
Mon quotidien est une scène de théâtre où se joue la représentation d’un drame que j’aimerais souvent tourner en dérision – et, pourquoi pas, en faire une comédie? Une comédie burlesque, rythmée par les excentricités de Camille, ses paradoxes, et ses imbroglios d’obsessions, de rigidités cognitives, de violences, de routines, de désoeuvrement, d’émotions intenses et explosives…
Ou peut-être une comédie musicale décalée, où la tecktonik serait à l’honneur, et les aptitudes expressives à leur paroxysme.
Il y aurait cinq actes définissant cette scène de vie irréaliste, décalée et souvent incompréhensible. Deux metteurs en scène, Camille et moi-même, et une multitude de comédiens dont nous ferions partie. Le principal support d’expression et de communication de Camille serait le mime. Un photographe en coulisses prendrait des clichés des moments d’improvisations, d’évènements de vie, de coups de théâtre… pour créer un décor de photos en perpétuel mouvement.
La pièce de théâtre, elle-même, est singulière, puisque les scénarios et les représentations ne sont jamais les mêmes.
Le casting des comédiens reste laborieux, mais, d’années en années, des liens se créent, les belles rencontres se multiplient, et les espérances sont préservées et grandissent.
Le rythme est effréné: c’est un va-et-vient entre deux rendez-vous, entre les comédiens, entre des émotions exacerbées et théâtralisées, entre la joie, la colère et la tristesse; entre la chasse aux fixations et leur détournement; entre l’anticipation et la composition avec les troubles du comportement; les apprentissages à mettre en place et à diversifier.
Avec la mise en place de stratégies psycho-éducatives à la maison en mars dernier, je me sens enfin responsable de la mise en scène du spectacle qu’est devenue notre vie. Je participe au jeu des acteurs, aux décors, aux espaces… Camille orchestre les jeux de rythme, d’ombres et de lumières. Il y a de plus en plus de lumières sur scène.
En premier acte, ce serait « Voyage en mille lieux de la planète Terre ».
En deuxième acte, « L’atterrissage en terre inconnue ».
Entracte: « De la compréhension à l’intervention: la découverte des approches cognitivo-comportementales et éducatives ».
Troisième acte: « Mes guides d’orientation et de réalisation: intrigues et rebondissements ».
Quatrième acte: « Crises de larmes, crises de rire, colère, peur, tristesse et joie: lorsque les émotions s’en-mêlent »
Cinquième acte: « Apprenons à vivre ensemble et à respecter la singularité des particularités de tout un chacun ».
Le rideau tombe. Les acteurs restent en scène. La pièce se poursuit. La vie est une suite infinie d’actes extraordinaires et ordinaires.
Mine de rien, le théâtre c’est la vie, c’est l’action. Avec ou sans autisme, ce sont des personnages qui se rencontrent, se frottent les uns aux autres… et parfois, cela fait des étincelles. Il se passe toujours quelque chose au théâtre, et le spectateur ne reste pas indifférent: il rit, il pleure, il éprouve toutes sortes d’émotions plus complexes. En te donnant à voir le déroulement d’une histoire, ils te mettent souvent face à des valeurs (amour, justice, honneur, argent…) ou à des façons d’agir (égoïste, altruiste, réfléchie, étourdie, respecteuse ou irrespectueuse des différences…).
Auteur et metteur en scène t’incitent alors à s’interroger sur le sens de l’action représentée: quelle leçon peut-on en tirer pour soi-même?
Surviennent un ou plusieurs événements qui vont créer une situation de tension, parfois très forte: un coup de foudre, une accusation, une tromperie, une agression.
Les personnages sont amenés à agir pour trouver une solution: séduire la personne aimée, se disculper, défendre la victime… Cela ne va jamais sans mal, sans opposition. Les personnages rencontrent divers obstacles (adversaires, fatalité ou même leurs propres faiblesses), et les péripéties se succèdent.
Parfois apparaissent de nouveaux personnages et/ou des coups de théâtre qui font rebondir l’action en amenant les protagonistes à agir différemment.
- (Extraits d’une fiche pédagogique réalisée par l’Atelier de Lecture asbl leaweb)
Et vous, si vous étiez spectateur, vous y retrouveriez-vous?
Et si vous étiez metteur en scène, changeriez-vous le scénario?
Et si vous étiez acteurs? Accepteriez-vous de prendre un rôle dans cette pièce de théâtre qu’est l’autisme?

Je n’ai pas vu les signes, mais ils étaient pourtant bel et bien là.
Il y a des personnes qui obsèdent Léonard, et, du coup, il en parle tout le temps, et les imite aussi (gestuels).
Voici le moment de compter les étoiles sur le chemin que nous prenons avec Camille depuis un an, avec la mise en place de l’ABA et le travail réalisé autour du jeu. Tout ceci articulé, soutenu et enrichi avec un partenariat parents-professionnels.