
Walk on the Edge (photo: Leland Francisco)
Il est impossible de tout travailler à la fois. Vous pouvez essayer, bien sûr, mais pour nos enfants différents, en particulier ceux qui ne sont pas de haut niveau, il y a tellement d’objectifs à travailler que c’en est effrayant.
Mais réfléchissez-y: est-ce que, à la naissance, vous saviez déjà parler, marcher, faire des calculs avec des fractions et des inconnues? Non, évidemment pas. Et vous avez mis du temps à acquérir ces compétences.
Moi, ça m’aide de penser que l’annonce du diagnostic de Matthieu a été comme une seconde naissance: j’allais pouvoir l’accompagner une seconde fois, et cette fois plus efficacement (puisque je savais son handicap et quoi faire pour l’aider), afin qu’il acquière les compétences qui lui manquent.
Je sais que certaines compétences mettront du temps à être comprises et utilisées, en particulier de manière autonome, mais quand on vit avec l’autisme on apprend vite que le temps ne passe pas à la même vitesse pour nos enfants, et qu’on ne peut pas toujours leur demander d’évoluer aussi vite que les autres.
Alors comment faire? S’épuiser à essayer de régler tous les problèmes à la fois, et risquer par là de braquer son enfant qui en aura vite assez? Non.
Un unique objectif principal
Pour moi, les premiers temps, il est important de se fixer un objectif principal, et de s’y tenir. Cela doit être le point focal de toute votre attention. Par exemple, quand j’essayais d’apprendre à Matthieu à manger seul, j’accordais toute mon attention à ce moment du repas et aux compétences que je pouvais lui faire travailler en dehors pour lui faciliter la tâche (tenue de la cuillère, boire au verre, manger de tout, etc.).
Si vous essayez de tout faire en même temps, vous n’arriverez à rien. Choisissez quelque chose de vraiment important, comme la propreté par exemple, et agissez sur cette compétence pour l’aider à apprendre à être propre. Le reste ne doit être fait que si votre enfant se met en danger ou oublie une compétence acquise précedemment (et qui ne devrait nécessiter qu’un simple rappel de votre part).
Pourquoi une seule à la fois? Parce que parfois on doit y mettre toute son énergie, lutter contre un enfant qui se débat, qui refuse, qui jette ses affaires par terre, qui hurle… et que c’est essentiel de ne pas se battre sur tous les plans pour garder un semblant de santé mentale, et pouvoir aussi avoir des bons moments avec son enfant – parce que, il ne faut pas l’oublier, nous sommes ses parents aussi, et pas simplement ses éducateurs, et que notre enfant a besoin de notre attention et de notre affection dans un environnement plus détendu.
Trois objectifs mineurs
Une fois que vous êtes en bon chemin pour aider votre enfant à acquérir la compétence choisie, que c’est moins la guerre avec lui pour qu’il vous obéisse, choisissez trois objectifs mineurs. Par exemple:
- Propreté: retirer son pantalon et son slip, s’asseoir seul sur la cuvette, s’essuyer – garder le reste à travailler au fur et à mesure que les premiers objectifs seront atteints.
- Alimentation: manger avec la cuillère, rester assis à table, s’essuyer la bouche en cas de salissure.
- Langage: utiliser trois mots du vocabulaire jusqu’à ce qu’ils soient acquis (par exemple: boire, gâteau, donner)
- Hygiène: savoir se laver les mains, les dents, accepter qu’on rince le shampooing.
- Jeux: jouet correctement avec trois jouets, ou avec trois personnes différentes au même jeu, etc.
Si votre enfant ne semble pas être intéressé par les objectifs que vous avez fixé, changez-en. Son bon-vouloir sera très précieux pour avancer, et même si parfois il vous faudra insister pour certains objectifs malgré ses refus, vous aurez tout de même les objectifs atteints précédents sur lesquels vous appuyer (et ce qui est acquis n’est plus à refaire, même si parfois il faut rappeller les règles).
J’ai envie de rajouter: commencez à enseigner en priorité les compétences que votre enfant apprécie afin de le valoriser et de rendre votre travail ensemble un exemple de sa réussite. Si vous lui demandez des choses trop difficiles au début, il risque d’être rebûté. C’est à vous de faire la part des choses et de gérer la difficulté de ce que vous lui demandez selon ce que vous le savez capable de supporter ou de faire.