Maria Montessori: qui était-elle?

Voici la biographie de Maria Montessori. Je pense qu’il est utile de savoir qui elle est, ce qu’elle a fait pour comprendre et comment elle a développé sa pédagogie.

Maria Montessori: qui était-elle?

Elle est née en 1870 en Italie et fut la première femme italienne à devenir médecin. En 1897 elle devint assistante bénévole à l’hôpital psychiatrique de l’Université de Rome, où elle rencontra des enfants déficients qui ne pouvaient être scolarisés ni rester dans leurs familles.

Ils étaient enfermés dans cet asile sans aucune stimulation ni contact. Quand on leur apportait à manger, ils se jetaient sur les miettes.

Pour elle, ce comportement était un effort pour comprendre le monde avec leurs mains, d’où le thème majeur de son travail: les mains sont le chemin pour le développement intellectuel. Elle commença à travailler avec eux. Certains furent capables de lire et d’écrire; d’autres réussirent les examens nationaux italiens mieux que les enfants « normaux ».

À travers son travail, elle comprit que tous les enfants naissent avec un énorme potentiel qui se révèlera à l’âge adulte si les enfants bénéficient d’une stimulation appropriée dès les premières années de leur vie.

En 1907, elle supervisa une garderie pour les enfants d’ouvriers trop jeunes pour être scolarisés. Ce fut sa première « Casa dei Bambini ». Beaucoup étaient agressifs et impatients. Elle commença par enseigner aux plus grands des tâches de la vie courante et elle fut surprise de constater que les 3-4 ans se régalaient dans ces activités. Bientôt ils furent capables de garder l’école propre, préparer et servir les repas. Leur comportement changea du tout au tout.

Elle adapta l’environnement des enfants avec des meubles et de la vaisselle à leur taille: les petites chaises et petites tables de nos écoles sont un héritage de son travail! Les aires de travail étaient délimitées par des tapis: elle leur enseignait comment rouler, porter ces tapis sans rien renverser au préalable.

D’après elle, tous les enfants ont un « esprit absorbant », traversent des phases où ils sont sensibles à différentes choses (ordre, langage, marche, aspects sociaux, petits objets, apprentissage sensoriel, etc.), veulent apprendre, apprennent par le jeu/travail, traversent plusieurs étapes de développement et veulent être indépendants.

Puis, Maria Montessori se concentra sur l’application de ces découvertes dans l’éducation et l’enseignement des enfants. Les buts principaux de sa méthode sont de faciliter le développement de la personnalité unique de l’enfant, de l’aider à devenir un enfant fort, heureux, « bien dans sa peau socialement » et émotionnellement, et de lui donner les moyens de se développer au maximum de ses capacités intellectuelles. Elle considère chaque personne comme une entité unique et croit que les enfants construisent leur personnalité par la participation active avec l’environnement.

Je me suis intéressée à cette pédagogie bien avant d’avoir des enfants, à la fin des années 90 quand je travaillais à Seattle. Ma patronne avait ses deux filles dans une école Montessori et elle m’en avait expliqué le fonctionnement:

  • pas de classes figées et rigides,
  • des groupes d’âge correspondant aux phases de développement de l’enfant (3-6 ans, 6-9 ans, 9-12 ans, 12-15 ans et 15-18 ans),
  • une entraide entre élèves (les grands assistent les plus jeunes),
  • respect du rythme de chaque enfant,
  • découverte sensorielle des concepts abstraits (même la grammaire s’enseigne avec des solides!).

Maintenant, j’ai deux garçons de 3 ans (neurotypique) et 4 ans et demi (autiste haut niveau), et leur environnement à la maison est « remodelé » façon Montessori.

Dans un prochain article, je vous donnerai des détails pratiques et simples à mettre en place à la maison. Si vous avez des questions, des suggestions, si vous aussi vous utilisez Montessori à la maison, ou si vous avez la chance de scolariser votre enfant dans une école Montessori, partagez dans les commentaires de l’article.

Comment mesurer les comportements observés?

L’une des dimensions essentielles des méthodes comportementales est l’observation. Pas l’observation subjective d’un psychanalysant à base de « j’ai l’impression que », ou de « je me suis dit que », ou de « on dirait bien que », non.

Nous allons parler d’observation objective de comportements. De celle qui s’exprime en chiffres et en courbes, et qui permet de savoir concrètement quelle est l’occurrence d’un comportement, sa fréquence d’apparition, le moment où il s’exprime, le temps qu’il dure, etc.

Nous allons parler d’observation efficace et utilisable qui nous permettra de travailler efficacement à la diminution ou à l’intensification d’un comportement. Pour procéder de manière la plus objective possible, il faut observer et quantifier les comportements sur trois dimensions:

La répétition du comportement

Ou combien de fois, dans un laps de temps donné que vous fixez au préalable, un comportement va apparaître.

Par exemple, je peux observer combien de fois Stanislas fait des « bruits de bouche » au cours d’une période de 15 minutes de jeu. Je peux compter en mettant un bâton sur ma grille d’observation à chaque fois, puis je vais calculer un ratio (nombre de fois, divisé par le laps de temps), ratio que je vais pouvoir comparer d’une séance d’observation sur l’autre.

Ainsi , je vais pouvoir m’assurer, par exemple, que le programme de renforcement différentiel des moment de jeu sans bruit de bouche a bien permis de diminuer le comportement stéréotypé.

La durée du comportement

Je vais noter combien de temps dure un comportement observé. Par exemple: combien de temps Stanislas est capable de maintenir un regard sur demande.

Le moment d’apparition du comportement

On  peut s’intéresser au temps de latence entre le stimulus et l’apparition du comportement, ou au temps qui s’écoule entre deux comportements consécutifs qui appartiennent à la même classe.

Ainsi, je peux, par exemple, observer combien de temps il faut à Stan pour se mettre les nerfs en boule à partir du moment où le plateau à fromage commence à dégager son odeur caractéristique. Cela me permettra de travailler efficacement sur une désensibilisation à son hypersensibilité olfactive.

Je peux aussi m’intéresser à l’observation du temps qui s’écoule entre deux colères d’hypersensibilité.

En dehors de ces trois dimensions, vous pouvez aussi:

  • mesurer le nombre d’opportunités nécessaires pour que le comportement devienne celui que vous vous êtes fixé dans les critères d’évaluation de la procédure,
  • calculer et observer l’évolution du pourcentage de réponses comportementales correctes à une procédure mise en place.
    Par exemple, si Stan apprend à tracer des « s » en cursive, je vais observer le nombre de fois par session de 5 essais où Stan réussit à écrire cette lettre correctement(nombre d’essais réussis, divisé par le nombre total d’essais – normalement, 5 dans une session). Ainsi, je saurai quand je peux arrêter de lui apprendre à écrire cette lettre et passer à une autre.

Tous à vos grilles: observez, comptabilisez, calculez, ajustez et constatez les progrès!

PECS, Phase IV: Demande

La Phase III, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant à distinguer différentes images pour pouvoir faire des choix. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à faire une demande à l’aide d’une phrase.

La Phase IV permet à l’enfant d’apprendre à faire une phrase structurée pour formuler sa demande. Cette phrase est sous la forme « Je veux » + image de l’objet. Cette phase se découpe en 4 étapes.

La Bande Phrase

Le PC (Partenaire de Communication) amène un nouveau moyen de communication grâce à la bande phrase. Cette bande phrase est constitué d’une bande plastique de couleur vive (pour mieux la différencier de son classeur) sur laquelle on peut accrocher des images. Elle est placée sur le côté du classeur afin de rester visible.

L’objectif est que l’enfant, au lieu de faire des demandes à l’aide d’une seule image, donc d’un seul mot, puisse formuler sa demande sous la forme d’une phrase. La bande phrase est découpée comme une phrase: une image représente « Je veux » et une autre image représente l’objet désiré. L’enfant tendra donc une phrase complète pour faire sa demande.

Comme pour les phases précédentes, le PC travaille avec un objet préféré de l’enfant pour l’inciter à faire une demande. L’image « Je veux » est déjà placée sur la bande phrase, et l’image de l’objet préféré est placée sur la couverture du classeur.

À cette étape, le PC attend trois compétences de la part de l’enfant:

  • Placer l’image de l’objet sur la bande phrase
  • Décrocher la bande phrase du classeur
  • Donner la bande phrase au PC

Le PC peut guider physiquement l’enfant pour faire les étapes, mais il faut laisser le temps à l’enfant de faire la démarche par lui-même. On valorise l’enfant dans chacune des réussites à ces trois compétences.

Il ne faut pas oublier de verbaliser à l’enfant la phrase complète lorsqu’il la tend.

« Je veux »

Cette deuxième étape est identique à la première sauf que l’image « Je veux » doit être placée sur la bande phrase par l’enfant.

Le PC peut guider physiquement l’enfant pour placer « Je veux », mais il laisse l’enfant mettre l’image de l’objet seul (car acquis lors de la précédente étape). Il faut continuer à verbaliser la demande.

Lire

Cette troisième étape est plus abstraite. Le but est que l’enfant pointe les images au fur et à mesure que le PC les lit.

Lorsque l’enfant donne la bande phrase au PC, celui-ci va la lire en guidant physiquement l’enfant pour pointer les images en même temps qu’il les dit oralement.

Le PC doit faire la guidance au départ, puis l’estomper progressivement en attendant que l’enfant prenne l’initiative.

Le PC place la bande phrase face à l’enfant dans le sens de la lecture et il récompense toujours l’enfant, même s’il ne prend pas l’initiative.

Parler

Cette quatrième et dernière étape a pour but de développer le langage oral. Après avoir fait lire la bande phrase à l’étape précédente, le PC, dans cette étape, attend quelques secondes que l’enfant prenne l’initiative de parler pour faire sa demande.

La bande phrase est toujours présentée à l’enfant face à lui pour l’inciter et soutenir sa demande verbale.

Le PC récompense toujours l’enfant en lui donnant l’objet demandé (puisque la demande a déjà eu lieu par l’échange de la bande phrase). S’il y a une demande verbale, le PC récompense l’enfant par un renforçateur social (on le félicite, on le valorise, on exprime sa joie).

Attention, il ne faut surtout pas retenir l’objet demandé sous prétexte que l’enfant n’a pas parlé. Cette étape a seulement pour but d’inciter l’enfant à le faire.

Si l’enfant ne dit rien, le PC réagit comme pour l’étape précédente en lisant à voix haute la bande phrase avec l’enfant qui pointe en même temps.

La phase IV est terminée lorsque l’enfant répond correctement (8 fois sur 10) à la troisième étape. Après cette phase, il faut continuer à enrichir le vocabulaire de l’enfant et, en parallèle, passer à la Phase V.

Comment arrêter de se bercer d’illusions, ou tout ce que vous devez savoir avant de vous lancer dans un traitement ABA

J’ai l’impression que, sous prétexte de ne pas faire flipper les familles, pour ne pas les mettre trop sous pression, on passe sous silence un certain nombre de points à propos de l’analyse du comportement appliquée à l’autisme, dont ils doivent cependant prendre la pleine mesure avant de faire leur choix de prise en charge. Et je trouve cela malhonnête.

Déjà, l’ABA ne fonctionne pas à tous les coups. Il y a des enfants qui sont plus accessibles à TEACCH, par exemple, ou au Floortime pour les mini bouts de chou. Donc choisir l’ABA ne signifie pas choisir la réussite. Chaque enfant est différent. Ce qui est certain c’est que l’unanimité internationale se fait autour des approches cognitives et comportementales.

L’ABA, plus c’est précoce et intensif, mieux ça fonctionne. Ne nous voilons pas la face: si l’on vise le but ultime de l’ABA, qui est d’amener l’enfant à apprendre seul de son environnemnt (vous avez bien noté, apprendre seul de son environnement, pas être guéri de son autisme), il vaut mieux s’y mettre avant que les comportements inappropriés soient bien incrustés dans la personnalité de l’enfant. Il vaut mieux aussi être dans l’intensivité. L’équipe du YAP (Young Autism Program) est claire, ils étaient les étudiants de Lovaas, ils savent quels sont les critères de réussite d’une prise en charge ABA.

Il faut regarder les choses bien en face. Pour parler d’efficacité d’un traitement ABA, l’enfant doit rattraper de un an et demi à deux ans de développement en une année de traitement. La vitesse d’apprentissage doit encore s’accélérer en deuxième année par rapport à la première année de prise en charge (il y a un effet boule de neige). L’enfant doit apprendre 1000 mots par an, etc. C’est ça, un traitement efficace qui permet à un enfant d’apprendre seul de son environnement à l’issue.

Pour cela il faut que l’enfant en ait les capacités (et a priori ça se voit assez rapidement, dès le début du traitement), mais aussi il faut mettre la gomme. Un traitement ABA, c’est 51 semaines sur 52 (oubliez les grandes vacances), c’est au moins 20 heures par semaine, jamais en dessous de 10, et jusqu’à 40.

Oui, ça peut être fatiguant, pour tout le monde. Mais on n’est pas rivé à sa chaise durant tout ce temps, on joue énormément, on renforce à fond les ballons, et on peut drôlement se faire plaisir. Enfants et adultes. C’est comme ça.

Dans les meilleurs des cas, c’est deux ou trois ans d’une vie. Deux ou trois ans qui vont changer une vie, et au moins l’améliorer.

Chacun voit midi à sa porte, of course. Mais il faut être clair, ne pas se bercer d’illusion. L’ABA, c’est à fond, le plus tôt possible, et avec des pros (je n’ai pas abordé ce point mais, clairement, c’est aussi essentiel que le reste), partout, et en tous lieux. Pour un résultat non garanti, qui dépend évidemment des capacités de l’enfant, et qui, en tout état de cause, n’est pas une guérison, mais une capacité à apprendre de son environnement seul.

Nous pensons, mon mari et moi, que ça vaut le coup, et je comprends absolument que pour beaucoup ça ne soit pas le cas. Dieu merci, on a le choix! Il faut juste rester humble, clair, honnête, et que chacun prenne ses décisions en connaissance de cause.

PECS, Phase III: Distinction

La Phase II, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant à se déplacer vers l’adulte pour communiquer et à persister pour faire sa demande. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à faire un choix parmi les différents « mots » qui s’offrent à lui.

La Phase III permet à l’enfant d’apprendre à discriminer les images et à sélectionner celle qui correspond à l’objet qu’il désire. Cette phase se découpe en trois temps distincts pour arriver à cet objectif.

Distinction simple: Objet Préféré / Objet sans intérêt

Le travail se fait à une table en face à face et uniquement avec le Partenaire de Communication (PC). L’Incitateur Physique (IP) n’est plus utile à cette phase.

Il faut disposer sur le dessus du classeur deux images: l’une représentant l’objet préféré de l’enfant et l’autre représentant un objet sans intérêt (exemple ici: hochet et chaussette). Pour inciter l’enfant à communiquer, le PC dispose près de lui les deux objets en question pour que l’enfant les voie mais ne puisse pas les prendre.

Si l’enfant tend l’image de l’objet préféré, le PC le félicite « Bravo! Je veux le hochet » et lui tend l’objet. Il échange alors les places des deux images et recommence l’exercice. On change de place les images pour vérifier que c’est bien l’image qui est choisie et non sa place.

Si l’enfant tend l’image de l’objet sans intérêt, le PC ne dit rien mais lui tend l’objet sans intérêt. À ce moment, il est possible de refaire une explication sur la correspondance des objets aux images (image hochet avec objet hochet, image chaussette avec objet chaussette).

Il est également possible d’aligner les images avec les objets en plaçant le classeur face à l’enfant, les 2 images bien à chaque bord du classeur et dans la continuité de la vision on met les objets (image hochet à gauche, hochet placé à gauche de l’enfant, image chaussette à droite, chaussette à droite de l’enfant).

Il faut répéter plusieurs fois cette distinction en changeant les objets sans intérêt et en changeant l’objet préféré afin de voir si l’enfant à bien compris.

PECS, Phase III: Distinction

Distinction entre deux Objets Préférés

On recommence le même travail que la phase précédente mais avec deux objets préférés. Cette fois-ci, on présente les deux objets dans un panier ou sur un plateau à l’enfant. On attend que l’enfant donne l’image pour lui tendre le plateau afin qu’ils prenne l’objet.

S’il prend l’objet dont il a tendu l’image, le PC le laisse faire.

S’il prend l’objet dont l’image est sur le classeur, le PC bloque l’accès à l’objet et montre l’image auquel correspond l’objet.

Cette étape permet de savoir si l’enfant fait bien correspondre l’image au bon objet. Comme lors de l’étape précédente, il ne faut pas hésiter en cas d’erreur à réexpliquer la correspondance entre les objets et les images.

Distinction Multiple

Cette dernière étape reprend les deux premières, sauf que cette fois-ci on augmente progressivement le nombre d’image (3, 4, 5…), puis on les introduit dans le classeur pour que l’enfant aille de lui-même les rechercher dedans.

L’objectif de cette étape est qu’il s’approprie son classeur et qu’il y retrouve les images. Au départ, il ne faut pas hésiter à mélanger les images et les changer de place pour bien faire comprendre à l’enfant qu’il doit les chercher à toutes les places dans le classeur.

Lorsqu’il se sentira à l’aise avec son classeur, on peut alors définir un ordre précis dans le classeur avec pour chaque page un thème (petit déjeuner, hygiène, vêtement…). Cet ordre doit être conçu avec l’enfant pour qu’il se l’approprie pleinement.

Quand la distinction est acquise, on passe à la phase IV. Ici c’est au PC de déterminer si l’enfant est prêt à passer à la phase suivante ou non.

PECS, Phase II: Déplacement et persistance

La phase I, comme nous l’avons vu précédemment, permet d’apprendre à l’enfant la façon dont il doit communiquer. Lorsqu’il tend une image d’un objet désiré, il le reçoit instantanément. Maintenant, il s’agit de lui apprendre à sa effectuer sa demande à l’adulte dans toutes les situations.

Cette phase a deux objectifs: le déplacement et la persistance. Le but est d’apprendre à l’enfant à être en permanence en communication pour aller chercher  des images et se déplacer vers n’importe qui pour faire des requêtes. En parallèle, on continue à apprendre de nouvelles images avec la phase I, pour enrichir le vocabulaire.

Le déplacement

L’apprentissage du déplacement s’effectue toujours à trois: l’enfant, le Partenaire de Ccommunication (PC) et l’Incitateur Physique (IP). L’enfant dispose cette fois-ci de son classeur avec les images qu’il a apprises. Sur le dessus de son classeur, on scratche l’image de l’objet désiré et le PC tient l’objet. Il vaut mieux s’assurer, au départ, que l’enfant désire bien cet objet, pour permettre à la phase II de bien se dérouler.

Travail sur le déplacement

  • On travaille d’abord la prise de l’image sur le classeur pour la donner au PC. Comme à la phase précédente, l’IP aide l’enfant physiquement.
  • Ensuite, on augmente progressivement la distance entre l’enfant et le PC. L’enfant doit se déplacer dans la salle pour aller demander l’objet au PC.
  • Enfin, on augmente progressivement la distance entre l’enfant et son classeur. L’enfant ne transporte pas son classeur avec lui. Il le laisse à un endroit dans la salle. Il doit donc se rendre à son classeur pour prendre son image, puis aller vers le PC pour la donner.
  • L’IP accompagne l’enfant pour l’inciter à faire son déplacement. Le PC remet l’image sur le dessus du classeur pour recommencer l’exercice.

Ici, il est même possible de travailler le changement de salle pour que l’enfant comprenne qu’il peut faire ses demandes avec une grande distance. Il faut toujours penser à féliciter/encourager l’enfant verbalement quand il réussit à faire la demande.

La persistance

L’apprentissage de la persistance se déroule de la même manière, sauf que le PC ne va pas faciliter la communication. Il tourne le dos à l’enfant, croise ses bras et ne le regarde pas. L’enfant apprend alors à insister pour faire sa demande et solliciter le PC pour qu’il se retourne en lui touchant le bras, en se plaçant devant lui ou en l’appelant.

Là encore, le PC doit féliciter l’enfant d’avoir persisté dans sa demande. Il ne faut pas hésiter à en rajouter dans la surprise.

Cet apprentissage est très important car il permet d’apprendre à l’enfant à manifester sa demande. Ca évite par exemple lors d’un repas collectif que l’enfant tende son image et que l’adulte ne le voie pas car il est occupé à servir le repas. L’enfant peut alors rester le bras tendu avec l’image pendant plusieurs minutes, et soit il se décourage et n’obtient pas ce qu’il désirait, soit il est frustré et peut avoir un trouble du comportement.

Lorsque l’enfant réussit 8 fois sur 10 présentations à se déplacer et à persister, on passe à la phase suivante.

PECS, Phase I: Comment communiquer

Le PECS est, comme nous l’avons vu précédemment, une méthode de communication pour personne atteinte de TED.

Avant même de commencer à travailler sur la communication, il faudra évaluer le niveau de communication de l’enfant à l’aide d’un bilan psychologique complet. Le but de ce bilan est de savoir ce que l’enfant comprend et ce qu’il peut déjà exprimer.

Quoiqu’il en soit, on commence toujours par la première phase du PECS pour avancer progressivement dans les phases.

Cette première phase se passe à une table en face à face dans une pièce calme et sans stimuli extérieurs. L’enfant dispose d’une image représentant par exemple un gâteau. Le Partenaire de Communication (PC) se trouve face à lui avec un gâteau. Dans un premier temps, la main du PC est tendue et ouverte, déjà prête à recevoir l’image, et le gâteau est visible mais hors de portée de l’enfant. Le but est d’inciter l’enfant à communiquer en échangeant une image contre un objet désiré.

PECS, Phase I: Comment Communiquer

L’échange est d’abord réalisé avec une guidance physique complète par une autre personne que l’on nomme l’Incitateur Physique (IP). Il aide l’enfant en lui faisant saisir l’image, en lui permettant d’atteindre la main du PC, et en faisant relâcher l’image dans la main du PC. Cette guidance est diminuée progressivement au même titre que les indices visuels de l’objet désiré et la main tendue. On peut varier les objets désirés (un gâteau, un bonbon, un Coca, un jouet apprécié, etc.), mais on ne donne qu’une image pour un objet à cette phase. Le but est de communiquer, pas de faire un choix.

Il faut également faire attention à ne donner que des petits bouts de gâteau ou une petite gorgée de Coca, afin de pouvoir faire durer l’apprentissage, et, surtout, de ne pas donner de trop grosses quantités de nourriture à un enfant. Dans le cas d’un jouet, il faut aussi pouvoir le récupérer pour continuer à travailler avec.

L’enfant réussit à communiquer lorsqu’il prend l’image et la tend au PC. Le PC dit alors « Tu veux le gâteau », lui donne un morceau de gâteau, puis remet l’image près de l’enfant. Cette phase est acquise quand l’enfant réussit 8 fois sur 10 présentations à faire une demande correcte. On peut alors passer à la deuxième phase.

Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Le Système de Communication par Echange d’Image, PECS (Picture Exchange Communication System), est une méthode qui s’adresse aux enfants atteints de Troubles Envahissant du Développement (TED) de niveau préscolaire, mais qui est adaptable à tout âge.

Le PECS a été créé en 1985 par le Dr Bondy (Psychologue) et Lori Frost (orthophoniste). C’est une méthode globale basée sur l’ABA et l’ABA-VB. Elle consiste en une série d’enseignements unique et alternative qui permet d’apprendre à communiquer.

Le PECS (Picture Exchange Communication System)

Classeur PECS (photo: Valentin Monteleone)

Le PECS, qu’est-ce que c’est?

C’est un système de communication qui peut être soit alternatif,en venant remplacer la communication verbale (lorsqu’elle est absente ou inadaptée), soit augmentatif, en s’ajoutant au langage pour en augmenter l’efficacité (augmenter le nombre de mots connus, mais aussi faciliter le langage quand celui-ci est particulier). Il permet également d’apprendre à l’enfant à initier une interaction de communication, ce qui est bien souvent difficile chez les personnes atteintes de TED.

Cette méthode est, au même titre que l’ABA ou TEACCH, éducative et structurée. Elle nécessite un accompagnement régulier et correctement formé, ainsi que des évaluations et observations régulières pour ajuster au mieux la prise en charge. Elle utilise le renforcement positif, proposer une récompense à l’enfant, pour l’inciter à communiquer.

Comment marche le PECS?

Concrètement, ce système consiste en un classeur répertoriant tous les « mots », c’est-à-dire une image représente un mot, que l’enfant a pu apprendre avec cette méthode. Les mots désignent aussi bien des objets concrets (pomme, verre, fourchette, gant de toilette, ballon) mais aussi des verbes d’action (se promener, boire, manger, jouer) et des adjectifs (rouge, petit, gros).

À la fin des six phases d’apprentissage, l’enfant peut être ainsi capable de commenter son environnement à l’aide de ses images (par exemple: « je vois une voiture rouge » sera constitué des mots « je vois », de l’image « voiture » et de l’image « rouge »). Bien entendu, l’accès à la dernière phase du PECS est plus ou moins long en fonction de la prise en charge et du niveau de l’enfant.

Qu’apporte le PECS aux enfants autistes?

L’intérêt principal de cette méthode est de donner un moyen de communication à des enfants qui en sont généralement dépourvus. Cela réduit ainsi énormément les troubles du comportement liés à des frustrations ou des angoisses. De plus les images peuvent être comprises par tout le monde (même un inconnu dans la rue) et permettent la généralisation (un ballon peut être de toutes les tailles et de toutes les couleurs, par exemple).

Cette méthode permet aussi de structurer le langage quand il est par exemple écholalique. En demandant à l’enfant de passer par son classeur de communication, on va réduire ses écholalies jusqu’à essayer de les remplacer par des mots ou une phrase construits avec le PECS.

En contrepartie, les inconvénients sont minimes et plus d’ordre pratique. En effet, un classeur bien fourni peut être volumineux et peu pratique à transporter dans la vie quotidienne. Un classeur perdu revient à rendre muet l’enfant, qui se retrouve sans moyen de communication (un double voir un triple est plus que conseillé). Enfin, la communication reste lente et non immédiate, car l’enfant doit chercher dans son classeur, constituer sa phrase et la donner à la personne. Mais on peut tout de même dire que c’est un formidable outil qui permet la communication.

Le PECS, méthode parfaite?

Je tiens cependant à nuancer ce tableau de « méthode parfaite ». Tout d’abord, car c’est un travail long et difficile. Comme souvent, plus la méthode est mise en place précocement, plus il y a de possibilités pour aller au bout des six phases. La dernière phase est tout à fait envisageable, mais elle ne promet pas la fin du travail et l’accès à une communication totale. Il faut continuer à enrichir le vocabulaire, ce qui passe par un travail continu et souvent éreintant.

Ensuite, cette méthode, bien que de plus en plus répandue, n’est pas toujours correctement appliquée au sein des institutions. Elle demande à ce que l’ensemble du personnel soit formé à la méthode. De plus, le classeur ou les images peuvent être abimés ou perdus pour diverses raisons. Enfin, la compréhension des images génériques n’est pas toujours une chose aisée, surtout dans le spectre autistique qui contient autant d’autismes que d’autistes. Les spécificités visuelles (distinguer mieux le noir et blanc que la couleur par exemple) agissent sur l’utilisation du PECS. Il faut alors pouvoir l’adapter au mieux.

En espérant avoir été clair et compréhensible, je me tiens à votre disposition pour toutes questions. J’aborderai en détail les six phases dans un prochain article.

Phases

  1. Comment communiquer
  2. Déplacement et persistance
  3. Distinction
  4. Demande

Quelques mots sur Valentin Monteleone

Je m’appelle Valentin Monteleone. J’ai 27 ans et je viens récemment d’être diplômé en tant que Psychologue Clinicien à l’université Paris V. J’ai axé l’ensemble de mon cursus sur les Troubles Envahissant du Développement et plus particulièrement l’autisme. J’ai fait plusieurs stages m’amenant à être en contact auprès d’enfants, adolescents et adultes autistes. Actuellement, je travaille au sein de deux Foyers d’Accueil Médicalisés (FAM) pour adultes autistes au sein des Hauts-de-Seine. Personnellement, je suis intéressé par ce handicap car j’ai un oncle autiste que je connais depuis mon plus jeune âge.

Grâce à ma formation, j’ai pu me faire une idée de ce qu’est l’autisme. Aujourd’hui, je pose l’autisme comme un handicap de vie lié à des facteurs multiples mais principalement génétiques. Je tiens particulièrement à la notion de handicap, car ça signifie que l’on peut rééduquer la personne (pas dans un sens « avoir eu une mauvaise éducation », mais dans le sens « avoir besoin d’une éducation spécifique ») et adapter l’environnement pour permettre à la personne autiste une insertion dans la société qui soit à la fois plus efficace mais aussi moins douloureuse.

Pour moi, les intérêts du travail avec les personnes autistes, autre que les aider, sont la création et l’adaptation constante. Il faut s’adapter à chaque personne autiste car elle est unique dans son handicap. Il faut créer constamment de nouvelles solutions pour l’aider à révéler toutes ses capacités.