Archives (5)Posez-moi les questions qui vous préoccupent par email à nathalie@autismeinfantile.com et je développerai ma réponse dans un article sur ce site, pour que tout le monde puisse en bénéficier.

Comment dire à quelqu’un que l’on pense que son enfant est autiste?
— Requête via Google

On en a discuté par deux fois déjà:

J’ai beaucoup réfléchi à la question, j’ai souhaité entendre des avis personnels et professionnels avant d’écrire cet article, et j’espère qu’il sera utile à quelqu’un.

Être bien sûr de son impression

Que vous soyez un parent proche, une maîtresse d’école, un ami de la famille, ou même un professionnel de la santé, avant de formuler ses doutes, il faut s’assurer qu’on ne va pas dire une bêtise. Il existe un test très simple pour savoir si un enfant a des risques d’être autiste: le CHAT. Vous pouvez aussi vous procurer mon mini e-book Mon enfant est-il autiste? pour vous faire une idée rapide des risques d’autisme chez un enfant.

Si vous avez un quelconque accès à l’enfant, vous pouvez, sous couvert de jouer avec lui, le tester incognito sur les items du test du CHAT. Si le test ne donne pas pour résultat une probabilité forte ou moyenne d’autisme, il vaut mieux laisser tomber: il est peu probable qu’il ait des troubles autistiques.

Attention, certains enfants timides risquent de ne pas répondre aussi bien aux demandes si ce n’est pas leurs parents ou des gens qu’ils connaissent bien qui les font. Il faut prendre ce paramètre en compte lors du test.

En parler discrètement avec un professionnel de la santé

Pour s’assurer du bien-fondé de nos doutes, il vaut toujours mieux en parler avec un professionnel de la santé, ou bien à la limite avec quelqu’un qui connait bien l’autisme et qui pourra donner un avis éclairé sur la question.

Certains signes de l’autisme sont suffisamment évidents pour que les personnes connaissant ce handicap puisse dire si oui ou non ce sont des signes inquiétants. Vous pouvez imprimer la liste des signes de l’autisme de mon article et vous appuyer dessus pour expliquer au professionnel de la santé, point par point, les choses qui vous inquiètent et vous ont fait douter.

Attention, cette liste n’est pas complète, elle comporte seulement les signes les plus courants et évidents. Il y en a d’autres, donc n’hésitez pas à parler des autres signes que vous trouvez étranges.

Considérer sa relation avec les parents

Que vous soyez très proches ou que vous ne vous soyez vus que quelques fois, il faut bien réfléchir avant de se lancer dans de grandes révélation. Déjà, parce que vous pouvez encore vous être trompé (seul un professionnel de la santé habilité pourra poser un diagnostic, après avoir demandé de nombreux bilans et tests de dépistages), et puis aussi parce que même si vous avez raison, les parents de l’enfant peuvent se mettre en colère, ou, dans leur douleur, reporter sur vous, au moins pendant un temps, tous leurs malheurs (c’est humain).

Difficile de dire comment la discussion va se passer. Il va falloir faire preuve de beaucoup de patience pour amener le sujet, et il va falloir prendre beaucoup de pincettes, sans doute.

Si vous pensez que vos doutes seront écoutés, que vos arguments seront pris avec calme, bref, que vous obtiendrez une réaction positive, ou du moins ouverte, de leur part, vous pouvez leur en parler directement. Sinon, il reste les moyens détournés…

Prendre des moyens détournés pour informer les parents

Moyen détourné numéro 1: Se décharger sur le pédiatre

Si vous êtes un proche, et que vous connaissez le pédiatre de la famille, touchez-lui en deux mots. Dites-lui les signes que vous avez remarqué, demandez-lui de voir s’il peut se forger une opinion la prochaine fois qu’il verra l’enfant.

Puisqu’il est prévenu, ce professionnel de la santé aura:

  • le temps de se former pour connaître les signes de l’autisme s’il ne les connait pas encore très bien
  • l’oeil plus prudent lorsqu’il verra l’enfant, pour déceler les signes

Il se peut que le pédiatre vous envoie vous occuper de vos oignons, mais c’est tout de même très peu probable: un médecin est là pour écouter les inquiétudes de ses patients. Il ne discutera pas avec vous des problèmes de santé (ou dans ce cas, dûs au handicap) de l’enfant, puisque vous n’êtes pas ses parents, mais il pourra entendre ce que vous avez à en dire.

N’hésitez pas à vous munir de la liste des signes de l’autisme pour vous appuyer dessus quand vous lui en parlerez, ça montrera que vous ne faites pas ça sur un coup de tête mais que vous vous êtes documenté, et ça donnera du poids à vos dires.

Le pédiatre de l’enfant est une des personnes les mieux placées pour parler de ses doutes aux parents. Même si ceux-ci ne le croient pas de prime abord, il y a un certain respect de la profession et du savoir qui va avec le fait d’être pédiatre, et celui-ci saura trouver les mots, le cas échéant, pour demander qu’un dépistage soit fait. Il saura aussi guider les parents pour l’accompagnement psychologique dont ils pourront avoir besoin.

Moyen détourné numéro 2: Prêter un livre-témoignage sur l’autisme

Parmi les livres qui se trouvent dans notre section Ressources, il y en a forcément un qui se rapproche un peu de l’histoire de l’enfant et de ses troubles. Vous pouvez, si un des deux parents aime lire, « prêter » un de ces bouquins en leur disant combien ce livre est formidable. Hypocrite? Sans doute. Mais c’est un moyen de « semer le doute » chez les parents, qui, s’ils y reconnaissent leur situation, seront plus ouverts à la discussion, et vous parleront peut-être d’eux-mêmes de la similarité avec leur enfant.

Moyen détourné numéro 3: Parler du cas de quelqu’un d’autre

Vous n’avez peut-être pas sous la main dans votre entourage une personne autiste. Qu’à cela ne tienne, vous pouvez toujours parler de Matthieu! Racontez aux parents, sous la forme d’une anecdote, ce site web où vous allez lire les progrès que fait Matthieu (ou n’importe quel autre enfant du blog).

En racontant les signes autistiques de Matthieu, qui – comme par hasard! – sont les mêmes que ceux de l’enfant des personnes à qui vous voulez mettre un doute, les parents de l’enfant commenceront à trouver la similarité entre les deux, à poser des questions… Vous pouvez alors les diriger vers le site (sur la page des signes de l’autisme, par exemple!), et ensuite, lorsqu’ils viendront vous parler de leur enfant, vous pourrez les diriger vers un professionnel de la santé.

Une fois le message passé

Soyez là pour les parents de l’enfant. Si vous connaissez l’autisme, essayez de les aiguiller sans pour autant leur prendre la tête avec une centaine d’articles à lire, une dizaine de bouquins à décortiquer, une vingtaine de documentaires à voir, etc. Essayez plutôt d’axer les informations sur le sujet pressant: d’abord, le dépistage précoce, ensuite comment obtenir un diagnostic rapidement, puis seulement le point que l’enfant travaille (contact oculaire, parole, etc). Trop d’information tue l’information.

S’ils ont Internet, pointez-les vers des sites sur l’autisme ayant des forums pour qu’ils puissent poser les questions qui les préoccupent.