Communiquer et apprendre avec le support des pictogrammes

Lorsqu’un enfant est non-verbal comme Camille, le support des pictogrammes peut être un tremplin vers une communication verbale (et une communication communément partagée), ainsi que vers les apprentissages.

Faire le choix de la communication alternative, ce n’est pas renoncer à faire parler l’enfant. Au contraire, c’est lui donner des outils pour étayer sa pensée visuelle.

Temple Grandin a précisément écrit:

« Ma pensée est entièrement visuelle. Si je dois me souvenir d’un concept abstrait, je « vois » dans ma tête la page du livre ou mes notes et je « lis » les informations qui s’y trouvent. Je me souviens très peu de ce que j’entends sauf si c’est quelque chose qui me touche sur un plan émotionnel ou si je peux m’en former une image visuelle. Pour réfléchir à un concept abstrait, comme celui des relations humaines, je me représente les relations entre les gens comme une porte coulissante en verre qui doit être ouverte doucement pour ne pas voler en éclat. »

La communication alternative, c’est aussi donner les moyens d’interagir avec son environnement et de participer au dialogue. J’ai entendu récemment: « Mais Camille se fait bien comprendre… ». Alors pourquoi s’embêter avec des images? C’était le message implicite de l’interlocuteur. C’est vrai: peut-être Camille sait-elle se faire comprendre par des gestes dans certaines situations, en tirant l’adulte vers l’objet convoité (communication expressive), mais est-ce une solution à terme? Lorsqu’on ne la connaît pas, peut-on dire que l’on a compris sa demande? Je n’en suis pas si sûre. Et à l’âge adulte, si elle ne parle pas, acceptera-t-on ce comportement que l’on jugera probablement inadapté?

Alors, c’est vrai, c’est fastidieux tout ça:

  • les images à chercher sur le net, à adapter pour la compréhension de l’enfant,
  • la banque de pictos colossale à réaliser,
  • associé au fait qu’il faut noter le mot dessous (en majuscule et peut-être aussi en minuscule) pour permettre à l’enfant d’associer l’image et le mot correspondant,
  • sans parler du découpage des vignettes, du velcros à coller et relier, des panneaux, classeurs, affichettes, séquence de tâches à personnaliser!

Bref, un boulot à plein temps et un véritable atelier à la maison!

Mais bon, l’accès à la communication et à l’éducation, c’est un droit et un devoir pour tous. C’est respecter la personne, et lui permettre de trouver sa place parmi les autres.

Je me souviens de la première formation que j’ai suivie sur « l’Autisme et les stratégies éducatives » et de l’intervenant d’EDI Formation qui rappelait combien le support visuel (écrit et imagé) était important pour toute personne. À titre d’exemple, qui n’a pas besoin d’un agenda à consulter pour se rappeler d’un rendez-vous? D’une liste de courses lorsqu’il se rend au supermarché? D’un document affiché sous Powerpoint pour mieux comprendre un concept, une théorie, une idée lors d’une formation?

Parce que l’image, le pictogramme, vaut mille mots. C’est précisément ce que j’ai retenu à l’issue de la formation, parmi d’autres choses:

  • L’image ou l’information codifiée est un support à la compréhension d’une tâche, d’un événement, d’une situation sociale, d’une émotion… Elle permet d’éviter, d’anticiper, ou de réguler des comportements défis. J’ai récemment investi dans le logiciel Les Pictogrammes 2 qui présente un répertoire de données bien fourni, et des outils-modèles très sympas comme la valise à solutions pour amener l’enfant à trouver un comportement alternatif face à une situation problème ou l’écriture de mini-scénarios sociaux.
  • L’image offre des repères dans le temps (prévisibilité, aide aux transitions) et l’espace, et aide à mettre les événements en perspective. Par exemple, sous la forme d’un emploi du temps où l’enfant peut manipuler les images des lieux où il va aller, d’une tâche à venir ou achevée, d’une personne à nommer… Personnellement, je l’ai acheté à Autisme et Apprentissages car le coût était très raisonnable, puis j’ai photographié toutes les personnes de notre entourage et les lieux ressources de Camille pour le personnaliser. Dessous, j’y ai accroché trois pochons (fabriqués par mamie) classés par catégories: personnes, objets, lieux (et hop, une activité d’apprentissage sur la catégorisation ajoutée, mine de rien!).
  • Le pictogramme permet de comprendre, d’identifier et d’exprimer un besoin, une émotion, un état… et un échange d’informations entre deux personnes. Une échelle de douleur peut permettre à l’enfant, l’adolescent, l’adulte, d’expliquer physiquement ce qu’il ressent et de mieux appréhender une situation. De même, un tableau de tri d’activités (deux à trois propositions) permet à l’enfant de gérer un temps libre. J’ai téléchargé les tableaux de choix et de temps (maintenant – après; puis maintenant, ensuite, après) sur le site de E-Learning. Ils sont épurés et simples.
  • Le pictogramme aide à créer des mises en scène pour encourager la communication, et, par la suite, la spontanéité de la communication. Je me souviens du premier pictogramme utilisé par la psychologue dans son cabinet pour amener Camille à demander à aller aux toilettes, mais surtout du ton de voix exagérément enjoué. « Tu veux aller aux toilettes? D’accord! Donne-moi l’image. » (main ouverte et tendue)
  • Le pictogramme aide à la personne à fonctionner de façon plus autonome.
  • Il donne du temps à la personne pour traiter l’information.
  • Le pictogramme peut, par la suite, pour les personnes verbales et non-verbales, soutenir la mémorisation de la structure de la phrase et de son contenu.
  • L’image permet à l’enfant d’entrer progressivement dans les apprentissages:
    • de la discrimination visuelle et de la pré-lecture
    • de la lecture (avec image correspondante associée)
    • en émettant des consignes visuelles (juxtaposition d’images représentant des séquences, comme les exemples d’activités présentées dans le Task Galore (AFD Edition)…

N’oublions pas: une personne autiste ou TED, est 90% visuelle et 10% auditive!

PECS, Phase IV: Demande

La Phase III, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant à distinguer différentes images pour pouvoir faire des choix. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à faire une demande à l’aide d’une phrase.

La Phase IV permet à l’enfant d’apprendre à faire une phrase structurée pour formuler sa demande. Cette phrase est sous la forme « Je veux » + image de l’objet. Cette phase se découpe en 4 étapes.

La Bande Phrase

Le PC (Partenaire de Communication) amène un nouveau moyen de communication grâce à la bande phrase. Cette bande phrase est constitué d’une bande plastique de couleur vive (pour mieux la différencier de son classeur) sur laquelle on peut accrocher des images. Elle est placée sur le côté du classeur afin de rester visible.

L’objectif est que l’enfant, au lieu de faire des demandes à l’aide d’une seule image, donc d’un seul mot, puisse formuler sa demande sous la forme d’une phrase. La bande phrase est découpée comme une phrase: une image représente « Je veux » et une autre image représente l’objet désiré. L’enfant tendra donc une phrase complète pour faire sa demande.

Comme pour les phases précédentes, le PC travaille avec un objet préféré de l’enfant pour l’inciter à faire une demande. L’image « Je veux » est déjà placée sur la bande phrase, et l’image de l’objet préféré est placée sur la couverture du classeur.

À cette étape, le PC attend trois compétences de la part de l’enfant:

  • Placer l’image de l’objet sur la bande phrase
  • Décrocher la bande phrase du classeur
  • Donner la bande phrase au PC

Le PC peut guider physiquement l’enfant pour faire les étapes, mais il faut laisser le temps à l’enfant de faire la démarche par lui-même. On valorise l’enfant dans chacune des réussites à ces trois compétences.

Il ne faut pas oublier de verbaliser à l’enfant la phrase complète lorsqu’il la tend.

« Je veux »

Cette deuxième étape est identique à la première sauf que l’image « Je veux » doit être placée sur la bande phrase par l’enfant.

Le PC peut guider physiquement l’enfant pour placer « Je veux », mais il laisse l’enfant mettre l’image de l’objet seul (car acquis lors de la précédente étape). Il faut continuer à verbaliser la demande.

Lire

Cette troisième étape est plus abstraite. Le but est que l’enfant pointe les images au fur et à mesure que le PC les lit.

Lorsque l’enfant donne la bande phrase au PC, celui-ci va la lire en guidant physiquement l’enfant pour pointer les images en même temps qu’il les dit oralement.

Le PC doit faire la guidance au départ, puis l’estomper progressivement en attendant que l’enfant prenne l’initiative.

Le PC place la bande phrase face à l’enfant dans le sens de la lecture et il récompense toujours l’enfant, même s’il ne prend pas l’initiative.

Parler

Cette quatrième et dernière étape a pour but de développer le langage oral. Après avoir fait lire la bande phrase à l’étape précédente, le PC, dans cette étape, attend quelques secondes que l’enfant prenne l’initiative de parler pour faire sa demande.

La bande phrase est toujours présentée à l’enfant face à lui pour l’inciter et soutenir sa demande verbale.

Le PC récompense toujours l’enfant en lui donnant l’objet demandé (puisque la demande a déjà eu lieu par l’échange de la bande phrase). S’il y a une demande verbale, le PC récompense l’enfant par un renforçateur social (on le félicite, on le valorise, on exprime sa joie).

Attention, il ne faut surtout pas retenir l’objet demandé sous prétexte que l’enfant n’a pas parlé. Cette étape a seulement pour but d’inciter l’enfant à le faire.

Si l’enfant ne dit rien, le PC réagit comme pour l’étape précédente en lisant à voix haute la bande phrase avec l’enfant qui pointe en même temps.

La phase IV est terminée lorsque l’enfant répond correctement (8 fois sur 10) à la troisième étape. Après cette phase, il faut continuer à enrichir le vocabulaire de l’enfant et, en parallèle, passer à la Phase V.

PECS, Phase III: Distinction

La Phase II, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant à se déplacer vers l’adulte pour communiquer et à persister pour faire sa demande. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à faire un choix parmi les différents « mots » qui s’offrent à lui.

La Phase III permet à l’enfant d’apprendre à discriminer les images et à sélectionner celle qui correspond à l’objet qu’il désire. Cette phase se découpe en trois temps distincts pour arriver à cet objectif.

Distinction simple: Objet Préféré / Objet sans intérêt

Le travail se fait à une table en face à face et uniquement avec le Partenaire de Communication (PC). L’Incitateur Physique (IP) n’est plus utile à cette phase.

Il faut disposer sur le dessus du classeur deux images: l’une représentant l’objet préféré de l’enfant et l’autre représentant un objet sans intérêt (exemple ici: hochet et chaussette). Pour inciter l’enfant à communiquer, le PC dispose près de lui les deux objets en question pour que l’enfant les voie mais ne puisse pas les prendre.

Si l’enfant tend l’image de l’objet préféré, le PC le félicite « Bravo! Je veux le hochet » et lui tend l’objet. Il échange alors les places des deux images et recommence l’exercice. On change de place les images pour vérifier que c’est bien l’image qui est choisie et non sa place.

Si l’enfant tend l’image de l’objet sans intérêt, le PC ne dit rien mais lui tend l’objet sans intérêt. À ce moment, il est possible de refaire une explication sur la correspondance des objets aux images (image hochet avec objet hochet, image chaussette avec objet chaussette).

Il est également possible d’aligner les images avec les objets en plaçant le classeur face à l’enfant, les 2 images bien à chaque bord du classeur et dans la continuité de la vision on met les objets (image hochet à gauche, hochet placé à gauche de l’enfant, image chaussette à droite, chaussette à droite de l’enfant).

Il faut répéter plusieurs fois cette distinction en changeant les objets sans intérêt et en changeant l’objet préféré afin de voir si l’enfant à bien compris.

PECS, Phase III: Distinction

Distinction entre deux Objets Préférés

On recommence le même travail que la phase précédente mais avec deux objets préférés. Cette fois-ci, on présente les deux objets dans un panier ou sur un plateau à l’enfant. On attend que l’enfant donne l’image pour lui tendre le plateau afin qu’ils prenne l’objet.

S’il prend l’objet dont il a tendu l’image, le PC le laisse faire.

S’il prend l’objet dont l’image est sur le classeur, le PC bloque l’accès à l’objet et montre l’image auquel correspond l’objet.

Cette étape permet de savoir si l’enfant fait bien correspondre l’image au bon objet. Comme lors de l’étape précédente, il ne faut pas hésiter en cas d’erreur à réexpliquer la correspondance entre les objets et les images.

Distinction Multiple

Cette dernière étape reprend les deux premières, sauf que cette fois-ci on augmente progressivement le nombre d’image (3, 4, 5…), puis on les introduit dans le classeur pour que l’enfant aille de lui-même les rechercher dedans.

L’objectif de cette étape est qu’il s’approprie son classeur et qu’il y retrouve les images. Au départ, il ne faut pas hésiter à mélanger les images et les changer de place pour bien faire comprendre à l’enfant qu’il doit les chercher à toutes les places dans le classeur.

Lorsqu’il se sentira à l’aise avec son classeur, on peut alors définir un ordre précis dans le classeur avec pour chaque page un thème (petit déjeuner, hygiène, vêtement…). Cet ordre doit être conçu avec l’enfant pour qu’il se l’approprie pleinement.

Quand la distinction est acquise, on passe à la phase IV. Ici c’est au PC de déterminer si l’enfant est prêt à passer à la phase suivante ou non.

PECS, Phase II: Déplacement et persistance

La phase I, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant la façon dont il doit communiquer. Lorsqu’il tend une image d’un objet désiré, il le reçoit instantanément. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à sa effectuer sa demande à l’adulte dans toutes les situations.

Cette phase a deux objectifs: le déplacement et la persistance. Le but est d’apprendre à l’enfant à être en permanence en communication pour aller chercher  des images et se déplacer vers n’importe qui pour faire des requêtes. En parallèle, on continue à apprendre de nouvelles images avec la phase I, pour enrichir le vocabulaire.

Le déplacement

L’apprentissage du déplacement s’effectue toujours à trois: l’enfant, le Partenaire de Ccommunication (PC) et l’Incitateur Physique (IP). L’enfant dispose cette fois-ci de son classeur avec les images qu’il a apprises. Sur le dessus de son classeur, on scratche l’image de l’objet désiré et le PC tient l’objet. Il vaut mieux s’assurer, au départ, que l’enfant désire bien cet objet, pour permettre à la phase II de bien se dérouler.

Travail sur le déplacement

  • On travaille d’abord la prise de l’image sur le classeur pour la donner au PC. Comme à la phase précédente, l’IP aide l’enfant physiquement.
  • Ensuite, on augmente progressivement la distance entre l’enfant et le PC. L’enfant doit se déplacer dans la salle pour aller demander l’objet au PC.
  • Enfin, on augmente progressivement la distance entre l’enfant et son classeur. L’enfant ne transporte pas son classeur avec lui. Il le laisse à un endroit dans la salle. Il doit donc se rendre à son classeur pour prendre son image, puis aller vers le PC pour la donner.
  • L’IP accompagne l’enfant pour l’inciter à faire son déplacement. Le PC remet l’image sur le dessus du classeur pour recommencer l’exercice.

Ici, il est même possible de travailler le changement de salle pour que l’enfant comprenne qu’il peut faire ses demandes avec une grande distance. Il faut toujours penser à féliciter/encourager l’enfant verbalement quand il réussit à faire la demande.

La persistance

L’apprentissage de la persistance se déroule de la même manière, sauf que le PC ne va pas faciliter la communication. Il tourne le dos à l’enfant, croise ses bras et ne le regarde pas. L’enfant apprend alors à insister pour faire sa demande et solliciter le PC pour qu’il se retourne en lui touchant le bras, en se plaçant devant lui ou en l’appelant.

Là encore, le PC doit féliciter l’enfant d’avoir persisté dans sa demande. Il ne faut pas hésiter à en rajouter dans la surprise.

Cet apprentissage est très important car il permet d’apprendre à l’enfant à manifester sa demande. Ca évite par exemple lors d’un repas collectif que l’enfant tende son image et que l’adulte ne le voie pas car il est occupé à servir le repas. L’enfant peut alors rester le bras tendu avec l’image pendant plusieurs minutes, et soit il se décourage et n’obtient pas ce qu’il désirait, soit il est frustré et peut avoir un trouble du comportement.

Lorsque l’enfant réussit 8 fois sur 10 présentations à se déplacer et à persister, on passe à la phase suivante.

PECS, Phase I: Comment communiquer

Le PECS est, comme nous l’avons vu précédemment, une méthode de communication pour personne atteinte de TED.

Avant même de commencer à travailler sur la communication, il faudra évaluer le niveau de communication de l’enfant à l’aide d’un bilan psychologique complet. Le but de ce bilan est de savoir ce que l’enfant comprend et ce qu’il peut déjà exprimer.

Quoiqu’il en soit, on commence toujours par la première phase du PECS pour avancer progressivement dans les phases.

Cette première phase se passe à une table en face à face dans une pièce calme et sans stimuli extérieurs. L’enfant dispose d’une image représentant par exemple un gâteau. Le Partenaire de Communication (PC) se trouve face à lui avec un gâteau. Dans un premier temps, la main du PC est tendue et ouverte, déjà prête à recevoir l’image, et le gâteau est visible mais hors de portée de l’enfant. Le but est d’inciter l’enfant à communiquer en échangeant une image contre un objet désiré.

PECS, Phase I: Comment Communiquer

L’échange est d’abord réalisé avec une guidance physique complète par une autre personne que l’on nomme l’Incitateur Physique (IP). Il aide l’enfant en lui faisant saisir l’image, en lui permettant d’atteindre la main du PC, et en faisant relâcher l’image dans la main du PC. Cette guidance est diminuée progressivement au même titre que les indices visuels de l’objet désiré et la main tendue. On peut varier les objets désirés (un gâteau, un bonbon, un Coca, un jouet apprécié, etc.), mais on ne donne qu’une image pour un objet à cette phase. Le but est de communiquer, pas de faire un choix.

Il faut également faire attention à ne donner que des petits bouts de gâteau ou une petite gorgée de Coca, afin de pouvoir faire durer l’apprentissage, et, surtout, de ne pas donner de trop grosses quantités de nourriture à un enfant. Dans le cas d’un jouet, il faut aussi pouvoir le récupérer pour continuer à travailler avec.

L’enfant réussit à communiquer lorsqu’il prend l’image et la tend au PC. Le PC dit alors « Tu veux le gâteau », lui donne un morceau de gâteau, puis remet l’image près de l’enfant. Cette phase est acquise quand l’enfant réussit 8 fois sur 10 présentations à faire une demande correcte. On peut alors passer à la deuxième phase.

Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Le Système de Communication par Echange d’Image, PECS (Picture Exchange Communication System), est une méthode qui s’adresse aux enfants atteints de Troubles Envahissant du Développement (TED) de niveau préscolaire, mais qui est adaptable à tout âge.

Le PECS a été créé en 1985 par le Dr Bondy (Psychologue) et Lori Frost (orthophoniste). C’est une méthode globale basée sur l’ABA et l’ABA-VB. Elle consiste en une série d’enseignements unique et alternative qui permet d’apprendre à communiquer.

Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Classeur PECS (photo: Valentin Monteleone)

Le PECS, qu’est-ce que c’est?

C’est un système de communication qui peut être soit alternatif,en venant remplacer la communication verbale (lorsqu’elle est absente ou inadaptée), soit augmentatif, en s’ajoutant au langage pour en augmenter l’efficacité (augmenter le nombre de mots connus, mais aussi faciliter le langage quand celui-ci est particulier). Il permet également d’apprendre à l’enfant à initier une interaction de communication, ce qui est bien souvent difficile chez les personnes atteintes de TED.

Cette méthode est, au même titre que l’ABA ou TEACCH, éducative et structurée. Elle nécessite un accompagnement régulier et correctement formé, ainsi que des évaluations et observations régulières pour ajuster au mieux la prise en charge. Elle utilise le renforcement positif, proposer une récompense à l’enfant, pour l’inciter à communiquer.

Comment marche le PECS?

Concrètement, ce système consiste en un classeur répertoriant tous les « mots », c’est-à-dire une image représente un mot, que l’enfant a pu apprendre avec cette méthode. Les mots désignent aussi bien des objets concrets (pomme, verre, fourchette, gant de toilette, ballon) mais aussi des verbes d’action (se promener, boire, manger, jouer) et des adjectifs (rouge, petit, gros).

À la fin des six phases d’apprentissage, l’enfant peut être ainsi capable de commenter son environnement à l’aide de ses images (par exemple: « je vois une voiture rouge » sera constitué des mots « je vois », de l’image « voiture » et de l’image « rouge »). Bien entendu, l’accès à la dernière phase du PECS est plus ou moins long en fonction de la prise en charge et du niveau de l’enfant.

Qu’apporte le PECS aux enfants autistes?

L’intérêt principal de cette méthode est de donner un moyen de communication à des enfants qui en sont généralement dépourvus. Cela réduit ainsi énormément les troubles du comportement liés à des frustrations ou des angoisses. De plus les images peuvent être comprises par tout le monde (même un inconnu dans la rue) et permettent la généralisation (un ballon peut être de toutes les tailles et de toutes les couleurs, par exemple).

Cette méthode permet aussi de structurer le langage quand il est par exemple écholalique. En demandant à l’enfant de passer par son classeur de communication, on va réduire ses écholalies jusqu’à essayer de les remplacer par des mots ou une phrase construits avec le PECS.

En contrepartie, les inconvénients sont minimes et plus d’ordre pratique. En effet, un classeur bien fourni peut être volumineux et peu pratique à transporter dans la vie quotidienne. Un classeur perdu revient à rendre muet l’enfant, qui se retrouve sans moyen de communication (un double voir un triple est plus que conseillé). Enfin, la communication reste lente et non immédiate, car l’enfant doit chercher dans son classeur, constituer sa phrase et la donner à la personne. Mais on peut tout de même dire que c’est un formidable outil qui permet la communication.

Le PECS, méthode parfaite?

Je tiens cependant à nuancer ce tableau de « méthode parfaite ». Tout d’abord, car c’est un travail long et difficile. Comme souvent, plus la méthode est mise en place précocement, plus il y a de possibilités pour aller au bout des six phases. La dernière phase est tout à fait envisageable, mais elle ne promet pas la fin du travail et l’accès à une communication totale. Il faut continuer à enrichir le vocabulaire, ce qui passe par un travail continu et souvent éreintant.

Ensuite, cette méthode, bien que de plus en plus répandue, n’est pas toujours correctement appliquée au sein des institutions. Elle demande à ce que l’ensemble du personnel soit formé à la méthode. De plus, le classeur ou les images peuvent être abimés ou perdus pour diverses raisons. Enfin, la compréhension des images génériques n’est pas toujours une chose aisée, surtout dans le spectre autistique qui contient autant d’autismes que d’autistes. Les spécificités visuelles (distinguer mieux le noir et blanc que la couleur par exemple) agissent sur l’utilisation du PECS. Il faut alors pouvoir l’adapter au mieux.

En espérant avoir été clair et compréhensible, je me tiens à votre disposition pour toutes questions. J’aborderai en détail les six phases dans un prochain article.

Phases

  1. Comment communiquer
  2. Déplacement et persistance
  3. Distinction
  4. Demande

Quelques mots sur Valentin Monteleone

Je m’appelle Valentin Monteleone. J’ai 27 ans et je viens récemment d’être diplômé en tant que Psychologue Clinicien à l’université Paris V. J’ai axé l’ensemble de mon cursus sur les Troubles Envahissant du Développement et plus particulièrement l’autisme. J’ai fait plusieurs stages m’amenant à être en contact auprès d’enfants, adolescents et adultes autistes. Actuellement, je travaille au sein de deux Foyers d’Accueil Médicalisés (FAM) pour adultes autistes au sein des Hauts-de-Seine. Personnellement, je suis intéressé par ce handicap car j’ai un oncle autiste que je connais depuis mon plus jeune âge.

Grâce à ma formation, j’ai pu me faire une idée de ce qu’est l’autisme. Aujourd’hui, je pose l’autisme comme un handicap de vie lié à des facteurs multiples mais principalement génétiques. Je tiens particulièrement à la notion de handicap, car ça signifie que l’on peut rééduquer la personne (pas dans un sens « avoir eu une mauvaise éducation », mais dans le sens « avoir besoin d’une éducation spécifique ») et adapter l’environnement pour permettre à la personne autiste une insertion dans la société qui soit à la fois plus efficace mais aussi moins douloureuse.

Pour moi, les intérêts du travail avec les personnes autistes, autre que les aider, sont la création et l’adaptation constante. Il faut s’adapter à chaque personne autiste car elle est unique dans son handicap. Il faut créer constamment de nouvelles solutions pour l’aider à révéler toutes ses capacités.