[Évaluer l'autonomie de son enfant] Habiletés d’hygiène

Pour pouvoir travailler efficacement sur l’autonomie d’un enfant autiste, il faut pouvoir cibler les forces et faiblesses de son enfant. Je vous propose de faire ensemble le bilan des habiletés de votre enfant. Nous proposerons ensuite, sur Autisme Infantile, des activités destinées à améliorer ces compétences.

Évaluer les habiletés d’hygiène de son enfant autiste

Votre enfant est-il capable de se laver les mains sans assistance?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se sécher les mains sans assistance?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se laver le visage sans assistance?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se sécher le visage seul?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se laver le corps seul?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se laver les cheveux seul?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se peigner ou de se brosse les cheveux seul?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se brosser les dents en utilisant du dentifrice?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

Votre enfant est-il capable de se moucher le nez seul si besoin?

  • Seulement avec des aides verbales ou gestuelles
  • Indépendamment

[Évaluer l'autonomie de son enfant] Habiletés motrices

Pour pouvoir travailler efficacement sur l’autonomie d’un enfant autiste, il faut pouvoir cibler les forces et faiblesses de son enfant. Je vous propose de faire ensemble le bilan des habiletés de votre enfant. Nous proposerons ensuite, sur Autisme Infantile, des activités destinées à améliorer ces compétences.

Évaluer les habiletés motrices de son enfant autiste

Votre enfant est-il capable:

  1. de marcher droit devant lui avec une démarche appropriée?
  2. de s’agenouiller et de se relever?
  3. de courir de manière régulière?
  4. de faire des pas chassés?
  5. de sauter en avant?
  6. de sauter en arrière?
  7. de marcher en arrière?
  8. de sauter à pieds joints?
  9. de lancer un ballon à la poitrine ou au-dessus de la main d’une personne?
  10. de faire rouler une balle sur une distance de 2 mètres, en direction d’une autre personne?
  11. de franchir une hauteur de 1,5 mètre, sur une échelle, en alternant les mouvements des membres?
  12. de ramper sur au moins 1 mètre?
  13. de s’accroupir et de se relever?
  14. de marcher sur une poutre ou sur un bord étroit (bordure de trottoir) sur une distance de 2,5 mètres?
  15. d’attraper un ballon de n’importe quelle manière?
  16. de marcher de côté?
  17. de faire des pas chassés alternés (une jambe après l’autre)?
  18. de tenir sur un pied pendant au moins 3 secondes?
  19. de donner un coup de pied dans un ballon pour l’envoyer à une personne, ou vers un but, se trouvant à au moins 2 mètres?
  20. de supporter son poids alors qu’il est suspendu à un équipement d’aire de jeu?
  21. d’attraper un ballon avec ses mains uniquement?
  22. de lancer un ballon en dessous de la main d’une personne?
  23. de jeter une balle en l’air et de la rattraper dans ses mains?
  24. de faire rebondir la balle au moins trois fois?
  25. de taper avec le pied dans une balle qui roule doucement et l’envoyer à un endroit donné?
  26. de balancer ses jambes lorsqu’il est sur la balançoire?
  27. de sautiller?
  28. de sauter en écartant les jambes?
  29. de rouler et s’arrêter en vélo?

[Vous reprendrez bien un peu d'autisme?] Vous êtes trop dans vos trucs d’autisme

- « Bonjour Mesdames ! Un expresso, une noisette, deux verres d’eau et le Parisien?! Je vous apporte ça de suite! »

- « Bonjour! Merci! C’est du rapide aujourd’hui! »

- « Ça caille! Je n’arrive pas à me réchauffer, il fait moins de 17 degrés dans la maison. Pierre n’a évidemment toujours pas fait rentrer de bois. C’est trop cher, il parait. Pour payer la pension de son ex, c’est jamais trop cher, mais pour me faire plaisir, là c’est différent… »

-  « Prends un grand chocolat alors, ça va te réchauffer! Chez nous aussi, on a du mal à maintenir la température. Stan et Adri se sont engloutis sous deux couettes cette nuit. »

- « En plus, ça me saoule, aujourd’hui il faut encore que j’aille à Paris, pour mes histoires de seins. Franchement, je ne suis pas contente du résultat, je suis sûre et certaine que celui de droite est plus bas que celui de gauche. Pierre me dit que ce n’est pas vrai. Mais j’ai regardé encore ce matin. J’en suis sûre. »

- « Tu sais, moi aussi j’ai les seins de traviole, en plus les miens ne sont pas tous neufs. C’est pas grave. »

-  « Si. Ça m’embête, ça m’obsède. J’en ai parlé à ma somatothérapeute, elle me disait, comme le psy d’ailleurs, que c’est parce que c’est une embûche sur le chemin de ma réalisation. Tu vois, j’essaie de devenir moi, vraiment. À quarante ans, c’est pas trop tôt! Et, à chaque fois, je bute sur quelque chose. Un coup, c’est les gosses qui m’empêchent d’évoluer, un coup, c’est Pierre qui me met des bâtons dans les roues, un coup, c’est  mon père qui me maintient dans mon rôle de gamine, et maintenant, mes seins. Le seul truc qui était super important pour moi, que j’ai mis des mois à organiser, et à faire refaire. Même ça, ça ne marche pas. »

-  « Attends un peu qu’ils se mettent en place, c’est une affaire de temps, non? Tu veux un sucre? »

- « Non merci. Vous faites quoi avec Alex ce weekend? »

-  « Pas grand-chose. Comme d’hab, quoi. On va rester à la maison, et on ira peut-être déjeuner chez ses parents dimanche pour se faire dorloter. »

-  « Nous non plus, on ne bouge pas. Jacques et Catherine viennent dîner samedi. »

-   « Oh! Jacques et Catherine!? Alex adorerait les revoir. Ça fait tellement longtemps! Il adorait passer des nuits entières à picoler avec Jacques et à refaire le monde chez toi. On devrait en profiter, ça lui ferait du bien! »

-  « Ça va pas être possible, non. Tu sais, Pierre ne veut plus trop que l’on s’organise des diners avec vous. Vous êtes trop dans vos trucs d’autisme, ça l’emmerde. Sinon t’as vu, chez Indigo, ils font des super soldes! Je me suis acheté le manteau qui était en vitrine. Tu sais, celui en poil de mouton frisé beige. Tu es allé voir ce qui restait? »

Le Café du Commerce était bruyant, c’était jour de marché. Les chalands se bousculaient au comptoir dans un désordre de tasses qui s’entrechoquent, de saluts sonores, de frottement de mains bleuies par le froid, et de semelles claquées sur le sol pour faire tomber la neige qui s’y colle.

Toute cette agitation s’est soudain mêlée à la phrase qui tournait désormais en ritournelle entre mes deux oreilles:

« Vous êtes trop dans vos trucs d’autisme. »

Retrouvez tous les petits billets à prétention littéraire de Béatrice ici: Vous reprendrez bien un peu d’autisme?

Discriminer des consignes pour sélectionner un item ABLLS-R C31

Vous vous en êtes rendu compte, votre enfant se mélange les pinceaux lorsqu’il s’agit de répondre à une consigne simple. « Montre », « donne », « pousse », « touche », « prends », pour lui c’est du pareil au même. Il jette un coup d’œil inquiet dans votre direction, et au hasard pousse sur la chose que vous désignez. Votre enfant ne comprend pas quelle réponse motrice il doit apporter à votre consigne.

Le but du programme va donc être de parvenir à ce que votre enfant sélectionne une chose en lui indiquant la manière de la sélectionner (la montrer, la donner, la toucher, la prendre, la pousser). Ce sera gagné lorsqu’il pourra sélectionner seul, et dans les trois secondes qui suivent, la consigne, en respectant la réponse motrice attendue.

Si la réponse à la consigne est guidée (que vous avez besoin de faire la réponse motrice avec votre enfant) ou corrigée, on côte 0. Si la réponse à la consigne est correcte, et sans guidance, on côte 1. Une session est composée de cinq essais. On passe les étapes au bout de trois sessions à 80% de réussite.

La ligne de base, c’est-à-dire la situation de départ, se réalisera de la manière suivante:

Au cours de situations de bureau, vous présentez divers items connus à l’enfant et lui demandez de sélectionner un des items en indiquant la manière de le sélectionner. Vous relèverez le pourcentage de réponses correctes, c’est-à-dire les items sélectionnés conformément à la consigne (exemple: « touche la voiture »). Au cours de la ligne de base, les quatre consignes (montre, donne, touche, prend, pousse) seront présentées de manière aléatoire. Vous ferez attention à ne pas renforcer le comportement de votre enfant s’il émet la bonne réponse, et de ne pas le guider en cas de réponse fausse ou en l’absence de réponse. L’idée est de vraiment savoir où en est l’enfant avant de commencer. La ligne de base est prête lorsque vous avez trois sessions consécutives avec des pourcentages de réussite stables.

Au boulot! Installez-vous au bureau et présentez divers items connus (objets et/ou images). Demandez à votre enfant de sélectionner un des objets en indiquant l’action motrice, selon l’étape du programme.

En début d’apprentissage, vous poserez la consigne et vous apportez une guidance physique immédiate à votre enfant pour qu’il sélectionne l’item en respectant la consigne. Vous renforcerez son comportement avec l’obtention de renforçateurs tangibles (petit jouet apprécié, friandise) accompagné de renforçateurs sociaux (félicitations, chatouilles). Petit à petit, vous estomperez la guidance ou laisserez un délai avant de guider, pour permettre à votre enfant de répondre seul.

Dès que l’enfant est capable de répondre seul, vous renforcez la réussite. Reposez la consigne et guidez la réponse en cas d’erreur.

Pour grimper haut, il faut ménager sa monture. Les cinq consignes seront donc introduites progressivement. La première étape: « montre », la deuxième: « montre » et « donne » de manière aléatoire, et ainsi de suite.

Estomper le renforcement, cela signifie que lorsque les critères de succès sont atteints, on renforce une bonne réponse sur 2 puis sur 3.

Bien sûr, on généralise à fond, avec la grand-mère, la nounou, le frangin, papa, ou la bonne copine, et dans tous les environnements, par terre sur le tapis, à l’école, chez Mamie… avec une grande diversité d’items (vive les Playmobils et leurs petites pièces!).

Allez, en avant!

[Vous reprendrez bien un peu d'autisme?] De guerre lasse

J’ai gueulé comme une folle. Une folle furieuse.

À m’en faire exploser les amygdales, mes pauvres amygdales presqu’à vif après une semaine d’angine non soignée, parce que je n’ai pas le temps de travailler, de m’occuper du quotidien, de l’autisme de Stan, des devoirs d’Adri, et d’aller – aussi – chez le médecin.

J’ai explosé, oubliant que tout le quartier ait pu m’entendre.

Je tenais ma tasse de Ricoré dans les mains, et j’avais envie de la balancer sur le sol, de la voir éclater sur le carrelage, voir le café tout éclabousser. Que ça fasse du bruit, des éclats, que ce soit ma colère accumulée qui puisse se libérer en mille morceaux.

Que quelqu’un entende, que quelqu’un sache, que quelqu’un vienne me sauver.

M’emmener loin.

J’ai explosé pour un truc tout bête de la vie de tous les jours. Un virement oublié, un découvert à la banque, le distributeur qui refuse de me donner de l’argent, le rendez-vous chez le médecin tant espéré, qui doit donc être annulé, et c’est la tasse qui déborde.

La merde en plus, le cheveu sur la soupe en trop.

Je ne suis pas une guerrière.

Je ne veux pas être Wonder Woman.

Je veux me reposer.

Retrouvez tous les petits billets à prétention littéraire de Béatrice ici: Vous reprendrez bien un peu d’autisme?

Quand « ça » ne se voit plus

Il arrive parfois, quand on a un enfant autiste sans retard mental associé, pris en charge de manière intensive et précoce avec de vrais professionnels, que l’on se retrouve au bout de trois ou quatre ans dans une drôle de situation, un peu au bord du vide: sur la ligne de crête entre l’autisme et l’adaptation suffisante pour passer parfaitement inaperçu.

Ça arrive encore trop peu souvent en France, où tous nos enfants ne reçoivent pas l’aide qu’ils méritent. Ça ne veut pas dire que l’on peut parler de guérison, car on ne guérit pas d’une configuration cérébrale. Simplement, à force de répétition, de façonnement, de guidance, de renforcement, et d’extinction des comportements inappropriés, on a permis à l’enfant de mieux comprendre son environnement, et de discriminer lui-même ce qui devait en être imité ou pas.

C’est un drôle de moment pour les parents, qui ont passé généralement plusieurs années à un rythme d’enfer, qui ont connu l’état de leur enfant « avant »… Qui savent aussi que le CARS n’est pas encore celui d’un enfant indétectable, qu’il y a encore un peu de pain sur la planche.

Nous commençons à nous balader là-haut, sur la cime de notre Everest. Parfois, on a peur, on fait un pas de côté, sur un burst de Stan, une stéréotypie longtemps disparue qui réapparait… Parfois, on est tenté d’oublier, tout roule, on a un enfant normal à la maison.

Souvent, on est très heureux, avec l’impression d’avoir gagné la bataille contre le dark side de l’autisme, en préservant son côté soleil, fait d’originalité, de poésie et de talent infini.

De temps en temps, on se dit qu’éduquer un enfant autiste, c’est un peu ingrat, il n’y a que nous qui savons tout de notre combat: pour la majeure partie de l’entourage, qui ne côtoie Stan que quelques heures hebdomadaires ou moins, il est parfait ce petit. Son autisme ne se voit pas.

Pourtant, cet effort pour demander l’aide de son entraîneur de judo dans un conflit avec un camarade, parvenir à attendre longuement un camarade, danser sur scène à la fête de l’école, écrire son prénom en petites lettres, enfiler un pull-over neuf, et supporter le bruit de la fanfare, faire coucou à ses amis qui tournent sur le manège, raconter sa journée de classe… toutes ces petites choses du quotidien ont eu un prix, un prix fort.

Pour tout le monde, « ça » ne se voit pas, et c’est une victoire. Il faut aussi accepter cela, car il y a trois ans et demi, on voulait justement en arriver là.

2012, fin de la loose?

Avant que ma psychomotricité fine et ma coordination oculo-manuelle ne soit perturbées par les quelques coupettes que j’ai été forcée de boire pour oublier toute la pourrititude de l’an 2011, je voudrais formuler ici quelques bonne résolutions de mère crocochonne, dont vous pourrez compléter la liste (faites attention, je contrôlerai l’an prochain – si le calendrier Maya me le permet – qu’elle ont bien été tenues):

  1. Je soutiendrai par ma présence – physique – les évènements clés qui vont jalonner l’année. Par exemple, lorqu’une manifestation est programmée le jeudi 16 février à 15H30 à Lille, devant le Conseil de l’Ordre des médecins, au 2 rue de la Collégiale, pour soutenir VLA qui colle un packeur devant le Conseil de l’Ordre, je ne dirai pas « non, je suis désolée, le jeudi j’ai piscine ». Je bougerai mon popotin pour organiser la garde des nains entre copines, je me renseignerai sur les tarif de groupe SNCF, ou je chargerai ma voiture de quelques kilos de mamans d’enfant autiste supplémentaires, et je foncerai à Lille. Dire sur Facebook « Le packing c’est pas bien », c’est parfait. Le dire en face, à haute voix, dans la vraie vie, c’est encore mieux, et c’est notre responsabilité de parents d’enfants autistes.
  2. Je lirai en profondeur et dans le détail les recommandations de prise en charge que la Haute Autorité de la Santé va publier en février. Mieux que je ne l’ai fait avec le socle commun. Même si c’est 380 pages écrites en tout petit, même si je vais perdre en glamour power, au lit, avec mes lunettes double foyer. Parce que c’est à nous, parents, de diffuser l’info. Largement, en détail et en nuances, partout où l’on passe, et de réclamer l’application sans concession de ce qui s’y trouve.
  3. Je penserai solidarité, coup de main, partage, mais aussi merci, renvoi d’ascenceur quand je bénéficie du partage d’expérience. La solidarité et l’échange, c’est le bien le plus précieux de notre combat. C’est parce que des plateformes comme Autisme Infantile existent que de plus en plus de familles évitent les chausses-trappes de la prise en charge à la française, et se sentent assez fortes pour faire respecter leur droits.
  4. Je me rappelerai chaque jour, et surtout les mauvais, que nous éduquons de futurs adultes dignes, autonomes, et indépendants. Que demain est un autre jour, celui où les autistes français adultes pourront enfin prendre la parole, et faire leur propre advocacy. Je me rappellerai que c’est mon devoir de mère de préparer le terrain pour mon enfant, pour qu’ils puisse, à son tour, définir la place de la personne autiste en France. Je me rappelerai que j’éduque mon enfant AHN, non pas pour qu’il planque son autisme, mais pour qu’il en soit fier et heureux.
  5. Je penserai à moi, à mon mec, à mes autres enfants si j’en ai, à ma vie, mon oeuvre, mon régime, mes fringues, la qualité de ma peau, mes kilos en trop, le film que je n’ai pas vu depuis trois ans et qu’il faut quand même que je voie, le roman qui n’est pas terminé car j’ai lu dix bouquins sur l’autisme entre temps, bref, je penserai à la vie qui court et continue, parce que ce dont nos enfants différents ont besoin, c’est aussi d’une maman relax, et de leur papa, parce que l’année de l’autisme, chez nous, ça fait cinq ans qu’elle dure, et elle ne va vraisemblablement pas s’arrêter tout de suite.

Et vous, quelles résolutions prenez-vous en cette année de l’autisme, grande cause nationale? Partagez dans les commentaires de l’article.

[Vous reprendrez bien un peu d'autisme?] Je me souviens de toutes tes premières fois

La première fois que tu as levé tes yeux sur moi: tu venais de naître un instant auparavant, dans les cris et l’urgence. Tu as entendu ma voix, tu t’es immédiatement calmé et nos regards se sont croisés.

La première fois que tu as posé ton regard sur un autre que moi: c’était sur Adrien ton frère. Ton regard semblait dire: « Enfin, je fais ta connaissance… Ce n’est pas trop tôt ».

La première fois que je t’ai trouvé très calme: c’était ta première nuit à la maison, tu voulais dormir dans ton lit, tout de suite après la tétée, et surtout pas bien au chaud, en peau à peau, contre Maman. Je me suis dit, à regret, que j’étais enfin devenue une mère mûre, expérimentée, qui pouvait dormir ET allaiter.

La première fois que je t’ai trouvé un peu psychorigide: tu tétais toutes les 2h30, rigoureusement, pas 2h20, pas 2h40, et pourtant tu ne portais pas de montre.

La première fois que je t’ai trouvé peu dégourdi: tu n’arrivais pas à attraper ton hochet, couché sur ton tapis à langer. Je voulais faire la même photo qu’avec Adri, 6 ans plus tôt. Je n’ai pas pu.

La première fois que je t’ai surnommé Forest Gump: tu avais 9 mois, et je n’arrivais pas à t’apprendre à utiliser ton jouet 1er âge. Ce n’est pourtant pas compliqué de faire tomber une balle à l’intérieur d’un entonnoir.

La première fois que tu as mangé des crêpes: tu les gobais, l’une après l’autre, à toute vitesse, sans interruption, comme si tu craignais que quelqu’un ne te les vole.

Tes premiers pas: tardifs mais efficaces, nous devions arpenter durant des heures les planches sur la plage à Deauville.

La première fois où je me suis dit qu’il fallait voir un pédopsy: tu avais 20 mois, tu connaissais toutes les lettres, appareillais formes et couleurs sans jamais l’avoir appris, tu passais l’essentiel de tes journées à dessiner des lignes verticales, à faire rouler des billes allongé sur le sol pour mieux examiner leur trajectoire, et à observer mes cheveux, un par un, et ton évolution n’avait plus rien à voir avec celle décrite dans tous les manuels de mère parfaite.

Ton premier mot: « Porrite », pour poteau électrique, à 2 ans.

Ta première colère: à 33 mois, dans le cabinet du premier médecin qui a osé poser un mot sur tes troubles. C’était la première fois que quelqu’un te demandait vraiment de faire quelque chose. C’est aussi la première fois où j’ai eu un peu peur de la violence de tes tempêtes.

Ta première séance ABA: 1h40 de rage non-stop à 34 mois.

Ton premier pipi: Après 1h20 sur les toilettes et un litre de grenadine, je crois que j’ai plus pleuré que tu n’as pissé.

La première fois que tu m’as réveillée normalement: 2 mois après le début de ta prise en charge, tu n’arrivais plus dans notre chambre en hurlant à 5h30 le matin et en me tirant du sommeil à coups de poings et de doudou.

La première fois que tu as fait une bêtise, en octobre 2009: tu avais mangé tous les petits filous, en prenant soin de bien replacer les pots vides avec leurs opercules dans le réfrigérateur, et l’on a fêté ça comme une immense victoire.

La première fois que tu as joué: en hiver 2009, c’était avec une cuisine de petite fille, et Paul et Sacha, les amis de ton frère. Tous les grands dadais, unis pour te donner envie de jouer au restaurant avec tes doudous. Tous ces dadais, tellement émus, et aussi tellement fiers d’avoir montré à Adri qu’avoir un frère différent, c’est pas si grave.

La première fois que je t’ai demandé de renoncer à boire le biberon et que je l’ai remplacé par un verre, en novembre 2009: nous étions deux, Julia ta psy et moi. À partir de ce jour-là, j’ai décidé de racheter toute la collection Duralex. Au moins, les morceaux sont faciles à ramasser.

La première fois que tu m’as fait un bisou, avec tes bras autour de mon cou: c’est Sohir – que tu nommes joliment Sourire – qui te l’avait appris. Elle avait passé un mois chez nous en intervention ABA à l’été 2010, tu m’as dit « je t’aime » aussi pour la première fois cet été-là.

La première fois que tu as raconté quelque chose: c’était encore ce même été. Nous étions assis sur le canapé, Sohir, Julia, toi et moi. Tu as pris l’imagier de photos insolites que je t’avais commenté sans relâche, sur lequel j’avais soliloqué des heures et des heures, m’acharnant, en me disant que quoiqu’il arrive tu n’étais pas sourd… Tu as pris ce livre, et tu as commencé, image après image, à décrire chaque petit détail que j’avais mentionné, avec des difficultés de prononciation certes, mais tu parlais. Bon sang! Tu parlais! Pas seulement pour dire « s’il te plaît », « Je veux », « Merci ». Tu pouvais décrire, apprécier, énumérer… tout ce que j’avais moi-même décrit et raconté. Julia s’est mise à filmer, nous pleurions silencieusement toutes les trois. On ne t’a pas interrompu, c’est la plus belle histoire que l’on m’ait jamais contée.

La première fois que tu as fait caca aux toilettes: nous étions à Deauville en août 2010, cela a pris exactement sept jours d’abstinence totale et trois heures de massage, de bain chaud, pour que, dans un cri d’appel au secours, terrifié, tu oses enfin t’asseoir sur les toilettes, et y faire ce que tu devais y faire.

La première fois que j’ai pensé que l’on allait sûrement gagner la bataille de l’école: c’était à la rentrée 2010 en moyenne section. Baptiste pouvait t’accompagner, tu avais enfin une AVS, j’avais réussi à mettre les points sur les « i » avec les parents d ‘élèves, et surtout, tu voulais enfin bien t’intéresser aux travaux scolaires.

La première fois où tu as parlé de ton autisme, l’automne dernier: au retour d’un week-end entre amis, tu nous as dit que tu adorais Gaston, car il stéréotypait et qu’il devait être autiste, comme toi.

Tes premiers amis, Rémi et Laurence, en 2011: Ils parlent de toi, tu parles d’eux et vous jouez ensemble.

La première fois que tu as soufflé tes bougies sans t’enfuir, et chanté « Joyeux Anniversaire! » en choeur avec nous: tu as eu 5 ans, c’était absolument magique.

Ta première amoureuse, Manon, cette année: tu m’as dit « elle a des cheveux très droits, maman! »

Je ne compte plus tes premières fois aujourd’hui, je me souviens juste de la plus récente, celle d’hier, quand, d’un air coquin, parce que j’interrompais volontairement l’une de tes stéréotypies vocales en te demandant de me décrire ce que tu faisais, tu m’as regardée. Tu as posé ton iPad avec délicatesse sur le fauteuil, et droit dans les yeux tu m’as dit, pour la première fois, « Arrête de faire l’ABA, Maman ». Tu as éclaté de rire, super content de ton bon mot, et tu t’es sauvé pour préparer une énième sottise avec ton frère.

Retrouvez tous les petits billets à prétention littéraire de Béatrice ici: Vous reprendrez bien un peu d’autisme?