Comment mesurer les comportements observés?

L’une des dimensions essentielles des méthodes comportementales est l’observation. Pas l’observation subjective d’un psychanalysant à base de « j’ai l’impression que », ou de « je me suis dit que », ou de « on dirait bien que », non.

Nous allons parler d’observation objective de comportements. De celle qui s’exprime en chiffres et en courbes, et qui permet de savoir concrètement quelle est l’occurrence d’un comportement, sa fréquence d’apparition, le moment où il s’exprime, le temps qu’il dure, etc.

Nous allons parler d’observation efficace et utilisable qui nous permettra de travailler efficacement à la diminution ou à l’intensification d’un comportement. Pour procéder de manière la plus objective possible, il faut observer et quantifier les comportements sur trois dimensions:

La répétition du comportement

Ou combien de fois, dans un laps de temps donné que vous fixez au préalable, un comportement va apparaître.

Par exemple, je peux observer combien de fois Stanislas fait des « bruits de bouche » au cours d’une période de 15 minutes de jeu. Je peux compter en mettant un bâton sur ma grille d’observation à chaque fois, puis je vais calculer un ratio (nombre de fois, divisé par le laps de temps), ratio que je vais pouvoir comparer d’une séance d’observation sur l’autre.

Ainsi , je vais pouvoir m’assurer, par exemple, que le programme de renforcement différentiel des moment de jeu sans bruit de bouche a bien permis de diminuer le comportement stéréotypé.

La durée du comportement

Je vais noter combien de temps dure un comportement observé. Par exemple: combien de temps Stanislas est capable de maintenir un regard sur demande.

Le moment d’apparition du comportement

On  peut s’intéresser au temps de latence entre le stimulus et l’apparition du comportement, ou au temps qui s’écoule entre deux comportements consécutifs qui appartiennent à la même classe.

Ainsi, je peux, par exemple, observer combien de temps il faut à Stan pour se mettre les nerfs en boule à partir du moment où le plateau à fromage commence à dégager son odeur caractéristique. Cela me permettra de travailler efficacement sur une désensibilisation à son hypersensibilité olfactive.

Je peux aussi m’intéresser à l’observation du temps qui s’écoule entre deux colères d’hypersensibilité.

En dehors de ces trois dimensions, vous pouvez aussi:

  • mesurer le nombre d’opportunités nécessaires pour que le comportement devienne celui que vous vous êtes fixé dans les critères d’évaluation de la procédure,
  • calculer et observer l’évolution du pourcentage de réponses comportementales correctes à une procédure mise en place.
    Par exemple, si Stan apprend à tracer des « s » en cursive, je vais observer le nombre de fois par session de 5 essais où Stan réussit à écrire cette lettre correctement(nombre d’essais réussis, divisé par le nombre total d’essais – normalement, 5 dans une session). Ainsi, je saurai quand je peux arrêter de lui apprendre à écrire cette lettre et passer à une autre.

Tous à vos grilles: observez, comptabilisez, calculez, ajustez et constatez les progrès!

Comment arrêter de se bercer d’illusions, ou tout ce que vous devez savoir avant de vous lancer dans un traitement ABA

J’ai l’impression que, sous prétexte de ne pas faire flipper les familles, pour ne pas les mettre trop sous pression, on passe sous silence un certain nombre de points à propos de l’analyse du comportement appliquée à l’autisme, dont ils doivent cependant prendre la pleine mesure avant de faire leur choix de prise en charge. Et je trouve cela malhonnête.

Déjà, l’ABA ne fonctionne pas à tous les coups. Il y a des enfants qui sont plus accessibles à TEACCH, par exemple, ou au Floortime pour les mini bouts de chou. Donc choisir l’ABA ne signifie pas choisir la réussite. Chaque enfant est différent. Ce qui est certain c’est que l’unanimité internationale se fait autour des approches cognitives et comportementales.

L’ABA, plus c’est précoce et intensif, mieux ça fonctionne. Ne nous voilons pas la face: si l’on vise le but ultime de l’ABA, qui est d’amener l’enfant à apprendre seul de son environnemnt (vous avez bien noté, apprendre seul de son environnement, pas être guéri de son autisme), il vaut mieux s’y mettre avant que les comportements inappropriés soient bien incrustés dans la personnalité de l’enfant. Il vaut mieux aussi être dans l’intensivité. L’équipe du YAP (Young Autism Program) est claire, ils étaient les étudiants de Lovaas, ils savent quels sont les critères de réussite d’une prise en charge ABA.

Il faut regarder les choses bien en face. Pour parler d’efficacité d’un traitement ABA, l’enfant doit rattraper de un an et demi à deux ans de développement en une année de traitement. La vitesse d’apprentissage doit encore s’accélérer en deuxième année par rapport à la première année de prise en charge (il y a un effet boule de neige). L’enfant doit apprendre 1000 mots par an, etc. C’est ça, un traitement efficace qui permet à un enfant d’apprendre seul de son environnement à l’issue.

Pour cela il faut que l’enfant en ait les capacités (et a priori ça se voit assez rapidement, dès le début du traitement), mais aussi il faut mettre la gomme. Un traitement ABA, c’est 51 semaines sur 52 (oubliez les grandes vacances), c’est au moins 20 heures par semaine, jamais en dessous de 10, et jusqu’à 40.

Oui, ça peut être fatiguant, pour tout le monde. Mais on n’est pas rivé à sa chaise durant tout ce temps, on joue énormément, on renforce à fond les ballons, et on peut drôlement se faire plaisir. Enfants et adultes. C’est comme ça.

Dans les meilleurs des cas, c’est deux ou trois ans d’une vie. Deux ou trois ans qui vont changer une vie, et au moins l’améliorer.

Chacun voit midi à sa porte, of course. Mais il faut être clair, ne pas se bercer d’illusion. L’ABA, c’est à fond, le plus tôt possible, et avec des pros (je n’ai pas abordé ce point mais, clairement, c’est aussi essentiel que le reste), partout, et en tous lieux. Pour un résultat non garanti, qui dépend évidemment des capacités de l’enfant, et qui, en tout état de cause, n’est pas une guérison, mais une capacité à apprendre de son environnement seul.

Nous pensons, mon mari et moi, que ça vaut le coup, et je comprends absolument que pour beaucoup ça ne soit pas le cas. Dieu merci, on a le choix! Il faut juste rester humble, clair, honnête, et que chacun prenne ses décisions en connaissance de cause.

ABA, une éducation structurée, mais pas seulement

La plupart des gens avec lesquels je partage mon expérience de l’ABA s’imaginent que nous passons nos journées rivés à un bureau. Non, l’ABA c’est deux façons d’éduquer et d’enseigner.

Studying dinosaurs at the new desk (photo: Lars Plougmann)

On peut enseigner à table, c’est un enseignement structuré qui convient bien à certains apprentissages. L’enfant est assis en face de la personne qui intervient, et si une guidance physique est nécessaire une seconde personne se place derrière l’enfant. On donne des consignes que l’enfant réalise et l’on renforce immédiatement après la réponse adaptée.

Mais aussi, en parrallèle, et à chaque instant de la vie, on procède par enseignement incidental: dans toutes les occasions possibles, de jeu, de toilette, de courses, de promenade, à l’école, à la piscine, dans la rue, n’importe où, on guide l’enfant, on observe ses comportements, on y répond convenablement, et on renforce tous les comportements positifs. C’est la vie… Comme dans l’éducation de n’importe quel enfant qui est le terrain d’apprentissage.

D’où l’importance d’impliquer tout l’environnement de l’enfant, pour que chacun réagisse de la même manière, d’où l’importance de partager les programmes en cours avec l’institutrice, l’atsem, la baby-sitter, la famille… Pour que l’enfant, en ne rencontrant que des réponses identiques, et des renforcements systématiques, comprenne et expérimente quel est le comportement que l’on attend de lui.

C’est lorsque tout l’environnement de l’enfant bouge, systématiquement et dans le même sens, que les progrès arrivent.

Évaluer avant d’agir et d’établir des programmes: l’ABLLS

J’adore la créativité des psychologues comportementalistes en matière d’abbréviations, toutes plus complexes et inattendues, toutes plus intraduisibles!

Je vais vous parler donc aujourd’hui de l’Assessment of Basic Language and Learning Skills (ABLLS). À vos souhaits!

L’ABBLS est l’un des pilliers essentiels de la mise en place d’une prise en charge ABA. Il s’agit de tests, d’entretiens, qui vont « évaluer » l’enfant sur 25 dimensions du développement, ou plutôt le positionner sur les différents items que je vais vous citer:

Lettre Titre Description
A Coopération et efficacité des renforçateurs L’enfant est-il sensible à la motivation et aux autres?
B Performance visuelle Capacité à interpréter visuellement des images ou des puzzles.
C Compréhension du langage réceptif Capacité à comprendre des instructions.
D Imitation motrice Capacité à mimer et reproduire les actions physiques des autres.
E Imitation vocale Capacité à imiter des sons ou des mots produits par d’autres, capacité d’écholalisation en ABA.
F Requêtes Capacités pour le Manding en ABA, capacité à exprimer une demande, un besoin.
G Dénomination Capacité à nommer des objets, leurs caratéristiques, leurs fonctions, le groupe auquel ils appartiennent.
H Capacités intraverbales Capacité à répondre au stimulus des mots seulement, sans avoir besoin d’objets pour soutenir la compréhension, ou de motivateurs.
I Vocalisations spontanées Utiliser le langage sans demande préalable.
J Syntaxe et grammaire Capacité à assembler des mots et des phrases.
K Jeu et loisirs Capacités à jouer en groupe et de manière solitaire.
L Interactions sociales Capacités à développer des interactions avec les pairs ou les adultes.
M Consignes de groupe Capacités à apprendre au sein d’un groupe et pas seulement en face à face.
N Habitudes scolaires Capacité à suivre les règles et la vie d’une classe.
O N/A
P Réponse généralisée Capacité à généraliser un acquis et à l’utiliser en contexte dans la vie de tous les jours ou dans des situations nouvelles.
Q Lire Alphabet, pré-lecture et lecture.
R Maths Nombres, compter, moins-plus-égal, addition, soustraction.
S Ecrire Colorier, dessiner, copier et écrire.
T Epeler
U S’habiller Capacité à s’habiller et se déshabiller seul.
V Manger Capacités basiques à manger seul et à préparer sa nourriture.
W Soins corporels Capacités de base à prendre en charge son hygiène.
X Propreté Capacités à être propre (pipi, caca, diurne, nocturne, etc.).
Y Motricité globale Ballon, nage, marcher, courir, grimper, monter, descendre des escaliers, une échelle, faire du 4 pattes, ramper, sauter à pieds joints et sur un pied, rouler, pédaler…
Z Motricité fine Écrire, agrafer, pincer, tourner des pages, couper, coller…

Une fois que « l’état des lieux » (en quelque sorte) est fait, les programmes ABA sont bâtis afin de faire progresser l’enfant dans le domaine choisi.

L’ABLLS ne fait référence à aucun degré de « performance », ce que réalise l’enfant n’est pas comparé à ce que réaliserait sa classe d’âge neurotypique. On fait juste la liste de ce que l’enfant sait faire ou pas, afin d’organiser ce que l’on travaillera ensuite.

Ainsi, si Stan ne sait pas découper, il sait manger seul proprement: je vais probablement plus rapidement débuter un programme sur l’acquisition du découpage que sur la recette de la tarte aux fraises. Mais pour certains parents, plus gourmands que mon mari et moi, la tarte aux fraises sera peut-être prioritaire…

Aussi, au fil du temps, j’aurai une référence objective d’où se situait Stan en début de programme, et de son point d’arrivée à l’issue du programme. Et ça, croyez moi, c’est bon pour le moral!

Ce test doit toujours être mené par une personne qui maîtrise bien les techniques ABA afin qu’il ne soit pas biaisé, et avec le matériel adéquat.

Extinction: Lorsque rien ne bouge, tout bouge

Il existe une technique radicale, puissante, extrêmement efficace pour stopper les comportements problématiques: l’extinction. Cette technique est massivement efficace, mais elle suppose d’avoir:

  • Des nerfs solides
  • Un casque antibruit, des équipements anti morsures, un stock de vaisselle incassable, des meubles et portes blindées
  • De la subtilité et de la constance
  • Du temps devant soi et de l’énergie en réserve
  • La conviction chevillée au corps et au coeur, que le mur que l’on va dresser devant notre enfant et sa toute-puissance va l’aider à se construire, pour longtemps, et solidement.
  • Enfin et surtout, l’extinction est une technique qui doit être supervisée par un professionnel, car mal appliquée elle peut être tout à fait désastreuse.
I Love Milk (photo: Joe Shlabotnik)

I Love Milk (photo: Joe Shlabotnik)

Si vous avez lu mon billet précédent, vous vous rappellerez qu’un comportement est gouverné par ses conséquences. Cela vaut pour les comportements adaptés (par exemple, pour avoir les félicitations de la maîtresse, je vais faire cet exercice avec application), mais cela vaut aussi pour les comportement inadaptés (je sais que si je crie très fort et si je jette à terre mon verre de lait, maman n’osera plus me forcer à le boire, et je pourrai tranquillement éviter, sans risque, de boire du lait).

L’extinction consiste à supprimer totalement la conséquence habituelle d’un comportement

Dans la chaine suivante:

  1. Maman me donne un verre de lait
  2. Je hurle, trépigne, jette mon verre de lait et le brise à terre
  3. Maman ramasse les morceaux, éventuellement me laisse passer la serpillère avec le super balai que j’adore
  4. Maman ne m’obligera plus jamais à boire du lait
  5. Je suis peinard, j’ai le contrôle sur Maman, ça veut dire que je peux tenter avec autre chose.

Dans cette chaîne donc, en extinction, tout s’arrête après la deuxième phase. Soudainement, maman ne va pas réagir au verre brisé, maman va revenir avec un autre verre rempli de lait, et elle va réitérer la demande. Mince! Ce n’était pas prévu au programme…

Alors Stan va se mettre à hurler, taper du pied, mordre, griffer, cracher, pendant trente minutes ou plus s’il le faut: c’est ce qu’on appelle le burst, ou le pic comportemental.

Puis Stan va user de toutes les stratégies à son répertoire, pour voir s’il ne pourrait pas « rentrer par la fenêtre », puisque je lui ai « fermé la porte »:

  • Il va essayer de jeter tout ce qu’il y a sur la table
  • Il va tenter d’attirer mon attention en me frappant les jambes
  • Il va vouloir aller marcher dans le verre
  • Il va vouloir échapper de la pièce dans laquelle se déroule l’action
  • Il va avoir une soudaine envie de faire pipi, pour s’échapper dans les toilettes et avoir mon attention

Dans tous les cas, je dois rester de marbre: il peut faire pipi par terre, ça ne me gêne pas. Je fais juste attention à ce qu’il ne se mette pas en danger, ne se coupe pas par exemple, mais je ne lui accorde pas la moindre attention, je suis un roc, je ne lui adresse pas un regard.

Vous n’y croirez peut-être pas, mais une demie-heure après, Stan a bu son premier mini verre de lait – le premier depuis deux mois que j’avais décidé de stopper les biberons.

C’était il y a cinq jours. Hier et ce matin, Stan a retenté d’échapper au lait, et de reprendre le contrôle:  il a jeté son verre (je vais me faire sponsoriser par Ikea moi), mais voyant que cela ne me touchait pas, eh bien, il boit son lait, après avoir vérifié que je n’avais pas changé d’avis.

Cela, nous l’avons aussi vécu avec la mise sur les toilettes, avec l’arrêt des couches diurnes, avec le lait donc, avec les petites exigences du quotidien. Je sais, c’est épuisant, déchirant, il n’y a pas d’autre mot. Mais quel bonheur de voir Stan discriminer petit à petit le comportement à adopter dans diverses situations, quel bonheur de voir quels progrès sa compliance grandissante lui permet d’accomplir! Et c’est aussi à ce prix-là que la scolaristaion de Stan et son intégration dans notre monde se fera.

Lorsque rien ne bouge, tout bouge

Très sincèrement , je n’y croyais pas avant d’avoir essayé, et aujourd’hui, je me sens plus forte face aux comportements d’opposition de Stan.

Il n’y a rien de plus irritant, de plus fatiguant, de plus épuisant pour les nerfs de parents que l’opposition systématique d’un enfant autiste et de tous les comportement problématiques qui y sont liés. Cris, pleurs, crachats, morsures, coups, jets d’objet, Stan nous aura tout fait pour ne pas monter sur les toilettes. Nous n’avons pas cédé, et nous avons gagné par abandon de l’adversaire.

ABA, apprendre par le succès: Chaînage avant et arrière

"That was easy" (photo: Jason Gulledge)

"That was easy" (photo: Jason Gulledge)

Nous sommes tous pareils, même lorsque l’on est différents: ce qu’on aime par dessus tout, ce qui nous donne envie de réussir et d’apprendre, c’est le succès.

Si on prend comme exemple l’analyse des tâches qui permettent de retirer un pantalon, les premiers maillons de l’apprentissage ne sont vraiment pas faciles. Ce n’est pas évident de déboutonner, il faut de sacrées capacités motrices fines pour y parvenir. L’enfant aura beaucoup d’occasions de se démoraliser, de subir de multiples occasions d’échec et n’aura pas beaucoup de renforcement et donc de motivation à apprendre à enlever son pantalon si on commence par l’étape la plus compliquée: le déboutonnage.

L’enseignement de cette compétence va donc débuter par la dernière tâche: vous morcelez donc bien les différentes étapes vous-même, en mettant des mots dessus, en utilisant systématiquement le bon geste calmement, et votre enfant réalise la dernière étape: mettre le pantalon sur la chaise ou dans le bac à linge sale.

Il réussit à le faire, dans 80% des cas, au cours de trois séances successives? Renforcez-le! Et maintenant laissez le réaliser lui-même l’étape précédente: ramasser le pantalon, et ainsi de suite… Remontez la chaîne jusqu’au début.

C’est le chaînage arrière.

Leap (photo: lepiaf.geo)

Leap (photo: lepiaf.geo)

Prenons un exemple de chaînage différent, celui qui permet d’enseigner à jouer au Colorino. Je crois que nous sommes tous d’accord, le plus difficile est certainement la dernière étape: enfoncer le pion dans le bon trou. Par contre, prendre un pion dans la boite ce n’est pas trop compliqué. L’enfant a beaucoup de chances d’y parvenir et donc d’être dans une situation de renforcement très motivante pour pousuivre cet apprentissage, alors on va commencer par cette première étape.

C’est le chaînage avant.

ABA, un pas à la fois: Le chaînage des apprentissages

L’ approche ABA permet d’améliorer les comportements problématiques de nos enfants, mais permet aussi de leur enseigner de multiples connaissances: apprendre à jouer, apprendre à s’habiller, à se laver, à se brosser les dents, apprendre à manger à la fourchette, apprendre à monter les escaliers, à parler, etc.

Toujours sur le même principe de renforcement positif de la réussite et du succès, l’ABA peut être le support de ces apprentissages.

Chained up ??? (photo: 1Happysnapper)

Chained up ??? (photo: 1Happysnapper)

En ABA, tout enseignement obéit aux principes suivants:

  • Tout doit être morcelé en petites étapes, comme les maillons d’une chaîne.
  • On apprend un maillon à la fois.
  • On répète, souvent, fréquemment, à chaque fois que l’occasion se présente, l’apprentissage du maillon jusqu’à ce que l’on obtienne 80% de réussite sur les 3 dernières séquences et, dans l’idéal, avec 3 personnes différentes. Ainsi, même si c’est vraiment barbant, lorsque l’on décide d’apprendre à un enfant à aller sur les toilettes, l’une des étapes est de lui apprendre à baisser son slip, donc c’est l’enfant qui baisse son slip, toujours, quelques soient les contingences, et même si on est en retard. Par ailleurs, baisser son slip, ça s’apprend aussi lorsqu’on se déshabille avant le bain, ou lorsque l’on a un petit accident…
  • D’abord on aide, on guide physiquement, puis verbalement, puis plus du tout.
  • Et à chaque fois que l’enfant se rapproche de la réussite, fait un progrès vers le comportement cible ou vers le geste cible, on le renforce.

Ce qui est important est donc de bien lister tous les maillons. Même les plus infimes. Plus les étapes seront nombreuses, plus les opportunités de renforcement seront nombreuses pour vos enfants, et n’oubliez pas, le renforcement, c’est la clé de la motivation, donc l’huile dans le moteur! Je vous propose de retrouver dans les jours qui viennent quelques exemples de chaînages dans la section Conseils pratiques.

Enfin, les chaînages peuvent être enseignés dans tous les sens: du début vers la fin de la tâche, ou de la fin de la tâche vers le début, c’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Ratio coût/efficacité d’un comportement: un comportement est gouverné par ses conséquences

J’entends ici ou là beaucoup de commentaires sur l’aspect récompense de l’ABA, et ça me fait bondir à chaque fois, parce que l’ABA ce n’est pas un bouquin de recettes à niveaux de récompenses multiples, ce n’est pas du tout ça. Et avant d’utiliser les renforçateurs (car je sais que tout le monde n’attend que ça), je voudrais vous parler de ce qui sous-tend l’usage du renforcement, qui en fait tout son intérêt et va très au-delà d’un échange de jetons ou de corn flakes.

Ratio coût/efficacité d'un comportement: un comportement est gouverné par ses conséquences

Le ratio coût / efficacité d’un comportement

Je prends l’exemple de Stan qui crache lorsqu’il se met en colère. Cracher, c’est facile (surtout quand on est en pleine crise de nerfs ou que l’on veut vraiment être désagréable), c’est super efficace, car maman est vraiment super fachée quand on crache. Tout le monde s’offusque devant ce petit garçon lama, tous les regards se tournent vers Stan, et il a gagné! Il fait un truc super facile, et il obtient un maximum d’attention et de rage maternelle.

Lorsqu’il crache, le ratio coût/ efficacité du comportement est carrément optimal pour Stan.

Que faire?

Maman , fine observatrice du comportement de son fiston – et qui a un super psychologue superviseur, décide de s’amuser à ajouter un signal très drôle à chaque fois que Stan crache. À chaque fois qu’il produit ce comportement, Maman dit « Essuie-toi , Stan, tu baves! », en prenant sa main et en l’obligeant en guidance physique à s’essuyer la bouche, comme il le fait lorsqu’il bave (vraiment ce coup ci).

Parrallèlement Maman décide de ne plus s’intéresser du tout à Stan quand il crache, mais plutôt de se précipiter sur la victime du crachat, de consacrer sont attention au nettoyage du sol… et Maman redonne toute son attention à Stan lorsqu’il attire son attention avec un comportement, disons, plus approprié.

Vous l’avez compris le ratio coût /efficacité n’est plus exactement le même pour Stan:

  • Il doit subir l’essuyage systématique de la bouche avec guidance. Et ça, franchement , ça l’embête.
  • Il a l’impression qu’on le prend pour un imbécile (il nous a d’ailleurs dit hier: « Stan pas bave, Stan crache »).
  • Il n’attire plus l’attention grâce à ce comportement.

Nous avons mis cette procédure en place depuis samedi, je me donne encore une semaine, et je suis certaine de voir mon petit cracheur revenir à un mode d’expression moins « humide ».

C’est cette relation coût/efficacité du comportement qui est au coeur de la démarche ABA, à mon sens . Faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, en rendant un comportement plus difficile à produire, ou en le rendant plus attrayant.

Exercice

Prenez un comportement problématique de votre enfant. Comment pourriez-vous changer ce rapport coût/efficacité? Partageons nos réflexions ensemble.