Difficile parfois de bien se faire entendre pendant les réunions à l’école. Chacun a beaucoup de choses à dire, à redire, et peu de temps pour le faire—sans compter qu’il n’est pas toujours évident de reprendre la parole à l’instant nécessaire pour rétablir les faits.

Ce matin, on m’a dit que je tiens un discours paradoxal:

  • d’un côté, je veux qu’on prenne en compte le handicap de mon fils, et les difficultés que ça lui apporte au jour le jour dans sa vie scolaire,
  • de l’autre côté, je veux qu’il fasse « comme les autres », c’est-à-dire les enfants neurotypiques, sans handicap.

C’est tout à fait vrai, je veux ces deux choses-là, mais il faut y mettre la nuance au lieu de dire des généralités sans avoir compris la teneur de mon discours, et en cherchant à réduire mes propos à des absurdités.

Mon fils est handicapé

Comme ce handicap est invisible, on attend parfois de lui des choses qui lui sont difficiles ou impossible en ce moment. Il dessine un bonhomme, comme on le lui demande, pour la première fois de sa vie, mais ça ne convient pas, parce qu’il y manque l’intentionalité.

Alors, oui, je veux qu’on prenne en compte son handicap, et qu’on lui donne les outils nécessaires à son travail à l’école. Ces outils peuvent être des pictogrammes, des ateliers spécifiques (l’école se débrouille très bien de ce côté-là), ou alors un comportement adapté au sien (par exemple, ne pas céder à ses bursts, comprendre le principe de la compliance et son utilité, ou faire extinction si nécessaire).

Mon fils est handicapé, mais il n’a pas de retard mental

Ça me contrarie de savoir que mon fils fait, probablement moins maintenant qu’avant, mais tout de même régulièrement, des activités en différé des autres élèves. Il est déjà dans une classe qui n’est pas de son âge (Moyenne Section, alors qu’il a six ans et demi), je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas faire les exercices comme les petits copains.

Alors, oui, c’est compliqué, oui, c’est dur, oui, il essaie de n’en faire qu’à sa tête. Mais justement: puisqu’il est handicapé, et qu’on est sensés lui donner les bons outils (et les utiliser nous-mêmes) pour avancer, ça ne devrait pas poser autant de problèmes.

La mère crocodile a les dents longues

On continue de me dire qu’à l’école ce n’est pas comme à la maison ou en séances en un pour un—mais moi ça ne m’intéresse pas qu’il fasse encore et toujours la même activité, même si ça le calme, même si elle lui plait.

Ou bien, je m’entends dire que maintenant le destin de Matthieu est dans ses mains, que c’est à lui de comprendre—un enfant de six ans!—que son avenir dépend de lui. Je doute qu’un enfant neurotypique soit capable d’une réflexion aussi poussée, alors qu’on n’hésite pas à la demander à un enfant handicapé! Je trouve ça intolérable!

À côté de ça, il a fait quand même beaucoup de progrès depuis le début de l’année: il s’asseoit avec les autres, fait quelques activités avec eux, joue avec les autres enfants dans la cour de l’école, et est même allé voir un film avec la classe! Il est entré dans le graphisme après avoir longuement bataillé avec lui, et le généralise maintenant à l’école. Comme quoi, il peut arriver à faire ce qu’on lui demande, si on utilise les bons outils, et qu’on sait suffisamment insister.

Si on trouve mon discours paradoxal, c’est qu’on ne prend pas le temps ou la peine d’aller jusqu’au bout de ma réflexion. Le but est d’intégrer Matthieu en milieu ordinaire, pas de l’installer dans un coin de la classe en satellite, à faire les activités qu’il veut bien quand il le veut bien.

Alors oui, je continuerai à défendre mes deux points de vue, qui ne sont pas paradoxaux mais complémentaires, et je continuerai à demander à ce qu’il y ait, dans la prise en charge scolaire de Matthieu, juste un peu plus de comportemental, et juste un peu moins de psychanalyse.