Il y a environ deux ans, je me suis intéressée au « Comportement Verbal », ou « Verbal Behavior » (en version courte: VB). C’est une approche qui dérive de l’analyse appliquée des comportements (ABA).
Pour comprendre ce que c’était, on m’a conseillé la lecture d’un livre: « Educate Toward Recovery » de Robert Schramm, Analyste en ABA.
Ce livre a été une révélation pour moi, et a changé fondamentalement ma manière de me comporter avec Julien. C’était un peu comme si on donnait subitement une carte géographique à une personne, perdue depuis longtemps en pleine nature, et qui ne sait quel chemin prendre.
A l’époque, j’en ai traduit certains chapitres pour mon entourage, pour que tout le monde agisse de manière cohérente avec Julien.
J’ai ensuite mis en relation l’auteur, une société d’édition, AFD, et une traductrice, pour que tout le monde puisse profiter de ce livre, comme moi je l’ai fait. Ce livre sera diffusé en Français dans le courant de cette année, avec un autre titre.
Les comportements verbaux, ce sont tous les comportements ayant lieu entre deux personnes interagissant ensemble.
Par exemple,
- Un enfant pousse un autre pour prendre sa place: c’est un comportement verbal (pas vocal, mais verbal). Le but de pousser est d’obtenir une réaction de l’autre.
- Un enfant qui demande « pain » au mur, c’est un comportement vocal, mais pas verbal (le mur ne répondra pas).
En comportement verbal l’accent est mis:
- sur les différentes fonctions qu’un même mot peut avoir, selon le contexte dans lequel il est prononcé,
- sur la motivation de l’enfant, sachant que c’est la motivation qui est le moteur des apprentissages, pour tout individu.
Le Comportement Verbal et les mots
Si j’écris le mot «pirog» (mot russe), vous pourriez commenter ce mot: c’est un joli mot, de deux syllabes, il est composé des voyelles i, o et des consonnes p, r, g, etc. Ce que vous feriez alors est décrire la forme du mot.
Mais, en réalité, la question que vous vous poseriez, c’est: « comment utiliser ce mot, à quoi sert-il? ». Dans ce cas-là, vous vous posez des questions sur la fonction de ce mot.
Ce mot signifie « gâteau ». Si vous allez en Russie un jour, vous saurez « exploiter » ce mot, vous en servir dans toute situation.
Pour un enfant avec autisme, ce n’est pas forcément le cas: un autiste ne saura pas naturellement se servir de cette information que j’ai donné.
Pourquoi? En réalité, un même mot a plusieurs fonctions: son utilisation dépend du contexte dans lequel on dit le mot, et de ce qui se passe pour la personne juste après l’avoir dit.
Un exemple de ce mot utilisé de trois manières différentes:
- Un enfant montre à sa maman un gâteau dans une boulangerie en disant « gâteau », parce ce qu’il a faim: dans ce cas il dit cela pour l’avoir! La maman lui achète le gâteau. C’est dans ce cas une demande. La fonction est d’obtenir l’objet nommé. Ce genre de fonction est appelée mand.
- Ce même enfant peut dire à sa maman « gâteau » en le voyant, parce qu’il en a mangé à midi, et il signale à sa mère qu’il reconnait ce qu’il a mangé: dans ce cas il ne veut pas spécialement le gâteau, il nomme simplement le gâteau. Sa mère est contente qu’il sache nommer le gâteau et le félicite, l’enfant est content et recommencera probablement à nommer autre chose. La fonction est simplement d’attirer l’attention de l’autre en nommant le gâteau : cette fonction est appelée tact.
- La maman dit à l’enfant: « quel est ton dessert préféré? ». L’enfant répond « le gâteau ». La maman répond alors « moi aussi ». Dans cette situation, la maman engage la conversation, l’enfant lui répond. Ce qu’il dit dépend des mots de la maman. Le mot « gâteau » est l’objet d’une conversation, et il n’est pas présent matériellement. La fonction est aussi d’ordre social: dans le contexte de la conversation, où l’objet n’est pas présent, on appelle cette fonction intraverbal.
Dans cet exemple, le mot « gâteau » a trois fonctions. Il sert dans trois contextes différents, et à chaque fois la conséquence de dire « gâteau » est différente.
Mais… à quoi ça sert de faire ça?!
Un enfant autiste en début de programme VB peut très bien savoir reconnaître un gâteau parmi un ensemble d’aliments, il est peut être capable de répéter le mot « gâteau » sur demande, mais il y a de très fortes chances qu’il ne soit pas capable de le nommer si on lui désigne un gâteau en disant « qu’est ce que c’est? ». Il est peut être incapable de demander un gâteau quand il en veut un. Il est peut être incapable de dire que le gâteau est son dessert favori si une personne lui demande de nommer son dessert favori.
Nous avons naturellement cette capacité à utiliser un mot à travers toutes ses fonctions, mais pas forcément un enfant autiste. Il faut donc lui apprendre.
Un moyen pour améliorer la conversation et la communication d’un enfant autiste est de l’entraîner à utiliser un même mot au travers de ses différentes fonctions.
On se rend compte que de ne pas pouvoir généraliser un mot diminue très fortement la communication et la conversation. Et un enfant incapable de communiquer et de converser va probablement s’isoler.
Inversement, si on apprend à un enfant autiste comment utiliser les mots au maximum, il s’engagera plus facilement avec d’autres personnes, il sera plus sociable, sera encouragé par le fait qu’il peut être compris, qu’il peut participer à des conversations, cela l’amènera à « aller vers nous ». Il trouvera moins de plaisir à rester seul.
Un programme VB s’attaque en premier à la seule fonction pour laquelle la conséquence n’est pas sociale, c’est fonction de demander un objet: la conséquence est la raison même pour laquelle l’enfant fait la demande, c’est l’obtention de l’objet. Et c’est sur cette fonction que le VB travaille en premier avec un enfant en début de prise en charge.
Bien sûr, cela nécessite une haute motivation de l’enfant pour avoir un objet qu’une autre personne détient. Plus d’informations dans un prochain article!
J’ai regardé les six sections du Mur avec un mélange de tristesse et d’indignation. Tristesse, parce que la France était le berceau de Jean Itard, qui a le premier décrit l’autisme et a introduit des méthodes de renforcement ainsi que la communication au moyen de pictogrammes (similaire au PECS) afin d’éduquer Victor, il y a plus de 200 ans; parce que la France était le berceau de Claude Bernard, le père de la physiologie moderne, qui a insisté sur la nécessité de pratiquer des méthodes scientifiques et d’exclure les causes hypothétiques des désordres et des maladies de l’Homme. Claude Bernard a été à l’origine du projet revirement de la recherche ABA reversal. La France est aussi le pays de Louis Pasteur, l’une des figures les plus importantes de l’histoire de la médecine, qui a découvert que les maladies infectieuses sont causées pour la plupart par des germes, la « théorie germinale des maladies ». Ses travaux sont devenus la base de la science appelée microbiologie. La France a une histoire médicale remarquable, ce qui rend la présente vidéo encore plus désolante.
Le fait est que les enfants, handicapés par des troubles de perception sensorielles ont besoin d’une famille qui soit présente, qui soit capable de mettre de côté ses névroses, drames et égo personnels, et, sans s’engloutir dans la co-dépendance, qui soit capable de prendre à bras le corps cette aventure qu’est de travailler avec ces problématiques de façon à ce que l’enfant qui en est victime ne s’enferme pas dans sa bulle, en réaction contre un monde qui le submerge d’un point de vue cognitif… mais les psychanalystes doivent retourner à l’école.
Merci beaucoup pour votre e-mail ainsi que le lien vers les extraits sur YouTube du documentaire concernant l’approche psychanalytique de l’autisme et du syndrome d’Asperger en France. Je parcours lentement les films, car je crois qu’ils sont très importants, et ma propre opinion clinique est que la psychanalyse est en fait dangereuse pour les enfants autistes, mais aussi pour leurs parents, tout particulièrement la mère de l’enfant. Je reviens en France tous les deux ans, et je serai de retour à Paris en Juin prochain. Lorsque je présente des informations au sujet d’approches alternatives, je sais que les parents sont parfois étonnés qu’il y en ait, et les professionnels ont beaucoup du mal à comprendre qu’il y a une alternative et, je dirais même, une approche plus efficace.
L’autisme n’est pas causé par des mauvais parents. C’est complètement fou que la psychanalyse soit le traitement principal pour l’autisme en France. Il est choquant que la France ait tant de retard.
Je viens juste de voir le film avec l’horrible bande des psychologues/psychiatres partageant leur ignorance sur le sujet de l’autisme. Ils parlent comme si ils étaient dans les années 50. Ils n’ont rien appris depuis toutes ces années? Comme cela doit être profondément choquant pour les parents et enseignants qui voyent ce film!