C’est pas la première fois que j’entends les psychanalystes dire qu’ils préfèrent éviter un diagnostic pour ne pas stigmatiser un enfant par des mots sur son handicap. Je comprends tout à fait l’importance de ne pas catégoriser un enfant avec un diagnostic qui n’est que le reflet d’un moment le long de sa route vers l’autonomie et—on l’espère—vers l’indépendance.

Pour ma part, je suis consciente qu’un diagnostic, ça peut changer. Déjà, parce que les résultats des bilans ne sont pas toujours en adéquation avec ce que l’enfant sait faire, mais plutôt avec ce qu’il a accepté de faire ce jour-là, avec une personne qu’il ne connait pas forcément, dans des circonstances qui ne sont peut-être pas optimales pour obtenir de bons résultats.

Je suis aussi d’accord à 100% qu’un enfant est avant tout un enfant. On doit voir sa personnalité, ses goûts, ses choix, ses pensées propres, et pas principalement son handicap.

Par contre, je me battrai toujours pour que les enfants autistes (ou ayant un autre handicap) soient diagnostiqués. Pourquoi? Seule la pose d’un diagnostic permet d’entamer, dans des conditions correctes, une prise en charge:

  • Un enfant non-diagnostiqué n’est pas toujours bien dirigé pour les thérapies,
  • Il n’a pas droit à des allocations pour que ses parents puissent payer (en partie) les prises en charge,
  • Les intervenants qui s’occupent de lui n’ont pas toutes les informations pour lui venir en aide,
  • Les parents ne peuvent pas aller se renseigner pour en apprendre plus sur le handicap de leur enfant et les manières appropriées de l’aider.

Sans diagnostic, nous aurions continué à ne pas comprendre les crises d’angoisse de Matthieu qui ne parvenait pas à se faire comprendre de nous. Peut-être aurions-nous été orientés vers un hôpital de jour pour lui, car nous n’aurions pas pu nous renseigner sur les méthodes existentes, et nous n’aurions donc sans doute pas pu faire un choix éclairé comme nous avons été capables de le faire.

Un diagnostic n’est pas une marque au fer rouge sur la peau fragile de l’enfant. Il est important de ne pas amalgamer le handicap et l’enfant qui le porte, mais il est aussi important de poser un diagnostic pour pouvoir avancer, le plus vite possible, vers une amélioration de la prise en charge afin que l’enfant puisse progresser et rester digne.

Ne privez pas votre enfant d’un diagnostic. Ce n’est pas une action qui le marquera comme handicapé toute sa vie, cela vous permettra simplement de noter, au fil du temps, son évolution (car un diagnostic doit être posé à nouveau régulièrement le long de sa vie vu qu’il peut changer), et vous permettra d’avoir le soutien d’intervenants savant ce qu’ils cherchent à faire évoluer, ainsi que le soutien de l’Etat pour payer la prise en charge de votre enfant.

Le meilleur endroit pour obtenir un diagnostic précis et une orientation correcte est le Centre Ressources Autisme (CRA) de votre région. Il est parfois possible d’en obtenir un, temporairement, en passant par un pédopsychiatre en libéral.