Qu’est-ce que c’est que ces fameux renforçateurs?

Béatrice BollingJ’ai longuement essayé de réfléchir à ce qu’est un renforçateur, en étant concret, avec un langage accessible. Alors je vous donne ma définition:

Un renforçateur, c’est:

  • quelque chose que l’on donne à l’enfant, ou que l’on fait pour l’enfant, ou que l’enfant fait avec nous,
  • qui lui fait plaisir, dont il a très envie,
  • qui va être la conséquence à un comportement que l’on souhaite voir l’enfant adopter,

afin que petit à petit il modifie son fonctionnement problématique (ce peut être un problème de comportement, mais ce peut aussi être apprendre à parler, se laver, faire pipi dans les toilettes, etc.).

Un renforçateur, c’est la réponse à: « comment puis-je faire en sorte que mon enfant fasse ci ou ça? ».

Le renforçateur est la réponse au problème crucial que l’on rencontre avec un enfant autiste, et plus généralement TED: faire en sorte qu’ils ne choisissent plus de ne pas faire ce qu’on leur demande (parce que c’est plus sympa de s’auto-stimuler sur les lignes du plancher, ou de se balancer).

L’idée est de faire en sorte que l’enfant trouve dans son environnement ce qui comble ses désirs, afin que ces désirs deviennent sa motivation pour faire des choses, apprendre à apprendre, avoir des interactions, etc. Là où un neurotypique apprend naturellement à apprendre et trouve facilement des sources de motivations pour le faire, un enfant autiste doit s’appuyer sur un environnement dans lequel le renforcement est plus structuré, visible, hierarchisé et systématisé pour enclencher la machine de la motivation.

Un enfant autiste, c’est un peu comme un moteur grippé: on remet de l’huile, ça tousse un peu au début, puis ça repart. Bien sûr, il faudra remettre de l’huile régulièrement et faire des vidanges, mais la voiture roulera – à son rythme - et on n’aura pas besoin de la pousser.

Dans la section Conseils Pratiques, vous trouverez bientôt des exemples de grilles de renforçateurs pour vous permettre de réfléchir, structurer et hiérarchiser ce qui comble vos enfants de plaisir.

Analyser les comportements

L’ABA (Applied Behaviour Analysis en anglais, Analyse Appliquée des Comportements en français) sert à analyser les comportements.

Analyse des comportements

Je vais vous expliquer avec quelques exemples concrets quelques comportements:

  • Il est dix-neuf heures, le téléphone sonne. Je suis en train de donner le bain aux enfants. Ma salle de bain est transformée en piscine, le petit a la tête couverte de mousse: je ne décroche pas – tant pis pour celui qui m’appelle à une heure pareille, il rappellera.
  • Je suis en déplacement professionnel et je me vernis les ongles de pieds – ce que je n’ai pas fait depuis deux semaines – en sirotant un Campari orange, et je m’apprête à rejoindre un groupe de collègues que j’adore pour aller dîner entre adultes. Il ne me manquait que l’heure exacte du rendez-vous: vite, je décroche!
  • Je suis à la maison, pour une fois Alex et moi sommes seuls, et pourtant ma chère moitié est rivée à son ordinateur depuis trente minutes. C’est ma meilleure amie au téléphone. Je vais faire exprès de rester des heures au téléphone rien que pour l’embêter.
  • Je suis au bureau. J’ai téléchargé de nouvelles sonneries, et je m’amuse à faire sonner mon téléphone pour voir celle qui est la plus sympa.

Je suis sûre que vous avez remarqué quelque chose. Une situation, quatre possibilités de comportement, engendrés par quatre motivations:

  • Quand je donne le bain aux enfants: évitement
  • Quand je suis impatiente de sortir retrouver mes collègues: convoitise
  • Quand je boude: demande d’attention
  • Quand je joue avec mes sonneries: auto-stimulation

Alors, avec les enfants – qu’ils soient neurotypiques, autistes, TDHA, grands, petits, gros, maigres, jaunes, blancs ou noirs – c’est exactement la même chose. Chaque fois qu’ils agissent et qu’ils émettent un comportement, c’est face à une situation donnée, et c’est dans le but d’obtenir ce qui les motive.

Quand Stan hurle pour obtenir un gâteau, c’est de la convoitise. Quand il crie « non! » quand je lui tends un gâteau, c’est de la demande d’attention. Quand il monte d’un ton, crie encore plus fort en tournant sur lui même, c’est de l’auto-stimulation. Et quand il s’enfuit parce que j’essaie de l’empêcher de tourner, c’est de l’évitement.

L’ABA analyse systématiquement, précisément, scientifiquement, ce que l’enfant recherche en posant un comportement, quand ce comportement intervient, et comment on le résout. Après avoir décortiqué cette séquence, tout l’enjeu est d’obtenir, dans une situation donnée, une réponse comportementale adéquate pour permettre à l’enfant d’obtenir ce qu’il recherche en passant par des voies « acceptables » (en parlant, en demandant, en coopérant, etc.). C’est la première étape: l’observation.

Exercice

Quels ont été les comportements problématiques de vos enfants ces jours-ci? Selon vous, que recherchaient-ils en agissant de la sorte? Décrivez pour chaque comportement: sa motivation, ce qui s’est passé avant, et comment vous avez répondu.

La méthode ABA (Applied Behavioral Analysis)

Je tiens à préciser tout de suite que je ne suis pas du tout formée à la méthode ABA, et je m’excuse par avance si je dis une bêtise parce que j’ai mal compris. Je compte sur ceux qui s’y connaissent pour me corriger si nécessaire dans les commentaires, ou définir plus clairement certains points que je n’aurais pas bien expliqué. (Source: CCBS: Applied Behaviour Analysis (ABA) for Autism treatment and Early Behavioral Intervention)

La méthode ABA (Applied Behavioral Analysis)

Phase d’observation

La méthode ABA consiste tout d’abord à observer la personne (dans ce cas-ci nous parlerons d’un enfant) pour avoir une vue globale de ce qu’il fait, quand, pourquoi, comment, et à quel rythme.

Décomposition des actions

Lorsque les compétences manquantes à l’enfant sont définies (par exemple: s’habiller, se laver, etc.), les intervenants doivent décomposer chaque geste à son degré le plus basique, en faisant une démonstration et/ou en guidant l’enfant physiquement pour qu’il effectue le geste demandé. Une fois le geste réussi, l’enfant reçoit un renforcement positif pour qu’il ait envie de reproduire ce geste par la suite.

Mécanismes de l’apprentissage

Tout au long de la journée, des petits tests et opportunités d’apprendre seront proposés en même temps que les activités habituelles. Cette méthode insiste sur les mécanismes nécessaire à l’apprentissage:

  • écouter,
  • regarder,
  • imiter.

Réutilisation des acquis dans de nouvelles situations

Petit à petit, les décompositions et aides (verbales, visuelles ou physiques) sont réduites au fur et à mesure que l’enfant progresse. Ainsi, l’enfant apprend peu à peu à être autonome et accomplir l’action seul. Ensuite, lorsque plusieurs étapes sont bien connues, elles peuvent être combinées et utilisées dans des situations différentes et plus complexes.

Gestion des problèmes

Les comportements problématiques ne sont pas tolérés, et lorsque l’enfant cherche à se soustraire à l’apprentissage on l’y ramène en l’encourageant à avoir un comportement approprié.

Enregistrement des séances

Généralement, les séances sont enregistrées et visionnées par la suite pour voir quels sont les parties du programmes qui n’offrent pas d’évolution suffisamment rapide, et qui sont alors changées pour obtenir de meilleurs résultats. Les intervenants sont aussi observés et on vérifie que les procédures sont bien appliquées. Ces enregistrements sont utilisés pour observer progrès et respect des procédures, et font partie intégrante de la méthode.