7 choses que vous devez savoir avant de choisir les 3i

Les 3i sont une approche portée en France par l’association Autisme Espoir vers l’Ecole: AEVE, dirigée par Mme Catherine de la Presles. C’est une méthode qui se décrit comme développementale, pratiquée à la maison, en famille, et qui tente, à travers le jeu partagé avec des bénévoles, de faire « repasser » l’enfant au travers des étapes de développement traditionnelles d’un enfant entre 0 et 3 ans qu’il est supposé avoir loupées.

Voici sept choses que vous devez savoir, avant de choisir la méthode des 3i:

  1. Pratiquer les 3i implique quelques contraintes organisationnelles. Vous devez disposer d’un espace de jeu fermé, et d’une équipe d’une trentaine de bénévoles qui devront se succéder quotidiennement et toute la journée à votre domicile.
  2. Les 3i est une méthode « low cost ».
  3. Les 3i ne sont pas une prise en charge recommandée de l’autisme chez l’enfant et l’adolescent par la Haute Autorité de la santé. Si vous souhaitez porter votre choix vers une approche développementale, la HAS recommande plutôt le modèle de DENVER ou Floortime (en complément d’approches éducatives et comportementales).
  4. L’approche 3i prône: de ne pas vouloir aller trop vite, de ne rien attendre d’une séance, de ne fixer d’objectifs qu’à long terme, de ne regarder les progrès qu’à long terme, insiste sur les régressions fréquentes. Ce discours est aussi celui que tiennent les approches psychanalytiques de l’autisme. Sans objectifs et critères d’évaluation précis, mesurables, atteignables rapidement, il est impossible d’évaluer l’efficacité d’une intervention avec un enfant, et de changer de cap à temps.Cette approche est aussi contradictoire avec la volonté affichée de AEVE de poursuivre une validation scientifique.
  5. Les résultats proclamés par l’association sont les suivants:
    En 2011, après 12 à 36 mois de méthode,

    • 54 sur 160 enfants suivis depuis 2006 ont pu réintégrer l’école ou démarrer l’école à la maison pour rattraper le niveau de leur âge,
    • 22 sur 160 ont acquis le langage,
    • 54 sur 160 deviennent capables de communiquer, comprendre leur environnement, imiter, même s’ils n’ont pas encore le langage.

    Si l’on en croit ces résultats, 120 enfants sur 160 auraient faits des progrès que l’association estiment significatifs. Il semble cependant que plusieurs enfants soient désormais pris en charge dans d’autres associations, avec de graves troubles du comportements, et certains autres intègrent des IME en internat après une expérience 3i inefficace.

    Association Autisme Espoir
    Par ailleurs, « sortir de sa bulle » n’est pas un élément d’évaluation très « scientifique » ;-) , il serait plus intéressant de voir les évaluations ADI-R , ADOS, PEP-R ou BECS avant/ après.

  6. La méthode 3i a d’évidentes lacunes: la généralisation (variété de contextes, d’activités, d’environnements) est négligée. La HAS insiste sur la nécessité de placer des personnels formés en interaction avec les enfants autistes dans le cadre de leur prise en charge. Les bénévoles ne sont pas des professionnels de l’intervention avec un enfant autiste. La HAS recommande vivement une scolarisation, même partielle, des enfants avec autisme afin de les inciter à imiter les comportements de leurs pairs. AEVE recommande la déscolarisation de l’enfant.
  7. Les 3i présentent l’avantage de mettre les parents et leur entourage au centre de la prise en charge, sous la supervision mensuelle d’un psychologue (il y en a 35 dans l’association). Elle ne réclame aucune compétence particulière et dédramatise l’interaction, le jeu, la relation avec un enfant différent.

Autisme Infantile milite pour la liberté de  choix des familles, un choix éclairé, et validé par les recommandations de la HAS.

Comportement Verbal

Il y a environ deux ans, je me suis intéressée au « Comportement Verbal », ou « Verbal Behavior » (en version courte: VB). C’est  une approche qui dérive de l’analyse appliquée des comportements (ABA).

Pour comprendre ce que c’était, on m’a conseillé la lecture d’un livre: « Educate Toward Recovery » de Robert Schramm, Analyste en ABA.

Ce livre a été une révélation pour moi, et a changé fondamentalement ma manière de me comporter avec Julien. C’était un peu comme si on donnait subitement une carte géographique à une personne, perdue depuis longtemps en pleine nature, et qui ne sait quel chemin prendre.

A l’époque, j’en ai traduit certains chapitres pour mon entourage, pour que tout le monde agisse de manière cohérente avec Julien.

J’ai ensuite mis en relation l’auteur, une société d’édition, AFD, et une traductrice, pour que tout le monde puisse profiter de ce livre, comme moi je l’ai fait. Ce livre sera diffusé en Français dans le courant de cette année, avec un autre titre.

Les comportements verbaux, ce sont tous les comportements ayant lieu entre deux personnes interagissant ensemble.

Par exemple,

  • Un enfant pousse un autre pour prendre sa place: c’est un comportement verbal (pas vocal, mais verbal). Le but de pousser est d’obtenir une réaction de l’autre.
  • Un enfant qui demande « pain » au mur, c’est un comportement vocal, mais pas verbal (le mur ne répondra pas).

En comportement verbal l’accent est mis:

  • sur les différentes fonctions qu’un même mot peut avoir, selon le contexte dans lequel il est prononcé,
  • sur la motivation de l’enfant, sachant que c’est la motivation qui est le moteur des apprentissages, pour tout individu.

Le Comportement Verbal et les mots

Si j’écris le mot «pirog» (mot russe), vous pourriez commenter ce mot: c’est un joli mot, de deux syllabes, il est composé des voyelles i, o et des consonnes p, r, g, etc. Ce que vous feriez alors est décrire la forme du mot.

Mais, en réalité, la question que vous vous poseriez, c’est: « comment utiliser ce mot, à quoi sert-il? ». Dans ce cas-là, vous vous posez des questions sur la fonction de ce mot.

Ce mot signifie « gâteau ». Si vous allez en Russie un jour, vous saurez « exploiter » ce mot, vous en servir dans toute situation.

Pour un enfant avec autisme, ce n’est pas forcément le cas: un autiste ne saura pas naturellement se servir de cette information que j’ai donné.

Pourquoi? En réalité, un même mot a plusieurs fonctions: son utilisation dépend du contexte dans lequel on dit le mot, et de ce qui se passe pour la personne juste après l’avoir dit.

Un exemple de ce mot utilisé de trois manières différentes:

  • Un enfant montre à sa maman un gâteau dans une boulangerie en disant « gâteau », parce ce qu’il a faim: dans ce cas il dit cela pour l’avoir! La maman lui achète le gâteau. C’est dans ce cas une demande. La fonction est d’obtenir l’objet nommé. Ce genre de fonction est appelée mand.
  • Ce même enfant peut dire à sa maman « gâteau » en le voyant, parce qu’il en a mangé à midi, et il signale à sa mère qu’il reconnait ce qu’il a mangé: dans ce cas il ne veut pas spécialement le gâteau, il nomme simplement le gâteau. Sa mère est contente qu’il sache nommer le gâteau et le félicite, l’enfant est content et recommencera probablement à nommer autre chose. La fonction est simplement d’attirer l’attention de l’autre en nommant le gâteau : cette fonction est appelée tact.
  • La maman dit à l’enfant: « quel est ton dessert préféré? ». L’enfant répond « le gâteau ». La maman répond alors « moi aussi ». Dans cette situation, la maman engage la conversation, l’enfant lui répond. Ce qu’il dit dépend des mots de la maman. Le mot « gâteau » est l’objet d’une conversation, et il n’est pas présent matériellement. La fonction est aussi d’ordre social: dans le contexte de la conversation, où l’objet n’est pas présent, on appelle cette fonction intraverbal.

Dans cet exemple, le mot « gâteau » a trois fonctions. Il sert dans trois contextes différents, et à chaque fois la conséquence de dire « gâteau » est différente.

Mais… à quoi ça sert de faire ça?!

Un enfant autiste en début de programme VB peut très bien savoir reconnaître un gâteau parmi un ensemble d’aliments, il est peut être capable de répéter le mot « gâteau » sur demande, mais il y a de très fortes chances qu’il ne soit pas capable de le nommer si on lui désigne un gâteau en disant « qu’est ce que c’est? ». Il est peut être incapable de demander un gâteau quand il en veut un. Il est peut être incapable de dire que le gâteau est son dessert favori si une personne lui demande de nommer son dessert favori.

Nous avons naturellement cette capacité à utiliser un mot à travers toutes ses fonctions, mais pas forcément un enfant autiste. Il faut donc lui apprendre.

Un moyen pour améliorer la conversation et la communication d’un enfant autiste est de l’entraîner à utiliser un même mot au travers de ses différentes fonctions.

On se rend compte que de ne pas pouvoir généraliser un mot diminue très fortement la communication et la conversation. Et un enfant incapable de communiquer et de converser va probablement s’isoler.

Inversement, si on apprend à un enfant autiste comment utiliser les mots au maximum, il s’engagera plus facilement avec d’autres personnes, il sera plus sociable, sera encouragé par le fait qu’il peut être compris, qu’il peut participer à des conversations, cela l’amènera à « aller vers nous ». Il trouvera moins de plaisir à rester seul.

Un programme VB s’attaque en premier à la seule fonction pour laquelle la conséquence n’est pas sociale, c’est fonction de demander un objet: la conséquence est la raison même pour laquelle l’enfant fait la demande, c’est l’obtention de l’objet. Et c’est sur cette fonction que le VB travaille en premier avec un enfant en début de prise en charge.

Bien sûr, cela nécessite une haute motivation de l’enfant pour avoir un objet qu’une autre personne détient. Plus d’informations dans un prochain article!

Communiquer et apprendre avec le support des pictogrammes

Lorsqu’un enfant est non-verbal comme Camille, le support des pictogrammes peut être un tremplin vers une communication verbale (et une communication communément partagée), ainsi que vers les apprentissages.

Faire le choix de la communication alternative, ce n’est pas renoncer à faire parler l’enfant. Au contraire, c’est lui donner des outils pour étayer sa pensée visuelle.

Temple Grandin a précisément écrit:

« Ma pensée est entièrement visuelle. Si je dois me souvenir d’un concept abstrait, je « vois » dans ma tête la page du livre ou mes notes et je « lis » les informations qui s’y trouvent. Je me souviens très peu de ce que j’entends sauf si c’est quelque chose qui me touche sur un plan émotionnel ou si je peux m’en former une image visuelle. Pour réfléchir à un concept abstrait, comme celui des relations humaines, je me représente les relations entre les gens comme une porte coulissante en verre qui doit être ouverte doucement pour ne pas voler en éclat. »

La communication alternative, c’est aussi donner les moyens d’interagir avec son environnement et de participer au dialogue. J’ai entendu récemment: « Mais Camille se fait bien comprendre… ». Alors pourquoi s’embêter avec des images? C’était le message implicite de l’interlocuteur. C’est vrai: peut-être Camille sait-elle se faire comprendre par des gestes dans certaines situations, en tirant l’adulte vers l’objet convoité (communication expressive), mais est-ce une solution à terme? Lorsqu’on ne la connaît pas, peut-on dire que l’on a compris sa demande? Je n’en suis pas si sûre. Et à l’âge adulte, si elle ne parle pas, acceptera-t-on ce comportement que l’on jugera probablement inadapté?

Alors, c’est vrai, c’est fastidieux tout ça:

  • les images à chercher sur le net, à adapter pour la compréhension de l’enfant,
  • la banque de pictos colossale à réaliser,
  • associé au fait qu’il faut noter le mot dessous (en majuscule et peut-être aussi en minuscule) pour permettre à l’enfant d’associer l’image et le mot correspondant,
  • sans parler du découpage des vignettes, du velcros à coller et relier, des panneaux, classeurs, affichettes, séquence de tâches à personnaliser!

Bref, un boulot à plein temps et un véritable atelier à la maison!

Mais bon, l’accès à la communication et à l’éducation, c’est un droit et un devoir pour tous. C’est respecter la personne, et lui permettre de trouver sa place parmi les autres.

Je me souviens de la première formation que j’ai suivie sur « l’Autisme et les stratégies éducatives » et de l’intervenant d’EDI Formation qui rappelait combien le support visuel (écrit et imagé) était important pour toute personne. À titre d’exemple, qui n’a pas besoin d’un agenda à consulter pour se rappeler d’un rendez-vous? D’une liste de courses lorsqu’il se rend au supermarché? D’un document affiché sous Powerpoint pour mieux comprendre un concept, une théorie, une idée lors d’une formation?

Parce que l’image, le pictogramme, vaut mille mots. C’est précisément ce que j’ai retenu à l’issue de la formation, parmi d’autres choses:

  • L’image ou l’information codifiée est un support à la compréhension d’une tâche, d’un événement, d’une situation sociale, d’une émotion… Elle permet d’éviter, d’anticiper, ou de réguler des comportements défis. J’ai récemment investi dans le logiciel Les Pictogrammes 2 qui présente un répertoire de données bien fourni, et des outils-modèles très sympas comme la valise à solutions pour amener l’enfant à trouver un comportement alternatif face à une situation problème ou l’écriture de mini-scénarios sociaux.
  • L’image offre des repères dans le temps (prévisibilité, aide aux transitions) et l’espace, et aide à mettre les événements en perspective. Par exemple, sous la forme d’un emploi du temps où l’enfant peut manipuler les images des lieux où il va aller, d’une tâche à venir ou achevée, d’une personne à nommer… Personnellement, je l’ai acheté à Autisme et Apprentissages car le coût était très raisonnable, puis j’ai photographié toutes les personnes de notre entourage et les lieux ressources de Camille pour le personnaliser. Dessous, j’y ai accroché trois pochons (fabriqués par mamie) classés par catégories: personnes, objets, lieux (et hop, une activité d’apprentissage sur la catégorisation ajoutée, mine de rien!).
  • Le pictogramme permet de comprendre, d’identifier et d’exprimer un besoin, une émotion, un état… et un échange d’informations entre deux personnes. Une échelle de douleur peut permettre à l’enfant, l’adolescent, l’adulte, d’expliquer physiquement ce qu’il ressent et de mieux appréhender une situation. De même, un tableau de tri d’activités (deux à trois propositions) permet à l’enfant de gérer un temps libre. J’ai téléchargé les tableaux de choix et de temps (maintenant – après; puis maintenant, ensuite, après) sur le site de E-Learning. Ils sont épurés et simples.
  • Le pictogramme aide à créer des mises en scène pour encourager la communication, et, par la suite, la spontanéité de la communication. Je me souviens du premier pictogramme utilisé par la psychologue dans son cabinet pour amener Camille à demander à aller aux toilettes, mais surtout du ton de voix exagérément enjoué. « Tu veux aller aux toilettes? D’accord! Donne-moi l’image. » (main ouverte et tendue)
  • Le pictogramme aide à la personne à fonctionner de façon plus autonome.
  • Il donne du temps à la personne pour traiter l’information.
  • Le pictogramme peut, par la suite, pour les personnes verbales et non-verbales, soutenir la mémorisation de la structure de la phrase et de son contenu.
  • L’image permet à l’enfant d’entrer progressivement dans les apprentissages:
    • de la discrimination visuelle et de la pré-lecture
    • de la lecture (avec image correspondante associée)
    • en émettant des consignes visuelles (juxtaposition d’images représentant des séquences, comme les exemples d’activités présentées dans le Task Galore (AFD Edition)…

N’oublions pas: une personne autiste ou TED, est 90% visuelle et 10% auditive!

Discriminer des consignes pour sélectionner un item ABLLS-R C31

Vous vous en êtes rendu compte, votre enfant se mélange les pinceaux lorsqu’il s’agit de répondre à une consigne simple. « Montre », « donne », « pousse », « touche », « prends », pour lui c’est du pareil au même. Il jette un coup d’œil inquiet dans votre direction, et au hasard pousse sur la chose que vous désignez. Votre enfant ne comprend pas quelle réponse motrice il doit apporter à votre consigne.

Le but du programme va donc être de parvenir à ce que votre enfant sélectionne une chose en lui indiquant la manière de la sélectionner (la montrer, la donner, la toucher, la prendre, la pousser). Ce sera gagné lorsqu’il pourra sélectionner seul, et dans les trois secondes qui suivent, la consigne, en respectant la réponse motrice attendue.

Si la réponse à la consigne est guidée (que vous avez besoin de faire la réponse motrice avec votre enfant) ou corrigée, on côte 0. Si la réponse à la consigne est correcte, et sans guidance, on côte 1. Une session est composée de cinq essais. On passe les étapes au bout de trois sessions à 80% de réussite.

La ligne de base, c’est-à-dire la situation de départ, se réalisera de la manière suivante:

Au cours de situations de bureau, vous présentez divers items connus à l’enfant et lui demandez de sélectionner un des items en indiquant la manière de le sélectionner. Vous relèverez le pourcentage de réponses correctes, c’est-à-dire les items sélectionnés conformément à la consigne (exemple: « touche la voiture »). Au cours de la ligne de base, les quatre consignes (montre, donne, touche, prend, pousse) seront présentées de manière aléatoire. Vous ferez attention à ne pas renforcer le comportement de votre enfant s’il émet la bonne réponse, et de ne pas le guider en cas de réponse fausse ou en l’absence de réponse. L’idée est de vraiment savoir où en est l’enfant avant de commencer. La ligne de base est prête lorsque vous avez trois sessions consécutives avec des pourcentages de réussite stables.

Au boulot! Installez-vous au bureau et présentez divers items connus (objets et/ou images). Demandez à votre enfant de sélectionner un des objets en indiquant l’action motrice, selon l’étape du programme.

En début d’apprentissage, vous poserez la consigne et vous apportez une guidance physique immédiate à votre enfant pour qu’il sélectionne l’item en respectant la consigne. Vous renforcerez son comportement avec l’obtention de renforçateurs tangibles (petit jouet apprécié, friandise) accompagné de renforçateurs sociaux (félicitations, chatouilles). Petit à petit, vous estomperez la guidance ou laisserez un délai avant de guider, pour permettre à votre enfant de répondre seul.

Dès que l’enfant est capable de répondre seul, vous renforcez la réussite. Reposez la consigne et guidez la réponse en cas d’erreur.

Pour grimper haut, il faut ménager sa monture. Les cinq consignes seront donc introduites progressivement. La première étape: « montre », la deuxième: « montre » et « donne » de manière aléatoire, et ainsi de suite.

Estomper le renforcement, cela signifie que lorsque les critères de succès sont atteints, on renforce une bonne réponse sur 2 puis sur 3.

Bien sûr, on généralise à fond, avec la grand-mère, la nounou, le frangin, papa, ou la bonne copine, et dans tous les environnements, par terre sur le tapis, à l’école, chez Mamie… avec une grande diversité d’items (vive les Playmobils et leurs petites pièces!).

Allez, en avant!

Montessori: Corbeille d’habillage

Rendre les enfants autonomes fait partie de la pédagogie Montessori. Sa pédagogie ne concerne pas que les apprentissages scolaires, bien au contraire.

Je vais vous parler de la corbeille d’habillage qui sert, comme son nom l’indique, à mettre les habits de la journée et de la nuit.

Esteban et Iléan ont chacun dans leur chambre une belle corbeille d’habillage en osier.

Maria Montessori insiste beaucoup sur la qualité des produits que les enfants manipulent: des matériaux nobles comme le bois, le verre, le métal, plutôt que le plastique.

Le soir, nous préparons leur corbeille pour le lendemain. Ils me disent ce qu’il faut y mettre pour le lendemain. Les pictos peuvent être affichés au dessus de la corbeille pour qu’ils le fassent tout seul. Ils déposent alors dans la corbeille le slip, le pantalon, le pull, les chaussettes.

Le lendemain matin, ils quittent leurs pyjamas et peuvent s’habiller tout seuls. Tout est déjà prêt! Et ils peuvent ranger leur pyjama dans la corbeille pour le soir suivant s’ils le réutilisent.

C’est tout simple, mais cela les aide à s’organiser, à réfléchir à quoi ils auront besoin le lendemain, et ils arrivent tous fiers en nous disant « Je suis beau, hein! », « Je me suis habillé tout seul! »

Montessori: la poutre du temps

Les enfants en général ont du mal à se repérer dans le temps. Un des principes de la pédagogie Montessori est « Aide-moi à faire seul », et pour le repérage dans le temps, cela s’applique aussi.

Nous sommes nombreux et nombreuses ici à utiliser un time timer, des emplois du temps visuels pour aider nos enfants à prévoir l’enchaînement des activités, et même les nouvelles montres à pictos qui viennent de sortir (si certains les ont essayées, je veux bien un avis à propos de ces montres!).

Avec la poutre du temps Montessori, on va un peu plus loin. En effet, c’est une bande d’environ 6 mètres, où tous les jours de tous les mois sont présents. Les saisons y figurent aussi. Il faut donc un grand mur. On peut aussi afficher mois par mois si cela est plus simple au départ. Voici quelques photos avant son utilisation:

Montessori: la poutre du tempsMontessori: la poutre du temps

Nous avons imprimé un stock d’étiquettes avec le nom des jours marqué dessus. Les étiquettes du week-end sont de couleur différente; chez nous elles sont bleues. Chaque jour, je marque la date sur l’étiquette du jour correspondant.  Les enfants doivent retrouver la bonne case dans le bon mois et coller l’étiquette. Par exemple, si nous sommes dimanche 4 décembre, je prends une étiquette bleue « dimanche » et j’écris 4 en haut de l’étiquette. Esteban cherche le 4 dans le mois de décembre et colle l’étiquette.

Nous ne rajoutons que peu d’étiquettes à l’avance. pour ne pas les embrouiller. Par exemple, vous verrez sur les dernières photos que l’étiquette du 17 et du 25 décembre sont déjà collées: le 17, ma soeur arrive avec mes neveux et nièces; et le 25 c’est Noël! Plus ils seront grands, plus nous pourrons ajouter des étiquettes « futur ».

Montessori: la poutre du tempsMontessori: la poutre du temps

Au bout d’une grosse semaine, ils savaient qu’ils ne devaient pas chercher la date sur toute la bande, mais seulement dans le mois commencé et à la suite de l’étiquette précédente. Et ils font plein d’associations: « En octobre, c’est l’automne », « Noël, c’est en décembre. Il y aura l’hiver et la neige! », etc.

Si vous êtes intéressés pour en faire une chez vous, n’hésitez pas à me contacter!

Mise à jour

Téléchargez les fichiers nécessaires pour confectionner votre propre poutre de temps. L’idéal est de coller la poutre sur de papier cartonné avant de le mettre sur un mur.

Montessori: dans la cuisine

Montessori: dans la cuisine

Les maisons et appartements sont tous pensés du point de vue de l’adulte. Mais il est possible, avec de simples aménagements, de rendre votre habitation plus adaptée à votre enfant.

Mettez vous à la place de votre enfant et imaginez que vous vouliez faire « comme les grands »! Pas facile quand on dépasse à peine le plan de travail de la cuisine… Les conseils qui vont suivre s’adressent à des enfants de 0 à 6 ans. Pour les anglophones, je recommande la lecture de Montessori Play & Learn: A parents’ guide to purposeful play from two to six par Lesley Britton.

Il y a 6 principes pour aménager les différentes pièces de la maison, afin que votre enfant apprenne à faire seul et devienne autonome:

  1. à la taille de l’enfant: l’enfant doit pouvoir participer à la vie du foyer et avoir un endroit accessible pour ses affaires,
  2. proche proximité: faire en sorte à ce que votre enfant soit le plus souvent à proximité de vous, ses grands-parents, sa nounou… même s’il est dans une autre pièce, mais qu’il puisse voir ce que vous faites,
  3. la liberté sous contrôle: un enfant apprend en utilisant tous ses sens, en explorant. Les limites à l’exploration de son environnement sont les activités et comportements que vous aurez décidé d’interdire pour sa sécurité jusqu’à ce que votre enfant soit en âge de connaître les dangers de son environnement,
  4. Faites participer votre enfant à la vie de famille: si vous envoyez toujours votre enfant jouer ailleurs quand vous faites quelque chose, il ne pourra apprendre les gestes de la vie quotidienne. En vous regardant faire, en vous aidant dans vos tâches quotidiennes, votre enfant apprendra et deviendra autonome.
  5. Répondez à ses besoins, autant physiques et psychologiques: faim, soif, propreté, sécurité, espace – mais aussi amour, respect…
  6. Discipline positive: il est plus simple d’apprendre à votre enfant à faire quelque chose correctement plutôt que se concentrer à corriger quand il se trompe. Il faudra lui montrer encore et encore certaines choses, alors que d’autres iront plus vite. Soyez positif et encouragez votre enfant.
    Par exemple, il a été facile d’apprendre à Esteban et Iléan à plier le linge sec. Ils avaient alors 4 ans et 2 ans et demi, respectivement. Maintenant, ils trient aussi selon à qui le linge appartient. En les encourageant, les renforçant car ils faisaient quelque chose de difficile, ils y sont arrivés. C’est sûr, ils ne plient pas très vite, mais ils essaient et le font!

Activités de vie pratique dans la cuisine

  • Faire la vaisselle: avec marche-pied, tablier, une petite brosse. On explique et montre comment relever ses manches, remplir l’évier, mettre le liquide vaisselle, tenir les assiettes/verres/tasses fragiles. Profitez en pour expliquer les opposés sale/propre, sec/mouillé, vide/plein…
  • Remplir et vider le lave-vaisselle: tous les enfants veulent le faire! Guidez-les, ils apprendront à faire le tri, à classer par taille. Un placard où l’enfant peut ranger et trier ses assiettes et ses couverts est approprié.
  • Mettre la table: nous avons dessiné sur des sets de table une assiette, une fourchette, une petite et une grosse cuillère, un couteau et un verre. Ainsi, nos deux loustics peuvent mettre la table tout seuls!
  • Cuisiner: dès que possible, faites le avec votre enfant. Iléan s’installe sur une chaise dès qu’on est au-dessus de la plaque. Esteban, lui, arrive quand je bouge le robot, car il sait que c’est pour faire des gâteaux! Il mesure les tasses de farine ou de sucre, verse dans le bol du robot et, récompense suprême pour lui, regarde tourner le mélangeur (c’est un robot KitchenAid). Ensuite, il « déguste » les restes de pâte crue. Il aide aussi à verser la pâte dans le moule… il s’éclate, et en plus fait des maths sans s’en rendre compte!

Montessori: dans la cuisine

  • Balayer: les balais jouets pour enfants sont trop petits pour eux, en fait! Essayez de trouver des balais d’environ 1 mètre de haut (plus, si votre enfant est plus grand). Au sol, collez du ruban adhésif de couleur pour former un carré de 30 ou 40 cm de côté. Tout d’abord, apprenez à votre enfant à ramener les miettes dans le carré, et renforcez. Une fois qu’il maîtrise ça, on introduit la balayette et la pelle.
    Au niveau motricité, c’est intéressant: une main doit rester fixe, et l’autre doit faire bouger la balayette pour faire rentrer les miettes dans la pelle. À 3 ans, ce n’est pas si facile que ça!

Montessori: dans la cuisine

Montessori: dans la cuisine

Si vous avez des idées d’activités à faire avec vos enfants, venez les partager dans les commentaires de l’article!

Le Programme TEACCH

Le Programme TEACCH

Le TEACCH, c’est quoi? Traitement et éducation des enfants avec autisme et autres handicaps de la communication.

Ce programme a été initié par Schopler et Reichler et nous vient « évidement » d’Amérique. Le principe émergent est simple: il s’agit de définir les stratégies éducatives envisageables pour l’enfant après une période d’observation. Dans la pratique, il s’agit de créer un environnement spécifique à chaque enfant. Il s’agira bien souvent d’un programme appliqué en CLIS, donc dans une classe spécialisée mais en milieu ordinaire.

Un enseignement structuré

Il concerne l’organisation physique de l’enseignement, les emplois du temps, les systèmes de travail individuel et le répérage visuel.

L’organisation physique de la classe est importante. Il y a une place pour chaque activité. La table de travail personnel tournée vers le mur avec d’un côté une étagère avec les travaux à faire en autonomie (qui sont préparés chaque jour en fonction du niveau de l’enfant) et de l’autre côté, une caisse ou l’enfant doit ranger son travail terminé.

Sur le côté de l’étagère est affiché l’emploi du temps de l’enfant exprimé en pictogrammes ou textuel pour toute la journée à l’école (travail à la table, repas, activités hors école, loisirs…).

Il y a aussi une table au milieu de la classe pour le travail scolaire avec l’institutrice ou l’éducatrice pour ceux qui apprennent à travailler et où se font les choses en commun, comme les jeux de société par exemple, ou les travaux manuels.

Il y a un endroit (le tapis) réservé à l’accueil du matin (ritournelle du matin avec citation des prénoms chacun son tour) pour se dire bonjour. Il y a le coin ordinateur et le coin loisir (puzzles-livres- jeux de société…).

L’intégration

Les élèves sont intégrés dans les classes ordinaires pour ce qui leur convient le mieux (par exemple, dans la CLIS de Mathilde, le sport se fait avec les 6ème chez lesquels sont choisis des tuteurs). Par ailleurs, les élèves participent à la vie en communauté de l’école: repas au self, manifestations sportives, récréations, etc.

L’équipe éducative

Le principe du TEACCH c’est que l’enfant soit « rééduqué » tout au long de la journée. L’équipe se compose donc généralement d’un binôme (pour la CLIS de Mathilde, il y a une institutrice et une éducatrice spécialisée) qui sera en charge de maximum 6 enfants pour que le rapport 1 pour 3 soit respecté.

Le suivi permanent avec les parents

Il ressort du TEACCH que chaque enfant est différent et que chaque individu aura un programme adapté à ses besoins selon l’observation qu’on en aura fait.

Par exemple dans la CLIS de Mathilde, à chaque trimestre, est élaboré un projet éducatif qui prend en compte les acquis et progrès du trimestre précédent et présente les nouveaux objectifs pour le trimestre suivant.

Une réunion a lieu entre les parents et l’équipe éducative, où celle-ci explique comment elle pratique avec l’enfant et comment envisager la même application à la maison pour que l’enfant acquière indifféremment en chaque lieu le maximum d’autonomie (ce qui n’est pas encore le cas de Mathilde, qui cloisonne entre la maison et l’école pour certaines choses).

Le programme TEACCH s’applique aussi pour la formation professionnelle et l’intégration professionnelle.

Le TEACCH est un programme très visuel pour que les enfants arrivent à se repérer dans l’espace et le temps, ce qui les rassure et leur permet de passer à l’activité suivante sans surprise. L’utilisation de pictogrammes n’implique pas forcément la méthode PECS (communication par échange d’images).

Appliquer TEACCH à la maison

Chez moi, dans presque toutes les pièces, vous trouverez du TEACCH.

Dans la salle de jeu, où Mathilde passe le plus clair de son temps, il y a un grand tableau blanc avec à gauche le planning (photo de la maîtresse ou photo des intervenantes du SESSAD, repas, bain, ordi, aller se coucher…), à droite tous les pictos des activités et des ressentis (malade, fatigué, en colère) avec une bande phrase parce qu’elle utilise aussi le PECS.

Dans la salle de bain, le planning  c’est: oter les vêtements, le bain, shampoing, couper les cheveux, brossage des dents (il ne marche pas, celui-là, mais j’essaye à chaque fois…), mettre le peignoir, brosser les cheveux.

Dans sa chambre, une image pour chaque chose: culotte, brassière, t-shirt, pantalons, pull… ce qui lui permet de prendre chaque chose sans tout mettre en l’air dans le placard!

Dans la cuisine, sur le réfrigérateur: une photo de chaque chose qu’elle mange ou qu’elle boit, avec la bande phrase, ce qui lui permet de choisir ce qu’elle veut manger et boire. Elle ne l’utilise pas seulement au moment des repas. Si elle a soif dans la journée, elle donne le picto correspondant à ce qu’elle veut.

Quand Mathilde voit sur son planning la photo de ses intervenantes SESSAD, elle guette par la fenêtre si son taxi arrive…