Zoothérapie et autisme: plus original et accessible que les dauphins, Charlène Périolat et les Lamas des Plaines

Llama 2 (photo: nao-cha)

Llama 2 (photo: nao-cha)

Je vous propose aujourd’hui une interview de Charlène Périolat, la « maman » des Lamas des Plaines. J’ai découvert le travail de Charlène, par hasard, sur Facebook, grâce à Camille ma « petite » cousine. Ma curiosité naturelle m’a poussée à lui poser quelques questions que j’avais envie de partager avec vous aujourd’hui.

Bien sûr, nous sommes tous d’accord, nos enfants ne seront pas « guéris » par la zoothérapie, mais nous sommes tous à la recherche d’expériences enrichissantes, plaisantes, heureuses et renforçantes qui puissent enthousiasmer nos enfants, et je crois que cette activité là est exactement ce qu’il faut pour un moment de joie, de partage, et de douceur en famille.

Charlène, pourriez vous nous expliquer ce qu’est la zoothérapie?

La zoothérapie, je peux vous en donner le définition tel que l’IFZ (Institut Français de Zoothérapie) la définit:

« La zoothérapie est définie comme une médiation qui s’exerce en individuel ou en groupe à l’aide d’un animal familier. Ce dernier, consciencieusement, est sélectionné et éduqué, sous la responsabilité d’un professionnel, appelé le « zoothérapeute »,dans l’environnement immédiat de la personne chez qui le zoothérapeute recherche à éveiller des réactions visant à maintenir ou à améliorer son potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif.

La zoothérapie est une méthode de travail qui favorise les liens naturels bienfaisants entre les humains et les animaux. Elle s’applique notamment à des fins préventives, thérapeutiques ou récréatives. La zoothérapie mise sur la réciprocité dont fait preuve l’animal de compagnie et sur son potentiel de stimulation et de motivation.

Nous pouvons noter que la zoothérapie ne guérit pas, la zoothérapie n’est pas une médecine. Nous pouvons la considérer comme un accompagnement de soins. »

Concrètement, on va parler de médiation animale. Pour cela, on va remonter à l’enfance et refléchir aux besoins que nous avions. En effet, étant enfant, chaque individu a déjà eu des peurs ou des angoisses qu’il confiait à une peluche ou un ami imaginaire. L’animal médiateur jouera ce rôle d’éponge émotionnelle auprès des personnes (adultes ou enfants) en difficulté, tout en étant bien impliqué dans le réel.

Pourquoi utiliser des lamas? Quelle drôle d’idée!

J’ai choisi le lama car c’est un animal sécurisant. Il possède un bourrelet de gencive sur la mâchoire supérieure et non des dents, de ce fait il n’y a aucun risque de section. C’est également un animal qui ne rue pas (n’ayant que le puma comme prédateur naturel, son moyen de défense est la fuite), et qui ne possède pas de sabot, donc nous sommes en sécurité a ses côtés.

Ensuite, pourquoi le lama? Pour sa beauté, son allure fière, ses yeux doux, la douceur de sa laine, et tout ce qu’il représente. Sur le site, les lamas agissent sur deux plans en mettant les personnes en avant: l’estime de soi et la motricité (il crée la motivation à se déplacer).

Avez vous déjà accueilli des enfants ou des adultes autistes?

Oui, nous avons déjà accueilli des autistes, des personnes atteintes de troubles associés a l’autisme et atteintes de cécité. Dans ce cas, nous travaillons sur le sensitif, énormément, le toucher, la douceur, le calme. Une chose étrange qu’arrive à faire le lama, c’est de maintenir le regard des personnes autistes… Je ne saurais en expliquer le pourquoi, mais au moins les lamas sont dans le contact et la communication avec eux.

Qu’avez vous observé dans la relation enfant autiste/lama?

Souvent, les personnes se sentent rassurées. Parfois, la peur de l’animal fait que l’on met un peu plus de temps, mais souvent le lama finit par convaincre et à rassurer (l’effet de peluche avec la laine des lamas rassure les enfants qui la touchent).

Comment se déroule une séance?

En individuel, nous allons chercher à responsabiliser la personne face à l’animal. Exemple de la journée: on se lève, on se lave, on petit-déjeune. Eh bien pour le lama, c’est pareil: on va le brosser, lui donner à manger, le préparer à travailler (balade parcours de motricité, etc). Chaque séance individuelle est suivie et évaluée, on parle alors de programme via la médiation animal.

En groupe, on travaille différemment car on va jouer sur l’effet de groupe pour faire avancer les personnes dans le bon sens en les valorisant les unes par rapport aux autres. Les plus fortes aident les plus faibles. On responsabilise différemment et on fait marcher les personnes. En groupe, pas de suivi, mais plus des activités ludiques et divertissantes.

Un mot d’ordre pour le centre de zoothérapie Tendres Oreilles: aller au-delà du bien-être avec la médiation animale. Un grand merci à Charlène pour sa disponibilité et sa gentillesse. Et vous, avez-vous déjà utilisé la médiation animale pour aider votre enfant?

Quels sont les jouets préférés de vos enfants?

Quels sont les jouets préférés de vos enfants?Ce n’est jamais très évident de choisir un jouet pour son enfant autiste. Je ne parle pas des jouets qui n’ont pas de valeur « éducative » ou « rééducative », mais pour une fois de jouets qui lui plaisent réellement, vers lesquels il est attiré automatiquement, et qui ne servent à rien de plus qu’à le divertir, sans pour autant favoriser une stéréotypie.

On me demande souvent quoi offrir à Matthieu pour Noël ou son anniversaire, et je n’ai pas toujours d’idées intéressantes. Parmi les jouets éducatifs, j’aimerais aussi qu’il puisse y avoir des jeux vers lesquels il est attiré naturellement.

Laissez-moi un commentaire avec le nom des jeux ou jouets préférés de votre enfant!

Autisme et loisirs: les ateliers de peinture

Il y a quelques jours, j’ai découvert le site de l’Atelier de Charenton qui a eu la gentillesse de parler de nous dans un de ses articles. Sandrine Sananès, qui anime les ateliers, accueille aussi des enfants autistes parmi des petits groupes de trois ou quatre, ou huit ou neuf enfants.

Autisme et loisirs: les ateliers de peinture

Matthieu adore peindre et dessiner, aussi il a son petit bureau à la maison où je lui fais faire la majeure partie de ces activités. Cela a l’avantage de réduire la zone qui peut être salie, et de lui apprendre à rester sur une même activité, assis, pendant un certain temps.

J’ai pu échanger quelques emails avec Sandrine et lui poser quelques questions sur l’intégration des enfants autistes dans ses groupes d’activités collectives.

Mieux connaître l’Atelier de Charenton avec Sandrine Sananès

Autisme et loisirs: les ateliers de peintureRecevez-vous régulièrement des enfants autistes dans vos séances?

Aujourdʼhui, je reçois un enfant autiste par séance constituée de 8/9 personnes. A partir de septembre, ma capacité dʼaccueil sera plus importante car il y aura un ou deux ateliers en tout petit groupe de 3/4 enfants. La séance sera plus courte que les autres, et le groupe sera mixte en âges et en genres.

Cet atelier est indiqué pour le parent qui a envie ou besoin, pour son enfant, dʼune activité collective et créatrice avec un accompagnement très individualisé. Le but est que chacun à son rythme puisse intégrer le « grand » groupe.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour les intégrer aux groupes? Quels ont été les aménagements que vous avez dû faire?

L’enfant autiste peut subitement décrocher de lʼactivité, et surtout du groupe. En douceur, je le raccompagne à être dans lʼactivité: lui parmi les autres. Je le stimule.

Le problème vient rarement de l’enfant autiste mais des autres enfants qui peuvent craindre les cris et qui vont devoir sʼadapter à des comportements inhabituels. Ils vont être un peu dérangés dans leur confort. Les parents de lʼatelier sont prévenus que la mixité est une des richesses de lʼatelier. En même temps, je veille à ce que lʼenfant qui nʼest pas autiste puisse peindre au calme.

Autisme et loisirs: les ateliers de peintureLʼenfant autiste doit respecter les règles de lʼatelier. Je gère l’équilibre entre les différences. Volontairement, je ne fais aucune distinction sur lʼaménagement du lieu, que lʼenfant soit handicapé ou « vaillant »: l’atelier est le même pour tous, pour toutes les séances.

Tous les enfants à partir de 30 mois, quels que soit leur condition, utilisent le même matériel: de très beaux pinceaux en petit gris avec de magnifiques gouaches et des grandes feuilles. Pour la terre, elle est de qualité supérieure. Pourquoi lʼenfant autiste aurait-t’il un matériel inférieur? Je le considère capable, très capable, parce quʼà lʼatelier justement les conditions sont réunies pour quʼil développe ses facultés. En revanche, jʼaménage mon accompagnement: jʼévalue les limites physiques de chacun. Je suis très attentive.

En dehors de lʼaménagement, je précise: les enfants peignent tous sans thème, ni modèle. Cʼest lʼessence de ma démarche.

Pouvez-vous nous en dire plus sur leur réactions ? Quelles sont les activités qui semblent avoir le plus de succès auprès d’eux?

Autisme et loisirs: les ateliers de peinturePour la peinture, j’observe que les enfants autistes adorent la Table-Palette car elle offre une organisation très rationnelle. Cʼest pratique et ludique de ranger les pinceaux. Les enfants autistes sont méticuleux, ils dosent la peinture à la perfection. À l’atelier cʼest une grande qualité.

Le façonnage de la terre est plus abordable car lʼenfant est en contact direct avec la matière alors que la peinture requiert la maîtrise de lʼoutil pinceau.

Vous vous en doutez, ce lieu rassure lʼenfant autiste parce quʼil est à lʼabri comme dans une cabane et que personne ne va le juger. Lʼenfant autiste est aussi inquiet parce quʼil y a le groupe. Le chemin quʼil fait à lʼatelier cʼest dʼêtre parmi les autres. De fait, cʼest « thérapeutique ».

Lʼenfant autiste est sollicité par divers accompagnements et des activités de consommation: la télé, les jeux vidéos, les livres dʼactivités formatés, etc., qui, à outrance, empêchent lʼenfant de sʼexprimer librement – c’est à dire de peindre selon son impulsion spontanée, ce qui lui apporte sérénité et confiance en ce qu’il peut faire.

Autisme et loisirs: les ateliers de peintureAvez-vous un souvenir en particulier que vous souhaiteriez partager avec nous?

Jʼai vu peindre mon fils de 9 ans côte à côte (les enfants peignent debout et un espace de 3 cm les séparent) avec un garçon autiste de 12 ans. Ils avaient peur lʼun de lʼautre, chacun à leur façon finalement… il en était ainsi et, au fur et à mesure des séances, ils se sont habitués à leurs différences. Depuis cette expérience, ma confiance dans les capacités de chacun a été renforcée. Et oui, jʼen ai eu la preuve: mon atelier relie les gens entre eux.

Et enfin, avez-vous une dernière chose à nous dire?

Oui! Pour préserver lʼexpression de lʼenfant, je conserve les travaux à lʼatelier – il nʼy a jamais dʼexposition pour les parents. Lorsque jʼai présenté LʼAtelier de Charenton à Barbara Donville, ce point de ma démarche lui a paru le plus bénéfique: que le parent puisse détacher son regard de ce que fait son enfant…

Quelques mots sur les ateliers de peinture et de façonnage de terre

Je vois plusieurs avantages immédiats à la participation d’un enfant autiste à des activités dans un endroit comme l’Atelier de Charenton:

  • Autisme et loisirs: les ateliers de peintureParticipation aux activités de groupe. En incluant l’enfant autiste parmi d’autres enfants, il apprend petit à petit à se mêler au groupe, à travailler de concert, à apprendre à attendre son tour.
  • Travail de psychomotricité fine. La tenue du pinceau peut être compliquée pour un enfant autiste qui a généralement du mal à utiliser ses doigts correctement. De même, le façonnage de terre est une activité manuelle qui peut être très enrichissante du point de vue de la psychomotricité.
  • Éveil de la créativité et sublimation de l’imagination. L’enfant autiste va utiliser son imagination pour créer une image, mélanger des couleurs, et devenir acteur plutôt que spectateur.
  • Travail sur la représentation. Si l’enfant autiste a commencé à réussir à dessiner des bonhommes, des Autisme et loisirs: les ateliers de peinturemaisons, etc., cela peut être un bon exercice de représentation. Sinon, il pourra peut-être arriver à prendre exemple sur ses camarades et un déclic se fera peut-être.
  • Apprentissage des couleurs, des formes, maîtrise des textures. Toute occasion d’apprendre peut être bonne à prendre: il est bon pour l’enfant autiste de se familiariser encore avec les formes et les couleurs, et de ressentir de nouvelles textures, sans forcément ressentir cet apprentissage comme un « travail ».
  • Un moment de détente. Alors que leurs journées ressemblent à des emplois du temps de ministres, il est intéressant que les enfants autistes puissent avoir un lieu de détente où se relaxer et être tranquille. En dessinant ou sculptant, ils apprennent sans en avoir l’air, et surtout, sans ressentir la lassitude des efforts à fournir pendant les séances de psychomotricité.

Votre enfant participe-t’il à un atelier de peinture ou de façonnage de terre? Quels en sont les bénéfices que avez remarqué? Avez-vous quelque chose à ajouter?

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Les bienfaits de la télévision

J’ai longtemps été une maman sans aucune souplesse. J’avais une vision bien précise de ce qu’il fallait faire pour que mes enfants soient élevés de la manière que je voulais, qu’ils travaillent leur intelligence, leur créativité, et qu’ils deviennent les meilleurs des meilleurs plus tard.

Je crois que c’est quelque chose que veulent toutes les primipares: être parfaites, avoir des enfants parfaits, un mari parfait, une maison parfaite et immaculée, et que tout soit sous contrôle.

J’ai peu souvent mis mes enfants devant la télévision, en espérant qu’ainsi ils travailleraient leur imagination et trouveraient des moyens à eux de s’occuper. Les rares fois où je mettais des vidéos, c’était en anglais – parce qu’il fallait absolument que chaque activité ludique soit é-du-ca-ti-ve!

Les bienfaits de la télévision

J’ai longtemps oublié que mes enfants sont des enfants. C’est seulement lorsque le handicap de Matthieu a été connu de nous que j’ai compris qu’il fallait aussi lâcher du lest. Les activités ludo-éducatives l’ont sans aucun doute aidé à progresser jusqu’à présent, mais il fallait aussi l’aider sur les points les plus difficiles pour lui: l’imagination, la compréhension des histoires, et les relations sociales.

Depuis le début des vacances, j’ai régulièrement mis mes enfants devant des vidéos, en français désormais. Et j’ai trouvé de nombreux bienfaits à la télévision.

Rester assis et faire la même activité pendant une heure trente

Matthieu n’avait jamais été capable de rester concentré sur une activité aussi longtemps. Ce n’est que depuis que son frère réclame la télévision régulièrement qu’il apprend à s’intéresser à ce qu’il s’y passe.

Comprendre l’histoire

Avec un visionnage régulier des mêmes vidéos (mes deux fils aiment regarder encore et toujours les mêmes dessins animés, ce qui ne m’inquiète pas puisque les enfants de nos amis, qui n’ont pas de handicap, le font aussi), Matthieu comprend de mieux en mieux les histoires qu’il visionne.

Comprendre les relations entre les personnages

Matthieu travaille petit à petit les émotions et les expressions des personnages. Les autistes ayant du mal à comprendre les expressions du visage, les expressions parfois exagérées des personnages peuvent l’aider, et nous pouvons ensuite faire des parrallèles entre nos expressions et émotions et celles des gens dans les dessins animés.

Par exemple, je suis sûre que Matthieu s’identifie beaucoup à deux personnages de dessins-animés: Quasimodo dans le Bossu de Notre-Dame, à cause de sa tristesse et de sa solitude, et la Bête dans la Belle et la Bête, à cause de sa différence. Je suis persuadée qu’il voit le fait qu’ils sont différents, et fait le parallèle avec sa situation. Quasimodo et la Bête ne veulent qu’une chose: être aimés et acceptés. Matthieu le désire aussi, c’est évident, et c’est pour cela qu’il s’identifie et regarde ces dessins-animés plus volontiers que d’autres.

L’apprentissage de nouveaux mots

C’est bien beau de savoir le nom des animaux et de savoir répondre à ses jeux vidéos en anglais, mais ça n’a que peu d’utilité pour Matthieu, qui a déjà du mal à s’exprimer et communiquer en français. Petit à petit, en regardant les dessins animés de Disney, il apprend de nouveaux mots, et il les réutilise.

Apprécier la musique et les chansons

Mes enfants sont très amateurs de musique et de chansons. Pendant les vacances, je les ai régulièrement mis devant des films musicaux comme Hairspray (leur favori – qui parle d’accepter les différences), et ils adorent les passages musicaux. Nous surprenons souvent Matthieu fredonner ou chanter des passages de films.

La télévision a beaucoup de bienfaits

Il faut savoir doser, évidemment, et maintenant que les vacances sont terminées nous allons réduire la diffusion de leurs films préférés, mais pas l’arrêter complètement. Après presque un mois « tranquille » où j’ai laissé les petits apprécier la télévision selon leurs envies, j’ai noté que Matthieu a beaucoup appris grâce à ces dessins-animés.

À quel fréquence laissez-vous votre enfant autiste regarder la télévision? Est-ce que vous avez noté des progrès, ou au contraire est-ce que cela empêche votre enfant d’en faire? Dites-moi tout dans les commentaires.