
Eating ice cream (photo: nvainio)
Nos enfants, encore plus que les enfants neurotypiques, ont de gros soucis d’alimentation et de diversification. Tous les enfants passent par une période de néophobie, qui leur fait refuser tout aliment nouveau ou non préparé de la même manière que d’habitude. Pour nos enfants autistes, c’est un combat très difficile à mener, car ils ont de nombreuses hypersensibilité (goût, odeur, texture) et peuvent être très têtus.
De nos jours, on entend sur tous les tons qu’il faut faire attention à l’alimentation, attention à bien manger au minimum cinq fruits et légumes différents par jour, attention à son poids… Du coup, évidemment, les mamans s’inquiètent, s’angoissent, se rongent les ongles en voyant leur enfant refuser les trois quarts des aliments, et réclamer à grands cris tout ce qu’on ne « devrait pas » leur donner.
J’ai une opinion qui m’est toute personnelle à ce sujet. Oui, c’est bien qu’un enfant puisse manger de tout, oui, c’est important de surveiller le poids et de diversifier l’alimentation tant qu’on peut, mais ça ne doit pas devenir une fixation, un champ de bataille entre votre enfant et vous, car ce genre de bataille est difficile (bien que possible) à gagner.
Nous vivons à une époque où les organisations de la santé poussent pour que l’excellence devienne la normalité. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais il ne faut pas faire une dépression quand on n’y arrive pas: il y a à peine vingt ans, on ne parlait pas de cette règle des cinq fruits et légumes par jour. Encore aujourd’hui, il y a beaucoup de pays où cette règle n’est pas appliquée, par coutume ou par manque de moyens. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui cuisinent comme ça? On cherche à nous faire adopter un mode de vie sain, ce qui n’est pas un mal, au contraire, mais ce n’est pas toujours à la portée de tout le monde.
Mon opinion, c’est qu’il est important de manger raisonnablement dans tous les groupes de nourriture: laitages, viandes, légumes, féculents, sans oublier tout ce qui est sucré, pour nos petites boules d’énergie qui en ont besoin pour tenir le coup dans la journée, et puis surtout, je ne vois pas pourquoi ils seraient privés des bonnes choses de la vie!
Matthieu ne mange pas de tout, mais il mange bien. Je m’assure qu’à chaque repas il mange viande, féculents et laitages, en essayant une fois de temps en temps de pousser pour qu’il mange des légumes. Je me contrefiche que ce soient toujours les mêmes viandes, les mêmes laitages, ou qu’il mange du pain à la place des pommes de terre, et je me fiche de savoir que les seuls légumes qu’il mange soient les haricots beurre, puisqu’à côté je peux lui faire manger des fruits comme les pommes sans trop de difficulté.
Matthieu a passé une période où il ne voulait quasiment plus rien manger. Il a perdu du poids, je me suis beaucoup inquiétée. J’en suis venue à la conclusion que l’important, c’est qu’il mange suffisamment. Son alimentation, même avec une diversification très pauvre, est suffisante pour ne pas avoir de carences.
Moi-même, quand j’étais plus jeune, j’ai eu des « périodes »: je ne mangeais que des sandwichs au jambon fromage, ou que des ravioli en boîte, ou que des céréales, sur des semaines entières. Ça ne m’a pas empêchée de manger de tout en grandissant, et je n’ai pas eu de carences en vitamines.
Alors oui, il faut toujours tenter de diversifier l’alimentation, faire découvrir de nouveaux goûts ou de nouvelles manières de cuisiner, mais il ne faut pas pour autant en faire une obsession et s’en rendre malade. La courbe de poids et l’état de santé général de votre enfant doivent prévaloir sur les avis des super moms qui nous entourent, et qui n’ont pas les mêmes soucis que nous.
Autisme et autonomie à la maison: L’alimentation, les repas
Vous avez un enfant autiste et vous souhaitez lui apprendre à manger seul, et à comprendre le principe des repas? Le livre Autisme et autonomie à la maison: L’alimentation, les repas peut vous aider à acquérir les bons réflexes et à l’aider à devenir autonome.