Je vais packer cet enfant.

Je vais l’enrouler, quasiment nu, dans des draps froids et mouillés. Il sera immobilisé, il ne pourra pas bouger. Je vais rajouter des couvertures par dessus, histoire de dire qu’il va se réchauffer, mais en fait c’est pour mieux l’immobiliser. Comme ça, il ne part plus dans tous les sens, pas besoin de lui courir après.

Je vais packer cet enfant.

À ses parents, aux journalistes, je vais dire qu’il s’agit de séances rapides de moins d’un quart d’heure, mais en fait les séances peuvent aller jusqu’à une heure. C’est beaucoup plus simple que de devoir chercher l’attention de cet enfant en dehors le reste du temps. Pendant qu’il est coincé là pendant une heure, mes collègues et moi pouvons nous asseoir tranquillement et le regarder en baver. Ça lui servira de leçon, après nous avoir fait courir après lui et enrager toute la semaine.

Je vais packer cet enfant.

Je me fiche de savoir que c’est un tout petit enfant. Je me fiche de savoir qu’il n’a pas de moments d’auto-mutilation. C’est mille fois mieux que de supporter ses cris quand on ne le comprend pas. Le froid le saisit, du coup il reste calme, ça nous repose les oreilles.

Je vais packer cet enfant.

Je n’ai rien à faire non plus du désarroi de ses parents. Ce qu’ils ne savent pas ne peut pas les blesser—on ne leur dira donc pas qu’on soumet leur enfant à ces expérimentations chaque semaine. De toute manière, c’est de leur faute si leur enfant est comme ça. On va dire ça. Il faut bien que ce soit la faute de quelqu’un, et je préfère que ça ne retombe pas sur moi. On risquerait de me demander de travailler, et ça interfèrerait avec mon emploi du temps de monstre.

Je vais packer cet enfant.

Mes collègues et moi, on apprécie ce temps de repos chaque semaine. Vous vous rendez compte? Sinon on nous demanderait de travailler, avec des enfants qui crient, qui courent, qui refusent et font des colères. C’est un travail trop difficile, qui demande des résultats, alors on va plutôt faire du non-quantifiable, et y attribuer tout changement positif que l’enfant pourrait avoir.

Je vais packer cet enfant.

Au lieu de devoir le suivre la majorité de son enfance et de son adolescence, en l’amenant vers l’autonomie, j’aime autant qu’on le gave de calmants. Comme ça, quand je rentre le soir, j’ai la forme pour faire l’amour à ma femme ou faire une partie de foot avec mes copains. Ces personnes-là me traitent comme un sauveur, un Dieu, parce que je travaille avec des enfants handicapés. Ça tombe bien que la désinformation en France aille bon train.

Je vais packer cet enfant.

Je me suis persuadé avec le temps que j’ai raison. Après tout, je n’ai pas passé des années entières de ma vie à apprendre des concepts qui sont erronnés, je refuse de les laisser dire ça. Je refuse d’accepter les arguments qu’on m’oppose—ça voudrait dire que je reconnais être un monstre, que je reconnais n’avoir aidé aucun enfant autiste avec mes pratiques durant toute ma vie, et ça, ça me rendrait monstrueux aux yeux des gens autour de moi, et je ne peux pas le tolérer.

Je vais packer cet enfant.

Je me contrefiche que cet enfant soit hypersensible aux changements de température. De toute manière, il ne sait pas le dire. Personne ne saura jamais ce que nous avons fait, ou alors ça serait vraiment un manque de bol fantastique! En plus, en fin de séance, comme il va ressentir un mieux-être en sortant des draps glacés, on va pouvoir dire que c’est grâce à notre packing qu’il va mieux. C’est tout bénef pour nous!

Je vais packer cet enfant.

Si on me fait une réflexion sur ce que je fais, je vais montrer combien c’est facile d’emmener cet enfant se faire packer. C’est tout de même pratique, cette compulsion qu’ils ont de devoir faire toujours les mêmes routines, ça abonde dans notre sens. Il n’a pas de contrôle sur sa parole, ne peut pas dire qu’il ne veut pas, et est à la merci de ses habitudes, donc il suffit de l’obliger les premières fois pour que, résigné, il aille se faire enrouler dans les draps mouillés et froids à chaque fois qu’on l’y emmène.

Je vais packer cet enfant.

De toute manière, les parents sont impressionnés parce que nous sommes des professionnels de la santé, et que nous les prenons de haut en les rabaissant, eux et leur prétendu connaissance de leur progéniture. Les rares personnes qui vont refuser qu’on packe leur enfant se verront signalées aux services sociaux pour manque de soins. Il ne manquerait plus qu’on doive s’occuper efficacement autrement de leur enfant handicapé!

Je vais packer cet enfant.
Je ne changerai rien.
Je suis un monstre.
Et je m’en fous.

Restez calme et refusez le packing

Restez calme et refusez le packing

Pour en savoir plus, lisez l’excellent article sur la pratique du packing sur les enfants atteints d’autisme: réalités, reflexions cliniques et responsabilité infirmière.

Voici quelques articles où nous parlons du packing:

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