L’immuabilité

Les enfants autistes ont très souvent une grande résistance au changement. C’est un des signes de l’autisme, et pas un des moindres, car cette peur/horreur du changement est très handicapante dans la vie de tous les jours pour l’enfant et ses parents et accompagnants.

Cela peut aller de la simple organisation d’une pièce, où les objets doivent absolument rester au même endroit, aux hurlements parce que sur le trajet de retour de l’école, on ne passe pas par la même rue que d’habitude.

Quelles sont les solutions?

À vrai dire, il y en a peu. Tout dépend du degré de tolérance de votre enfant, et selon moi c’est quelque chose qui se travaille, mais il faut y mettre du temps et de la patience.

Difficultés à sortir de ses habitudes (spatial)

Quand Matthieu a commencé à devenir trop exigeant avec l’emplacement des jouets dans les étagères, j’ai commencé à les déplacer quand il n’était pas devant, me forçant moi-même à ne pas toujours les reposer à la même place. Petit à petit, Matthieu a accepté de ne pas retrouver ses jouets là où il pensait les trouver. Même s’il a tendance à parfois les reposer à un endroit habituel des premiers temps, généralement il les repose juste là où il les a trouvés.

Difficultés à sortir de ses habitudes (organisation)

Après avoir fait manger son frère et l’avoir mis à la sieste, c’est le moment où Matthieu et moi cuisinons pour le déjeuner. Lorsque nous ne cuisinons pas (parce que nous avons prévu de manger dehors, ou bien parce que je n’ai qu’un plat à faire réchauffer au four), Matthieu a du mal à le supporter, et tente de me sortir les ustensiles habituels (généralement pour faire des pâtes, ses préférées).

Avec le temps, il a commencé à comprendre qu’il faut m’écouter quand je lui explique qu’on fait différemment, et fait moins de crises, mais elles arrivent encore occasionnellement. Dans ces cas-là, je suis intraitable et je ne cède pas, et je revois avec lui les étapes du changement du jour.

Difficultés à changer d’activité

Parfois, Matthieu hurlait quand on voulait qu’il change d’activité, en particulier quand c’était une de ses activités ludiques favorites. Sur ce coup-là, je pense qu’on ne pouvait pas faire plus que de lui réexpliquer qu’il fallait s’arrêter maintenant, changer d’activité (comme venir manger, par exemple, qui est pourtant une autre activité qu’il apprécie), et qu’il pourrait y revenir par la suite. Avec patience et tenacité, il a fini par accepter plus facilement les passages d’une activité à l’autre.

Difficulté à laisser tomber une activité annulée de manière inattendue

Il nous est arrivé de mettre les chaussures pour aller, par exemple, voir le pédopsychiatre, pour avoir un coup de fil la minute d’après pour reporter le rendez-vous. Matthieu, évidemment, a beaucoup de mal à accepter d’enlever les chaussures et de revenir à l’étape précédente: rester à la maison.

Il y a peu de solutions. Une solution facile serait de céder et d’aller faire un tour dehors deux minutes, mais c’est renforcer un comportement qui va être pénible très vite. Dans ces cas-là, je choisis donc de faire diversion en lui présentant un jouet auquel il a rarement accès (j’en ai quelques uns en hauteur exprès pour ces cas-là). Cela marche relativement bien dans le cas de Matthieu.

Difficultés à supporter un changement de trajet

Pendant quelques mois, nous sommes allés voir une orthophoniste à un autre cabinet que celui que nous fréquentons maintenant. Du coup, Matthieu ne supportait pas qu’on passe en voiture dans cette rue sans s’y arrêter pour aller à la séance d’orthophonie. Pareil pour la halte-garderie: ne pas s’arrêter signifiait une crise, ce qui, en voiture, peut être dangereux.

Sur ce coup-là, je ne pouvais pas la jouer fine, car Matthieu, quand il est dans cet état-là, n’écoute pas ce qu’on veut lui expliquer. J’ai donc décidé de le gronder pour son comportement, en lui interdisant de hurler et de se jeter de son siège réhausseur (heureusement, ce n’est pas moi qui conduis, sinon je n’aurais jamais pu régler ce problème) et en lui ordonnant le silence. Plus tard, je lui réexpliquais pourquoi on n’y allait pas, et que parfois on pouvait passer par la même rue sans forcément s’y rendre.

Combattre l’immuabilité pour éviter que les comportements ne deviennent trop lourds au jour le jour est plutôt difficile. Comment faites-vous? Est-ce que vous cédez et essayez de composer avec, ou est-ce que vous vous battez pour que ces troubles diminuent?

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8 Responses to L’immuabilité

  1. Béatrice Bolling says:

    Je fais tout comme toi :-) ) et je me plante un peu parfois comme pendant le week end de noel où nous sommes allés chez mes beaux parents quelques jous : Stan associait le fait de mettre son manteau au fait de rentrer à la maison, et quend il a falu revenir du petit parc et rster un jour de plus chez ses grands parents çà a été la cat : crise énorme mais pas trop longue avec cris griffures etc. Je lui ai ensuite réexpliqu en faisant un dessin, mais la prochaine fois, je serai plus prévoyante et spécifique.

  2. Mathilde says:

    Il n’y a pas de solution toute faite…
    Outre toutes celles que vous avez proposées, ce qui peut être très efficace aussi, c’est d’expliquer à l’avance ce qui va se passer, dans les détails. Je ne sais pas combien de crises d’angoisse ça nous a évité ! Mais, bien entendu, ce n’est pas toujours possible, en particulier concernant les imprévus.

  3. Cécile says:

    En fait, Adam ne pose pas beaucoup de problème en cas de changement. Si l’on ne suit pas l’itinéraire habituel, je lui dis qu’on va à tel endroit et en général, ça suffit à le calmer. Mais cela n’a pas toujours été le cas.
    Finalement, la principale résistance au changement d’Adam concerne les vêtements : il est très difficile de lui faire accepter de nouveaux habits. J’ai trouvé la solution l’année dernière : comme Axel et Adam font la même taille, j’achète les vêtements en double (pas avec les mêmes couleurs quand même !). Je demande à Axel de les porter un jour avant de les mettre à Adam et il n’y a plus de problème.
    L’autre problème, c’est de faire changer Adam de place à table. Là c’est Axel qui a trouvé la solution : de temps en temps, il déplace les chaises et tout le monde change de place ! Quand il arrive dans un nouveau lieu, il s’assied où il veut sans difficulté. Reste encore à travailler sur le changement de chaise … mais là, c’est une autre histoire.

  4. Clarinette says:

    Pour Matteo, peu à peu ça s’arrange : pour preuve, ce matin, nous sommes partis pour son cours de cirque, sans savoir qu’elle avait été annulée à la dernière minute (nous avons été prévenus trop tard).

    Le cirque est une activité que Matteo apprécie énormément, il y va tous les samedi matin et entre le décès de son grand-père et les fêtes de fin d’année, ces derniers temps il en avait été souvent privé.

    Du coup, quand nous sommes arrivés devant la porte close, et que finalement après 1/4 d’heure d’attente nous avons compris qu’il n’y aurait pas de cours, Matteo a commencé à s’agiter.

    Mon mari étant parti sous la neige pour rapprocher la voiture, je suis restée seule avec lui dans le hall d’entrée de l’immeuble. Avec mon gros ventre (je suis enceinte de 6 mois), je redoutais une grosse crise d’angoisse, car je ne peux plus trop lui courir après et je crains les coups.

    Eh bien Matteo s’est contenté de passer sa frustration sur toutes les vitres et les miroirs du hall, en tapant des mains dessus, mais sans véritable violence.

    Et ça, je considère que c’est un progrès !

  5. Cécile says:

    Bonjour Claire,
    Désolée que tu aies fait le trajet pour rien.
    Je n’ai pas pu te prévenir car je n’avais pas ton téléphone et Myriam non plus.
    Est-ce que tu peux me l’envoyer sur cecile@autismeinfantile.com ?
    Bon week end.

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  7. Pingback: Un 8 janvier sur Autisme Infantile | Autisme Infantile

  8. Josiane says:

    Idem. Ne pas céder à une crise. Expliquer. Le PECS est un formidable outil pour nous. Ça aide vraiment Oscar à accepter les changements, je l’utilise même en cas de changement imprévu (suffit d’avoir les bons Pictos)

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