Cela fait déjà deux étudiantes futures infirmières qui m’interrogent sur l’autisme cette semaine. Chaque année, les questions sur le handicap et la détresse des parents se profilent, et j’ai pensé faire un article qui recoupe les réponses à toutes ces questions pour les futurs étudiants qui pourraient passer par ici.
Avant de commencer, quelques petites précisions:
- J’entends souvent parler de période d’observation en IME ou hôpital de jour. Ce n’est pas du tout le bon endroit pour observer les enfants autistes, ni pour prendre exemple sur comment travailler avec eux. Il vaut mieux aller dans un SESSAD ou une CLIS, à la limite, ou plus simplement demander à être accueilli par des familles, par le biais d’une association, histoire de voir le réel côté de l’autisme, celui qui n’est pas entâché par des activités occupationnelles et psychanalysantes.
- Les infirmières qui m’ont contactée l’ont fait dans le cadre d’un intérêt spécifique pour l’autisme, car à part dans le cas d’une hospitalisation, ce n’est pas leur domaine de compétence. Voici quelques articles, parus sur Autisme Infantile, qui peuvent aider à se faire une idée de la gestion d’une personne autiste à l’hôpital:
- Toutes ces informations peuvent varier d’une famille à l’autre, je vais donner les cas les plus courants dans mes réponses, mais évidemment cela ne s’applique pas à tout le monde.
Vous êtes future infirmière et vous avez d’autres questions à poser? Envoyez-moi un e-mail à nathalie@autismeinfantile.com et je ferai de mon mieux pour y répondre dans le cadre de cet article.
Comment s’annonce le diagnostic à la famille? Celui-ci est-il accompagné d’une explication sur le trouble?
Cela dépend beaucoup du type d’établissement où l’enfant est suivi. Malheureusement, la plupart des établissements où on dirige les enfants, comme les IME ou les Hôpitaux de Jour (HDJ), sont peuplé de personnes qui ont une formation psychanalytique. Ce qui entraîne un diagnostic tardif, si seulement un diagnostic est posé.
On dit aux parents que tout va bien se passer, qu’ils doivent laisser les professionnels s’occuper de leurs enfants, qu’ils doivent continuer leur vie et ne pas se préoccuper de leur enfant. En fait, la plupart du temps, on essaie de les éloigner de leur enfant, car la plupart des psychanalystes pensent que l’autisme est dû à une mère pas « suffisamment bonne », c’est-à-dire trop chaude (incestueuse) ou trop froide (frigidaire), et qui donc s’occupe mal de son enfant. Ou alors c’est le père qui en prend plein les dents, on lui reproche d’être absent (ou de se laisser éclipser par la mère). Bref, on en dit le moins possible, pour séparer l’enfant de ses parents « toxiques ».
Sur Autisme Infantile, beaucoup de parents « débarquent », cherchant des informations et trouvant des signes du trouble de leur enfant en cherchant sur le net. La plupart n’ont pas de diagnostic précis, ou un diagnostic farfelu genre « dysharmonie évolutive » ou « psychose ».
Dans l’idéal, le pédiatre qui fait les tests sur l’enfant pour ses 18 ou 24 mois devrait déceler les signes de l’autisme et diriger les parents vers un établissement qui fait des dépistages (par exemple, à Toulouse, le CeRESA ou le CRA). Plus tôt l’autisme est pris en charge, plus l’enfant a des opportunités de progression rapide, car le cerveau avant 5 ans est plus sensible aux apprentissages.
Généralement, les parents sont assez mal informés sur l’autisme, et doivent passer de longs moments à apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur le net (la littérature sur l’autisme étant majoritairement envahie par des âneries psychanalytiques). En même temps, il y en a tellement à savoir que c’est difficile de tout couvrir en une séance avec la famille.
Un lieu de ressources et d’entraide comme le nôtre est donc utile. Il y en a beaucoup d’autres sur le net, et les associations sont là aussi pour informer. Malheureusement, c’est très difficile de savoir par où commencer, et il est souvent indispensable que les « anciens » tiennent la main des nouveaux venus pour les guider vers les articles et l’information dont ils ont besoin, et pour expliquer les nuances « techniques ».
Dans les Centres Ressources Autisme (CRA), des psychologues sont là pour aider les parents, que ce soit pour comprendre mieux l’autisme, ou pour les aider à faire les démarches administratives. Ils organisent aussi des formations, journées d’information, colloques, groupes de parole, etc.
Y a-t-il une prise en charge psychologique de la famille après l’annonce du diagnostic?
J’ai envie de dire – il n’y a que ça, pour la plupart! Les psychanalystes de tout bords, qui sont dans les hautes positions dans les IME, CMP, CAMSP, HDJ, etc., organisent des réunions avec les parents. Seulement, au final, c’est excessivement dommageable. Les parents sont culpabilisés, on cherche par tous les moyens de leur refiler la faute de l’autisme de leur enfant. Le père est trop ou pas assez ceci, la mère est trop ou pas assez cela, la mort d’une personne dans la famille (même avant la naissance de l’enfant) pouvant même être évoquée dans les facteurs responsables de « l’enfermement » de l’enfant dans sa « bulle ».
On leur recommande même d’éviter de faire des recherches sur Internet, pour ne pas « se faire peur »! Heureusement, la plupart des parents y vont tout de même, et peuvent ainsi trouver les infos correctes et recevoir de l’aide. Ainsi, ils peuvent enfin se libérer de ces relents de culpabilisation, et commencer enfin à aider leur enfant à progresser, en lui donnant les clefs de la compréhension via l’éducation.
Dans l’idéal, les parents pourraient se faire suivre psychologiquement par une personne capable et informée sur les avancées dans l’autisme, mais seulement s’ils le souhaitent. Dans notre cas, nous voyons un pédopsychiatre deux fois par semaine, qui chapeaute les intervenants et a du poids par rapport à la MDPH et l’école, par exemple. Il doit prodiguer des encouragements, donner des informations sur l’autisme quand c’est nécessaire, entendre les difficultés des parents, savoir quand prodiguer des conseils pour gérer la vie de tous les jours. Il doit aussi faire figure paternelle, amicale, avec les enfants, qui eux aussi peuvent avoir besoin de soutien, car ce n’est pas facile d’être différent dans un monde de neurotypiques.
Tous les parents sont-ils susceptibles d’être en détresse? Quelles peuvent être les causes de leur détresse (cause des troubles, orientation)?
Ce n’est que mon opinion, mais je pense que oui. Même suivis psychologiquement, même s’ils gèrent tout tous seuls avec brio, je pense qu’un suivi psychologique peut faire du bien – s’il n’est pas imposé. Cela ne doit pas sembler une corvée ou une obligation pour être utile.
Il peut y avoir des milliers de raisons différentes d’être en détresse: ne pas comprendre le handicap de son enfant, se sentir coupable (malgré les avancées de la science qui disculpe les parents, certains pensent encore avoir mangé ci ou ça pendant la grossesse, ou n’avoir pas fait ci ou ça à la naissance de leur enfant), vouloir être une supermom et ne pas y arriver, ou y arriver et ne plus en pouvoir, ne plus voir ses parents ou amis, ou les voir et qu’ils ne comprennent rien à l’autisme (pressions, paroles déplacées), ne plus en pouvoir (enfant qui crie, qui stéréotype à longueur de journée), avoir des difficultés (dossiers, école, trouver des intervenants compétents), etc.
Une psychothérapie (vous noterez que je n’ai pas dit: une psychanalyse) est un bon moyen de recevoir du soutien par une personne qui sait ce que vous vivez, et qui va chercher avec vous les moyens de vous aider, en vous respectant et en respectant vos décisions.
Quels pourraient être les signes d’une souffrance parentale?
Un parent en souffrance pourrait exhiber ces signes (liste non-exhaustive et pas forcément adaptable à tous):
- le parent semble épuisé,
- le parent ne semble pas être bien informé sur l’autisme,
- le parent ne met pas en place les aides pour son enfant (pas le temps, pas l’énergie, pas les compétences),
- le parent ne s’informe pas de ce que fait son enfant pendant ses séances,
- le parent semble sur la défensive,
- le parent n’entreprend pas de projets « personnels » (mise en place des pictogrammes pour aider son enfant à communiquer, travail sur la propreté ou l’autonomie en général, etc.)
En quoi les différents professionnels peuvent-ils accompagner au mieux les parents pour apporter en parrallèle la meilleure prise en charge à l’enfant?
Dans le désordre:
- L’orthophoniste est essentielle, quelque soit le diagnostic de TED de l’enfant. Entendre par là qu’une enfant non-verbal comme verbal aura besoin d’aide pour instaurer une communication correcte. L’idéal est qu’elle connaisse une méthode de communication par pictogrammes (PECS, Makaton).
- La psychomotricienne (ce sont majoritairement des femmes), qui va aider l’enfant sur de nombreux points: l’autonomie, la prise en main des objets, la graphie (important pour l’école), l’équilibre, la compliance, la logique et de nombreux autres apprentissages absolument essentiels.
- Le psychologue, avec une connaissance des méthodes comportementales (ABA, TEACCH, PECS), qui va établir au minimum une guidance parentale afin que les parents puissent mieux gérer le quotidien avec leurs enfants différents, et les aider à progresser plus rapidement. Hélas, il est encore très difficile de trouver des intervenants compétents dans ce domaine, car il y a peu d’endroits pour faire ces études, et que les parents se les arrachent. De plus, tout ceci coûte assez cher, et les MDPH ne remboursent pas toutes les heures de ces intervenants.
Ce sont les trois professionnels essentiels pour la prise en charge des enfants autistes et l’accompagnement des parents. Ils doivent être ouverts à la communication, dire aux parents ce qui est travaillé pour que les parents puissent continuer l’effort chez eux, et communiquer entre eux pour travailler ensemble vers un même but (par exemple, la psychomotricienne peut inciter l’enfant à verbaliser certaines choses sur consigne de l’orthophoniste, et l’orthophoniste peut surveiller que l’enfant ne marche pas sur la pointe des pieds comme le veulent le psychologue ABA et la psychomotricienne).
Comment la famille se prépare-t-elle pour la prise en charge de leur enfant autiste?
Je ne suis pas sûre qu’il puisse y avoir une préparation possible, dans ces cas-là on doit un peu sauter dans l’inconnu, on n’a pas le temps ou le luxe de prendre notre temps pour pondérer. Voici cependant quelques articles qui peuvent aiguiller les parents pour éviter les embûches les plus évidentes:
La famille se retrouve-t-elle seule face au handicap et à sa prise en charge, ou existe-t-il des aides, des associations?
Énormément de familles se retrouvent seules face au handicap. Il y a des super papas qui restent, mais il y a aussi beaucoup de mamans qui se retrouvent seules avec leur enfant autiste, abandonnées par leur mari, leur famille qui ne comprend pas l’autisme, et leurs amis qui s’enfuient parce qu’ils en ont assez d’entendre parler d’autisme (ou qui, ne sachant pas comment réagir, coupent les ponts).
Heureusement, oui, il existe des associations et des centaines de sites comme le nôtre sur le net! Ce qui posait problème il y a encore cinq ans, car le net était encore un repère d’informaticiens et de geeks, n’en pose plus autant maintenant qu’Internet est accessible et accédé par la majorité de la population.
Quels sont les différents intervenants dans le projet de soins?
Il y a les trois dont j’ai fait mention précédemment (orthophoniste, psychomotricienne, psychologue), mais il peut y avoir d’autres intervenants:
- l’ergothérapeute, qui est un genre de psychomotricienne mais qui va adapter plutôt l’univers à l’enfant, au lieu d’adapter l’enfant au reste du monde – nécessaire dans certains cas, mais selon moi à n’utiliser qu’en dernier recours,
- le pédopsychiatre, qui peut chapeauter les intervenants et agir comme psychothérapeute pour toute la famille (parents, enfants autistes, fratrie),
- l’équipe pédagogique (enseignant, AVS), qui doivent faire partie de tout projet, en particulier avec des enfants jeunes, sauf dans de rares cas de scolarisation à la maison.
Attention: il y a beaucoup de métiers qui finissent par -thérapie: musicothérapie, équithérapie, graphothérapie, art-thérapie, etc. Certains peuvent faire partie d’un chouette complément au projet de soin, à la condition que les intervenants soient formés effectivement au handicap de l’autisme, mais ils ne remplacent absolument pas les orthophonistes, psychomotriciennes et psychologues comportementalistes. Certains autres sont une véritable supercherie, qui doivent être évités à tout prix.
Existe-t-il une prise en charge financière pour aider la famille à prendre en charge leur enfant (s’il reste à domicile, s’il va en IME, ou hôpital de jour, s’il est placé définitivement dans un établissement spécialisé…)?
Si l’enfant va dans un établissement du style HDJ ou IME, l’établissement est celui qui reçoit le financement pour l’enfant. Comme je l’ai dit plus haut, il y a encore très peu d’établissements de ce genre qui sont adaptés pour nos enfants autistes. Pour les FAM (Foyers d’Accueil Médicalisés), c’est un peu le même topo, à cela près qu’ils me semblent en général plus adaptés au handicap, car les intervenants là-bas sont habitués à des handicaps lourds. Cela dit, dans certains il y a une politique de médicamentation qui est scandaleuse.
Nous recommandons, tant que les établissements ne se seront pas conformés aux recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), de chercher des prises en charge en libéral. Pour cela, la MDPH statuera et attribuera aux parents soit une AEEH (Allocation d’Education de l’Enfant Handicapé), soit une PCH (Prestation de Compensation du Handicap). C’est pour cela que c’est important que les enfants soient pris en charge le plus tôt possible, histoire de leur éviter la camisole chimique à l’âge adulte, par manque d’éducation.
Et maintenant, à la communauté!
Avez-vous quelque chose à ajouter? Un témoignage à donner? N’hésitez pas à le faire dans les commentaires de l’article.