Chers neurotypiques qui faites vos courses en même temps que nous au supermarché…

Lorsque vous voyez notre enfant se rouler par terre en pleurant, ne pensez pas immédiatement que c’est un gosse pourri gâté qui fait une crise parce qu’il est mal élevé par ses parents. Les enfants autistes supportent mal certaines situations—une odeur peut les déstabiliser, une incompréhension peut les inquiéter, une attente trop longue peut être insupportable pour eux. Vous voyez là l’autisme sous sa forme la plus difficile, et—certes—la plus exaspérante.

Je vais vous dire un secret. Quand ça arrive, c’est bien plus souvent un enfant qui a un problème de développement qu’un enfant qui est mal élevé. Et cela n’amuse personne—ni vous, ni les parents de l’enfant (qui doivent être épuisés), ni l’enfant lui-même, qui ne fait que réagir de la manière dictée par sa condition. Cela prend souvent des années pour qu’une personne autiste arrive à se contrôler dans les lieux publics.

Lorsque vous vous dites que ce n’est pas normal que les parents de tels enfants les emmènent dans des lieux publics, mettez-vous à leur place, et à celle de leur enfant. Sans compter le fait qu’il est absolument indispensable à l’enfant autiste d’évoluer dans ces environnements afin d’espérer un jour pouvoir mieux les appréhender et progresser dans leurs capacités à obtenir un niveau supérieur de fonctionnement dans la société, imaginez-vous aussi à la place des parents. Imaginez combien leur coûte au jour le jour l’éducation de leur enfant. En temps, en fatigue, en peine, en argent. Ce n’est pas une partie de plaisir—ni pour vous, ni pour eux, ni pour leur enfant.

Vous, vous allez rentrer dans votre chez-vous, retrouver le confort de votre vie loin d’eux d’ici quelques minutes. Par pitié, soyez patients. Soyez tolérants. Soyez humains. Je dirais même plus: soyez bienveillants. Vous n’imaginez pas combien un visage compatissant peut compter, dans la mer des gens qui froncent les sourcils.

Lorsque vous avez envie de vous insurger quand les parents passent devant vous à la caisse, rappellez-vous qu’on ne refile pas des cartes d’invalidité à n’importe qui. Il faut faire énormément de papiers, prouver que son enfant a un handicap qui mérite cette carte, et parfois passer devant plein de commissions pour l’obtenir. De plus, beaucoup d’enfants qui en auraient besoin ne les obtiennent pas, par incompétence des gens qui sont sensés savoir qu’un enfant autiste a un handicap qui ne lui permet pas d’attendre facilement une demie-heure dans une file d’attente.

Arrêtez de juger. arrêtez de blâmer. Essayez de comprendre. On a besoin de vous.

(Photo: Violet in the Supermarket I—Diego Sevilla Ruiz)