Travailler les enjeux moteurs avec le marteau

Faustine fait travailler à Matthieu certaines compétences qu’il doit apprendre à l’école maternelle. Cela fait partie des situations motrices qui viennent au service du développement de l’enfant.

Pour améliorer la motricité manuelle, on travaille l’orientation de la main, la manipulation, la projection, les actions graphiques, etc. Il y a plusieurs manières de parvenir à cela: saisir, attraper, modeler, encastrer, empiler, tenir, retourner, tâter… Enfoncer un clou à coups de marteau en fait partie.

Au final, toutes ces actions ont pour but d’aider à la tenue d’un crayon, car elles font travailler la tenue, la position à un point précis de l’espace, le déplacement. Cela fait aussi travailler la coordination oculo-manuelle, au passage, donc, que des bienfaits pour nos enfants autistes, qui ont du mal avec la psychomotricité!

On voit que Matthieu apprécie tout particulièrement ce travail, qu’il fait consciencieusement. Il faut encore lui demander régulièrement de ne pas prendre plusieurs clous ou formes à clouer à la fois, car il a tendance à remplir ses mains, ce qui l’empêche de tenir correctement le marteau.

Il y a plusieurs jeux que vous pouvez utiliser pour aider votre enfant à faire cet exercice de psychomotricité:

  • Figurines à clouer, le jeu présenté sur la vidéo.
  • Formes à clouer, un plus grand challenge car il y a une centaine de pièces, et qu’il faut faire les formes soi-même (et donc, il faut une meilleure imagination et visualisation que ce dont Matthieu est capable pour l’instant).
  • Formes à clouer, une version différente avec 212 pièces.
  • Formes à clouer (géant, en action), avec un très beau tracteur pour les passionnés de machines.
  • Images à clouer sur liège, où il faut mettre en scène des personnages.
  • Formes à clouer (version mini en 50 pièces).

C’est un achat qui semble superflu pour les enfants neurotypiques, car ils acquièrent rapidement ces compétences et risquent de laisser de côté ces jeux rapidement, mais nos enfants autistes peuvent travailler énormément de compétences nécessaires à l’école maternelle avec, c’est donc un bon investissement.

Votre enfant joue-t-il avec le marteau? Est-ce que c’est une activité qui lui plait? A-t-il pu acquérir des compétences intéressantes avec? Partagez dans les commentaires.

Travailler la précision avec le Docteur Maboul

Faustine, la psychomotricienne de Matthieu, lui fait travailler la précision et la préhension avec un jeu que Matthieu apprécie tout particulièrement: le Docteur Maboul.

Le but est d’arriver, à terme, à ce que Matthieu arrive à positionner et attraper les éléments avec la pince. Le travail sur l’agilité à ne pas faire sonner le jeu (en ne touchant pas les bords – un niveau de précision au-dessus) n’est pas encore abordé, car si Matthieu arrive à bien positionner sa pince autour de l’élément, il n’arrive pas encore à attraper la pince de manière à « pincer » l’élément pour pouvoir le soulever hors du trou.

Ce n’est pas un apprentissage évident, car il faut que Matthieu arrive à combiner deux actions, qui ne sont pas faciles pour lui, et qui demandent énormément d’efforts au niveau de la psychomotricité fine.

Faustine emploie plusieurs manières pour mieux aider Matthieu:

L’apprentissage par l’exemple

Matthieu est capable d’imiter, jusqu’à un certain point. Il est donc utile de lui montrer comment faire le geste, afin qu’il puisse observer la prise en main correcte et les gestes utilisés pour arriver à faire l’exercice.

La guidance physique

Faustine lui prend la main pour l’aider à positionner sa main, à positionner la pince, ou à pincer pour attraper l’élément à sortir.

La guidance verbale

Au bout d’un moment, Matthieu arrive mieux à effectuer les gestes tout seul, il suffit de le guider verbalement, en le faisant par la suite de moins en moins lorsqu’on se rend compte qu’il en a moins besoin.

En même temps, il y a un travail de concentration et de compliance. On lui demande de ne pas faire n’importe quoi, de ne pas s’auto-stimuler en touchant le nez du clown sans arrêt ou en allumant/éteignant fréquemment le jeu. C’est un exercice facilement reproduisible à la maison, et qui fait travailler plusieurs domaines, notamment en psychomotricité.

Motricité manuelle: visser et dévisser

Faustine, la psychomotricienne de Matthieu, lui fait travailler la psychomotricité fine en lui proposant un jeu où il faut visser et dévisser des vis et des écrous en plastique colorés.

Ce genre de jeu est utile pour maîtriser les gestes usuels et les actions fonctionnelles (dans ce cas, ouvrir un bocal ou une bouteille, par exemple). Cela aide Matthieu à travailler sa coordination musculaire.

Mais Faustine profite de ce jeu pour corriger ou améliorer d’autres aspects des troubles autistiques de Matthieu:

  • le flapping: Matthieu fait du flapping quand il est content ou bien quand quelque chose tombe, ce qui le stimule visuellement. On voit qu’il fait beaucoup d’efforts pour se contenir les premiers temps. Quand il n’arrive plus à s’empêcher de le faire, Faustine le reprend gentilment. Voir aussi les articles: Signe de TED: Le flapping et Important: réduire les rituels au maximum.
  • la rigidité sur les couleurs: Matthieu a tendance à vouloir faire des paires de couleur vis/écrou. Cela devenait un peu une obsession, donc Faustine le bloque en le devançant et en désapareillant les couleurs sur certains éléments.
  • la prise en main correcte des éléments: Faustine l’incite à ne pas en prendre plusieurs à la fois, et à avoir un positionnement correct des mains et des doigts.
  • la constance: Faustine lui apprend qu’on termine ce qu’on a commencé, qu’on range ce qu’on a sorti quand on a fini une activité, et qu’on ne s’éparpille pas.
  • rester assis le plus possible: c’est très important que Matthieu apprenne à rester assis pendant les activités si on veut qu’il s’intègre à l’école.
  • accepter que chacun ait son tour: c’est assez dur pour Matthieu, qui généralement n’aime pas quand on touche ses jouets en même temps que lui. Il apprend ainsi la patience, le tour de rôle et le respect des règles.

Motricité manuelle: visser et dévisser

Chose amusante, à un moment donné Matthieu crie « AOUET’ » en tapant sur les portes du placard de la salle de psychomotricité. Au départ, je n’ai pas fait le rapprochement, mais en l’entendant plusieurs fois répéter ce mot, et en le revoyant faire en vidéo par la suite, j’ai compris: il doit être en train de repenser au dessin animé La Belle et la Bête de Walt Disney, où les villageois prennent un bélier pour enfoncer les portes du château de la Bête. « AOUET’ » veut en faire dire « Tuons la bête »!

Matthieu prend même une vis pour s’en servir comme bélier sur les portes du placard! Par contre, je ne sais pas pourquoi il pense à cela à ce moment-là. Des idées, quelqu’un?

Position des éléments du visage

Faustine a fait travailler Matthieu avec le puzzle des expressions, pour qu’il comprenne la position des éléments du visage, et lui montrer les émotions des petits personnages représentés.

Je remarque que Matthieu a eu besoin d’être bien aidé, avec un exemple et une guidance de la part de sa psychomotricienne, ce qui veut dire qu’il ne fait pas encore bien le rapport entre les pièces du puzzle et l’image qu’elles représentent.

C’est aussi pour ça qu’il est capable de faire des puzzles à encastrer de plus de trente pièces avec rapidité depuis ses un an, mais qu’il n’arrive toujours pas à faire un puzzle simple de quatre pièce qui représente quelque chose, en particulier si toutes les pièces s’encastrent les unes dans les autres. Il sembre s’attacher plus à la forme de la pièce qu’à ce qu’elle représente. C’est pour ça aussi qu’il a du mal à positionner les éléments du visage. Est-ce qu’il comprend qu’il faut former un visage, ou est-ce qu’il fait « au hasard »?

Position des éléments du visage

Vous pouvez vous procurer le puzzle des quatre expressions du visage, ou bien regarder les articles qui parlent du travail que l’on peut faire à ce propos à la maison, avec des jouets que vous avez peut-être déjà:

Je sais que pas mal d’entre vous travaillent, soit avec ce puzzle, soit avec d’autres jouets, la perception des émotions et la place des éléments du visage avec leurs enfants. Comment cela se passe-t-il?

Jeu de loto

Faustine et Benjamin, la psychomotricienne et l’orthophoniste de Matthieu, ont accepté que je filme des séances de temps en temps pour pouvoir vous présenter le travail qu’ils font avec notre enfant. Je vous proposerai donc des vidéos pour illustrer les activités que l’on peut faire faire à un enfant autiste de quatre ans.

Matthieu a joué à un jeu de loto avec Faustine. Le but du jeu est de mettre la carte sur son équivalent sur une feuille.

Il faut savoir que c’est seulement la deuxième fois que Matthieu joue à ce jeu avec Faustine, et que la fois précédente il n’a pas utilisé le même support. On voit qu’il a bien compris le principe, et je remarque aussi un léger pointage de doigt pour indiquer à Faustine quelles sont les cartes qui manquent (l’impatience des enfants, c’est mignon parfois).

Séance de psychomotricité

Matthieu est resté assis à la table durant toute l’activité, ce qui est quelque chose de nouveau pour moi puisque d’habitude à la maison il ne tient pas en place cinq minutes. C’est une bonne chose, puisque comme ça il s’habitue à rester assis pour quand il commencera l’école et qu’on lui demandera de s’asseoir pour faire des activités scolaires.

De plus, il travaille l’appariement et les notions de « pareil » et « différent ». Ces notions pourront lui être utile dans d’autres apprentissages, ainsi que dans la communication de tous les jours.

N’hésitez pas à choisir les jeux de loto selon les intérêts de vos enfants pour que ça soit plus attrayant pour eux de jouer! Voici quelques jeux de loto qui pourraient leur plaire: Babar, Winnie l’ourson, Petit Ours Brun, les animaux familiers, premier loto P’tits Incollables, et un autre jeu de loto P’tits Incollables.

Jouez-vous au loto avec votre enfant? Comment se débrouille-t’il? Avez-vous des histoires à partager à ce sujet? Exprimez-vous dans les commentaires.

La perception du visage

J’ai demandé l’autre jour à assister à une séance de psychomotricité de Matthieu. Sa psychomotricienne, Faustine, a eu la gentillesse d’accepter que je la filme et que je prenne des photos.

La perception du visage

Pendant la séance, j’ai eu la surprise de la voir utiliser le puzzle des quatre expressions du visage dont je vous parlais dans mon article Travailler la perception du visage. Matthieu a eu quelques difficultés parce qu’il n’intègre pas encore la position des éléments du visage, mais une fois que Faustine en a complété un pour l’exemple, il s’en est mieux sorti.

Dès que j’arrive à mettre en place un système de vidéo sur mon ordinateur et sur le blog, je vous promets des articles avec des exercices illustrés par des vidéos!

Ateliers de psychomotricité et d’orthophonie

J’ai l’immense chance d’avoir une équipe thérapeutique fantastique et ouverte à mes propositions, qui m’inclut entièrement dans la prise en charge de Matthieu et prend en compte mon avis et mes souhaits, en essayant de toujours trouver un terrain d’entente plutôt que de m’imposer leurs choix. Je suis tout à fait consciente de l’exceptionnalité de notre situation, car j’entends beaucoup dire autour de moi que d’autres parents doivent se battre sans arrêt pour que leur enfant reçoive le traitement qu’ils veulent.

C’est ainsi que lorsque je leur ai proposé de former un atelier mêlant psychomotricité et orthophonie, et m’incluant, nous avons démarré des séances bimensuelles basées sur des thèmes précis: le goût, le toucher, les sons, les consistances, le corps, etc.

Ateliers de psychomotricité et d'orthophonie

Nos buts sont multiples: allier la psychomotricité et l’orthophonie au jeu, resserrer encore les liens entre Matthieu et ses thérapeutes, travailler des choses nouvelles lui ouvrant l’esprit et l’amenant à faire des découvertes.

Pendant ces ateliers, nous cherchons aussi beaucoup à le canaliser, à travailler l’interactivité, le tour de rôle, l’écoute des consignes et la patience. Ce sont des séances plutôt physiques où nous devons continuellement le diriger, le faire asseoir, le faire aller là où il doit faire une action, etc., un peu comme on le ferait d’une marionnette récalcitrante. Mais au final, il finit par comprendre ce qu’on veut de lui et il nous accompagne par la suite dans nos demandes.

Nous travaillons tous de concert afin de lui offrir le maximum de chances de se développer au-delà de ses comportement stéréotypiques. Matthieu semble complètement à côté de la plaque la première fois où nous abordons un thème, mais lorsque nous y revenons par la suite, il semble avoir plus d’entrain et plus d’envie de bien faire. Nous refaisons les anciens ateliers à intervalles réguliers jusqu’à ce qu’ils soient assimilés.

J’ai retrouvé beaucoup de nos actions dans le livre de Barbara Donville: Vaincre l’autisme. Je vais essayer de pêcher dedans pour trouver encore plus d’idées à exploiter pour Matthieu.