Réponse de Mère Cassandre à l’article de Catherine Vincent paru dans Le Monde du 8 Décembre 2011

À la lecture de votre article dans le Monde du 8 décembre 2011 concernant le documentaire Le mur: la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme, des sentiments d’incompréhension et de désarroi m’ont envahie. Et ce, dès la première ligne.

Je vous cite:

« Les sujets les plus complexes sont parfois ceux qu’on évoque de la façon la plus simpliste. »

À cela, je ne peux que me demander ce que vous savez de ce sujet plus exactement, mais les lignes suivantes nous le diront. Je ne peux que vous répondre en parallèle: « Les sujets les plus sensibles sont parfois ceux que la presse évoque de la façon la plus manichéenne ».

L’usage des mots que vous employez pour parler de la réalisatrice de ce documentaire et des protagonistes de ce film ne laissent que peu de chances à cette dernière.

En effet, les mots tels que « y met en scène » en parlant de Sophie Robert sur les interviews des psychanalystes ou encore « affirment » pour les parents en opposition avec un si humble « peut-être » d’un psychanalyste qui parle d’un lien cause/conséquence entre la dépression maternelle et l’autisme de son enfant m’interpellent sur votre positionnement.

Sophie Robert ne met pas en scène des psychanalystes, ils le font eux-mêmes dans une pleine démonstration de leur narcissisme surdimensionné.

Quand vous dîtes que les parents « affirment » en parlant de la prise en charge de leur enfant, un léger questionnement m’envahit. De quels parents parlez-vous? Car il y avait deux couples de parents avec deux enfants souffrant d’autisme. L’un n’était malheureusement pas en mesure d’affirmer quoi que ce soit, car il n’a pas accès au langage. Mais peut-être ne l’avez-vous pas vu. Un deuxième visionnage me paraît nécessaire. Il s’appelle Julien.

Quand vous émettez un « peut-être » en parlant de paroles entendues de la bouche de psychanalystes, je me demande alors si nous avons visionné le même documentaire.

« Sans guère convaincre, tant aucune vraie parole n’est finalement donnée ni aux uns ni aux autres« 

Vous n’êtes pas convaincue par l’inefficacité de la psychanalyse sur le traitement de l’autisme? C’est votre point de vue.

Qu’entendez vous par « vraie parole »? Les psychanalystes n’ont pas eu tout le loisir de s’exprimer sur ce sujet? Leurs tirades ne vous ont-elles pas convaincues?

La « vraie parole » n’est pas donnée à Julien, effectivement. Ce jeune garçon que vous n’évoquez pas dans votre article et que vous n’avez peut-être pas remarqué. Il s’appelle Julien.

Donc, pour nous convaincre, madame Vincent, vous donnez la parole à ces messieurs Golse et Delion. C’est à peine croyable pour une journaliste d’un si grand quotidien de ne pas être allée chercher d’autres témoignages de professionnels ayant une toute autre vision. Mais visiblement, les scientifiques ne font pas partie de votre cercle.

« Là est le vrai problème« , quand vous parlez de l’insuffisance de la prise en charge, est très réductrice voir « simpliste » pour reprendre vos mots. Non, madame, le problème est multiple puisque les diagnostics précoces en France sont rares—en moyenne 6 ans—et messieurs Golse et Delion savent de quoi nous parlons. Ensuite, les prises en charge ne sont pas insuffisantes, les prises en charge efficaces sont insuffisantes et onéreuses.

C’est étrange que vous parliez de TED, car vous faites référence à la classification CIM10, alors que vos chers docteurs n’en font pas référence et s’obstinent à utiliser la CFTMEA, non reconnue par la communauté scientifique internationale.

« Et l’opposition entre psychanalystes et partisans des thérapies cognitivo-comportementales » est si facile. Je peux faire exactement la même chose pour décrédibiliser l’inverse. Regardez: « Et l’opposition entre thérapeutes respectant les avancées scientifiques et les partisans de la psychanalyse ». On lit à peine entre vos lignes.

« les enfants autistes et leurs familles ont longtemps été les otages« 

Je dirais plutôt victimes qu’otages, surtout pour ceux qui ont « bénéficié » des prises en charges dites « intégratives » ou encore « psycho-dynamiques » que mettent en œuvre messieurs Golse et Delion. Julien est-il satisfait de sa prise en charge? Vous êtes vous posé la question? A-t-il les moyens de s’exprimer, d’émettre un avis critique? Il s’appelle Julien.

Que vous répondre quand vous mentionnez « Au pays de Lacan« ? C’est donc là que vous vivez?

Je vous réponds juste alors « Au pays de Louis Pasteur, Jean Itard, Claude Bernard, Marie Curie ou encore Luc Montagnier » sans aucune autre remarque supplémentaire. Ce n’est pas même nécessaire.

Mais quand vous parlez de l’autisme en affirmant qu’il touche « deux personnes sur mille de moins de 20 ans« , je me pose très sérieusement des questions sur votre professionnalisme.

Lisez les rapports de l’INSERM qui parlent plutôt de 1/166, on parlerait même de 1/150 si on englobe tous les TED (en référence à la CIM10).

Ensuite, êtes vous sérieuse ou est-ce une faute de frappe quand vous signalez une date limite? À 20 ans, que se passe-t-il? On est soudainement guéri? On n’existe plus?

Madame Christine Vincent, on nait autiste et on meurt autiste. Les enfants autistes deviennent des adolescents autistes, qui deviennent à leur tour des adultes autistes.

Guillaume dans le film est encore un enfant autiste, et Julien un adolescent autiste.

Julien.

Il s’appelle Julien.