J’en ai mis du temps, à trouver le courage d’écrire sur ce sujet qui me tenait pourtant tellement à cœur! J’en ai mis du temps, à me relever et à me reconstruire… Aujourd’hui, j’opère enfin un flash-back sur cette sombre période de ma vie, pendant laquelle j’ai été maman solo d’un enfant handicapé. La double peine, en quelque sorte…
Pour moi comme pour tant d’autres, la rupture du couple parental a suivi de peu l’annonce du handicap. Ah, l’annonce! Balancée par une secrétaire médicale, qui me tendait un dossier à remplir pour obtenir les aides indispensables à ma nouvelle condition: « Si je vous dis que votre enfant est handicapé, qu’est-ce-que cela vous fait ? »
Mal. Ça m’a fait mal. Tellement que sur le moment, je crois bien que je n’ai pas complètement réalisé. Le fameux dossier serré contre ma poitrine, je suis rentrée de l’hôpital, un peu comme un automate. À la maison, je n’ai trouvé personne, comme souvent. Comme très souvent, même, depuis que Matteo était hospitalisé… opéré en urgence des suites d’une malformation rénale, il avait été ensuite adressé au service de neurologie, pour y passer un bilan. En deux mois d’hospitalisation, son père n’était allé le voir que quatre fois.
Matteo avait alors deux ans. Il ne marchait pas, ne parlait pas, ne babillait même pas. Mais il souriait, il riait, si heureux de vivre que je n’avais pas vu, pas voulu voir peut-être… Son père, sans doute, avait compris bien avant moi. Et peu à peu, il s’effaçait, partait plus tôt, rentrait plus tard, nous ne faisions plus que nous croiser.
Le soir, en repartant passer la nuit à l’hôpital, j’ai oublié le fameux dossier sur notre bureau – un acte manqué? À partir de là, la démission du père de mon petit garçon a été très nette. Impossible d’avoir le moindre échange avec lui, et il n’est plus jamais retourné voir son fils.
Peu de temps après la convalescence de Matteo, nous nous sommes séparés. Il n’y a pas eu d’explication, hormis que tout était devenu « trop difficile » pour lui. Venue m’installer à Paris pour le rejoindre, je me suis retrouvée soudain plantée là, mon petit garçon sous le bras, dans une région parisienne qui me paraissait immense, avec ma famille à 800 km.
En même temps que je découvrais la vie de maman célibataire, je découvrais le monde du handicap. L’assistante sociale me donnait l’impression d’être désarmée face à ma situation, à croire que j’étais la seule à cumuler toutes ces difficultés! Elle ne comprenait pas pourquoi je refusais de repartir dans le sud, dans ma famille. Pour moi, revenir vivre chez mes parents à 30 ans passés, c’était simplement inacceptable. Je ne voulais pas que le handicap détruise ma vie à ce point. J’adorais mes parents, mais j’avais quitté le nid depuis trop longtemps…
J’ai vécu deux ans et quatre mois seule avec Matteo. C’est peu. Je connais des mamans qui vivent cela depuis des années, et notamment une qui parvient à mener de front son travail, sa vie de maman d’enfant autiste, et sa vie de femme. Je ne sais pas comment elle fait, elle se reconnaîtra sans doute, elle sait à quel point j’admire son courage et sa détermination.
Courage… « Maman-courage », c’est comme ça qu’un ami m’avait surnommée. Et ça m’excédait. Moi, j’avais le sentiment d’avoir été jetée à la mer, et je n’avais pas le choix: tu nages, ou tu coules. Pour Matteo, je m’interdisais de couler.
Dans mon malheur, j’ai eu de la chance: j’avais un emploi, et un patron plutôt compréhensif. J’ai pu négocier de prendre mes congés en avance, afin de trouver un nouveau logement et une nouvelle nounou, le tout en 15 jours. Pour assurer ma survie avec Matteo, j’ai engagé une procédure afin d’obtenir une pension alimentaire de son père, qui ne prenait même pas de ses nouvelles.
Quand la nounou a démissionné, j’ai perdu mon travail. Là, j’ai bien cru toucher le fond, mais je me suis ressaisie.
En m’adressant à la mairie et à la PMI de mon quartier, j’ai pu décrocher non seulement un job d’été, mais aussi une place en crèche pour Matteo. Il est resté deux ans dans ce petit paradis, dont le projet d’accueil tournait justement autour de l’enfance handicapée. J’avais obtenu une dérogation pour qu’il puisse y rester un an de plus, car à trois ans, il était encore loin d’être prêt à entrer en maternelle… Grâce à cette fabuleuse équipe, Matteo s’est épanoui, et moi j’ai pu retrouver un emploi stable.
J’étais seule, complètement seule face aux questions que me posait le handicap de Matteo. Mais grâce à internet et aux associations, j’ai pu savoir où m’adresser pour obtenir les réponses que son CAMSP ne me donnait pas. Je savais que mon fils n’était pas psychotique, au fond de moi je me doutais bien qu’il était autiste… Il m’a quand même fallu presque deux ans pour oser aller chercher, contre l’institution, le bilan et le diagnostic dont j’avais désespérément besoin pour savoir contre quoi Matteo et moi devions nous battre. Deux ans pour ne plus me laisser intimider, ni infantiliser par le discours abscons et condescendant de sa neuropédiatre…
Avec le recul, je peux dire aujourd’hui que tous les obstacles, toutes les épreuves qu’il m’a fallu surmonter pendant cette période m’ont permis de refaire surface, paradoxalement. J’ai été obligée de revoir mes priorités, de changer.
Sortant très peu, la garde de Matteo étant un problème majeur, et habituée à recourir à internet pour avoir des infos sur l’autisme, j’ai fini par m’inscrire sur un site de rencontres. Je m’y suis fait des amis et surtout, j’y ai rencontré un jeune homme timide, mais tendre et généreux: mon futur mari! Deux ans et quatre mois de solitude prenaient fin, il était temps.
Car Matteo avait finalement dû quitter la crèche pour entrer en maternelle. Trois semaines après la rentrée, et malgré ma présence dans la classe les 15 premiers jours pour soulager la maîtresse en attendant l’arrivée de l’EVS, Matteo a craqué. Je travaillais à temps plein, il était donc à l’école de 8 heures 30 à 18 heures 30, et passait ses mercredis au centre de loisirs. Un rythme difficile à supporter pour un enfant normal, alors pour lui! Régression, opposition, pour finir par une quasi-défenestration… Matteo s’est rapidement vu exclure de l’école.
Si je n’avais pas rencontré mon mari, je n’aurais pas pu prendre ce congé de présence parentale qui m’a permis de sauver mon emploi et de re-scolariser Matteo en douceur. Ce n’est pas avec l’allocation journalière versée par la CAF que j’aurais pu payer mon loyer !
Aujourd’hui, j’ai refait ma vie. Je me suis mariée, et depuis 5 mois, Matteo a un petit frère. Je ne peux toujours pas retravailler, car l’école l’accepte seulement deux jours par semaine, mais je ne lâche pas le morceau. Et surtout, nous sommes heureux: Matteo a trouvé un papa en la personne de mon époux, un papa qui est là pour lui au quotidien.
La dernière fois que j’ai vu son « vrai » père, c’était au tribunal: il demandait la révision à la baisse de la pension alimentaire. En 4 ans, il n’a pas cherché une seule fois à avoir des nouvelles de son fils. Sa blessure narcissique serait trop profonde… Le juge appréciera.
Pour finir, voici les livres et les sites qui m’ont aidée pendant ma traversée du désert :
- Maman solo, mode d’emploi (Karine Tavarès et Gwenaelle Viala)
- Un seul parent à la maison (Jocelyne Dahan et Anne Lamy)
- Autisme France
- Parent Solo
- et aussi: Meetic Affinity!
Et voici ceux qui auraient pu m’être d’une aide précieuse si seulement je les avais connus à l’époque:
- Autisme Infantile, mais ça, vous le savez déjà!
- Centre de Ressources Autisme Île-de-France
- le magazine Déclic (toute l’information pour mieux vivre le handicap en famille)
- Parent solo: assurer au quotidien, guide Déclic de la collection Vie de famille et handicap
- Parent solo, les droits de la famille monoparentale (Anne Watrelot-Lebas)
- Mon enfant est autiste, guide Déclic de la collection Mon enfant
La liste n’est pas exhaustive…


