Atelier rêve, lève toi!

« Tes enfants ont grandi, l’écho de ta voix est venu jusqu’à moi », chantait haut et fort l’une de mes plus fières amies dont je tairai symboliquement le nom, secret professionnel oblige.

Peu de gens connaissent la vraie signification des paroles délivrées par la piètre Julie: elle s’adresse en réalité à une Ève qui représente l’analysante idéale, totalement gagnée par le transfert, si accrochée au divan qu’elle refuse de s’en détacher dans l’attente d’une interprétation de l’un de ses rêves.

Vingt ans plus tard, Ève est toujours là, mais son psychanalyste, aidé-cédé, est désormais remplacé par un envahisseur comportementalo-facho qui essaye en vain de la brusquer.

Mais ne rêvez pas messieurs les cognitivos, on ne balaye pas d’un revers de manche les progrès effectués en vingt ans d’analyse! Celle-ci est effectivement littéralement et symboliquement fusionnée au divan, ses cheveux très longs étant cousus au tissu marron qu’ils colorent dans un délicieux panaché. Mais il y a d’autres cheveux, et d’autres corps aussi, enchevêtrés dans de délicates siamoiseries apragmatiques et songeuses. Que s’est-il donc passé? Que s’est-il donc passé? Demandez-le vous chères et mères, demandez-le vous mais pas tr…!

Chères et mères,

Hum, désolé, je m’étais assoupi pour sombrer dans l’une de mes activités favorites: l’écriture automatique de rêvasseries. Je ne saurais me risquer à l’interpréter, et préfère rester fidèle au six cent soixante-sixième commandement freudien dans son dix-neuvième alinéa:

Si seul le psychanalyste détient le véritable pouvoir d’interprétation du rêve, pour ses propres songes il ne devra pas en user afin de ne pas scinder sa personnalité en de multiples entités, comme l’atteste l’expérience des différents états désunis de la malheureuse Tara.

Les digressions les moins indispensables ayant été abordées, nous pouvons désormais nous atteler à notre atelier rêve. Cette semaine, il ne s’agit pas de la piètre Julie, mais de la chère et mère Julia, qui me soumet un petit cauchemar, obscur pour elle, mais qui ne tardera pas à se révéler multilimpide pour tous:

J’ai fait un horrible cauchemar cette nuit. Je courais après mon train dans lequel était mon mari, mais j’étais encombré d’une énorme peluche de crocodile qui m’empêchait de sauter dans le train. Le train prenait de la vitesse et je voyais mon mari me faire signe de lâcher le croco, mais je m’y refusais… C’est grave, maître Jean-Marie?

Après avoir pris soin de ne pas répondre à la question finale autrement que par une autre question (« Et vous, qu’en pensez vous? »), je profite de l’un des nombreux silences, non pas pour échafauder une hypothèse farfelue, mais pour tordre et remodeler ce rêve, « à ma guise » comme dirait mon ami Jean Roquefort, de façon à ce qu’il épouse parfaitement le cadre de nos indispensables théories.

J’en profite pour vous imposer de ne pas accorder d’importance aux préjugés scientistes en vigueur, qui voudraient nous faire croire que le rêve ne constitue qu’une activité de maintenance du cerveau, une sorte de défragmentation d’un disque, dur comme un phallus, auquel serait assimilé notre esprit parlant. Que de sottises, me direz-vous…

Revenons aux choses sérieuses avec nos différents scénarios.

Interprétation n°1: la défaillance narcissique

Julia voyageait sans billet sur un train que l’on peut tout à fait assimiler au pénis de son mari. Elle s’est faite éjecter par un contrôleur. Il est évident qu’elle ne se sent pas à la hauteur de ce gigantesque phallus, qu’elle pense ne pas mériter son bien membré mari, au point que celui-ci pourrait bien la laisser courir en vain sur le quai.

La suggestion du manque de confiance en soi reste l’une des meilleures stratégies de fidélisation de l’analysant, ce mal étant, d’une, très répandu, de deux, très difficile à corriger, donc facile à cultiver.

ADG (Années de Divan Garanties): 15

Interprétation n°2: l’homosexualité refoulée

Le crocodile symboliserait, comme toujours, le sexe féminin, celui de la partenaire fantasmée par Julia. Le mari, bafoué, trompé par ces tendances douteuses, quitterait fièrement Julia à bord d’un train, par lequel il lui signifierait que lui, au moins, est bel et bien membré, et que de par ce fait: il existe.

La suggestion de l’homosexualité refoulée reste un grand classique de notre pratique, efficace à condition d’être maniée avec précaution. Lorsqu’il s’agit, par exemple, d’un couple homosexuel (une tendance qui semble se répandre, malgré nos mises en garde), il s’agira de parler d’hétérosexualité refoulée.

ADG: 10

Interprétation n°3: l’infidélité du mari

Le mari aurait donc trouvé un plus beau trou, encore plus vide et inexistant, donc plus apte à recevoir ce gigantesque phallus monté sur rails. La pauvre Julia poursuivrait son pénis en vain, brandissant un crocodile symbolisant son propre trou, hélas trop existant et trop dentu pour satisfaire un mari qui a déjà la tête, ou plutôt le pénis, ailleurs.

La suggestion de l’infidélité reste une stratégie efficace, pour la simple et bonne raison qu’il est très difficile pour le conjoint de prouver sa fidélité, à partir du moment où nous la mettons en doute. Si toutefois celui-ci y parvient, nous n’oublierons pas de préciser qu’il s’agissait d’une infidélité « symbolique ». Hélas, l’infidélité suggérée ne devra pas être suivi de divorce ou de séparation, pour se concrétiser par de longues années de divan. Nous avons effectivement remarqué qu’une femme qui quitte son mari quitte souvent son psychanalyste dans les mêmes eaux (étrange).

ADG: 2 en cas de divorce, 16 sans séparation du couple

Interprétation n°4: la belle-mère

Le crocodile pourrait représenter la belle-mère de Julia, une femme qu’il ne sera pas difficile de faire passer comme très encombrante, étant donné que toute belle-mère l’est par définition, même lorsque celle-ci habite sur un autre continent ou qu’elle est décédée, dans ce cas par son omniprésence symbolique. Julia et le crocodile se seraient donc battues sur le quai, laissant le train partir: il ne peut en rester qu’une!

Il s’agit d’un grand classique de la psychanalyse, indémodable et très lucratif lorsque suggéré efficacement. Il est essentiel d’entretenir l’ambivalence de l’analysante à l’égard de sa belle-mère, y compris après le décès de celle-ci, par un délicat jeu de valorisation/dévalorisation, de manière à cultiver des attitudes passives/agressives au sein du triangle post-oedipien concerné.

ADG: 13

Interprétation n°5: le féminisme chronique

Il est désormais avéré que l’adoption d’idées féministes se traduit par l’apparition progressive d’une dentition aiguisée sur la face interne des petites lèvres. Lassé de ces mutilations phalliques perpétuelles (même les pénis les plus avantageux sont fragiles), le mari de Julia placerait celle-ci devant un choix corps-nez-lien: abandonner son féminisme démoniaque, ou le laisser partir à jamais. La difficulté de Julia à lâcher le crocodile symbolise à merveille la grande difficulté des femmes d’aujourd’hui à lâcher prise en ce qui concerne les idées dentues féministes.

Le féminisme est un mal nouveau, au moins autant que les TCC, il convient de résister à cet envahissement. La première étape doit donc être de le pointer comme une déviance pathologique nuisible à l’espèce humaine, puis à reconditionner les victimes en prescrivant un repartage des tâches au domicile, et une réattribution du travail exclusif à l’homme au sein du couple. Ce processus est parfois long, donc lucratif, mais parfois périlleux. Mais après tout, n’est-ce pas le cas de tout arrachage de dent?

ADG: 1 en cas de féminisme de combat, 20 en cas de féminisme de posture

Synthèse/conclusion

Une fois les principaux scénarios établis suivant nos règles ancestrales, il convient de les associer délicatement, de les entremêler sournoisement, de manière à obtenir un amalgame obscur et impénétrable, le tout garantissant alors un bonus de 5 ADG.

Je me suis volontairement limité à 5 scénarios, mais la frontière des limites des bornes songeuses n’est jamais clairement établie.

Je vous laisse libres, chères et mères, de proposer d’autres scénarios anneaux-lytiques, dont les meilleurs pourraient se voir dignes de figurer aux cotés de ceux de votre maître dans son article. Lancez-vous donc.

En ce qui concerne celles qui ont du matériel rêveur ou cauchemardesque à me proposer, faites-le plutôt par mail. Le meilleur de ces songes fera l’objet du prochain atelier rêve.

Piètrement vôtre,
JMDL

Le fou à(te)lier conte de Noël

Chères et mères,

Vous êtes nombreuses à me carlos-soliciter au sujet des bas-fonds du bien-fondé de certains ateliers de nos temples de jour. Je vous ai auparavant éclairées sur le réel signifiant de l’à-quoi-rhum, et suis aujourd’hui en mesure de vous apporter la vérité, sans langue de bois ni de poutre, en ce qui concerne l’à-te-lier conte. Il s’agit effectivement d’une histoire de liaison, de lien, de reliure, mais pas de celle que vous croyez.

En cherchant un peu dans notre vaste littérature destinée aussi bien au grand public qu’au petit peuple ainsi qu’à notre personnel le plus dévoué, notamment les instances rééducatives que nous avons mis des années à détourner de leur fonction prince-epsilon, vous préleverez volontiers les notions suivantes:

Le fou à-te-lier, comme nous aimons à le surnommer dans nos plus folles gaudrioles, constituerait une brèche restructurante de l’espace-temps psychotique, une médiatisation transitionnelle permettant d’apporter du cââdre, de la conte-nuance et du lien à l’esprit du petit d’homme psychotique perdu dans l’errance sombre et sexuellement diffluente de ses pensées.

Il s’agit d’un « appareil à penser les pensées », grâce auquel le mouflet pourra enfin comprendre pourquoi il ne peut pas penser librement à partir du moment où nous, soignants, aurons compris quels sont les conflits internes qui l’empêchent de penser ce qui est bon à penser, selon l’interprétation de son mode de pensée archaïque qui perturbe le système de pensée que nous imaginons devoir lui suggérer, afin de remédier à ce qui n’est finalement, qu’un problème de pensée.

L’abbé Pierre de la psychanalyse l’a très bien résumé sous cette forme:

« Ainsi dans les ateliers conte, on voit passer les enfants de l’identification projective destructive à l’identification projective secourable puis à l’intériorisation de traces réutilisables en d’autres lieux »

Bref, tout ceci n’est que façade, ou plutôt rideau, qui ne tardera pas à s’ouvrir sur le véritable clou du spectacle: car oui, j’ose le dire, vos petits nous épuisent, nous divisent, jusqu’à nous empêcher parfois d’ex-comme-nu-nier notre foi c’est-leste pour faire face à l’agressivité qui sévit au-delà des remparts du temple. Nous avons grand besoin de distraction, et vos rejetons en sont la solution.

Comme je le disais au dernier conseil suprême de la COPPA: le conte n’est que script, que scénario du veau-de-ville, que doivent intégrer les petits d’homme en vue de la grande représentation annuelle devant les plus grands chambellans et cardinaux, elle-même en vue de la grande commémoration qui désignera le temple de l’année.

Mais attention, il ne s’agit pas de dresser les gosses bêtement comme des chimpanzés, mais de surcroit d’offrir aux chambellans de la substance nutritive d’esprit, aux maîtres à penser de la matière à penser, à interpréter symboliquement vers les matières scato-sexuelles et parentales, le tout sur la base d’une petite troupe de psychotiques déguisés. Voilà pourquoi nous nous réunissons parfois si longtemps dans le secret, celui de la mise en scène.

À titre d’exemple je vous propose d’ouvrir une partie de votre inconscient malade à notre projet de Noël pour lequel nous travaillons d’arrache-pénis: la petite fille aux allumettes. Ce conte tragicomique illustre à merveille le potentiel toxique qui sommeille symboliquement dans l’inconscient de tout parent. Rappelons que cette petite fille, à laquelle son père promet des sévices si elle ne vend pas suffisamment d’allumettes, constitue le révélateur symbolico-métaphorique idéal du proxénétisme parental (attention, j’ai bien précisé symbolique). Le fait que cette petite péri-patte-esthéticienne finisse décédée dans la nuit, et avec le sourire, montre bien toute la dimension masochiste acquise au fil des sévices, ainsi que le bien-fondé de notre démarche d’appel aux services sociaux pour des parents récalcitrants, y compris lorsque l’enfant « parait » bien traité.

Lors de la lecture de ce conte, les réactions des enfants peuvent être extrêmement disparates et d’autant plus avariées. Certains n’hésitent pas à lancer violemment des jouets sur le conteur, j’en sais quelque chose. Il est alors essentiel de procéder immédiatement à une mise au point sur la lapidation à travers les âges, de signifier à ces enfants que cette pratique a été abandonnée dans notre pays, car les scientistes n’y ont guère trouvé une forme d’efficacité ou d’efficience en ce qui concerne le cadrage de la quête féminine du pénis.

Par ailleurs, j’ai encore en mémoire le souvenir de cette séance durant laquelle Doc Odile faisait la lecture, et au cours de laquelle une petite psychotique s’écria brutalement:

Odile, ras-le-cul de ton histoire d’allumettes, grosse pute!

Odile ne fut point choquée, rassurez-vous, car elle savait que tout cela n’était que projectif. Cette petite voulait bien entendu parler de sa mère, que le père poussait probablement à la prostitution. Quant au terme « allumettes », il faisait directement référence à l’attitude d’allumeuse que cette petite avait adoptée en réponse à celle de sa mère, dans un probable processus identificatoire à celle-ci, et en réponse à la menace de castration proxénètique du père. Enfin, l’expression ras-le-cul se rapportait aux probables sévices du père que nous soupçonnions de manier la ceinture sans grande délicatesse. Le fait que ces parents manifestaient une certaine résistance aux théories psychanalytiques en vigueur n’avait alors aucun rapport avec le signalement aux services sociaux que nous avons effectué par la suite.

Sur le moment, Doc Odile fit face à la situation avec brio en répondant:

Tu penses à ta maman c’est ça?
Tu sais qu’on ne dit pas pute mais prostituée?
Si tu as mal aux fesses, nous allons faire le packing, tu veux bien?

La petite ne pût cacher sa joie à l’idée de se frotter au linge mouillé, comme face à la plupart des à-te-lier de régression que nous lui proposions alors. Je ne vous cache pas que, grâce à notre travail, cette petite obtint par la suite le rôle principal, et fera certainement grande impression aux chambellans pendant les fêtes. Je vous tiendrai bien entendu informées.

Allumette-ment vôtre,
JMDL

Des pattes aux nageoires

Chères et mères,

Qui n’a jamais ressenti la moindre jouissance en sautant à pieds joints dans une flaque tout en chantant sous la pluie? Nous verrons ultérieurement qu’il est en loque(con)currence question de jointure lorsque nous parlons de vie aquatique, mais je souhaite tout d’abord rendre un eau-mage sincère, bien qu’il ne soit pas forcément des plus immérités, à l’abbé Pierre de la psychanalyse, sans qui la flaque et les contes n’auraient certainement pas connu des jours meilleurs.

Vous êtes nombreuses à nous reprocher un léger hermétisme lorsqu’il est question de manipulation corporelle de vos rejetons, mais je dirais qu’à ce stade l’essentiel du processus thérapeutique est déjà enclenché, à savoir la coupure du lien en-pois-sonné, à savoir le collier de pois étrangleur de pénis qui vous unissait maladivement à votre progéniture. Malgré cela, vous nous objectez notamment qu’il serait incohérent d’immerger un enfant que nous considérons en proie à des angoisses de liquéfaction, sans jamais prêter attention à ce que nous pourrions rétorquer de cette abjection: « liquide + liquide = solide » selon les dernières découvertes en matière de chimie organe-nique.

Ainsi, vous daignez fréquemment adresser vos réclamations au petit personnel infirmier ou psychomotricien, sans ignorer de ne pas savoir que ce rempart ne bénéficie pas du grade de Chambellan permettant la connaissance ou la délivrance de la vérité concernant la chaîne du rhume aquatique. Ceux qui mettent les mains dans l’eau ne disposent que d’éléments de langage de bois grâce auxquels ils vous maintiendront à votre place de parents « suffisamment » toxiques: il s’agit alors d’une « médiation par l’eau », d’un « travail avec le coôorps », d’une histoire de contenance, du rassemblement d’un morcellement symbolique d’un enfant qui ne perçoit pas ses limites, de la récupération d’une enveloppe mal timbrée, mal léchée, mal postée, à cause d’une mère ayant accouché d’un corps dont l’inconscient reste sait-caisse-très dans l’oeuf!

J’ose aujourd’hui vous le dire, chères et mères, tout ceci n’est que saine diversion. L’interprétation de la tâche d’huile urinaire dans l’eau, l’analyse de la forme et de la flottaison des fèces voguant sur la flaque, la reformulation en cœur des signifiants naturistes sur la « tenue » du « tout nu », tout ceci ne vise qu’à dit-simuler une vérité que nous vous croyions incapables de recevoir sereinement. Or, les temps sont en érection pour la psychanalyse! Nous devons donc jouer nos dernières cartes pour résister à l’invasion scientiste! Si la plupart de mes camarades ont manifesté leur réticence quant à la délivrance de cette vérité auprès d’un troupeau de reptiles en furie, je reste pour ma part persuadé que cette transparence vous fera regagner nos rangs face aux salauds de cognitivos dresseurs de crocos.

Je me lance donc sans crainte:

L’autisme demeure une affaire d’involution, de retour à l’oeuf originel et poissonnier: de retour à la mèr(e), mais pas n’importe laquelle. Si l’utérus maternel d’origine s’est avéré éminemment toxique, il n’en est pas de même d’autres milieux aquatiques, et notamment de l’un d’entre-deux mis au point grâce à nos chercheurs de la pointe lacanienne: l’à-quoi-rhum.

Il est aujourd’hui prouvé par Kevin Costner qu’après plusieurs années d’immersion, tout être humain voit ses membres transformés progressivement en nageoires, notamment le plus phallique de ces membres, mais nos petits autistes développent une faculté supplémentaire, un super pouvoir qui les distinguent du commun des mortels: leurs nageoires péniennes, disent-ils, distillent!

C’est ainsi que depuis maintenant plus de soixante-ans, nos hôpitaux de jours, et ceux de nos confrères argentins, sont responsables des trois-quarts de la production mondiale de rhum. Vous comprendrez pourquoi il est selon nous inenvisageable de renoncer à la prise en charge de cette psychose très productive qu’est l’autisme de haut degré. Si vos enfants ne sont plus poissonnés, le rhum n’est plus distillé – avec des conséquences que vous pouvez imaginer en cette actuelle période de crise si la population s’en trouve privée. Nos chercheurs de pointe à Lacanau travaillent actuellement sur la piste des veaux-de-Calais qui pourraient apparemment, à terme, remplacer vos chérubins, mais il est évident que le breuvage ne sera point si suc-cul-lent.

Dans l’attente de votre tant espérée compréhension, et d’une éventuelle future séance de dégustation en votre compagnie toxique,

Nageoirement vôtre,
JMDL

Demande de fessez-le-feu

Jean-Marie De LacanChères et mères,

J’ose proclamer en ce jour que nous sommes partis du mauvais pied, le vôtre, celui que vous ne cessez de vouloir nous envoyer au poster-rieur.

Le Mur, l’affaire du cercueil fermé, celle des enfants empaquetés ou des bébés con-gelés, tout ceci n’est basé que sur un regrettable malentendu: celui de votre incompréhension d’un désir qui vous anime et que vous ne savez plus gérer autrement qu’en désymbolisant la sacro-sainteté du refoulement et de l’inconscient tout puissant.

Des autistes, j’en nez-gai-ris.
Combien? Des-antennes, mais cela n’a pas d’importance et je ne saurais vous faire l’affront de m’en « venter ».

Car l’importance, comme la vérité, est ailleurs: elle est dans notre capacité à traquer le mal dans sa profondeur toute maternelle, et à l’en extraire sur deux, voire trois générations.

Ce « manque du manque » dont souffrent ces petits d’Homme, selon notre prophète Lacan, ne saura trouver le troisième manque qui annule les deux premiers sans une intense et éprouvante cure maternelle, qui elle-même ne pourra aboutir qu’après la cure de la mère de la mère, et ainsi de suite.

Alors j’en conviens, à ce stade l’arrière-grand-mère est fréquemment décédée, mais ce n’est pas une raison pour amende-donner. En effet, comme l’écrivait un grand confrère psychanalyste dont je tairai le nom, dans son ouvrage Psychanalyse d’Outre-tombe:

Le cercueil n’est qu’un obstacle parmi tant d’autres que le transfert a su b®aver, père-c’est, pull-éviscérer, à commencer par celui de Leonard de Vinci que Freud a su « détairer » pour nous offrir un modèle d’analyse bien chantournée.

Voici donc enfin l’explication que vous attendiez « temps » en ce qui concerne l’étendue temporelle de nos soins que vous jugez interminables.

Or, il faut prendre le temps, si l’on veut gai-rire, il faut laisser évoluer l’enfant sans lui imposer l’intolérable pression de nos sociétés capitalistes et des nouvelles familles qui ne le sont pas moins. Et ne me dites pas que le temps, pour un enfant que vous ne lavez pas, vous ne l’avez pas!

Il convient maintenant de nous laisser travailler en paix avec vos chérubins, il est temps de les rempaqueter, disons plutôt respecter, alors sortez!

Non ne sortez pas! Je n’ai pas fini…

Car le manque d’efficacité est un autre de vos griefs, dicté là encore par le grand Autre social et mondialisé. Mais qu’est-ce donc que l’efficacité sinon une notion totalement impure et impalpable, dont nous avons su au préalable récuser la validité signe-y-fiente de la raison d’être? Avez-vous la moindre idée, dans vos petits esprits de mères malades, du désir, si ce n’est de la volonté, de vos enfants quant à leurs besoin d’évolution? Pourquoi systématiquement relier cette évolution fantasmatique à leurs circonvolutions, cérébrales j’entends? Quoiqu’ils puissent en dire, sachez que leur inconscient nous dira le contraire. Quoique vous puissiez nous en dire, sachez que votre inconscient ira forcément au contraire de ce contraire, tant il se plait à fuir la vérité humble et résignée.

Ce que ne veulent certainement pas vos mouflets, c’est faire les frais, que dis-je, faire les gros sous de l’école cognitivo-éducativo-fascisante nord-américaine, de ces méthodes tantôt ABA, tantôt TEACCH, qui ne consistent qu’à promouvoir le travail, que dis-je, l’esclavage forcé.

Ils contraignent vos enfants à travailler entre 40 et 50 heures par semaine pour rivaliser avec l’empire chinois, et à vous faire collaborer à cette entreprise de lobotomisation par le dressage tout en rentabilisant leurs usines de pipi-stop et autres gadgets démoniaques!

Nos méthodes demeurent bien plus nobles et saines: elles consistent à laisser votre enfant évoluer à son rythme, celui qu’il choisit, au travers de nos différents ateliers au sein des lieux de culte que sont nos hôpitaux de jour, sous le regard neutre et bienveillant de nos chambellans lacaniens. Ils sont libres de manger ou non, de dormir ou non, de parler ou non, de se faire dessus, tant que ceci leur permet de s’individualiser face aux robots conditionnés, dressés à anéantir leur âme et leur inconscient par les comportementotalitaires et manipulateurs de « gêne ».

Si, avec toute cette attention sécurisante, con-tenante comme nous aimons à le mentionner, si avec toutes ces merveilleuses peluches creuses, ces merveilleuses figurines phallisantes et autres petits animaux dentus, si avec tous ces soins défusionnants et antiliquéfiants votre bambin ne va pas mieux à vos yeux, c’est que vous avez mal aux yeux, ou c’est qu’il refuse de suivre votre voix ainsi que la voie que vous lui avez tracée. Alors dans ce cas j’ose le dire il vous faut l’empaqu’qu’qu’, le respecter!

Si vous n’êtes pas capable de respecter le choix de votre enfant, celui que nous avons su lui faire exprimer, et donc le nôtre, c’est que vous êtes trop rongées par la culpabilité pour vous en défusionner. Ne venez donc pas déverser cette culpabilité haineuse sur notre discipline! Livrez-la plutôt dans un contexte plus adapté, plus divanescent, plus propice à la communication des inconscients.

Nous respecterons le choix du patient, quel que soit son âge, et quel que soit ce choix, et ce en dépit de toute tyrannie de l’araignée mère. Tandis que d’autres dresseront, interneront, enfermeront, brandiront la camisole physico-chimique, nous enseignerons la technique de Martin Riggs, resterons garants des libertés individuelles et des droits de l’Homme. Si vous voulez nous faire renoncer à ces principes, il faudra nous passer sur le corps, et sur notre esprit, car on ne défie pas impunément le grand inconscient!

Tout ce que nous vous demandons, chères et mères, c’est de faire votre psychanalyse, d’accepter d’expectorer votre histoire personnelle face à notre large assistance éclairée, d’ouvrir vos inconscients, d’associer librement et de nous laisser tout reconstruire pour mieux vous faire digérer votre impuissance et votre envie du pénis.

Une fois quatre ou cinq générations analysées, lorsque le processus sera vraiment lancé, dites-vous bien que plus vous nous croirez, mieux vous irez, et alors, nous pourrons discuter sereinement.

Pour finir, n’allez certainement pas vous plonger dans les oeuvres complètes du prophète tant qu’il est impossible pour vous d’en saisir l’essence. Au vu de ce qu’un gredin de la pensée comme Onfray en a tiré, il semble évident que vous n’avez rien à gagner en souillant les textes sacrés.

En espérant avoir contribué au comblement de votre ignorance, vous avoir redonné espoir et foi en notre cause, je vous remercie de votre attention.

Veuillez sortir, retourner à votre quête du pénis ou à défaut, à votre tissage.

JMDL

PS: pour ceux qui s’étonnent de l’absence du père dans mon discours, sachez que celle-ci n’est que fantasmée, car le père est en chacun de nous, dans sa toute-puissance symbolique.


Jean-Marie de Lacan est psychanalyste. Il a côtoyé les plus grands, s’en est inspiré, les a inspirés, mais s’est à jamais juré de ne s’autoriser que de lui-même.

Avec dix-huit scissions à son actif (dont cinq au sein d’associations psychanalytiques reconnues d’utilité publique), le record intercontinental franco-argentin de la séance la plus courte (0.0066 secondes), et celui de la conférence la plus longue, il s’impose parmi les analystes les plus en vogue du nouveau millénaire.

Sa grande expérience acquise auprès des enfants en difficulté le hisse au sommet de la pointe du pic de la prise en charge des mères d’enfants psychotiques en France. Amateur d’opéra et de chants grégoriens, il préside le mouvement communiste non révolutionnaire depuis plus de vingt ans et anime régulièrement un colloque sur les bonnes pratiques du packing.

Mon enfant tombe tout le temps, comment l’aider?

Petit, il ne se passait pas un jour sans que Matthieu tombe plusieurs dizaines de fois. On le pensait turbulent et un peu « évaporé », mais depuis l’annonce de son handicap, nous savons que c’est dû à une des facettes de l’autisme.

Depuis que Matthieu a été pris en charge en psychomotricité, il a fait de nombreux progrès:

Durant ses premières années de vie, Matthieu ne se gênait pas pour écraser tout ce qui passe: pieds, jouets durs ou mous, animaux, etc. Petit à petit, Faustine – sa psychomotricienne – lui a appris à regarder où il met les pieds, en le rappellant tout le temps à l’ordre, en lui rappellant qu’il ne faut pas marcher sur la pointe des pieds, et en organisant pour lui des parcours d’obstacles en séances de psychomotricité.

Vous pouvez, vous aussi, aider votre enfant à la maison, en laissant plein d’objets de consistences différentes étalés dans une même pièce, et en lui demandant de faire attention quand il traverse. Il faut attirer son attention sur les objets, l’aider à les enjamber, et lui dire non quand il marche sur l’un d’entre eux. Si votre enfant, la prochaine fois qu’il tombe, se retourne pour voir ce qui l’a fait tomber, c’est bon signe!

Autisme et Pédopsychiatrie

Dans le milieu de l’autisme, une guerre fait rage, parmi tant d’autres: comportemental contre psychanalyse. Les partisans des deux approches pour aider les autistes à progresser s’affrontent souvent sur les forums, se rabaissent mutuellement, et démontent point par point avec plus ou moins de logique et d’efficacité les arguments des autres.

Bien qu’ayant moi-même un peu (beaucoup) de mal avec le côté psychanalyse qui dit que l’enfant a peur de fuir son corps (s’ensuivent techniques barbares comme le packing), ou peur de faire caca aux toilettes car il a peur de perdre un bébé, je dois avouer que je pense qu’il faut un juste milieu.

Je suis persuadée, parce que je le vois à l’oeuvre sur Matthieu, qu’un pédopsychiatre compétent dans les troubles de l’autisme peut être d’une grande aide pour l’enfant et ses parents.

Les traitements pédopsychiatriques sont essentiellement psychothérapeutiques et réadaptatifs (traitements éducatifs, rééducations, conditions de vie, relations familiales, insertion scolaire, ergothérapies), plus rarement chimiothérapiques.
- source: Wikipédia

Depuis les années 1990, la pédopsychiatrie s’est peu à peu libérée des approches centrées seulement sur la psychanalyse pour se centrer sur une vision globale du trouble et l’abord neuro-scientifique.

De plus, je me dis que les enfants autistes sont comme les autres, qu’ils ont aussi des processus psychiques inconscients, des pulsions – évidemment, ce n’est pas avec la psychanalyse qu’on peut les « soigner » de leur autisme, mais je ne suis pas persuadée qu’il n’y ait que du mauvais dans cette approche.

Le pédopsychiatre de Matthieu nous voit chaque semaine depuis deux ans, environ. Il supervise l’équipe thérapeutique en me permettant de jouer un rôle important dans ce qui est travaillé avec mon fils, ce qui apparemment n’est pas le cas de toutes les mamans, qui sont parfois mises à l’écart et ne savent que peu de choses sur les thérapies engagées par leur enfant.

Il me permet de trouver des solutions alternatives quand mes solutions à un problème ne marchent pas ou donnent des résultats peu concluants. Il me soutient moralement, m’appuie dans mes décisions et ne juge jamais.

C’est une personne formidable et compétente, qui a pourtant une formation psychanalytique à la base. Jamais je ne l’ai entendu me dire des idioties sur les raisons des comportements de Matthieu, il a même plutôt tendance à être d’accord avec moi sur pas mal de choses.

Je voudrais aujourd’hui vous entendre des jolies choses sur les pédopsychiatres qui suivent vos enfants, si vous en avez à dire. Vous pouvez aussi raconter vos histoires d’horreur, car on n’est jamais assez prévenus! Mais la pédopsychiatrie, selon moi, n’est pas qu’une antre d’imbécilités, et on peut trouver des pédopsychiatres très compétents. Partagez dans les commentaires!

Regarder où on met les pieds

Comme Matthieu marchait souvent sur la pointe des pieds, et qu’il ne regardait pas où il mettait les pieds, Faustine, sa psychomotricienne, lui a confectionné des parcours d’obstacles de fortune en étalant des boîtes en carton assez basses dans toute la pièce. Elle initiait alors une activité qui lui plait (les bulles, par exemple), et le reprenait à chaque fois qu’il trébuchait en lui demandant de regardait où il mettait les pieds.

Maintenant, au lieu d’écraser tout ce qui est étalé dans la pièce, Matthieu fait plus attention où il marche, et il évite la plupart des obstacles. Cela lui évite de se prendre les pieds tout le temps dans les meubles, ou dans nos propres pieds, qu’il a cessé d’écraser à tout bout de champ.

Votre enfant regarde-t-il où il met les pieds? Comment l’y avez-vous aidé? Racontez-nous vos astuces dans les commentaires.

Travailler les formes et les couleurs 2

Matthieu m’a épatée l’autre jour en faisant une activité de psychomotricité avec Faustine.

Il fallait qu’il fasse rentrer des formes d’une même couleur dans un espace réduit, en deux dimensions.

Il fallait encastrer les formes les unes dans les autres pour qu’elles rentrent toutes dans le camion de déménagement.

Ceci est un pas de plus que le travail dont je parle dans l’article Travailler les formes et les couleurs, car il faut utiliser la logique pour que tout rentre convenablement, c’est-à-dire maîtriser l’espace et savoir s’adapter.

Matthieu a donc dû respecter les deux consignes à la fois: trier par couleur, et aménager les pièces du puzzle de manière à ce que tout rentre dans le cadre. Ça n’a pas été automatique, il a d’abord dû apprendre les couleurs, puis les formes, avant de pouvoir faire des activités qui contiennent ces deux consignes.