Gérer la violence envers autrui et soi-même (1): la structuration de l’espace et du temps

Gérer la violence envers autrui et soi-même

road rash is in fashion (photo: Nathan Lewis)

La semaine dernière, je vous ai demandé quels sont les thèmes que vous aimeriez que l’on aborde sur Autisme Infantile.

À la demande de Sonia, je vais aujourd’hui essayer de traiter le sujet des enfants qui se tapent, se mordent ou se griffent.

Je vous propose donc une série d’articles sur le thème Gérer la violence envers autrui et soi-même:

  1. La structuration de l’espace et du temps
  2. Éducation, apprentissages et communication
  3. Comprendre les divers facteurs (organiques, psychologiques, sensoriels)
  4. Travail sur les facteurs déclenchants

N’hésitez pas à partagez vos trucs et astuces, et à compléter ma réflexion dans les commentaires.

Dans le livre Les troubles du comportement associés à l’autisme et aux autres handicaps mentaux, écrit par Gloria Laxer et Paul Tréhin, que je vous recommande chaudement, il est écrit que la plupart des troubles du comportement peuvent être expliqués ainsi: un manque de compréhension de l’environnement, un manque de capacités de communication, des facteurs organiques, des facteurs psychologiques ou des facteurs indépendants spécifiques.

On peut réduire les troubles du comportement (cris, coups, violence envers autrui ou soi-même) en intervenant sur ces difficultés. En agissant ainsi le plus tôt possible, on peut peut-être leur éviter de devoir aller dans une structure d’accueil plus tard, et faciliter leur insertion dans la société.

Structuration de l’espace et du temps

Ce n’est pas toujours possible (ou souhaitable), mais on peut adapter l’environnement pour le bien-être de la personne autiste. Lorsqu’il y a un manque de prévisibilité, cela peut être excessivement gênant pour certains enfants autistes, qui ne comprennent pas ce qui se passe ou se qui leur arrive, et se trouvent désorientés.

De plus, la plupart des personnes autistes font des associations qui ne nous paraissent pas évidentes au départ, et qui demandent un sens aiguisé de l’observation pour les comprendre.

Exemples

  • Si votre enfant devient brutal ou crie quand vous voulez l’installer sur la table de la salle à manger pour dessiner, c’est peut-être qu’il a associé ce meuble avec le repas, et qu’il n’a pas faim (et ne sait pas vous le dire).
  • Si votre enfant s’est fait mal avec un objet bleu la dernière fois, il est possible qu’il associe cette couleur (ou autre chose, comme la forme, le bruit, etc.) à cette douleur, et qu’il refuse de s’en approcher à nouveau.
  • Si votre enfant a l’habitude de prendre son bain tous les soirs à 18 heures, et que pour une fois vous ne pouvez pas le lui donner, il va être gêné dans ses habitudes, et faire une crise pour obtenir ce qui, dans sa tête, lui est dû (et/ou fait partie de sa routine, et donc est nécessaire à son bien-être personnel, car les enfants autistes aiment beaucoup que les choses restent immuables). Il ne comprend pas forcément les problèmes de logistique.
  • Si votre enfant a l’habitude que ce soit l’heure de se mettre à table quand il entend le portail s’ouvrir, il peut faire une crise parce que vous avez une visite au lieu que ce soit son papa qui rentre le soir à la maison à l’heure du dîner.

Le cerveau de nos enfants autistes ne marche pas forcément comme le nôtre, et ce qui nous paraît évident ne l’est pas toujours pour eux, et vice versa.

La structuration n’est pas un but en soi, il faut toujours avoir à l’esprit que ce n’est qu’une méthode pour amener petit à petit à une généralisation et une meilleure compréhension, et qu’il faut estomper cette structuration dès que cela est possible pour votre enfant. C’est sans doute une étape nécessaire pour les enfants les plus atteints par l’autisme, et qui ne pourra pas être facilement estompée.

Idées

  • Faire un planning (avec des images, si votre enfant ne sait pas lire) qui explique en détail ce qui va se passer. L’enfant autiste accepte mieux un changement quand il est prévu à l’avance. Si, en début de journée, vous lui expliquez qu’il n’y aura pas telle ou telle activité qu’il fait habituellement, ou qu’il y aura tel gros changement dans ses habitudes (une visite, un déplacement, etc.), il s’y adaptera plus facilement.
  • Installer une table de travail pour les exercices que vous faites avec lui à la maison, et où il sait ce qui l’y attend (il doit se concentrer, travailler, et il sera récompensé quand il aura fini sa liste d’activités).
  • Avoir à disposition des pictogrammes pour dire non, par exemple, un enfant qui mange à table avec une croix rouge dessus indique que ce n’est pas l’heure du repas. Ensuite, lui montrer dans le planning quel est le moment présent de la journée, et à quel moment il pourra se mettre à table.
  • Poser des règlements à certains endroits-clef de la maison: interdit de taper, interdit de crier, interdit de faire telle ou telle action. Les enfants autistes sont généralement très sensibles aux règles, il faut en profiter.

Ce travail, qui était nécessaire avec Matthieu quand il était tout petit, je l’ai très vite estompé, et maintenant mon fils ne fait quasiment plus de crises quand il y a un changement soudain dans son quotidien. Les indications visuelles sont maintenant des indications auditives, et il se base sur mes paroles pour savoir ce qui l’attend dans les prochaines minutes.

Il faut garder à l’esprit que le but est de ne plus avoir besoin de cette structuration à terme, et il faut travailler un maximum la flexibilité en introduisant des éléments qui interfèrent et changent les habitudes, afin que les routines ne s’installent pas.

Avez-vous structuré l’espace et le temps pour votre enfant autiste? À cause de quels comportements? Quelles en étaient les causes? Partagez dans les commentaires.

7 Comments

  1. MERCI !! quel bonheur vos conseils ! :) il est clair que je vais mettre vos idées en place , mais dur dur pour l’instant…. comme il n’as que 22 mois et qu’il est non verbal total ( zéro mots ) c’est vrais qu’il ne comprend pas encore les images .. je lui en ais fait avec des photos de ses jouet, son biberon, ses gâteaux préfères etc…. il les prends et les jettes il garde toujours celle de son doudou , il a un petit bureau pour travailler mais ne reste pas concentré 2 minutes , sa prise en charge ABA commence en octobre, comme vous le dites dans votre article je pense que mon loulou se tape suite a un manque de capacités de communication, dailleur je vais de ce pas acheter le livre que vous citez , car il ne se tape pas pour une cause spécifique mais a la moindre contrariété EX : il aime la pub dés que la pub est fini il se tape , ou encore il joue avec un jouet et d’un coup sans savoir pourquoi il n’y a pas eu de changement il le jette s’allonge et se tape la tête contre le sol il a constamment une marque au milieu du frond car même en faisant TRÈS attention il ny a pas un jour ou il ne parviens pas a se taper c’est super frustrant j’ai même penser a acheter un casque de protection en attendant la prise en charge j’espère de tout coeur que dés qu’un mode de communication sera établis cela va s’arrêté …

    merci encore Nathalie vous n’imaginez pas a quel point autisme infantile m’aide chaque jours ….

  2. Sonia, je suis ravie que mes articles vous aident, vous n’imaginez pas combien ça me fait plaisir quand on me dit que ce que je fais est utile!

    Évidemment, je ne suis pas une pro de l’autisme, je vous donne ce que j’ai appris de mes lectures et de mes discussions avec des professionnels de la santé, donc il se peut que je « loupe » quelque chose! Si quelqu’un a d’autres trucs et astuces, ou explications, qu’il n’hésite pas à les donner, on est friands de conseils et de témoignages ici! ^^

    Il va y avoir d’autres articles sur le sujet durant la semaine, j’espère qu’ils vous seront aussi utiles!

  3. Nous avons vraiment constaté que pour éviter (au maximum ) les troubles du comportement engendant violence , qu’il est nécessaire d’une prise en charge précose . C’est maintenant un fait reconnu ds la communauté internationale , mais il n’y a (malheureusement) pas plus grande preuve que le vécu des familles .
    Notre fils ainé , syndrome d’asperger n’a pas eu de prise en charge comportementaliste qu’à partir de 19ans (il a aujourd’hui 21ans ) et ns l’avons vu devenir de plus en plus violent ; envers nosu ses apretns, mais aussi envers ses soeurs et frère ; cassant également des objets (à lui et aux autres ) . Depusi sa prise en charge (une fois par semaine et une autre ; une fois ts les 2semaines ) ses comportements agressifs physiquement ont disparu ; reste encore les agressions verbales de temps à autres .
    Pour ce qui concerne ses débordemetns physiques , sa psychologue lui avait conseillé de prendre des bouteilles en plastique vides ds sa chambre et lorsqu’il sentait que la colère montait d’alelr s’y réfugier et d’écraser celels ci fortement pour faire passer ainsi « son trop plein » ; parfois il ne pensait pas le faire lui même ns lui disions alors d’aller le faire et , à présent il n’ a plus besoin de faire cela pour se calmer .
    Bon courage à tous
    Isabelle

  4. Bonsoir,
    Mon fils est plutôt calme, pas de violence… Il a eu beaucoup de mal à s’adapter à l’IME dans lequel il venait d’entrer l’année dernière, beaucoup de changements… Nous avons eu le droit aux fugues et à de l’automutilation (se frotter les hanches jusqu’au sang et se frotter les yeux en s’enfonçant l’index notamment). Comment gérer ? Le voir se faire mal me désemparait… En fait je me suis contentée de lui chantonner des chansons dans le creux de l’oreille (il aimait +++) tout en lui maintenant les mains et j’attendais que ça passe, ou je l’emmenais se promener au bord de la mer… J’ai en tête des situations terribles où nous étions sur la plage en pyjamas, lui hurlant et s’automutilant et moi qui l’enveloppait tant bien que mal de mon corps tout en le berçant, et tout cela sous le regard de tiers personnes… En fait, spontanément ma réaction a été de lui détourner l’attention. Je sais que certains professionnels ne sont pas d’accord et estiment que les orienter vers quelque chose qu’ils aiment en réponse à un mauvais comportement n’est pas adapté. Mais c’est ce que j’ai fait et ça a marché… Cela n’a pas duré très longtemps mais cela m’a semblait une éternité. Maintenant comme je le disais mon fils au départ était plutôt « peace and love ». Depuis cette période c’est un peu différent, il ne s’automutile plus mais peut avoir des mouvements agressifs mais contrôlables. Il utilise ça comme un mode de communication du type : j’ai pas envie… En fait comme si maintenant c’était lui qui tentait de me détourner de mes objectifs…
    Voilà mon témoignage… Bien à vous
    Laurence

  5. Très touchant Laurence.

    Bravo pour la dérivation: prenons ce qui marche et non ce qu’on nous dit qui marche…

  6. Bonjour!
    La structuration du temps est très importante pour les personnes autistes. L’affichage vertical des différentes activités de la journée, sous forme de photos, ou de pictogrammes plastifiés et scratchés, permet à l’enfant de savoir ce qui va se passer.
    A l’IME où je travaille, c’est la première chose que nous faisons le matin au moment de l’accueil: compléter l’emploi du temps de chacun, le relire ensemble. Et lorsqu’il ya changement au niveau d’une activité, ( par exemple, pas de piscine), le picto est remis dans la boîte, et on affiche l’activité qui va remplacer…C’est étonnant de constater que les enfants réagissent beaucoup mieux, ils ne se mettent plus en colère car ils ont compris…Certains enfants attachent tellement d’importance à leur programme que nous leur avons acheté des pochettes porte-images ( en vente chez AFD diffusion) qu’ils portent autour du cou. Quand une activité est finie, on enlève le picto et l’enfant voit ce qui vient ensuite…
    Autre petit truc pour structurer le temps: le time timer ( AFD diffusion); cela se présente comme un réveil, mais dont la partie rouge, réglable, diminue au fur et à mesure que le temps passe. Je l’utilise beaucoup en classe: l’enfant voit combien de temps il doit encore travailler avant de faire une pause, ou bien, il voit ce qui lui reste comme temps pendant la pause…Je n’ai quasiment plus de colères grâce à cet outil!
    Merci Nathalie pour votre site qui doit représenter un travail fou j’imagine, mais qui est d’une grande richesse et d’une grande qualité, et merci aussi très sincèrement à toutes celles et ceux qui écrivent….

  7. je suis enseignante spécialisée en CLIS TED, je dois faire un mémoire pour devenir conseillère pédagogique spécialisée et j’ai choisi le thème de la structuration temporelle parce que justement malgré les outils que vous décrivez, mes élèves ont du mal à percevoir le temps qui passe. Je cherche des appuis théoriques sur ce domaine particulier, pouvez-vous m’aider? merci d’avance

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