Je ne suis pas autiste, je suis un adolescent

Depuis septembre 2011, Nicolas a intégré un nouvel établissement en ULIS, Unité Localisée d’Inclusion Scolaire, ou (6e9) au collège. Tout ceci a considérablement changé nos habitudes, car mon fils doit être à 7h50 dans l’enceinte du collège, et ce dernier se trouve dans une autre ville.

Eh bien, je vous le donne en mille: il a fallu à peine deux jours d’adaptation à Nicolas, alors que moi, je suis toujours autant stressée, ayant la désagréable sensation chaque matin de le lâcher dans une jungle. Le temps du cocooning des CLIS est révolu.

Grâce à la réunion des professeurs et à l’équipe éducative, je sais que tout se passe bien, car si je compte sur Nicolas pour me donner des informations…! Comme il me dit: « je ne suis pas autiste, je suis un adolescent », et tout ce qui va avec: acné, timide apparition de la moustache, dialogues bref, intérêt des attributs féminins et plaisirs personnels.

La classe se déroule ainsi: ils sont douze,  Nicolas a un professeur principal qui enseigne le français, les maths, l’histoire, la géographie, un professeur de musique, un professeur d’anglais, un professeur de technologie et un professeur d’EPS. Ses journées commencent à 8h00 jusqu’à 15h30, sauf le lundi où il finit à 16h40. Ils n’ont pas cours le mercredi.

La professeur principale est toujours accompagnée d’une AVS-co, qui les a chaperonnés durant le temps de cantine les deux premières semaines. Depuis, la classe se débrouille, car ils sont tous autonomes.

Sa façon de travailler est la même qu’en CLIS, s’adaptant à chaque niveau de l’élève. Cependant, les devoirs sont de plus en plus fréquents, les amenant aussi à apprendre à s’organiser, anticiper, planifier leur travail, chose que Nicolas n’arrive pas à faire encore. Ils font également beaucoup de sorties, principalement axées sur la protection de l’environnement, notamment en allant nettoyer une plage, reboiser une forêt, sentir la flore et voir la faune, etc.

En décembre, j’ai reçu son premier bulletin de note avec une très bonne moyenne.

Ce que je peux dire dire, c’est que Nicolas y est épanoui. L’orthophoniste trouve même que cela l’a boosté, car il fait plein de choses qu’il ne faisait pas avant. La dernière année de CLIS fût plutôt une période de stagnation. Le changement lui a mis le pied à l’étrier.

Pendant deux ans, Nicolas aura ce programme, et c’est seulement en 4e ULIS qu’il sera question d’un projet professionnel, avec ateliers au collège et stages en entreprise.

Ici et maintenant

Au premier abord, Nicolas n’a exprimé aucune émotion ni posé aucune question sur son changement d’école. Il a fallu un mois après la fin de la CLIS pour que Nicolas m’interroge sur son entrée en ULIS au collège

En premier lieu, mon fils a posé des questions d’ordre pratique: où est l’école, qui sera son professeur, qui va-t-il avoir comme copains, à quelle heure il commence, etc. Puis, ce changement qui se profilait a suscité chez Nicolas de grandes interrogations sur son avenir, à savoir jusqu’à quel âge il irait en ULIS, si il allait travailler après…

Très agréablement étonnée de son raisonnement, c’est une des premières fois où j’ai eu une vraie conversation avec mon fils. Je n’ai pas fini d’être surprise! Après mûre réflexion, Nicolas m’a dit qu’à 16 ans, il voulait aller travailler au bazar de Leclerc, ou à « La Boutique », magasin de gadget.

Pour la note d’humour, il ne veut pas de moustaches non plus.

Je me suis empressée de répéter ses propos à la psychologue qui s’est réjouie de voir que Nicolas se projetait dans l’avenir.

Si j’ai intitulé cet article « ici et maintenant », c’est parce que j’ai repris la maxime de ma sophrologue, qui m’invite à chaque séance à apprécier le moment présent.

Malgré des semaines chargées, malgré mon angoisse handicapante (c’est un autre débat), lorsque j’entends Nicolas faire des projets, cela récompense tous ses efforts, mon énergie déployée à ce qu’il soit le plus autonome possible.

Dès que le moral est en berne, je pense à cet adage: « ici et maintenant ». Ce n’est pas facile, mais je ne désespère pas d’y arriver avec de l’entraînement.

Tableau de comportements réussis

Un des rituels agaçants de Nicolas est de répéter jusqu’à 10 fois des phrases stéréotypées telle que « Nicolas très gentil », « Je ne suis pas vilain », « tape là » (dans la main), etc. Je sais bien que tout cela est rassurant pour mon fils, mais je commençais à ne plus supporter son écholalie incessante. Il y a d’autres moyens plus ordinaires pour se rassurer.

Après avoir essayé l’ignorance, un scénario si gentilment dessiné par une amie, j’en ai parlé à sa nouvelle psychologue à domicile (qui s’ajoute à la première qui travaille les troubles cognitifs) et peut donc travailler entre autre en milieu ouvert, pour l’autonomie urbaine, par exemple.

Aussitôt dit, aussitôt fait: elle m’a préparé un tableau de comportements réussis.

Le principe est le suivant: le tableau est divisé en cinq créneaux horaires pour chaque jour de la semaine. À l’intersection de chaque créneau et jour, il y a une case que l’on coche en rouge, par exemple, lorsque l’enfant n’a pas suivi la consigne – à savoir « ne plus faire un comportement inadapté », ou, pour Nicolas, « ne plus répéter telle ou telle phrase ». Vous modifiez le tableau au gré des impératifs et horaires de l’enfant.

Lorsqu’il est à l’école, les cases sont noires (puisque vous ne pouvez vérifier). En bas du tableau, il y a la case journée réussie ornée d’une croix bleue si effectivement l’enfant a respecté la consigne. Pour plus d’aisance, je vous conseille de plastifier le tableau pour pouvoir utiliser un feutre  Veleda. Je ne doute pas de vos compétences pour utiliser la plastifieuse avec brio. En bas de la grille, j’ai scratché quatre renforçateurs au choix.

Tableau de comportements réussis

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Voilà à peu près deux mois que nous utilisons ce tableau. Nicolas est très réceptif. En général, il se trompe la première journée, puis réussit les autres jours de la semaine.

Ce qui est très positif, c’est qu’une fois réussi, c’est acquis et Nicolas ne répète effectivement plus les phrases mentionnées, même s’il n’a plus de récompense à la clef et si nous sommes passés à autre chose.

Handident

Handident

Shark teeth (photo: drmama)

Jusqu’à présent, Nicolas n’avait pas eu de problèmes dentaires. Pour ses 9 ans, j’avais reçu une invitation  dans le cadre de « MT Dents  » pour un bilan dentaire gratuit, ce que j’ai fait chez mon dentiste. Nicolas a à peine ouvert la bouche mais le docteur a eu le temps de voir une carie sur une dent de lait.

Il y a deux mois, mon fils s’est plaint de sa carie au point d’en pleurer et de se réveiller dans la nuit. Il a donc fallu passer aux choses sérieuses et j’ai contacté Handident. C’est un réseau régional aux soins bucco-dentaires pour personnes en situation de handicap.

Le principe est le suivant: les patients (et leurs parents) remplissent un questionnaire de coordination lors du premier appel: savoir le handicap, savoir le degré de coopération de la personne à soigner, etc. Un dossier est envoyé à remplir, ainsi qu’une fiche de renseignements à l’attention du médecin traitant. Le réseau vous oriente ensuite vers le praticien le mieux adapté aux besoins du patient. L’adhésion que l’on reçoit également à remplir est gratuite, mais nous pouvons faire un don à l’association.

Les praticiens adhérant à Handident ont signé la charte du réseau et ont reçu une formation spécifique sur le handicap. En ce qui me concerne, j’ai contacté Handident PACA qui se trouve à l’hôpital de la Timone à Marseille.

Pour la petite histoire, Nicolas s’est laissé soigner la carie avec piqûre, roulette sans utiliser le MEOPA, un gaz agissant par inhalation qui a un effet anxiolytique pour les patients moins coopératifs. Tout ça grâce au fameux renforçateur, j’ai nommé McDo! J’avais également préparé auparavant Nicolas en lui expliquant et en mimant sur moi. Il n’était donc pas surpris. Bien sûr, il a pleuré un peu au début, mais j’ai réussi à le raisonner.

Avantages

Très à l’écoute, d’une grande gentillesse et disponibilité au téléphone avec des infos précises. L’accueil téléphonique est supervisé par des docteurs, c’est pourquoi dans notre cas j’ai reçu un fax pour une ordonnance d’Atarax, un demi comprimé à prendre deux heures avant le rendez-vous.

Inconvénients

Il est très difficile d’obtenir un rendez-vous rapide, car les dentistes consacrent en général à peu près une journée par semaine aux soins dans le cadre d’Handident, donc le temps d’attente est long. Je vous suggère de ne pas attendre la rage de dents pour les contacter. Je veux tout de même saluer cette initiative et préfère attendre longtemps mais que tout se passe bien.

Nicolas retourne chez le dentiste dans dix jours pour un détartrage. Il me pose des questions mais parait moins angoissé. Bien sûr j’ai préparé la récompense.

Notre journée de l’autisme

Au lendemain de la journée mondiale de sensibilisation de l’autisme, le 2 avril, date fixée par le secrétaire générale de l’ONU, Ban Ki-Moon, et non par une bande d’acharnées comme nous, force est de constater que trop peu de médias en ont parlé. Pourtant, vous avez été nombreux à y participer à votre manière aux quatre coins de la France. C’est pourquoi j’ai recueilli quelques témoignages afin de vous mettre à l’honneur en mettant en lumière quelques unes de vos actions.

Lynda Medakria

« Le soleil est au rendez vous, à la hauteur de notre motivation et énergie à défiler pour défendre cette cause, celle des enfants autistes. Vêtus de bleus, nous nous dirigeons tous vers le Trocadéro, enfants, mamans, poussettes, ne formant qu’un, allant manifester.

« Arrivés au Trocadéro, un groupe est là, nous le reconnaissons grâce aux t- shirts bleus. Nous nous asseyons, discutons, échangeons. Mais nous ne sommes guère nombreux pour envisager une manifestation sur le Trocadéro. Quel est le programme de cette journé? Qu’allons-nous faire? Tout semble confus, et à vrai dire assez calme.

« Nous nous sommes mobilisés pour montrer notre colère, face à un immobilisme des autorités sur la question des enfants autistes, alors rester assis au Trocadéro, ce n’était pas envisageable. Nous repartons tous dans le métro, 15 enfants, trois poussettes, et là nous trouvons un slogan, que tous, nous crions haut et fort, « Plus de moyens pour les enfants autistes ». Lilia le vaut bien.

« Plusieurs passants nous demandent pourquoi nous sommes là à défiler, et qui plus est dans le métro. Nous leur expliquons brièvement, et tous nous disent « bon courage ».

« Arrivés à l’Hôtel de Ville, nous récupérons la manifestation. À notre grande surprise, du monde défile, avec un groupe de percussionniste en tête de cortège. Quelle joie, nous sommes là, tous unis, pour défendre les enfants autistes, tous ensemble dans cette lutte, pour qu’enfin cesse cette discrimination faite aux enfants TED, pour qu’enfin le grand public entende beaucoup plus parler de l’injustice faite à ces enfants.

« Nous avons défilé, nos cœurs plein de joie et d’émotion, le sentiment que les choses bougeront avec ce genre d’initiatives. Fières d’y participer. L’Assemblée Nationale est en bout de course, et là nous attendent une flopée de CRS – nous sommes tous arrivés avec nos enfants, quelques uns même en bas âge, que feront-ils? Nous arrêter? Mais qu’allions-nous faire de si répréhensible, si ce n’est pour se battre pour cette cause? Nous restons là.

« Ensuite, nous avons fait demi-tour. Les manifestants se sont dispersés. Après-midi enrichissante, pleine d’émotions, et d’espoir. S’il suffisait toute notre énergie et l’amour que nous portons à nos enfants pour faire bouger les choses, si seulement… »

Notre journée de l'autisme

 

Delphine Dangien

« En ce jour du samedi 2 avril 2011, il parait que c’est la journée de sensibilisation à l’autisme. Première chose à faire, foncer sur Autisme Infantile pour lire l’article du jour! Ensuite, se tenir au courant de ce qu’il va se passer, et où. Troisième chose, participer à sa façon avec toutes les mamans qui vont faire entendre leur voix à Paris ou ailleurs, en laissant un message aux neurotypiques: « Faites en sorte que ce soit au moins la journée du sourire« . Quatrième chose: profiter de cette très belle journée avec ses enfants, en ayant toujours à l’esprit que c’est une journée spéciale… »

Nathalie Bongibault Julien

« Nous, l’association Planète Autisme, avons organisé une conférence animée par Jacques Constant le 1er avril à la Faculté du Pin à AGEN: grand succès, puisque nous avions un amphithéatre de 400 places presque plein! »

Notre journée de l'autisme

Patricia Legrand

« Je m’appelle Patricia, je suis la maman de Marie, autiste de 16 ans. Pour la journée de l’autisme, le 2 avril, je voulais marquer le coup, quoique notre combat à nous parents soit tous les jours et toute l’année.

« J’ai donc préparé un email avec photos et vidéos de plusieurs enfants atteints d’autisme, en expliquant en résumé que l’autisme était très mal connu et relativement peu intéressant pour le grand public.

« Marie est prise en charge par une école où se trouvent des sections TEACCH (méthode comportementale très proche de l’ABA) et elle progresse bien, mais comme chaque maman le sait, cela peut varier en fonction de son humeur et de ses émotions. »

RTL a publié un article grâce à l’e-mail de Patricia: Journée Mondiale de l’Autisme: « Ils sont une mine de richesses » (vidéo).

Nathalie Devernon

« À la suite de l’initiative d’Autism Speak, la plus grande organisation internationale pour l’autisme, d’éclairer un bâtiment de sa ville en bleu (par exemple: le Corcovado, l’Empire State Building, la Maison Blanche, l’Opera House de Sydney), nous avons fait la manifestation et éclairé l’Abbatial de la Charité sur Loire en bleu, en solidarité au mouvement international. »

Notre journée de l'autisme

Association "Sauvons Geoffroy et ses amis" Autisme 58 et Dialogue 58

Stéphanie Margato

« Notre journée de l’autisme à Dijon (à 60km de chez nous) a été un vrai fiasco. Nous arrivons sur les lieux, et là, surprise… personne, mais vraiment personne: lieu vide, avec quelques photo de dessins et des tableaux, puis dans un coin des livres et des t-shirts au profit de l’association Respire Bourgogne… mais personne pour accueillir les gens qui viennent, pour expliquer l’autisme ou tout simplement vendre les livres aux personne intéressées.  Nous sommes repartis hyper déçus et en colère, surtout. »

Association "Sauvons Geoffroy et ses amis" AUTISME 58 et DIALOGUE 58

Aline Pic

« Cette chanson, c’est une jolie histoire d’amour et d’amitié. D’abord parce que j’ai un lien affectif très fort avec la lune, et ensuite parce que sans un ami, un frère, et sans sa fille que j’ai croisé par hasard sur Facebook, je ne vous aurais jamais connu, vous, toutes ces mamans courage, et vos enfants que je regarde et que je trouve beaux, rieurs, joueurs!

« Sans Véro et sa copine Françoise qui a lançé l’idée, je ne l’aurais jamais écrite. Et parce que vous l’avez aimée, soutenue, sollicitée, je vous promets que cette chanson va vivre.

« Si les médias ont voulu sciemment ignorer cette belle journée de sensibilisation à l’autisme, il se pourrait que cette chanson leur rappelle un jour le mépris dont ils ont fait preuve vis à vis de vous et de vos enfants.

« Comme il a été beau et émouvant de la voir chanter par la Chorale de Pezenas, accompagnée à la guitare par un jeune adulte autiste! Un beau cadeau et un bel espoir!

« Que cette chanson soit un lien , entre nous, monde hors autisme, et vous parents, associations, enfants, adultes autistes. Un trait d’union pour que, demain, nous puissions nous retrouver dans votre monde. Une preuve que les regards peuvent changer. »

Notre journée de l'autisme

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Hanneke Vorstermans

« Nous, Acabadom, pour la journée de l’autisme, nous avons commencé avec un café-rencontre à Aubenas pour essayer de faire venir les parents, qui sont très réticents par ici.

« Ensuite, nous avons organisé une conférence sur le TEACCH faite par Annemiek Determann, et, en collaboration avec le cinéma, une projection de Elle s’appelle Sabine.

« Nous avons fait des affiches, des flyers. Je suis passée à la radio locale pour parler de l’autisme (une grande première en Ardèche!), et nous avons eu des articles dans la presse locale.

« J’ai contacté les professionnels, les écoles d’éducateurs, les instituts, de l’IME jusqu’aux Hôpitaux de Jour, CAMSP, SESSAD, les CLIS, la direction de l’Académie, les instits, la MDPH, les généralistes, les orthophonistes… Plein de monde, et finalement très peu de professionnels qui se sont déplacés, ça reste très difficile. Par contre, est venu un bon nombre de parents, la plupart en détresse d’ailleurs.

« Voilà, on réfléchit déjà à l’année prochaine. Évidemment nous allons organiser encore d’autres évènements. »

Notre journée de l'autisme

Laurent Bordet

« L’association,  Le monde de Kevin, a fait sa première manifestation le 2 avril à Grenoble  pour récolter des fonds pour aider Kevin et pouvoir trouver des moyens financiers pour la méthode ABA. Nous avons mis une table avec la banderole de l’association de Kevin et mis deux tirelires pour les dons, et comme nous organisons une grande tombola prévue fin mai, nous avons vendu aussi des billets, et expliqué ce qu’est l’autisme. »

Notre journée de l'autisme

Roseu Bell

« Pour la journée de samedi, c’est une marche de tout plein de petites forces et d’espoir qui se réunissent et cela devient grand. C’est très éprouvant car nous voyons des petits, et ça nous ramène forcément a ce qu’on a enduré, et on regarde les parents et on se dit que pour eux c’est une longue route par laquelle nous sommes passés.

« Je sais que ce n’est pas fini en ce qui concerne mon fils, qui est autiste de haut niveau, mais pour en arriver là où nous en sommes, je me suis battue. Notre vie a été chamboulée. Seuls, lui et moi, et à son grand désespoir de ne pas être suivi correctement, il a eu « une crise d’ado » qui s’est manifesté très durement.

« L’hôpital de jour où il était à ce moment-là a voulu le mettre sous médicaments. Je ne voulais pas, et j’ai commencé à faire une grêve de la faim. C’est comme cela que j ai connu Léa pour Samy, à présent Vaincre l’autisme.

« Pendant la manifestation, j’étais fière d’y être et de montrer aux personnes qui nous regardaient passer qu’on avait des enfants géniaux. Et comme disait un papa: Vive les enfants autistes! »

Notre journée de l'autisme

Je remercie tous ceux qui ont bien voulu me parler de leur journée en toute sincérité. Vous avez fait preuve de beaucoup de volonté pour faire connaitre les TED et chacun, grâce à ses actions, a apporté sa petite pierre à l’édifice.

Remise en question

Je suis ravie que Nicolas retrouve Faustine, sa neuropsychologue après quelques temps d’absence. À la fin de chaque séance, nous faisons le point. Un énorme changement se profile. Nicolas ira en ULIS dans un collège en septembre (s’il y a de la place, bien sûr). Faustine a donc décidé de s’occuper de cette étape et notamment de son comportement en récréation et de ses intérêts de petit enfant.

« À quoi s’intéressent les ados? »

En une seule phrase, la neuropsychologue a fait ressurgir deux blessures que je croyais pansées: mon incapacité ou « la faute à pas de chance » de donner un frère ou une sœur à mon fils, et ces relations inexistantes avec les cousins et cousines de Nicolas.

Mais quels sont les loisirs d’un adolescent? Je me suis retrouvée sans voix et une triste réalité m’a explosé en plein visage: je n’ai aucune idée sur les intérêts d’un garçon neurotypique de l’âge de Nicolas, ni de leurs sujets de conversation. Pour diverses raisons que j’ai expliqué dans des précédents articles, je ne peux demander à qui que ce soit dans mon entourage.

Bien que j’ai en mémoire le dicton préféré de Béatrice, « Celui qui cherche en toute chose le côté soleil, trouvera partout lumière et chaleur », j’avoue avoir du mal à trouver cette lueur et je me surprends à vous envier.

Bien sûr, je sais que je peux compter sur vous, et j’ai demandé à Sandrine – j’ai donc appris qu’un jeune de 12 ans aime les Simpsons, South Park, le skate, ou faire des dessins animés sur internet, par exemple. Il faut donc que nous amenions Nicolas à ce genre de distraction, ou du moins qu’il sache que cela existe.

Depuis ce propos anodin, pour le bien-être de Nicolas, j’ai pris une bonne dizaine de cheveux blancs, je pense à mon karma et ne sais comment je vais de nouveau cicatriser cette blessure.

Dans mon lit, il fait jour

Pour ceux et celles qui connaissent le blog d’Autisme Infantile à ses débuts, j’avais parlé de co-sleeping. Nicolas dormait dans notre lit depuis ses 2 ans. Il n’a jamais eu de difficultés à aller se coucher mais se réveillait souvent au milieu de la nuit et nous rejoignait avec ou sans notre accord. Nous avions cédé à ce comportement inadapté.

Avec la psychologue, nous avions établi un compte à rebours qui n’a pas marché (bien que Nicolas fut préparé par des scènes mises en place avec des poupées). J’avais essayé aussi le « pschitt anti-monstres » (idée d’une maman internaute) qui a juste eu l’effet de désodoriser convenablement sa chambre à la fleur d’oranger. J’ai également acheté une poupée de 80 cm pour tenir compagnie à Nicolas dans son lit. Bien que prénommée Natacha par mon fils, elle a fini au placard avec une jambe bancale.

Entre temps, j’ai changé de psychologue, et Nicolas est suivi dorénavant par Faustine, une neuropsychologue. Elle s’inspire très largement des scénarii sociaux de Carole Gray qui fonctionnent très bien avec Nicolas.

Dans un premier temps, nous avons habitué Nicolas à déserter notre lit. La peur étant toujours présente, c’était son papa ou moi qui allions dormir avec lui dans son lit dans sa chambre. Nous avons fait cela tout l’été. Puis, début septembre, nous avons retroussé nos manches. Faustine a énormément préparé Nicolas grâce à des dessins mettant en scène le coucher, la nuit quand il se réveille, etc.

Nous avons choisi une date. Durant une semaine avant le jour J, chaque soir,  nous avons regardé et discuté sur le dessin en question. Le fameux soir, Nicolas sait qu’il doit rester dans son lit sans crier ni pleurer s’il se réveille. Si la règle n’est pas respectée, une punition est à la clef.

La première nuit n’a pas été un succès. Nicolas a pleuré, m’a appelé et au beau milieu de nuit, je me suis couchée à côté de lui. Bien évidemment, la punition a été donnée. L’autre nuit s’est mieux déroulée. Il s’est levé par automatisme et est retourné dans sa chambre sans se plaindre.

Quelques petits aménagements ont été effectués pour son confort: un radio réveil (il aime savoir l’heure) et une lampe de bureau que j’oriente au plafond pour une lumière tamisée. Quand je le sentirai prêt, j’éteindrai cette lampe. Chaque soir, je sens mon fils très fier de me dire « bonne nuit, à demain ».

Bravo mon fils, nous sommes fiers de toi.

Un pas de géant, certes!

Depuis quelques temps, les intervenants de la prise en charge de Nicolas et nous-même parents, avont noté de grands changements chez mon fils.

Je ne sais pas si cela est dû à ses séances avec la psychologue cognitiviste, les prémices de l’adolescence ou bien les deux, mais nous notons de réels progrès dans son comportement.

Tout d’abord, son orthophoniste est devenue véritablement sa confidente, et au début de chaque séance, il raconte sa journée. Lorsqu’il revient de vacances (car nous faisons un break pendant les congés scolaires), il lui parle de ce qu’il a fait, et si Monique, son orthophoniste, l’interrompt, Nicolas lui dit qu’il n’a pas fini de tout raconter. Comme elle me le faisait rappeler, encore l’année dernière, il fallait lui sortir les mots de la bouche.

De plus, Nicolas aborde des sujets pertinents et se pose des questions existentielles sur la nudité, la maladie, sur ce qu’il voit à la télé, la mort.

En ce qui concerne la nudité, la psychologue a abordé l’anatomie et cette séance l’a passionné. Nicolas reste hilare à la vue d’une paire de seins ou d’un homme torse nu.

Le sujet de la maladie est venu car il connaît un petit garçon qui est diabétique et qui va à l’hôpital. Du coup, à chaque fois qu’il entend le mot maladie, il l’associe au diabète, mais comment lui parler de cette maladie tout simplement? J’avoue être un peu à court d’arguments en ce moment, mais la psychologue m’aide aussi.

En l’espace de quelques mois, le chien de mes parents et celui d’une connaissance sont morts. Sur le moment, j’ai dit ce qui se passait par la tête et j’ai parlé du pays du Père Noël. Avec le recul, j’aurai dû trouver une autre explication, je l’accorde. Mais il me questionne souvent sur le sujet, et me demande si les chats aussi vont au pays du Père Noël (car nous avons un félin à la maison), si une fois guéri, on revient, etc. Doucement, je lui explique que non, le plus simplement possible.

Des sentiments confus m’envahissent. Je n’avais pas anticipé ce changement, et je doute quant aux bonnes paroles que j’emploie pour lui expliquer une chose qui me fait moi-même horriblement peur.

Nous sommes très heureux de ce grand pas chez Nicolas, mais, paradoxalement, plus il comprend le monde des neurotypiques, plus il est angoissé et excité. Aussi, ses stéréotypies, notamment de répéter, ont augmenté. Ses intervenants n’en ont pas l’impression, nous oui.