Il y a quelques jours, je préparais le goûter des enfants avec leurs gourmandises favorites. Ayant remarqué que Julien avait pris goût à la menthe à l’eau—ce qui est rarissime, compte tenu du champ extrêmement réduit des choses qu’il accepte de manger et de boire—j’ai décidé de lui en servir au lieu du verre de coca habituel.

Je n’ai pas vu venir la crise.

Je savais que Matthieu n’aimerait pas la menthe à l’eau, pour avoir essayé de lui en faire goûter auparavant. J’avais donc prévu de lui servir du coca, pour qu’il puisse apprécier son goûter normalement. Seulement, j’ai eu le malheur de commencer par remplir le verre de Julien, avec la fameuse menthe à l’eau.

Matthieu a tout de suite pensé que j’imposais de la menthe à l’eau pour eux deux. J’ai essayé de lui expliquer que non, que seul son frère aurait de la menthe, mais le mal était fait: Matthieu a fait une crise d’hystérie d’un bon quart d’heure, même après que je lui aie servi le coca—et qu’il l’ait bu! Ce n’est qu’après de nombreuses réassurances que j’ai pu le calmer suffisament et qu’il a pu passer à autre chose.

Je crois que nous, parents d’enfants autistes, nous sommes très attentifs à tout ce que nous faisons en général, parce que nos enfants nous ont conditionnés comme ça depuis leur plus tendre enfance.

Combien de fois ai-je admiré la façon simplissime de mes amis de ne faire attention à rien parce que tout est réparable? Avec leurs enfants, une simple phrase de leur part peut rectifier le tir. « Non, maman, je ne veux pas de menthe à l’eau, » et maman range le sirop pour sortir la bouteille de coca—pas de crise, pas de problème, on n’y pense même pas, tellement ça parait évident. Alors que moi, je sais qu’il faut que je prévienne avant d’ouvrir le réfrigérateur, que je signale avant d’ouvrir la porte d’entrée, que je fasse un emploi du temps détaillé avant de prendre la télécommande. J’exagère un peu, mais à peine.

Encore une fois, il va falloir que je gère au mieux, faisant des choix qui, je l’espère, seront les bons, mais qui ne sont pas simples à faire, et qui demandent encore plus d’attention de ma part, afin d’éviter les crises:

  • Continuer à servir Julien en premier, pour qu’il apprenne à dissocier. Ce n’est pas parce que je sers du coca à l’un que l’autre en a forcément—de même, ce n’est pas parce que je sers de la menthe à son frère qu’il en aura aussi.
  • Lui apprendre à gérer la crise, en réclamant le calme avant de le servir s’il devient hystérique, et en le rassurant avec des paroles.
  • Le renforcer quand il s’exprime et dit non: quand j’ai servi la menthe à Julien, j’ai demandé (sans dire « Julien », et c’est mon erreur) « tu veux de la menthe? »—Matthieu l’a pris pour lui, et a effectivement dit non, mais comme je ne m’adressait pas à lui je n’ai pas « enregistré » qu’il pensait que ça lui était adressé, et j’ai cru qu’il répondait pour son frère parce qu’il voulait qu’il ait du coca comme lui.

La vie quotidienne avec un enfant autiste n’est vraiment pas simple! Je parie que la plupart des parents d’enfants neurotypiques ne se posent pas autant de questions, et ne se font pas autant de souci… et tant mieux pour eux, quelque part.