mettre en place la symbolisation (l’objet peut prendre diverses représentations).
Il y a aussi le Makaton (ou les gestes), un peu moins palpables que les images du PECS, mais tout de même plus concrets que le mot parlé.
Enfin, pour les enfants capables d’imitation verbale, on peut garder ce mot oralisé et en l’amenant à répéter encore et encore pour avoir son renforçateur, il va finir par faire le lien entre ce qu’il prononce et ce qu’il désire.
Voilà, pour moi « symbolisation » est vraiment le maître mot dans l’acquisition du langage oral (enfin pas que ça bien sûr, mais ce concept est primordial).
Et pour conclure, dans les fonctions du langage proposées dans l’article il y en a une qui me parait importante, exprimer ce que l’on ne veut pas, ce qui nous gêne…
Quand mes patients commencent à verbaliser, à dire « je veux… », je leur propose également une symbolisation orale pour « je ne veux pas », « pousse toi », « c’est à moi ».
Par exemple l’enfant construit son petit train, et « sans faire exprès » je pose mon bras sur les rails. Je vais lui apprendre à dire « pousse toi », plutôt que de balancer mon bras ou de me mordre.
Enfin d’ailleurs, « pousse toi », ça veut dire « je veux que tu te pousses », on reste dans la demande.
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