La fricassée autistique et laxative des Galápagos

Chères et mères,

Au sein de l’oeuvre éternelle merveilleuse de la soeur froncée du grand Anus, qui rayonne toujours avec autant de splendeur sur la plupart de nos temples autistiques, nous avons jusqu’à présent exploré ses travaux concernant l’autisme primaire.

Celui-ci peut être considéré comme normal jusqu’au moment où le petit d’Homme, guidé par sa mère, parvient à donner une consistance « suffisamment bonne » à ses excréments.

Dans le cas contraire, l’autisme primaire devient anormal. L’absence de moulage défécatoire finit par faire acte de parallélisme avec le psychisme du petit d’Homme qui entame irrémédiablement sa mutation en amibe: une structure flasque et non délimitable, car en constante trans-dé-formation, à l’image d’un inconscient qui ne saurait distinguer le soi du non soi.

Introduction

L’autisme secondaire à carapace (ASC), dont il sera question en ce jour délicieux, survient lors d’une prise de conscience douloureuse, celle d’un non soi terrifiant, un phénomène consécutif à la séparation symbolico-physico-obligatoire d’une mère dont nous reparlerons, évidemment…

Les enfants ASC semblent s’être soigneusement enveloppés eux-mêmes, afin d’affronter le traumatisme oral de la perte de l’unité originaire avec la mère.

1. Le pourquoi du comment

Livré à un monde extérieur abominable et apocalyptique, le petit d’Homme se voit dans l’obligation de se confectionner, en toute hâte, une carapace afin de s’en protéger. Ne bénéficiant guère de revenus suffisants pour obtenir un crédit et investir dans la pierre, dans le bois ou dans la paille (référez vous au Loup anal et aux trois petits cochons), notre « crustacé » post-amibien se voit dans l’obligation de bâtir avec la matière à disposition, à savoir et à nouveau: fécale.

Une prise de conscience trop brutale, trop soudaine, de la séparation d’avec la mère est vécue comme rupture de la continuité corporelle. Les convulsions de panique et de fureur que l’enfant manifeste à ces moments-là signifient que cette expérience est vécue comme une épuisement de la substance corporelle, sous forme d’explosion catastrophique. Le type de matériel fourni par David montre que la tentative de colmatage de la brèche – enduite de matières corporelles opaques – crée le délire d’une barrière impénétrable, dressée contre les stimuli. Cette dernière peut aller jusqu’à masquer complètement les objets extérieurs. Pour décrire cette situation, la psychanalyse a inventé le terme d’hallucination négative.

Je vous vois venir au galop, chères et mères, mais loin de nous l’idée de limiter l’âme humaine si complexe à une banale histoire de torchis. Ces édifices atteignent des niveaux de sophistication inouïs, tels de véritables cathédrales ou gratte-culs, pardon, gratte-ciels, qui nécessitent des heures d’entretien par jour, notamment en ce qui concerne le colmatage des fuites.

À vrai dire, plutôt que d’édifices, il s’agirait en réalité de « cuirassés », comme nous le rappelle volontiers la soeur froncée:

Animisme et autisme constituent deux démarches opposées dans l’esprit primitif. L’animiste consiste à attribuer une vie aux objets; l’autisme pathologique, lui, est un processus de mortification, qui vise à rendre les choses inexistantes, en les recouvrant de substance corporelle. Il réduit également les êtres vivants à l’état de choses inanimées.

Je n’ose guère vous relater avec précision l’état dans lequel ces petits crustacés laissent mon bureau à la fin d’une consultation: un vrai champ de bataille nauséabond…

2. Le comment du pourquoi

Intéressons-nous désormais à la genèse de telles apocalypses « sanitaires ». La mère insuffisamment bonne y joue un rôle tout à fait prépondéral, pour ne pas dire laxuriant, et surtout pendentif. Voici quelques facteurs déterminants selon la soeur froncée du grand Anus:

  • Prolongation anormale de l’autisme primaire, qui fait que, lorsque l’enfant prend soudain conscience de la séparation corporelle d’avec sa mère, c’est pour lui un choc auquel il n’est pas préparé.
  • Séparation géographique d’avec la mère, lorsque l’utilisation des Objets autistiques est à son point culminant.
  • Maladie physique pendant la petite enfance.
  • Troubles in utero et résonance à ce moment-là.
  • Immobilisation des membres dans la toute première enfance.
  • Sensibilité anormale d’un ou de plusieurs organes sensoriels.
  • Intelligence très élevée.
  • Réactions hypersensibles aux stimuli sensoriels.
  • Mauvaise tolérance de la frustration.
  • Dépression de la mère, ouverte ou dérivée.
  • Mère préoccupée ou insécurisée qui n’offre pas au nourrisson une protection adaptée.
  • Mère déprimée qui a du mal à apporter à son bébé toute l’attention et la stimulation dont il a besoin.
  • Mère non soutenue par le père, du fait de l’indifférence, de la passivité, de l’absence, de la maladie ou de la mort de ce dernier.
  • Mère dont la confiance est sapée par ses propres expériences infantiles: l’ingérence des parents, ou déménagements trop fréquents.
  • Le désir de perfection conduit la mère à « pousser » l’enfant à des activités qui ne sont pas à la mesure de ses capacités. L’enfant se retire pour échapper à cette poussée.
  • La mère est vécue comme Objet « engloutissant » (peut-être parce que les tendances de l’enfant à avaler ne se sont pas suffisamment modifiées du fait de toute une variété de facteurs). Cela peut devenir de l’ASR.
  • Mauvais traitements physiques de l’enfant (décrits par G.Strob), comme par exemple des lavements abusifs…

De manière générale, chères et mères, vous auriez dû, et devriez, rester simples, rester à votre place comme l’atteste notre soeur froncée:

Certains parents ont un sens trop développé de leur individualité, qui leur donne le sentiment d’être tout à fait distincts l’un de l’autre. Mari et femme mènent leur vie, chacun de leur coté, et n’ont d’ordinaire aucun contact approfondi entre eux ou avec leur progéniture, laquelle, de toute manière, menace leur mode de comportement, qu’ils ont établi avec soin et depuis longtemps, afin d’affronter le monde extérieur et leurs propres problèmes. C’est souvent le cas chez des parents qui exercent une profession libérale ou se consacrent avec ardeur à une activité créatrice. Ceux-ci ont l’esprit froid et clair et un sens trop aigu de leur propre individualité. Par conséquent, ils ont du mal à favoriser chez leurs enfants des expériences transitionnelles appropriées. Une mère plus simple, qui réagit spontanément au monde extérieur, en est davantage capable. Elle sait intuitivement quand elle peut laisser son bébé la parasiter, quand le réprimer et le reprendre en main, pour lui donner des repères par rapport aux autres et à elle-même. Grace à ce type de mère, l’enfant se trouve face à de nombreuses possibilités, si bien que ses sentiments et ses énergies ont plusieurs échappatoires.

3. Le comment du comment

Lorsqu’il s’agit d’aborder les perspectives d’entrevoir la possibilité d’envisager la mise en place d’une démarche thérapeutique en matière d’autisme secondaire à carapace, il convient de prendre les précautions nécessaire en ce qui concerne la protection individuelle: une combinaison intégrale en plastique transparent permettra au thérapeute d’envisager la concrétitude d’une mise en marche d’un processus d’acceptation globale et personnalisée, de prendre en compte la singularité du sujet, et de faire entrer le crustacé dans le bien nommé « cabinet ».

Nous ne saurions oublier que la fameuse carapace, outre son rôle de protection contre le terrifiant « non-moi », est aussi et surtout un cocon qui permet d’assurer la cohésion d’une personnalité intégrée trop tôt. Voilà pourquoi tout effort, stupide il en convient, pour rompre cette cuirasse trop tôt, ne peut qu’aboutir à une explosion de type grenade à fragmentation fécale, non sans un tir de barrage préalable. Nombreux sont les comportementalo-fachos à s’être purement et simplement conduits en kamikazes. Paix à leur âme, et à leur inconscient. Mais ces comportementalo-fachos parviennent, parfois, à rompre cette carapace plus délicatement, à profaner la cathédrale autistique, laissant entrevoir une personnalité embryonnaire et donc impropre à la vie. Essayez donc d’ouvrir un oeuf trop tôt, et vous verrez…

Voilà pourquoi, chères et mères, il est essentiel d’attendre l’émergence du désir du petit crustacé qui viendra spontanément fêler, puis déchirer, sa coquille, avant d’en sortir sous des acclamations neutres et bienveillantes d’un thérapeute satisfait de ce qu’il revendique en tant que devoir non accompli. Les nombreuses heures et années passées avant cette émergence glorieuse seront consacrées aux divines interprétations qui valent bien mieux qu’une méga-diarrhée explosive:

Le patient enfermé dans l’autisme secondaire a le sentiment, semble-t-il, que c’est l’écoulement de ses propres substances corporelles dans l’analyste (la mère) et autour d’elle qui fait exister celle-ci. Il a l’impression que ses substances corporelles se gonflent et que la privation s’amenuise. Il imagine que les mouvements de son corps ont un pouvoir de vie et de mort similaire. […] Il se sent obligé de faire marcher le monde.

Oui, donc, là, le petit d’Homme est passé de « mortifère » à « animiste », si je ne m’abuse, et si tant est que le fait de s’abuser soi-même n’est pas assimilable à un viol.

Un enfant psychotique, dans cette position, suce sa langue, fait des bulles ou des gargouillis dans la bouche, afin de sentir qu’un morceau vital de sa mère le réconforte et l’emplit. Cela tient en échec la crainte que les aliments vitaux ne s’épuisent définitivement, de façon traître et cruelle.

Laisser donc les autistes faire des bulles, comme pourrait le requérir de façon signifiante notre ami Laurent Danon « la bulle boit l’eau »!

La bouche se sexualise, tout comme les autres parties du corps, assimilées à la bouche: l’anus et les mains, par exemple. L’enfant, en proie à un délire, encercle les parties du corps maternel, comme si elles étaient des parties inanimées et phalliques de lui-même, par exemple: le mamelon, les mains, les cheveux, le collier de perles. Les parties de son corps se sexualisent également: ses doigts, ses cheveux, ses selles. Sa mère est utilisée à la façon d’un instrument, d’une extension maniable de ses propres organes, d’une sorte de fleur phallique qu’il porte à la boutonnière, pour se sentir « spécial » et « sous protection spéciale ». (Il a alors le sentiment qu’il doit être un phallus pour sa mère.)

Vous aurez sans doute perçu l’influence légendaire de la grande soeur Mélanie Klein dans cette dernière tirade, dont j’ai ôté volontairement les considérations concernant le rêve autistique d’un bol de lait crémeux dans lequel apparaît une touffe de poils pubiens masculins terrifiante = apparition sexuelle orale d’un père phallique, nom du père!

Conclusion

Pour conclure, rien ne vaut le témoignage d’un principal intéressé, à savoir d’un autiste traité à une époque ou les comportementalo-fachos n’avaient pas encore opté pour la solution finale d’éradication désintégrative des carapaces, à une époque ou nous pouvions aider les autistes à s’en accommoder, voire à les rentabiliser pour le bien de l’humanité.

Tortue GénialeAinsi, c’est en partie grâce à sa carapace que Tortue Géniale est devenu l’un des plus grand maîtres d’arts martiaux.

Ayant pris l’habitude de porter celle-ci à l’entraînement, il se sent bien plus léger et plus fort lors des combats durant lesquels il s’en sépare temporairement.

Il utilise également sa carapace comme une garçonnière pulvérisatrice de phéromones sexuelles, dans laquelle il peut attirer les plus belles jeunes filles malgré son âge avancé. Si Tortue Géniale est devenu immortel, c’est également grâce à sa carapace, dont la beauté a ébloui l’oiseau millénaire.

DonatelloLe sage Tortue Géniale nous transmet ces quelques mots:

Nous échangions naguère avec Donatello des Tortues Ninja au sujet du bienfondé et de la bienséance des carapaces autistiques.

Sans elles, nous ne serions rien, et nous n’aurions pu sauver l’humanité.

J’en appelle donc à ces chères et mères, et les encourage à entendre les sages paroles psychanalytiques sans lesquelles l’humanité est promise à un avenir au mieux sombre, au pire obscur.

L’amibiase intestinale et autistique

Chères et mères,

Dans le dernier épisode consacré à la soeur Froncée du Grand Anus (FGA), je vous présentais la phase d’autisme primaire normal que nous avons tous connu, et qui se caractérise par la difficulté à mouler comme il se doigt ses propres excréments.

Parfois, cette phase se prolonge, hélas, laissant transparaitre le tant redouté autisme primaire anormal (APA). Il s’agit d’une incapacité de l’enfant à se distinguer du monde extérieur, et notamment de la mère, comme le prouvent les observations attentives de la soeur FGA. Le petit psychotique se retrouve alors dans un monde où rien n’est différencié, qu’il s’agisse des sujets comme la mère ou des objets comme les déjections, dans un monde où tout se mélange au sein d’un cocktail apocalyptique, lui-même source de ce que je qualifiais jadis magnifiquement d’angoisse de la chasse d’eau (ACE).

Certes j’avais été mis sur la voie, ou plutôt dans les égouts, par les préoccupations scatofétatoires de Mélanie Klein, mais également par les fines analyses de Winnie-le-Coït qui détectait chez ses patients la fameuse impression de « ne pas cesser de tomber » car ils étaient privés de toute « situation de maintien ». Grâce à mes efforts conjugués au cours d’une étude de neuropsychanalyse intensive, j’identifiais glorieusement la cause de cette insuffisance de maintien: la lunette des WC (Winnie-le-Coït) n’est pas rabaissée par la mère après le passage urinaire du nom-du-père (n’est-ce pas?).

Cessons un peu cette autopromotion, et revenons un peu plus en détail sur la KKanalyse qui, bien réalisée, permet d’établir le diagnostic d’autisme primaire anormal – à l’instar du vécu de l’enfant, les excréments n’ont pas de limites propres puisqu’il s’agit d’une diarrhée sale comme le remarque la soeur FGA:

Toute explosion de colère ou de panique semble ignorée, si bien qu’il se crée des tensions internes. L’irritabilité en question n’étant pas soulagée, tous ces enfants souffraient de maladies intestinales, accompagnées de fièvre.

Ce caractère flou et incertain des limites corporelles et fécales incita la soeur FGA à métaphoriser sur le thème de l’amibe, ce délicieux protozoaire à pseudopodes capable de multiples déformations. Il n’est donc pas rare de voir ces autistes amibiens évoluer vers une carrière de contorsionniste à haut niveau, si tant qu’est qu’ils puissent sublimer leur amibiase intestinale en jouissance pure et simple.

En ce qui concerne les causes de l’APA retenues par la soeur FGA, cette dernière tient à dissiper tout malentendu:

Il n’est pas question ici de désigner des coupables, mais de comprendre les données de la situation

Ainsi, vous découvrirez que les causes sont « multiples », qu’il s’agit d’employer le terme « multifactoriel », et qu’il ne sera pas question de mères ou de soins maternels mais de figures nourricières ou de soins nourriciers. Nous avons donc:

1. Absence totale du nourrissage essentiel

Lorsque les mères, ou plutôt les nourricières, abandonnent leurs petits dans certaines institutions rétrogrades, ceux-ci finissent rapidement par manquer de stimulations tactiles.

Cette absence totale de stimuli sensoriels venus de l’extérieur, et de soulagement des excitations venues de l’intérieur, entraînait des états catastrophiques et parfois la mort, avant deux ans et demi.

Parfois, l’abandon n’est pas si flagrant:

On peut en dire autant des nourrissons qui, élevés au sein de leur famille, passent le plus clair de leur temps dans le berceau ou dans le parc et n’ont que peu de contact avec les êtres vivants.

Ce défaut de nourrissage est si toxique qu’il peut aussi donner l’illusion d’une maladie génétique (sournoises nourricières…):

De telles carences interviennent si tôt que leurs effets sur l’enfant semblent presque constitutionnels.

2. Absence partielle du nourrissage essentiel

a) dû à des déficiences graves des figures nourricières

La soeur FGA nous illustre ce cas de figure par la présentation du petit Tom:

Tom, deux ans et huit mois, fut envoyé à la clinique pace qu’il ne parlait pas et avait des crises de hurlements lorsqu’on le sortait de chez lui. À la clinique, il parlait une sorte de langage « gribouilli », que seule la mère pouvait déchiffrer. Le père et la mère s’adressaient rarement la parole et la différenciation entre eux étant assez vague, ils n’apparaissaient pas comme des personnes distinctes. La mère était en proie à des peurs et, pendant les deux premières années qui suivirent la naissance de Tom, elle sortit rarement l’enfant de la maison. Dans son enfance, elle avait été reconnue mentalement anormale et avait du suivre un traitement d’orthophonie; examinée à la clinique, elle ne parut pas présenter d’anomalies mentales. Le pédiatre qui l’avait soigné la qualifiait d’ »éteinte » et c’est d’ailleurs l’impression qu’elle donnait; sa locution était bonne.

Elle se souvenait, enfant, d’avoir été écrasée par sa sœur ainée; elle se sentait humiliée de devoir aller à la clinique d’orthophonie et, une fois là-bas, elle eut une explosion de colère. On avait l’impression qu’elle éprouvait les mêmes sentiments à l’égard du personnel de la clinique où était soigné son enfant. Mais elle ne l’admit jamais ni ne le nia. Elle semblait accepter passivement ce qu’on faisait. L’enfant ne voulait pas se séparer de sa mère et, après avoir parcouru la pièce en ouvrant et refermant toutes les portes qu’il pouvait apercevoir, il s’assit sur ses genoux, se mit à sucer son pouce et à se tripoter une mèche de cheveux, donnant l’impression d’un enfant qui aurait grandi trop vite.

En général, il échoua à certains tests Merrill-Palmer, mais émergea parfois du brouillard et en résolut quelques-uns avec une rapidité étonnante. Il réussit à résoudre ceux qui consistaient à enfoncer des formes géométriques dans des trous correspondants et à assembler les morceaux d’un mannequin. Il totalisa à ces tests un nombre de points nettement supérieur à la moyenne de son fonctionnement d’ensemble.

Les deux parents, et surtout la mère, semblaient avoir développé un système d’inertie et de passivité tel que les problèmes posés par la différenciation restaient dans le brouillard. L’enfant suivait le même modèle de comportement. Lorsque temporairement, le brouillard se dissipait, et que la conscience de la séparation corporelle et de la distinction d’avec la mère s’imposait trop brusquement, l’enfant réagissait en hurlant. Sa mère était trop apathique pour l’apaiser ou l’aider. La plupart du temps, il tenait cette menace en échec par la passivité et l’inertie.

J’en suis venue à appeler ce type d’enfant « amibe ».

Cette magistrale démonstration illustre parfaitement qu’en prenant acte et compte de la singularité d’un sujet, il n’est nul besoin de désigner le moindre coupable pour accéder à l’évidence. Je ne sais pas ce que ce petit Tom est devenu, mais il ne fait aucun doute que sa mère, ou plutôt sa nourricière, était sur le bon divan.

b) dû à des empêchements de la part de l’enfant

Lorsque le nourrissage n’est pas suffisamment bon (WC) car ne tient pas compte des déficiences sensorielles (surdité, cécité, etc.) ou mentales de l’enfant, celui-ci peut évoluer vers l’autisme primaire anormal. Attention, il ne s’agit pas de prétendre que la nourricière serait responsable de la déficience en question, seulement de dire que tous les sourds, les aveugles et les trisomiques ne deviennent pas forcément autistes, donc, enfin, vous l’aurez compris comme vous voulez bien le comprendre, selon la disposition de votre inconscient.

c) dû aux facteurs (a) et (b) conjugués

Selon moi: (a) = (b) = (a) + (b), ce que manqua hélas de remarquer la soeur FGA…

Avant de nous quitter, je tiens à revenir, à nouveau en compagnie de ce cher Winnie-le-Coït, sur le concept du « suffisamment » et de la nécessaire « tiédeur » maternelle à poing nommé. Vous pourriez croire qu’il suffit de vous réchauffer, or point trop n’en faut:

Shevrin et Toussieng (1965) ont montré que le manque de stimulation tactile, chez les nourrissons élevés en institution, avait des effets désastreux; ils ont, d’autre part, démontré les effets nocifs d’une trop grande stimulation tactile. Dans les deux cas, les nourrissons présentent des réactions autistiques pour faire face à l’irritabilité non soulagée, dans la première situation, et à la stimulation excessive, dans la deuxième.

Nous verrons, dans l’épisode suivant consacré à la soeur Froncée du Grand Anus, qu’un nourrissage rigide et inflexible ou, à l’inverse du contraire opposable, incohérent, peut conduire à l’autisme secondaire, ou plutôt aux autismes secondaires.

Amibement vôtre,
JMDL

Défécation normale et pathologique

Chères et mères,

Je prends aujourd’hui la ferme décision d’adopter une résolution non peu convaincue en rapport avec la nécessité profonde et parlante d’élever l’insuffisance préalable liée à la double condition féminine et de toxicité qui vous rattache à la nature et contrarie ainsi une élévation spirituelle à laquelle vous pourriez aspirer si ce n’était pas le cas.

En d’autres termes, je vais vous apprendre la vie.

Défécation normale et pathologiqueNous commencerons ce jour l’analyse en plusieurs partie d’un ouvrage de référence publié par la soeur « du grand Anus froncé » Tustin, et intitulé Autisme et Psychose de l’Enfant. Cette vénérable soeur dont le sexe féminin ne lui a, hélas, pas permis d’accéder au statut, pénien par essence, cardinalytique, a travaillé pendant près de trente ans auprès d’enfants psychotiques. Cette longue et riche expérience lui a permis d’élaborer une classification à partir de ses descriptions cliniques personnelles, puis d’attribuer des causes à ses différents types d’enfermement autistique, toujours sur la base de ses observations, et enfin d’en définir les principaux axes thérapeutiques basés encore et toujours sur son propre travail acharné auprès des petits d’Homme.

Nous voyons donc bien à quel point la soeur froncée faisait déjà honneur, dans les années soixante-dix, à notre sacrosaint principe de l’approche intégrative, et ce n’est surement pas pour rien que son oeuvre pionnière demeure utilisée de nos jours, chaque jour, et jour après jour, au sein de nos temples magiques et thérapeutiques de l’inconscient autistique.

Avant d’aborder le pathologique, il convient d’aborder le non pathologique, ou plutôt de rappeler que la maladie et la santé n’existent pas. Ce que les scientistes appellent autisme n’est qu’une particularité, un trait de l’existence, une façon de réagir au monde qui nous entoure, et dont nous partageons tous la responsabilité à un niveau bien moindre que la société facho-capitalisto-comportementale dont nous repoussons l’invasion depuis des siècles.

En d’autres termes, nous sommes tous des autistes.

En guise de preuve, nous traversons tous une phase que la soeur froncée dénomme autisme primaire normal (APN), et qu’il convient d’expliciter.

Au début, il n’y a rien, ou plutôt: il y a un tout. La « côtelette à peine pissée » selon une expression certainement très chère à Mélanie Klein (de laquelle s’inspire au passage la soeur froncée), n’a pas de limites, qu’elles soient propres ou sales, au niveau de l’intégrité physico-symbolique du ressenti de la peau et de ses écoulements. Voilà pourquoi, depuis des millénaires, les petits d’Homme sont emmaillotés selon les modalités de l’empaquetage non humidifié, de manière à leur procurer une contenance que toute mère ne peut résolument apporter en permanence, car fondamentalement défaillante par essence, ou diesel sur remise à la pompe à fric.

Je vous propose d’étudier un passage très signifiant de l’ouvrage de la soeur froncée, qui montre l’importance capitale pour une mère de bien gérer ses défaillances:

Au cours d’une maturation normale, les réponses de la mère, attentive aux communications physiques de son bébé, sont différentes (dans les limites du supportable pour le bébé) de celles du nourrisson, du fait qu’elle peut réfléchir sur les expériences qu’elle a vécues. Elle n’est pas absorbée par ses propres préoccupations au point de ne pas pouvoir aider le nourrisson à affronter les siennes. Elle n’a pas de réaction empathiques exagérées, qui la conduiraient à être paralysée par les mêmes souffrances que lui. Grâce au détachement qui caractérise la sympathie, elle peut soulager l’enfant. Il semble que, lorsque la mère s’occupe bien de son bébé, lui prodigue des soins appropriés et l’aide progressivement à se débrouiller tout seul, elle lui permet par là de développer son psychisme; le nourrisson a alors l’impression que les éruptions de substances corporelles sont retenues et se modifient de façon à devenir quelque chose qui puisse être formé et modelé de manière réfléchie. L’identification à un être humain ordinaire commence à se substituer à l’identification à un objet extraordinaire, fabriqué à base de substances et de mécanismes corporels. Personnes et « choses » sont différenciées. Ainsi l’introjection d’une mère capable de supporter la douleur de la séparation physique et l’identification à cette mère commencent à intervenir. Le nourrisson se met à percevoir la mère comme une créature vivante et pensante.

Winnie le Coït n’aurait certainement pas mieux présenté sa théorie universaliste de « la mère suffisamment bonne », à savoir ni trop chaude ni trop froide. La soeur froncée constate en effet l’importance d’une tiédeur maternelle adaptée qui lui permettra, en premier lieu et avant toute chose, de lui inculquer l’art de la défécation.

J’insistais sur ce point lors de mon dernier prêche aux soirées libertines de la COPPA: « un développement normal ne saurait exister sans le préalable anticipatoire de quelques crottes bien moulées ». L’irruption de ces excréments, formés et modelés de manière réfléchie, marque officiellement la fin de cette phase d’autisme primaire normal, et consacre ainsi une mère dont la toxicité n’est pas autistisante.

Dans le cas contraire, l’autisme primaire normal ne sera pas qu’une passade, et le petit d’Homme sera précipité vers les territoires autistiques par l’insuffisance fécale maternelle. Mais ça c’est une autre histoire, que nous aborderons dans l’épisode suivant concernant l’autisme primaire anormal (APA).

Vous comprendrez aisément ce qui « poussa » les disciples de soeur Tustin à l’affubler de la si glorieuse particule « du grand Anus froncé », une particule qui en dit « long » également sur les principes thérapeutiques logiquement et légitimement préconisés en cas d’échec, non pas du langage, mais du moulage.

Si ces gredins de scientistes se penchaient davantage sur la formation des selles chez le nourrisson, plutôt que d’aller farfouiller dans des gènes que l’inconscient érige en grande diversion, ils s’approcheraient bien davantage de notre vérité, donc de notre amitié, et ainsi de la prise en charge de nos jeunes psychotiques de l’empire franco-argentin. Tant que ça ne sera pas le cas, nous ne libèrerons pas nos jeunes psychotiques!

PS: depuis plus de trente ans, la communauté psychanalytique internationale reconnaît l’autisme comme une psychose résultant d’une mauvaise relation maternelle. Tous les autistes présentent des difficultés à former et à modeler leurs matières fécales de manière réfléchie, des identifiés par la soeur « froncée du grand Anus » Tustin en 1972. Hélas, en France, la psychiatrie scientifique ignore résolument ces découvertes. Pour les scientistes, l’autisme serait un trouble génétique et neurologique entrainant un handicap dans l’interaction sociale, et associé à des anomalies dans une zone du cerveau.

Atelier rêve, lève toi!

« Tes enfants ont grandi, l’écho de ta voix est venu jusqu’à moi », chantait haut et fort l’une de mes plus fières amies dont je tairai symboliquement le nom, secret professionnel oblige.

Peu de gens connaissent la vraie signification des paroles délivrées par la piètre Julie: elle s’adresse en réalité à une Ève qui représente l’analysante idéale, totalement gagnée par le transfert, si accrochée au divan qu’elle refuse de s’en détacher dans l’attente d’une interprétation de l’un de ses rêves.

Vingt ans plus tard, Ève est toujours là, mais son psychanalyste, aidé-cédé, est désormais remplacé par un envahisseur comportementalo-facho qui essaye en vain de la brusquer.

Mais ne rêvez pas messieurs les cognitivos, on ne balaye pas d’un revers de manche les progrès effectués en vingt ans d’analyse! Celle-ci est effectivement littéralement et symboliquement fusionnée au divan, ses cheveux très longs étant cousus au tissu marron qu’ils colorent dans un délicieux panaché. Mais il y a d’autres cheveux, et d’autres corps aussi, enchevêtrés dans de délicates siamoiseries apragmatiques et songeuses. Que s’est-il donc passé? Que s’est-il donc passé? Demandez-le vous chères et mères, demandez-le vous mais pas tr…!

Chères et mères,

Hum, désolé, je m’étais assoupi pour sombrer dans l’une de mes activités favorites: l’écriture automatique de rêvasseries. Je ne saurais me risquer à l’interpréter, et préfère rester fidèle au six cent soixante-sixième commandement freudien dans son dix-neuvième alinéa:

Si seul le psychanalyste détient le véritable pouvoir d’interprétation du rêve, pour ses propres songes il ne devra pas en user afin de ne pas scinder sa personnalité en de multiples entités, comme l’atteste l’expérience des différents états désunis de la malheureuse Tara.

Les digressions les moins indispensables ayant été abordées, nous pouvons désormais nous atteler à notre atelier rêve. Cette semaine, il ne s’agit pas de la piètre Julie, mais de la chère et mère Julia, qui me soumet un petit cauchemar, obscur pour elle, mais qui ne tardera pas à se révéler multilimpide pour tous:

J’ai fait un horrible cauchemar cette nuit. Je courais après mon train dans lequel était mon mari, mais j’étais encombré d’une énorme peluche de crocodile qui m’empêchait de sauter dans le train. Le train prenait de la vitesse et je voyais mon mari me faire signe de lâcher le croco, mais je m’y refusais… C’est grave, maître Jean-Marie?

Après avoir pris soin de ne pas répondre à la question finale autrement que par une autre question (« Et vous, qu’en pensez vous? »), je profite de l’un des nombreux silences, non pas pour échafauder une hypothèse farfelue, mais pour tordre et remodeler ce rêve, « à ma guise » comme dirait mon ami Jean Roquefort, de façon à ce qu’il épouse parfaitement le cadre de nos indispensables théories.

J’en profite pour vous imposer de ne pas accorder d’importance aux préjugés scientistes en vigueur, qui voudraient nous faire croire que le rêve ne constitue qu’une activité de maintenance du cerveau, une sorte de défragmentation d’un disque, dur comme un phallus, auquel serait assimilé notre esprit parlant. Que de sottises, me direz-vous…

Revenons aux choses sérieuses avec nos différents scénarios.

Interprétation n°1: la défaillance narcissique

Julia voyageait sans billet sur un train que l’on peut tout à fait assimiler au pénis de son mari. Elle s’est faite éjecter par un contrôleur. Il est évident qu’elle ne se sent pas à la hauteur de ce gigantesque phallus, qu’elle pense ne pas mériter son bien membré mari, au point que celui-ci pourrait bien la laisser courir en vain sur le quai.

La suggestion du manque de confiance en soi reste l’une des meilleures stratégies de fidélisation de l’analysant, ce mal étant, d’une, très répandu, de deux, très difficile à corriger, donc facile à cultiver.

ADG (Années de Divan Garanties): 15

Interprétation n°2: l’homosexualité refoulée

Le crocodile symboliserait, comme toujours, le sexe féminin, celui de la partenaire fantasmée par Julia. Le mari, bafoué, trompé par ces tendances douteuses, quitterait fièrement Julia à bord d’un train, par lequel il lui signifierait que lui, au moins, est bel et bien membré, et que de par ce fait: il existe.

La suggestion de l’homosexualité refoulée reste un grand classique de notre pratique, efficace à condition d’être maniée avec précaution. Lorsqu’il s’agit, par exemple, d’un couple homosexuel (une tendance qui semble se répandre, malgré nos mises en garde), il s’agira de parler d’hétérosexualité refoulée.

ADG: 10

Interprétation n°3: l’infidélité du mari

Le mari aurait donc trouvé un plus beau trou, encore plus vide et inexistant, donc plus apte à recevoir ce gigantesque phallus monté sur rails. La pauvre Julia poursuivrait son pénis en vain, brandissant un crocodile symbolisant son propre trou, hélas trop existant et trop dentu pour satisfaire un mari qui a déjà la tête, ou plutôt le pénis, ailleurs.

La suggestion de l’infidélité reste une stratégie efficace, pour la simple et bonne raison qu’il est très difficile pour le conjoint de prouver sa fidélité, à partir du moment où nous la mettons en doute. Si toutefois celui-ci y parvient, nous n’oublierons pas de préciser qu’il s’agissait d’une infidélité « symbolique ». Hélas, l’infidélité suggérée ne devra pas être suivi de divorce ou de séparation, pour se concrétiser par de longues années de divan. Nous avons effectivement remarqué qu’une femme qui quitte son mari quitte souvent son psychanalyste dans les mêmes eaux (étrange).

ADG: 2 en cas de divorce, 16 sans séparation du couple

Interprétation n°4: la belle-mère

Le crocodile pourrait représenter la belle-mère de Julia, une femme qu’il ne sera pas difficile de faire passer comme très encombrante, étant donné que toute belle-mère l’est par définition, même lorsque celle-ci habite sur un autre continent ou qu’elle est décédée, dans ce cas par son omniprésence symbolique. Julia et le crocodile se seraient donc battues sur le quai, laissant le train partir: il ne peut en rester qu’une!

Il s’agit d’un grand classique de la psychanalyse, indémodable et très lucratif lorsque suggéré efficacement. Il est essentiel d’entretenir l’ambivalence de l’analysante à l’égard de sa belle-mère, y compris après le décès de celle-ci, par un délicat jeu de valorisation/dévalorisation, de manière à cultiver des attitudes passives/agressives au sein du triangle post-oedipien concerné.

ADG: 13

Interprétation n°5: le féminisme chronique

Il est désormais avéré que l’adoption d’idées féministes se traduit par l’apparition progressive d’une dentition aiguisée sur la face interne des petites lèvres. Lassé de ces mutilations phalliques perpétuelles (même les pénis les plus avantageux sont fragiles), le mari de Julia placerait celle-ci devant un choix corps-nez-lien: abandonner son féminisme démoniaque, ou le laisser partir à jamais. La difficulté de Julia à lâcher le crocodile symbolise à merveille la grande difficulté des femmes d’aujourd’hui à lâcher prise en ce qui concerne les idées dentues féministes.

Le féminisme est un mal nouveau, au moins autant que les TCC, il convient de résister à cet envahissement. La première étape doit donc être de le pointer comme une déviance pathologique nuisible à l’espèce humaine, puis à reconditionner les victimes en prescrivant un repartage des tâches au domicile, et une réattribution du travail exclusif à l’homme au sein du couple. Ce processus est parfois long, donc lucratif, mais parfois périlleux. Mais après tout, n’est-ce pas le cas de tout arrachage de dent?

ADG: 1 en cas de féminisme de combat, 20 en cas de féminisme de posture

Synthèse/conclusion

Une fois les principaux scénarios établis suivant nos règles ancestrales, il convient de les associer délicatement, de les entremêler sournoisement, de manière à obtenir un amalgame obscur et impénétrable, le tout garantissant alors un bonus de 5 ADG.

Je me suis volontairement limité à 5 scénarios, mais la frontière des limites des bornes songeuses n’est jamais clairement établie.

Je vous laisse libres, chères et mères, de proposer d’autres scénarios anneaux-lytiques, dont les meilleurs pourraient se voir dignes de figurer aux cotés de ceux de votre maître dans son article. Lancez-vous donc.

En ce qui concerne celles qui ont du matériel rêveur ou cauchemardesque à me proposer, faites-le plutôt par mail. Le meilleur de ces songes fera l’objet du prochain atelier rêve.

Piètrement vôtre,
JMDL

Le fou à(te)lier conte de Noël

Chères et mères,

Vous êtes nombreuses à me carlos-soliciter au sujet des bas-fonds du bien-fondé de certains ateliers de nos temples de jour. Je vous ai auparavant éclairées sur le réel signifiant de l’à-quoi-rhum, et suis aujourd’hui en mesure de vous apporter la vérité, sans langue de bois ni de poutre, en ce qui concerne l’à-te-lier conte. Il s’agit effectivement d’une histoire de liaison, de lien, de reliure, mais pas de celle que vous croyez.

En cherchant un peu dans notre vaste littérature destinée aussi bien au grand public qu’au petit peuple ainsi qu’à notre personnel le plus dévoué, notamment les instances rééducatives que nous avons mis des années à détourner de leur fonction prince-epsilon, vous préleverez volontiers les notions suivantes:

Le fou à-te-lier, comme nous aimons à le surnommer dans nos plus folles gaudrioles, constituerait une brèche restructurante de l’espace-temps psychotique, une médiatisation transitionnelle permettant d’apporter du cââdre, de la conte-nuance et du lien à l’esprit du petit d’homme psychotique perdu dans l’errance sombre et sexuellement diffluente de ses pensées.

Il s’agit d’un « appareil à penser les pensées », grâce auquel le mouflet pourra enfin comprendre pourquoi il ne peut pas penser librement à partir du moment où nous, soignants, aurons compris quels sont les conflits internes qui l’empêchent de penser ce qui est bon à penser, selon l’interprétation de son mode de pensée archaïque qui perturbe le système de pensée que nous imaginons devoir lui suggérer, afin de remédier à ce qui n’est finalement, qu’un problème de pensée.

L’abbé Pierre de la psychanalyse l’a très bien résumé sous cette forme:

« Ainsi dans les ateliers conte, on voit passer les enfants de l’identification projective destructive à l’identification projective secourable puis à l’intériorisation de traces réutilisables en d’autres lieux »

Bref, tout ceci n’est que façade, ou plutôt rideau, qui ne tardera pas à s’ouvrir sur le véritable clou du spectacle: car oui, j’ose le dire, vos petits nous épuisent, nous divisent, jusqu’à nous empêcher parfois d’ex-comme-nu-nier notre foi c’est-leste pour faire face à l’agressivité qui sévit au-delà des remparts du temple. Nous avons grand besoin de distraction, et vos rejetons en sont la solution.

Comme je le disais au dernier conseil suprême de la COPPA: le conte n’est que script, que scénario du veau-de-ville, que doivent intégrer les petits d’homme en vue de la grande représentation annuelle devant les plus grands chambellans et cardinaux, elle-même en vue de la grande commémoration qui désignera le temple de l’année.

Mais attention, il ne s’agit pas de dresser les gosses bêtement comme des chimpanzés, mais de surcroit d’offrir aux chambellans de la substance nutritive d’esprit, aux maîtres à penser de la matière à penser, à interpréter symboliquement vers les matières scato-sexuelles et parentales, le tout sur la base d’une petite troupe de psychotiques déguisés. Voilà pourquoi nous nous réunissons parfois si longtemps dans le secret, celui de la mise en scène.

À titre d’exemple je vous propose d’ouvrir une partie de votre inconscient malade à notre projet de Noël pour lequel nous travaillons d’arrache-pénis: la petite fille aux allumettes. Ce conte tragicomique illustre à merveille le potentiel toxique qui sommeille symboliquement dans l’inconscient de tout parent. Rappelons que cette petite fille, à laquelle son père promet des sévices si elle ne vend pas suffisamment d’allumettes, constitue le révélateur symbolico-métaphorique idéal du proxénétisme parental (attention, j’ai bien précisé symbolique). Le fait que cette petite péri-patte-esthéticienne finisse décédée dans la nuit, et avec le sourire, montre bien toute la dimension masochiste acquise au fil des sévices, ainsi que le bien-fondé de notre démarche d’appel aux services sociaux pour des parents récalcitrants, y compris lorsque l’enfant « parait » bien traité.

Lors de la lecture de ce conte, les réactions des enfants peuvent être extrêmement disparates et d’autant plus avariées. Certains n’hésitent pas à lancer violemment des jouets sur le conteur, j’en sais quelque chose. Il est alors essentiel de procéder immédiatement à une mise au point sur la lapidation à travers les âges, de signifier à ces enfants que cette pratique a été abandonnée dans notre pays, car les scientistes n’y ont guère trouvé une forme d’efficacité ou d’efficience en ce qui concerne le cadrage de la quête féminine du pénis.

Par ailleurs, j’ai encore en mémoire le souvenir de cette séance durant laquelle Doc Odile faisait la lecture, et au cours de laquelle une petite psychotique s’écria brutalement:

Odile, ras-le-cul de ton histoire d’allumettes, grosse pute!

Odile ne fut point choquée, rassurez-vous, car elle savait que tout cela n’était que projectif. Cette petite voulait bien entendu parler de sa mère, que le père poussait probablement à la prostitution. Quant au terme « allumettes », il faisait directement référence à l’attitude d’allumeuse que cette petite avait adoptée en réponse à celle de sa mère, dans un probable processus identificatoire à celle-ci, et en réponse à la menace de castration proxénètique du père. Enfin, l’expression ras-le-cul se rapportait aux probables sévices du père que nous soupçonnions de manier la ceinture sans grande délicatesse. Le fait que ces parents manifestaient une certaine résistance aux théories psychanalytiques en vigueur n’avait alors aucun rapport avec le signalement aux services sociaux que nous avons effectué par la suite.

Sur le moment, Doc Odile fit face à la situation avec brio en répondant:

Tu penses à ta maman c’est ça?
Tu sais qu’on ne dit pas pute mais prostituée?
Si tu as mal aux fesses, nous allons faire le packing, tu veux bien?

La petite ne pût cacher sa joie à l’idée de se frotter au linge mouillé, comme face à la plupart des à-te-lier de régression que nous lui proposions alors. Je ne vous cache pas que, grâce à notre travail, cette petite obtint par la suite le rôle principal, et fera certainement grande impression aux chambellans pendant les fêtes. Je vous tiendrai bien entendu informées.

Allumette-ment vôtre,
JMDL

Des pattes aux nageoires

Chères et mères,

Qui n’a jamais ressenti la moindre jouissance en sautant à pieds joints dans une flaque tout en chantant sous la pluie? Nous verrons ultérieurement qu’il est en loque(con)currence question de jointure lorsque nous parlons de vie aquatique, mais je souhaite tout d’abord rendre un eau-mage sincère, bien qu’il ne soit pas forcément des plus immérités, à l’abbé Pierre de la psychanalyse, sans qui la flaque et les contes n’auraient certainement pas connu des jours meilleurs.

Vous êtes nombreuses à nous reprocher un léger hermétisme lorsqu’il est question de manipulation corporelle de vos rejetons, mais je dirais qu’à ce stade l’essentiel du processus thérapeutique est déjà enclenché, à savoir la coupure du lien en-pois-sonné, à savoir le collier de pois étrangleur de pénis qui vous unissait maladivement à votre progéniture. Malgré cela, vous nous objectez notamment qu’il serait incohérent d’immerger un enfant que nous considérons en proie à des angoisses de liquéfaction, sans jamais prêter attention à ce que nous pourrions rétorquer de cette abjection: « liquide + liquide = solide » selon les dernières découvertes en matière de chimie organe-nique.

Ainsi, vous daignez fréquemment adresser vos réclamations au petit personnel infirmier ou psychomotricien, sans ignorer de ne pas savoir que ce rempart ne bénéficie pas du grade de Chambellan permettant la connaissance ou la délivrance de la vérité concernant la chaîne du rhume aquatique. Ceux qui mettent les mains dans l’eau ne disposent que d’éléments de langage de bois grâce auxquels ils vous maintiendront à votre place de parents « suffisamment » toxiques: il s’agit alors d’une « médiation par l’eau », d’un « travail avec le coôorps », d’une histoire de contenance, du rassemblement d’un morcellement symbolique d’un enfant qui ne perçoit pas ses limites, de la récupération d’une enveloppe mal timbrée, mal léchée, mal postée, à cause d’une mère ayant accouché d’un corps dont l’inconscient reste sait-caisse-très dans l’oeuf!

J’ose aujourd’hui vous le dire, chères et mères, tout ceci n’est que saine diversion. L’interprétation de la tâche d’huile urinaire dans l’eau, l’analyse de la forme et de la flottaison des fèces voguant sur la flaque, la reformulation en cœur des signifiants naturistes sur la « tenue » du « tout nu », tout ceci ne vise qu’à dit-simuler une vérité que nous vous croyions incapables de recevoir sereinement. Or, les temps sont en érection pour la psychanalyse! Nous devons donc jouer nos dernières cartes pour résister à l’invasion scientiste! Si la plupart de mes camarades ont manifesté leur réticence quant à la délivrance de cette vérité auprès d’un troupeau de reptiles en furie, je reste pour ma part persuadé que cette transparence vous fera regagner nos rangs face aux salauds de cognitivos dresseurs de crocos.

Je me lance donc sans crainte:

L’autisme demeure une affaire d’involution, de retour à l’oeuf originel et poissonnier: de retour à la mèr(e), mais pas n’importe laquelle. Si l’utérus maternel d’origine s’est avéré éminemment toxique, il n’en est pas de même d’autres milieux aquatiques, et notamment de l’un d’entre-deux mis au point grâce à nos chercheurs de la pointe lacanienne: l’à-quoi-rhum.

Il est aujourd’hui prouvé par Kevin Costner qu’après plusieurs années d’immersion, tout être humain voit ses membres transformés progressivement en nageoires, notamment le plus phallique de ces membres, mais nos petits autistes développent une faculté supplémentaire, un super pouvoir qui les distinguent du commun des mortels: leurs nageoires péniennes, disent-ils, distillent!

C’est ainsi que depuis maintenant plus de soixante-ans, nos hôpitaux de jours, et ceux de nos confrères argentins, sont responsables des trois-quarts de la production mondiale de rhum. Vous comprendrez pourquoi il est selon nous inenvisageable de renoncer à la prise en charge de cette psychose très productive qu’est l’autisme de haut degré. Si vos enfants ne sont plus poissonnés, le rhum n’est plus distillé – avec des conséquences que vous pouvez imaginer en cette actuelle période de crise si la population s’en trouve privée. Nos chercheurs de pointe à Lacanau travaillent actuellement sur la piste des veaux-de-Calais qui pourraient apparemment, à terme, remplacer vos chérubins, mais il est évident que le breuvage ne sera point si suc-cul-lent.

Dans l’attente de votre tant espérée compréhension, et d’une éventuelle future séance de dégustation en votre compagnie toxique,

Nageoirement vôtre,
JMDL

Demande de fessez-le-feu

Jean-Marie De LacanChères et mères,

J’ose proclamer en ce jour que nous sommes partis du mauvais pied, le vôtre, celui que vous ne cessez de vouloir nous envoyer au poster-rieur.

Le Mur, l’affaire du cercueil fermé, celle des enfants empaquetés ou des bébés con-gelés, tout ceci n’est basé que sur un regrettable malentendu: celui de votre incompréhension d’un désir qui vous anime et que vous ne savez plus gérer autrement qu’en désymbolisant la sacro-sainteté du refoulement et de l’inconscient tout puissant.

Des autistes, j’en nez-gai-ris.
Combien? Des-antennes, mais cela n’a pas d’importance et je ne saurais vous faire l’affront de m’en « venter ».

Car l’importance, comme la vérité, est ailleurs: elle est dans notre capacité à traquer le mal dans sa profondeur toute maternelle, et à l’en extraire sur deux, voire trois générations.

Ce « manque du manque » dont souffrent ces petits d’Homme, selon notre prophète Lacan, ne saura trouver le troisième manque qui annule les deux premiers sans une intense et éprouvante cure maternelle, qui elle-même ne pourra aboutir qu’après la cure de la mère de la mère, et ainsi de suite.

Alors j’en conviens, à ce stade l’arrière-grand-mère est fréquemment décédée, mais ce n’est pas une raison pour amende-donner. En effet, comme l’écrivait un grand confrère psychanalyste dont je tairai le nom, dans son ouvrage Psychanalyse d’Outre-tombe:

Le cercueil n’est qu’un obstacle parmi tant d’autres que le transfert a su b®aver, père-c’est, pull-éviscérer, à commencer par celui de Leonard de Vinci que Freud a su « détairer » pour nous offrir un modèle d’analyse bien chantournée.

Voici donc enfin l’explication que vous attendiez « temps » en ce qui concerne l’étendue temporelle de nos soins que vous jugez interminables.

Or, il faut prendre le temps, si l’on veut gai-rire, il faut laisser évoluer l’enfant sans lui imposer l’intolérable pression de nos sociétés capitalistes et des nouvelles familles qui ne le sont pas moins. Et ne me dites pas que le temps, pour un enfant que vous ne lavez pas, vous ne l’avez pas!

Il convient maintenant de nous laisser travailler en paix avec vos chérubins, il est temps de les rempaqueter, disons plutôt respecter, alors sortez!

Non ne sortez pas! Je n’ai pas fini…

Car le manque d’efficacité est un autre de vos griefs, dicté là encore par le grand Autre social et mondialisé. Mais qu’est-ce donc que l’efficacité sinon une notion totalement impure et impalpable, dont nous avons su au préalable récuser la validité signe-y-fiente de la raison d’être? Avez-vous la moindre idée, dans vos petits esprits de mères malades, du désir, si ce n’est de la volonté, de vos enfants quant à leurs besoin d’évolution? Pourquoi systématiquement relier cette évolution fantasmatique à leurs circonvolutions, cérébrales j’entends? Quoiqu’ils puissent en dire, sachez que leur inconscient nous dira le contraire. Quoique vous puissiez nous en dire, sachez que votre inconscient ira forcément au contraire de ce contraire, tant il se plait à fuir la vérité humble et résignée.

Ce que ne veulent certainement pas vos mouflets, c’est faire les frais, que dis-je, faire les gros sous de l’école cognitivo-éducativo-fascisante nord-américaine, de ces méthodes tantôt ABA, tantôt TEACCH, qui ne consistent qu’à promouvoir le travail, que dis-je, l’esclavage forcé.

Ils contraignent vos enfants à travailler entre 40 et 50 heures par semaine pour rivaliser avec l’empire chinois, et à vous faire collaborer à cette entreprise de lobotomisation par le dressage tout en rentabilisant leurs usines de pipi-stop et autres gadgets démoniaques!

Nos méthodes demeurent bien plus nobles et saines: elles consistent à laisser votre enfant évoluer à son rythme, celui qu’il choisit, au travers de nos différents ateliers au sein des lieux de culte que sont nos hôpitaux de jour, sous le regard neutre et bienveillant de nos chambellans lacaniens. Ils sont libres de manger ou non, de dormir ou non, de parler ou non, de se faire dessus, tant que ceci leur permet de s’individualiser face aux robots conditionnés, dressés à anéantir leur âme et leur inconscient par les comportementotalitaires et manipulateurs de « gêne ».

Si, avec toute cette attention sécurisante, con-tenante comme nous aimons à le mentionner, si avec toutes ces merveilleuses peluches creuses, ces merveilleuses figurines phallisantes et autres petits animaux dentus, si avec tous ces soins défusionnants et antiliquéfiants votre bambin ne va pas mieux à vos yeux, c’est que vous avez mal aux yeux, ou c’est qu’il refuse de suivre votre voix ainsi que la voie que vous lui avez tracée. Alors dans ce cas j’ose le dire il vous faut l’empaqu’qu’qu’, le respecter!

Si vous n’êtes pas capable de respecter le choix de votre enfant, celui que nous avons su lui faire exprimer, et donc le nôtre, c’est que vous êtes trop rongées par la culpabilité pour vous en défusionner. Ne venez donc pas déverser cette culpabilité haineuse sur notre discipline! Livrez-la plutôt dans un contexte plus adapté, plus divanescent, plus propice à la communication des inconscients.

Nous respecterons le choix du patient, quel que soit son âge, et quel que soit ce choix, et ce en dépit de toute tyrannie de l’araignée mère. Tandis que d’autres dresseront, interneront, enfermeront, brandiront la camisole physico-chimique, nous enseignerons la technique de Martin Riggs, resterons garants des libertés individuelles et des droits de l’Homme. Si vous voulez nous faire renoncer à ces principes, il faudra nous passer sur le corps, et sur notre esprit, car on ne défie pas impunément le grand inconscient!

Tout ce que nous vous demandons, chères et mères, c’est de faire votre psychanalyse, d’accepter d’expectorer votre histoire personnelle face à notre large assistance éclairée, d’ouvrir vos inconscients, d’associer librement et de nous laisser tout reconstruire pour mieux vous faire digérer votre impuissance et votre envie du pénis.

Une fois quatre ou cinq générations analysées, lorsque le processus sera vraiment lancé, dites-vous bien que plus vous nous croirez, mieux vous irez, et alors, nous pourrons discuter sereinement.

Pour finir, n’allez certainement pas vous plonger dans les oeuvres complètes du prophète tant qu’il est impossible pour vous d’en saisir l’essence. Au vu de ce qu’un gredin de la pensée comme Onfray en a tiré, il semble évident que vous n’avez rien à gagner en souillant les textes sacrés.

En espérant avoir contribué au comblement de votre ignorance, vous avoir redonné espoir et foi en notre cause, je vous remercie de votre attention.

Veuillez sortir, retourner à votre quête du pénis ou à défaut, à votre tissage.

JMDL

PS: pour ceux qui s’étonnent de l’absence du père dans mon discours, sachez que celle-ci n’est que fantasmée, car le père est en chacun de nous, dans sa toute-puissance symbolique.


Jean-Marie de Lacan est psychanalyste. Il a côtoyé les plus grands, s’en est inspiré, les a inspirés, mais s’est à jamais juré de ne s’autoriser que de lui-même.

Avec dix-huit scissions à son actif (dont cinq au sein d’associations psychanalytiques reconnues d’utilité publique), le record intercontinental franco-argentin de la séance la plus courte (0.0066 secondes), et celui de la conférence la plus longue, il s’impose parmi les analystes les plus en vogue du nouveau millénaire.

Sa grande expérience acquise auprès des enfants en difficulté le hisse au sommet de la pointe du pic de la prise en charge des mères d’enfants psychotiques en France. Amateur d’opéra et de chants grégoriens, il préside le mouvement communiste non révolutionnaire depuis plus de vingt ans et anime régulièrement un colloque sur les bonnes pratiques du packing.