Il y a quelques temps, j’ai publié l’article de Jean-Marie de Lacan, psychanalyste renommé, intutilé Demande de fessez-le-feu.

Les réactions face à cet articles ont été très tranchées, allant de l’approbation à l’hilarité, à l’indignation et aux commentaires acides.

Je voulais vous livrer mes réflexions à la suite de cet article, et vous raconter comment Jean-Marie de Lacan a rejoint nos rangs parmi les auteurs d’Autisme Infantile.

Première lecture

J’ai découvert Jean-Marie de Lacan après un message un peu inquiet me disant que les psychanalystes prévoyaient de mettre le boxon lors de la diffusion du reportage de Sophie Robert, Le MUR, à Lille.

En parcourant le site de JMDL, Critique raisonnée du Non psychanalytique, je me suis mise à rire comme une folle devant ses articles, notamment (mes préférés):

  • Infidèles obsessionnels! où il parle de tactiques utiles pour terroriser les parents et les empêcher de se tourner vers le comportemental en les culpabilisant,
  • Fernando contre-attaque! où on apprend pourquoi on ne peut jamais avoir raison sur un psychanalyste,
  • Charianalyse! où il nous explique en détail la position de la psychanalyse par rapport à la femme et à sa quête du pénis, et pourquoi c’est ridicule d’entendre les féministes de révolter.

Évidemment, la plupart des autres articles sont à hurler de rire, et je vous conseille de parcourir le site (et les commentaires) à loisir pour voir enfin une analyse de la psychanalyse, à la portée du profane – un peu comme le reportage de Sophie, mais il faut avoir un second degré bien accroché!

Caricature et second degré

Pendant le reste de la soirée, il a fallu que j’explique et que je démontre, point par point, le fait que ce site est une caricature de la psychanalyse. Les personnes qui m’en parlaient ne voyaient pas l’humour dans les articles, s’inquiétaient d’une possible riposte des psychanalystes qui risquaient de venir à la projection, armés de projectiles en forme de phallus pour les jeter sur l’écran – comme on jette des tomates sur les mauvais acteurs de théatre.

J’ai eu beau pointer l’absurdité des propos, le fait que ça soit trop gros pour être vrai, et j’ai eu beau utiliser toute ma science et ma connaissance des trolls, gagnée grâce à des années passées sur les forums, il a fallu plusieurs jours pour convaincre une toute petite partie des personnes en discussion avec moi, les autres continuant à se méfier.

Une absence de sens de l’humour?

On dit, « on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». C’est généralement vrai, et ce cas-ci ne fait pas exception à la règle. Je me suis interrogée face aux réactions de nos lecteurs, sachant que j’avais joué un peu avec le feu en disant tout simplement qu’un psychanalyste demandait son droit de réponse sur Autisme Infantile, et sans spécifier que ce serait un article humoristique. Je voulais voir, faire un genre d’expérience, savoir si vraiment il y avait autant de personnes que cela qui ne verraient pas le second degré.

On sait que l’autisme vient généralement avec des difficultés, justement, de comprendre les non-dits et le second degré. Je me suis toujours interrogée de savoir combien la part d’hérédité pouvait jouer dans la procréation d’un enfant autiste. Je sais que, pour ma part, je me reconnais dans mon fils, à un degré moindre, mais indéniable.

Les parents d’enfants autistes ne pourraient-ils pas avoir un terrain favorable? Le destin ferait-il que l’union de deux personnes ayant un certain potentiel autistique aient des enfants naissant avec des troubles envahissants du développement? Je n’en sais rien, mais un article que j’ai lu récemment sur Slashdot, When Geeks Meet, Are They More Likely to Have Autistic Kids? [en], semble aller dans ce sens – encore un fait qui devra être prouvé, mais j’ai tendance à penser que c’est possible.

Une autre possibilité me vient à l’esprit. Les parents ayant été victimes (et non, le mot n’est pas trop fort) des psychanalystes, de leurs vues culpabilisantes, de l’abdication de toute idée de progression chez leur enfant, n’auraient-ils pas (encore) le recul pour rire de leur malheur? L’auront-ils un jour? Est-ce que les personnes ayant été torturées, blessées, déchirées, apprennent un jour à rire de leur passé? Je suis persuadée que certaines y parviennent, mais les autres?

De l’utilité de l’humour et de la caricature dans notre combat

On l’a vu avec le spectacle de Laurent Savard, Le Bal des Pompiers, qui a eu un franc succès avec toutes les personnes qui m’en ont parlé, et que personnellement j’ai envie d’aller voir si jamais il se produit près de chez moi, l’humour peut faire passer des messages plus percutants parfois que sur le ton naturel de la conversation.

J’utilise l’humour régulièrement pour dédramatiser notre vie de tous les jours, qui n’est pas toujours marrante, mais aussi pour marquer des points, rendre une conversation plus intéressante, etc.

La caricature, c’est quoi? C’est un portrait qui exagère ou distord l’essence d’une personne ou d’une chose, qui charge les détails pour les rendre plus apparents (du verbe italien caricare, charger). Une satire peut faire partie des armes de la caricature, notamment (citation de l’article de Wikipédia sur la satire):

La satire peut employer divers procédés :

  • la diminution réduit la taille de quelque chose en vue de la faire paraître ridicule
  • l’exagération est une technique commune de satire où l’on prend une situation réelle et on l’exagère à un point tel qu’elle devient ridicule. La caricature se rattache à cette technique.
  • la juxtaposition compare des choses d’importance inégales, ce qui met l’ensemble au niveau de moindre importance.
  • la parodie imite les techniques et le style d’une personne, d’un lieu ou d’une chose en vue de la ridiculiser.

Il est vrai que les psychanalystes savent déjà se ridiculiser eux-même, en particulier à propos de l’autisme, comme on a pu le voir sur le documentaire Le MUR.

Je cite Carole, qui le dit mieux que moi dans les commentaires de l’article de JMDL:

En effet, c’est bien imité, ce qui fait que ce texte met en évidence le ridicule et la vacuité du discours psychanalytique, mieux encore que toute forme de dénonciation plus « sérieuse ». C’est le but de la dérision, l’humour britannique en est riche d’exemples car il font ça depuis longtemps.
Je comprends que plusieurs d’entre vous avez du mal à accepter que l’on puisse faire de l’humour sur un sujet aussi grave, néanmoins si l’on veut sensibiliser l’opinion publique, je suis persuadée que la contribution de ce genre de satiristes est aussi essentielle que celle des scientifiques. C’est élémentaire: faire rire quelqu’un est encore le meilleur moyen d’attirer son attention, de créer un début de complicité, non? Et c’est peu dire que notre bonhomme a le talent pour ça… Sans parler de sa coiffure en pétard, à l’avenant de son humour explosif!

Cette caricature est utile dans notre combat, tout autant que le documentaire Le MUR. Tout autant que nos articles d’information, nos combats au quotidien, nos témoignages et les articles dans les journaux pour alerter l’opinion publique.

Chaque forme d’information peut toucher plus particulièrement une personne ou une autre. C’est un tout qu’il nous faut mettre en avant, pour pouvoir informer et combattre sur tous les fronts – pourquoi se mettre des bâtons dans les roues et se priver d’une arme aussi efficace: l’humour?

Ce que la difficulté de faire la différence entre humour et discours réel démontre sur la dangerosité de la psychanalyse dans le milieu de l’autisme

Moi, ce qui m’alerte, c’est le nombre incroyable de personnes qui ont cru à une véritable intervention d’un psychanalyste.

Au final, la caricature de JMDL démontre bien quelque chose: c’est que même grossis et rendus ridicules, les arguments de la psychanalyse restent les mêmes. Les non-dits sont dits, les mots habituellement pensés et dissimulés sont dits ouvertement, et c’est ça qui choque.

Que les parents d’enfants autistes, ou les personnes qui en côtoient au jour le jour, puissent penser que c’est un article sérieux démontre bien que les propos des psychanalystes sont ridicules, et même dangereux.

La psychanalyse est une grosse farce, un gag, une supercherie, une caricature. CQFD.
—Béatrice Bolling

Les textes de Jean-Marie de Lacan sont un moyen d’éclairer les personnes non concernées sur la réalité de la psychanalyse, et donc de la prise en charge de l’autisme en France, dans la plupart de nos structures, où on va éloigner nos enfants de nous, mères toxiques, incestueuses, pathogènes, réfrigirateur… Où on va les torturer avec le packing, ou les laisser faire d’autres choses ignobles ou inutiles, comme les ateliers pâte à modeler, les ateliers contes, la pataugeoire…

C’est pour cela que j’inviterai régulièrement JMDL à venir écrire sur le site d’Autisme Infantile – parce que ses textes sont une source d’information, de compréhension, qui permettra à certains de rire un peu de leur malheur, et à d’autres, de découvrir la réalité de l’univers de la prise en charge de l’autisme dans notre pays.

Quels ont été vos réactions à la première lecture de cet article? Si vous n’avez pas compris le second degré, avez-vous pu le trouver une fois informés de la caricature? Avez-vous, encore aujourd’hui, du mal à le lire sous cet angle? Quel est votre avis sur la place de ce genre d’humour dans le combat anti-psykk? Partagez vos opinions dans les commentaires de l’article.

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