Autisme Infantile (3)On a passé neuf mois à imaginer comment il serait. Blond ou brun? Yeux clairs ou foncés? Il ressemblerait à papa, maman, ou à quelqu’un d’autre dans la famille? De quel nez hériterait-t-il?

Les échographies confirment que tout va bien, mais on est heureux de voir à la naissance que tout va bien, que tous les petits doigts sont là, qu’il a bien le nez au milieu de la figure, bref, que c’est un petit être rouge et fripé, mais qu’il est « normal ».

Et puis on pense que ça y est, on est à l’abri. Maintenant, il ne reste plus qu’à en faire le futur Einstein ou Beethoven, selon les aspirations du papa et de la maman – voire même un mix des deux, un enfant qui serait doué en tout, qui émerveillerait tout le monde par ses connaissances et abilités.

Et puis voilà qu’on a l’impression que c’est un champion: il sait bien avant les autres bébé s’asseoir, se lever, et il répond à des questions pour enfants bien plus âgés sur son petit ordinateur jouet. Il est en avance sur plein de choses, sauf la parole qui a disparu après avoir fait une brève apparition.

Et c’est là qu’à 2 ans on vous annonce que votre tout-petit, que vous imaginiez faire de grandes choses plus tard, ne grandira pas comme les autres. Que tous les espoirs que vous aviez mis en lui s’effondrent. Et puis voilà que vous vous rendez compte que c’est vrai, qu’on n’est pas en train de se moquer de vous: votre enfant est vraiment « pas normal ». Vous vous pensiez à l’abri d’un handicap, mais il a toujours été là, même si vous n’étiez pas capable de le voir.

Comment faire le deuil de cet enfant parfait qui habitait votre imagination? Comment laisser tomber tout ce dont vous rêviez pour arriver à vivre au présent, à accepter que son enfant ne sera peut-être jamais autonome, que vous n’aurez peut-être jamais ces discussions dont vous rêviez avec lui?

Je suis sortie très vite du rêve. J’ai beaucoup réfléchi, et j’aime mon fils comme il est, je ne l’aime pas moins parce qu’il est différent. Certes, cela me demande beaucoup de travail tous les jours, et il y a un coût financier non négligeable, mais cela ne lui « coûte » pas l’amour de sa maman. Il a mon amour de manière inconditionnelle.

Les expériences et morceaux de vie que j’aurai avec lui seront différents de ceux qu’on voit chez les autres, c’est tout. Il y aura moins de communication, mais ses progrès seront plus gratifiants—parce que j’y aurai travaillé autant que lui. Je vais peut-être ainsi apprendre à découvrir, à la place de l’enfant que j’aurais voulu qu’il soit, l’enfant qu’il est réellement.